‹ Discours sur l'esprit positif (volume 2)Chapitre 13 sur 37 · PRÉFACE. XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXI

8" séance. Appréciation fondamentale de Texistence sociale. 9* séance. Théorie positive de l'évolution humaine.

10' séance» Appréciation générale de Tâge fétichique.

IV séance. Fétichisme nomade, idéalisé dans la Fête des Animaux.

12* séance. Fétichisme sédentaire, idéalisé dans la Fêle du Feu.

13* séance. Fétichisme sacerdotal, idéalisé dans la Fête du Soleil,

14** séance. Fétichisme militaire , idéalisé dans la Fête du Fer.

15* séance. Appréciation générale de l'état théocratique.

16* séance. Représentation du polythéisme conservateur par la Fête des Castes.

17* séance. Appréciation générale du polythéisme intellectuel. ^ I i%* séance. Représentation de son évolution esthétique, par Homère, g I Eschyle , et Phidias.

B I 19" séance. Représentation de son évolution théorique , par Thaïes, « I Pythagore, Aristote, avec Hippocrate, Archimède,

2 / Apollonius^ Hipparque,

H / 20* séance. Appréciation générale du polythéisme social. ^ \ 21* séance. Sa représentation par Scipion, César, et Trajan, 8 1 22* séance. Avènement nécessaire du moyen âge d'après l'ensemble S* I de l'antiquité.

'g I ^^' séance. Appréciation générale du monothéisme théocratique, re- H I présenté t^ht Abraham, Moise, eiSalomon.

S I 24* séance. Appréciation générale du monothéisme catholique. g I 25* sécmce. Sa représentation par Saint^Paul, Charlemagne, Alfred, ^ I Hildebrand, Godefroi, Saint-Bernard ; son résumé

g I dans le culte de la Vierge.

gl I 26* séance. Appréciation générale du monothéisme islamique. w 27* séance. Sa représentation par Mahomet, Omar, et Haroun-^tl-

Raschid.

2S* séance. Appréciation générale du monothéisme métaphysique, d'où révolution occidentale.

29* séance. Représentation du double mouvement moderne par Dante, Descartes, et Frédéric.

30* séance. Résultat général de l'initiation humaine.

31* séance. Vue générale de l'état normal, réglé par la Religion de l'Humanité.

§ ) 32* séance. Tableau général du culte positif.

33* séance. Tableau général du dogme positif. g 1 34* séance. Tableau général du régime positif. ^ f 35* séance. Pian général de la transition fondamentale.

36* séance. Succession générale de ses treize compléments.

Séance de clôture. Appréciation du positivisme comme instituant la doctrine propre aux vrais conservateurs.

Firb, le ]«4i 4 irisUle 17 (1er mm mi).

Auguste COMTE,

(10, rue Monsieur-le-Prince),

Ré le 11 jiBTiar 47M, à leitHU».

APPEL

AUX

CONSERVATEURS

ivw»«««%M tvyvyv v yy% m >v*niy%^/»iyyyv*iv % %fvv*nivvy»i w /v*nimiv¥¥ y vwtnln^^

AinfiNEHEBIT DBS VRAIS GONSBRVATEUBS.

Destinée à terminer la révolution commencée, dans institntton tout l'Occident, au quatorzième siècle, la crise où la France <*'««« doct^n®

ttnWfrsell«.

se trouve plongée depuis 1789 n'a point encore acquis un caractère décisif. Elle continue d'osciller entre la rétrogradation et l'anarchie, en laissant toujours redouter des orages sans solution. Le besoin de concilier radicalement l'ordre et le progrès est pourtant senti de plus en plus depuis soixante ans. Il a fait graduellement surgir, sous le nom de conservateurs, un parti nombreu?^ et puis* sant , qui s'efforce sincèrement d'écarter à la fois les ré* volutionnaires et les rétrogrades. C'est là que réside habituellement l'autorité politique, qui ne passe en d'autres mains qu'au moment des orages. Mais une telle pré*

2 4PPBL Af 1 GOIinilYATEURS.

pondérance reste essentiellement neutralisée par Tabsence d'une doctrine appropriée à cette destination. Un parti qui semble devoir irrévocablement éteindre Tétat révolutionnaire ne tend jusqu'ici qu'à le faire indéfiniment durer, en consacrant k U fois la rétrogradation théologique et ranarchie métaphysique, afin de pouvoir toujours opposer Tune à l'autre.

