‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 78 sur 103 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

pratique , et sa désuétude a bientôt entraîné le clergé à une sorte d'éloignement spontané pour cette grande mémoire, qui lui rappelait surtout son impuissance sociale. Une telle conduite n'a rien d'accidentel, ni même de blâmable; car elle fut d'abord inspirée par des craintes, alors très-légitimes, sur les dangers moraux d'une pareille célébration , qui eût tendu à dénaturer les mœurs féminines. Mais l'incompatibilité n'existe que pour une doctrine absolue, incapable de glorifier une anomalie sans compromettre la règle. Le positivisme réprouve encore davantage que le catholicisme l'existence guerrière des femmes, comme plus éloignée qu'aucune autre de leur vraie vocation. Il peut seul, néanmoins, honorer dignement rincom-= parable vierge que délaissa l'impuissance Ihéologique, et qu'osa souiller, même en France, le cynisme métaphysique. Sa consécration solennelle, à chaque anniversaire de son glorieux martyre, sera non-seulement nationale, mais occidentale, comme cet immense bienfait, sans lequel le centre normal des populations d'élite perdait peut-être l'indépendance indispensable à son office européen. Tout l'Occident ayant d'ailleurs participé plus ou moins à la turpitude voltairienne , doit également concourir àla réparation positiviste. Loin decompromettre les mœurs féminines, cette glorification exceptionnelle pourra les consolider, en caractérisant l'anomalie et en manifestant les conditions d'une telle apothéose. On y trouvera une nouvelle confirmation des avantages moraux que procure l'esprit relatif du positivisme, seul apte à apprécier les exceptions sans énerver les règles.

Une telle indication du culte positiviste de la femme par l'homme suscite finalement une question fort délicate , quant à la manière de satisfaire un besoin analogue chez l'autre sexe. Si les hommes ne peuvent s'élever directement au culte réel •Je l'Humanité, sans s'y préparer par ce préambule naturel,

les femmes, quoique plus aimantes, sont peut-être assujetties aussi à une préparation équivalente. Toutefois, elle devrait certainement prendre une autre direction , afin de mieux développer, chez chaque sexe, les quahtés morales que sa nature laisse insuffisantes. Car, Thumanité est autant caractérisée par l'énergie que par la tendresse, comme l'atteste familièrement l'heureuse ambiguïté du moi ecmr. L'homme, n'ayant pas naturellement assez de tendresse , exige , sous ce rapport, un exercice assidu, que lui procure spontanément le culte de reconnaissance dû à la femme. Au contraire , le sexe affectif , où l'énergie est insuffisante , doit diriger sa préparation spéciale au culte final de l'Humanité de façon à développer plutôt le courage que l'amour. Mais mon impuissance masculine m'interdit de scruter davantage ces intimes besoins du cœur féminin. La lumière philosophique me conduit à signaler cette lacune inaperçue, sans me permettre de la remplir. A la femme seule appartient une telle tâche , que j'eusse réservée à l'éminente collègue dont jo ferai , j'espère , universellement déplorer la perte prématurée.

L'ensemble de celte quatrième partie me fait profondément sentir, comme philosophe, notre fatale séparation. J'y ai, sans doute, constaté l'aptitude fondamentale du positivisme à incorporer dignement les femmes au grand mouvement moderne, en réalisant, mieux que le catholicisme, tous leurs vœux domestiques et sociaux, d'après leur noble office naturel dans le régime définitif. Pourtant je ne puis espérer de leur faire assez goûter une telle appréciation pour obtenir leur active adhésion, tant que cette exposition n'émanera point d'un organe féminin, seul capable de l'adapter pleinement à leur nature et à leurs habitudes. Jusqu'alors, on les supposera même impropres à comprendre jamais la nouvelle philosophie, malgré leur affinité

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