La prolongation d'une crise qui s'aggrave de plus en plus ne résulte pas du défaut de volonté , ni même de puissance. Elle est surtout due^ malgré l'altération croissante des sentiments, à l'interrègne intellectuel déterminé par l'entier épuisement du théologisme et l'impuissance organique de l'ontologisme. Dos soq début, l'explosion française fit également ressortir la caducité d'une religion incapable de prévenir ou d'arrêter im tel ébranlement et le danger d'une philosophie qui ne peut rien construire. Sous cette double démonstration, les deux opinions, dont la lutte remplit les cinq siècles ^e la révolution occidentale, sont également discréditées chez tous les esprits actifs. Néanmoins , jusqu'à l'installation d'une doctrine vraiment adaptée à la situation, l'empirisme se trouve forcé de rattacher l'ordre au type rétrograde et le pro^ grès aux inspirations anarchiques, sans aucune convioticm réelle. Ceux qui croient conduire ne peuvent obtenir ou conserver l'autorité que d après une hypocrisie d^gra^ dante, où les inférieurs imposât leur état aux supérieurs. Yoilà comment , depuis que le besoin de construire eat devenu prépondérant, le scepticisme, qui ne convenait qu'au siècle de la démolition, constitue le prind^al ob<^ stacte à la véritable émancipation.

Non moins contraire à la sécurité qu*à ia dignité, la situation contradictoire des homaies d'étal les emptehe

autant de retenir que de pousser. En temps ordinaire, ils emploient les croyances rétrogrades et les dogmes anarchiques à se neutraliser mutuellement, sans pouvoir nulle part trouver des principes de prévision ni de conduite. Us ne peuvent éviter les déviations qu'en demeurant passifs, quoique la situation les force souvent d'agir. Toujours incapables de guider ou d'arrêter le public, ils se bornent à le seconder, soit quand les vices de la rétrogradation suscitent des secousses anarchiques , soit lorsque les désastres résultés de celles-ci disposent à rétrograder davantage. C'est ainsi que, faute de doctrine propre, les conservateurs actuels n'ont réellement concilié que les dangers du droit divin et ceux de la souveraineté populaire.

Ils ne peuvent changer cette attitude qu'on devenant sagement systématiques, d'après une théorie vraiment capable d'éclairer la pratique, afin d'instituer la réorganisation spirituelle qui seule terminera la révokition occidentale. Mais une telle solution devait exclusivement émaner des philosophes, sans que les hommes d'État, tous uniquement préoccupés de considérations matérielles^ pussent aucunement la seconder. Elle exigeait que la raison moderne surmontât le plus universel et 1& plus profond des préjugés révolutionnaires, en osant ^eoncô* voir, entre les deux puissances, une division fondamen*» tale^ destinée à combiner le programme du moyen kgé avec celui de l'antiquité.

Pour comporter une suffisante efficacité, cette eon« struction devait embrasser l'ensemble de l'existence humaine, à la fois théorique, morale, et pratique. Le caractère, essentiellement intellectuel, de la révolution moderne obligeait d'abord à poser une base philosophie*

k APPEL AUX C0NSERVATEUB8.

que, qui permît d'établir, par la démonstration , une foi non moins refusée aux abstractions métaphysiques qu'aux fictions théologiques. Mais la destination , éminemment sociale , du mouvement occidental exigeait ensuite que, sur ce fondement, surgît une synthèse vraiment universelle, aussi satisfaisante pour le sentiment et Tactivité qu envers Tintelligence.

Quoique la combinaison finale des conditions successives d«it oITrir de grandes difficultés, elle était spontanémenl conforme à la nature du principal effort, consis* tant à pousser jusqu'au domaine humain l'extension continue de l'esprit positif. Au milieu de la tempête française, ce complément de la science réelle se trouva dignement signalé sous la tentative,, non moins admirable qu'avortée, où Condorcet entreprit de fonder la politique sur Thistoire. D'après cette impulsion, la solution fut irrévocablement abordée, en 1822, dans Topuscule fondamental qui constata ma découverte décisive des lois sociologiques, interdite à mon éminent précurseur par ses lacunes scientifiques et ses préjugés révolutionnaires.

Ce début m'a permis d'accomplir, en une génération, d'abord la fondation philosophique, ensuite la construction religieuse, conformes à Tensemble de ma mission. L'intime connexité des deux élaborations doit bientôt étendre à la seconde, achevée seulement l'an dernier, l'irrésistible sanction que les meilleurs esprits ont unanimement accordée, depuis treize ans, à la première. Il faut maintenant indiquer la nature et la marche de chacune d'elles, afin de mieux appliquer leur ensemble à former la doctrine qui convient aux conservateurs systématiques.

INTKODUGTION. 5

Je puis assez caractériser la première opération en la Fondation représentant comme destinée à transformer la science ^ ^^^^ ^^^ réelle en une véritable philosophie, suivant le programme posé par Bacon et Descartes sous l'impulsion générale du mouvement moderne.

A travers Tanarchie mentale qui se développe, en Occident, depuis la fin du moyen âge, on aperçoit une issue nécessaire, d'après le contraste décisif entre Tascendant graduel de Tesprit posilifetPextinction continue de l'esprit théologico-métaphysicpie. Cette opposition n'offre rien de fortuit, puisque la décadence de l'ancienne philosophie résulte surtout de l'évolution de la nouvelle, sans laquelle la foi surnaturelle aurait toujours surmonté l'ontologie dissolvante. Pour instituer la solution indiquée par une telle situation, il fallait que la posîtivité, bornée jusqu'alors au terrain profane, s'emparât aussi du domaine sacré, qui semblait exclusivement appartenir aux théories déchues. Imposée par les besoins intellectuels, cette extension finale devenait également conforme aux exigences sociales, afin de guider l'activité régénératrice des populations avancées. Voilà comment surgit la conciliation nécessaire entre Tordre et le progrès, la discipline intellectuelle reposant sur un perfectionnement théorique qui rendait spontanément impossible toute rétrogradation.

On ne pouvait solidement compléter l'esprit positif que d'après une saine appréciation de l'ensenible de ses acquisitions effectives, en comparant chaque partie actuelle du domaine scientifique, soit à toutes les autres, soit à ses propres états antérieurs. Cette double comparaison comportait un essor décisif, quoique la positivité restât, comme dans l'ébauche grecque , restreinte au

6 APPEL AUX GONftBBVATEURS.

champ matériel et vital. Un tel empire offrait une base suffisante à Texamen philosophique» qui pouvait alor» combiner les théories mathématico-astronomiques avec les conceptions biologiques par Tentremise dea doctrines physico-chimiques.

En comparant ces trois parties essentielles du domaine profane, on forme une progression qui peut être sponta* nément prolongée jusqu'au domaine sacré, de manière h compléter le système des spéculations réelles. Car l'ordre humain est naturellement inséparable de Tordre vital, considéré même dans ses phénomènes les plus simples et les plus- universels ; puisque Texistence végétative fournit la base nécessaire de Tanimalité, dont l'existence sociale constitue seulement le plein développement. Ainsi, quand la positivité, qui longtemps ne put suffire qu'envers le domaine astronomico-mathématique, fut, au dix-huitième siècle , irrévocablement étendue, d'abord à la chimie, puis h, la^ biologie, elle dut bientôt pénétrer jusqu'à la sociologie. Vu l'intime connexité de toutes les vraies théories, l'extension finale est mentalement analogue aux deux précédentes^ et même elle semble moins prononcée que la dernière, où la science s'éleva de la mort à la vie; Son importance et sa difficulté supérieures n'étaient réellement dues qu'à son étroite liaison avec le système général de l'organisation sociale ; ce qui ne permit à l'esprit positif d'acquérir une telle plénitude que d'après l'ébranlement décisif du centre occidental.

Tandis que la raison moderne se trouvait ainsi poussée à se compléter, elle était pareillement conduite à se coordonner, en instituant, entre des théories longtemps incohérente^ une hiérarchie indispensable à leur priQ-

6ipàl6 destination. Mais le second besoin convergeait spontanément avec le premier, soit quant à la source d*unité, soit envers la loi de classement. Car, en s'étendant à l'ordre humain, la positivité s'élevait nécessairement au seul point de vue qui puisse être vraiment Qfiivôrsel, en considérant nos conceptions quelconques ôommé des produits naturels de notre évolution, à la fois individuelle et collective* D'une autre part, l'accomplissement d^une telle extension érigeait la science finale en dernier terme de la progression déjà manifestée par les êciences préliminaires , où nos spéculations avaient toujours embrassé des phénomènes de moins en moin» généraux et de plus en plus compliqués. Ainsi surgit, d'abord entre les événements^ puis envers les êtres ou les escistences, la hiérarchie fondamentale qui partout subordonne Tordre le plus noble au plus grosw^^ier, afin que la régularité de l'un et la perfectibilité de l'autre permettent une harmonie autrement impossible.

Voilà comment, d'après l'ébauche décisive de la biologie^ corporelle et cérébrale, la comparaison statique des éléments essentiels de la philosophie naturelle me con-> dïlisit à regarder la fondation de la Sociologie comme la base nécessaire de l'unité spéculative. En mémertemps, leur comparaison dynamique me fournit la loi de filiation qui devait spontanément instituer la science sociale. Car, le premier état de chaque étude, même la plus simple^ me présentait, envers sa constitution actuelle, un contraste équivalent à celui de la philosophie morale avec la philosophie naturelle. Je pus ainsi découvrir la loi fondamentale de l'histoire, en reconnaissant que ohaoUBé de nos (héorieè doit être d'abord fictive, puis ab^ siriâtê, «afin positive. La hiérai'chie réglée par là gêné*

ralité décroissante et la complication croissante explique les anomalies apparentes d'une telle évolution, en déterminant rinégale vitesse avec laquelle nos diverses conceptions parcourent leurs trois états successifs.

Bientôt confondues en une seule, suivant la simultanéité de leur avènement, les deux lois de rintelligence éclairent et complètent celle de l'activité, spontanément entrevue d'après la comparaison générale entre la sociabilité moderne et la civilisation ancienne. On reconnaît alors que l'existence pratique offre aussi trois élafs successifs, la conquête, la défense, et le travail, en harmonie avec les trois modes ou degrés de l'existence théorique. La combinaison des lois sociologiques suffit pom* instituer la philosophie de l'histoire, qui seule manquait à notre intelligence, afin de systématiser notre sociabilité. Ce complément nécessaire se lie spontanément à l'ensemble des théories préliminaires, en érigeant l'évolution sociale en extrême prolongement de la progression animale, comme celle-ci développe la hiérarchie gênéraie des existences réelles. Ainsi se trouve enfin fondée Tunité mentale, quand l'accomplissement spontané de l'initiation humaine conduit à saisir les lois qui doivent désormais régler l'état systématique.

IMais cette fondation, quoique constituant ma principale difficulté, ne pouvait aucunement dispenser de la construction, seule décisive, qui devait caractériser ma seconde carrière. D'après la nature de ma première élaboratign, terminée en 1842, ses meilleurs résultats ne pouvaient surgir qu'à la fin d'une longue ascension, qui ne permettait plus à l'esprit épuisé de développer et d'appliquer la synthèse dont il avait posé les bases logiques et scientifiques. Fidèle reproduction de l'ensemUe

de rinitiation humaine, cette marche ne pouvait direc-* tement instituer Tétat normal, tant que ces conclusions ne se trouvaient pas transformées en poinls de départ.

Une telle imperfection coexistait avec une lacune capitale, qui devait même inlerdire de regarder comme suffisamment établi le principal résultat, Tinstitution de la philosophie de T histoire, dont Pefflcacité décisive se bornait alors à Tirrécusable démonstration des lois sociologiques. Outre la prépondérance d'abord accordée à rétude du progrès, quoique celle de Tordre dût finalement prévaloir, Tapprécialion du passé ne s'y trouvait point systématisée avec assez de précision pour permettre de déterminer l'avenir de manière à régler le présent. Envers un mouvement indivisible, ce défaut provenait de l'insuffisance d'une synthèse embrassant alors l'intelligence et l'activité sans comprendre le sentiment, unique source de la véritable unité. C'est pourquoi ma première élaboration ne pouvait, même sous l'aspect théorique, et surtout dans l'ordre pratique, devenir vraiment satisfaisante qu'en fournissant la base nécessaire de la seconde, où devait consister ma principale mission, indiquée dès mon début. Ainsi ressort l'inconséquence de ceux qui, faute d'apprécier Tensemble de ma carrière, se sont vainement efforcés de restreindre, à la transformation préliminaire de la science en philosophie, l'évolution de la doctrine universelle, capable de rallier et de régler.

La destination sociale de la religion positive me fit Construction graduellement sentir les conditions propres à ma seconde ""^ieus*. élaboration. Dans la première, je tendais à surmonter l'esprit révolutionnaire en instituant une foi nouvelle, qui pouvait seule obtenir un assentiment universel et

10 APPEL A0X GQH8BftV4TEUBS.

durable, diaprés Tirrésistible oonnexité de la 80(^lôgie avec l'ensemble des sciences déjà constituées. Main cette opération, où Tintelligence semblait prévaloir, paraissait directement confirmer le principe essentiel de Fanarchie moderne, qui consiste surtout à soulever la raison contre le sentiment. En même temps, la nouvelle philo« Sophie tendait à prévenir toute rétrogradation^ en 8*em<» parant du seul domaine réel qui restât à T^sprit théolo« gico - métaphysique* Cependant, elle ne pouvait paê remplacer Tancienne foi tant qu'elle n'était point parvenue à diriger la culture morale, que le moyen âge avait fait irrévocablement prévaloir* Ainsi^ malgré la substitution décisive des lois aux causes, le positivisme demeurait au<<lessous des besoins d'ordre et de progrès, même théorique, jusqu'à ce que le sentiment s'y trouvât convenablement embrassé. Tant que la suprême con«dition n'était point assez remplie^ la nouvelle philosophie ne pouvait régler l'existence humaine, et restait incapable de fournir aux vrais conservateurs la doctrine dont j'avais entrevu l'avènement nécessaire dans mon opuscule fondamental de 1822.

Cette extension, seule décisive, se trouvait annoncée par la seconde et principale moitié de ma première éla* boration. A mesure que la fondation de la science ao*^ ciale y poussait med conceptions à devenir plus synthétiques, je sentais mieux l'indivisibilité de notre véritable unité, qui ne saurait lier nos pensées sans embrasser nos sentiments autant^ et même plus, que nos actes. Dans ma lente ascension du monde vers l'homme, rexpUca** tion du spectacle historique me forçait d'accorder une attMtion spéciale à l'essor mental le plos rapproché de l'exîstoncd morale, en appréciant l'évolution estbé^w,

INTBO0UGT1ON. 11

naturôllemant rattachée au culte proprement dit. Le dernier volume de ma fondation philosophique contient même des indications directes de ma tendance définitive à faire dignement prévaloir le sentiment sur Fintelligence et Tactivité, pour instituer Tunité, personnelle et sociale, que je poursuivais depuis vingt ans. Mais ces diverses préparations n'auraient jamais suffi sans Tintime ébranlement qui vint, en temps opportun, ranimer chez moi la source, nécessairement aifective, de la vraie synthèse.

J'ai suffisamment expliqué, dans la préface générale de ma Politique positive^ le fatal concours d'influences exceptionnelles, trop conformes à la situation anarchique des Occidentaux, qui priva mon cœur d'une digne culture jusqu'à l'âge de ma pleine maturité. Mais, en 18/i5, pendant que je préparais ma seconde élabo-ration, j'eus enfin le bonheur de subir convenablement l'unique impulsion qui pût me placer au niveau de ma principale mission. Une sainte union, devenue fatalement subjective après une seule année, produisit une régénération morale dont la réaction mentale se trouva pleinement caractérisée par la dédicace exceptionnelle que j'écrivis, en octobre 18/i.6, pour l'angéUque collègue que j'avais objectivement perdue six mois auparavant. Depuis que ma construction religieuse est entièrement accomplie^ on reconnaît que ce début en contenait tous les germes essentiels, développés, l'année suivante, dans l'exposition orale où surgit le dogme fondamental de la religion positive, comme le constata, dès 1848, le discours préliminaire du traité terminé l'an dernier. Outre ma juste gratitude envers une incQmparable patronne, qui, j'ose l'assurer, se trouve irrévocablement liée aux

13 APPEL AUX COUSERYATEURS.

destinées générales de Thumanité, mon hommage doit ici faire spécialement ressortir Tunité réelle, où la vie privée suscite les principales améliorations de la vie pa-* blique.

Deux perfectionnements connexes dominent Tensemble de ma seconde élaboration, en comblant les lacunes, sympathiques et synthétiques, qui laissaient la première au-dessous de sa destination sociale. Tout le positivisme s'y condense dans le dogme de T Humanité, centre continu de nos sentiments, de nos pensées, et de nos actes, surgi de ma philosophie, sous Timpulsion féminine, pour diriger ma politique. En même temps, la décomposition normale de Tordre humain érige la morale, que j'avais d'abord confondue avec la sociologie, en terme suprême de la hiérarchie encyclopédique, enfin formée de sept domaines : mathématique , astronomique , physique, chimique, vital, social, et moral. Ces deux progrès systématisent respectivement l'instinct social auquel aboutit l'incorporation romaine et la culture affective que le moyen âge fit prévaloir. Ainsi se constitue le privilège de la religion positive envers le double programme légué par nos ancêtres occidentaux, en combinant irrévocablement ta vie publique et la vie privée , suivant l'admirable pressentiment que manifesta la che-* Valérie à travers le catholicisme.

Quoique ma seconde élaboration ait dû surtout développer l'aptitude morale du positivisme, la supériorité mentale de la vraie synthèse s'y trouve, dès le début, profondément caractérisée par trois réactions capitales, à la fois scientifiques et philosophiques. La première consiste à simplifier l'ensemble de la conception encyclopédique en faisant définitivement coïncider la séparation

entre l^abstrait et le concret avec la division entre la théorie et la pratique, de manière à dissoudre la vicieuse intercalation que j'avais d*abord consacrée. En second lieu, le principe sympathique m'a permis dMn*stituer la vraie logique, fondée sur la combinaison des sentiments avec les images et les signes : ce qui fait aussitôt surgir la méthode subjective, suprême complément de l'investigation humaine, d'abord déductive, puis inductive, et finalement constructive. Un troisième pas constate l'efficacité transcendante du nouveau mode, en construisant ma théorie cérébrale, type normal et premier fondement de la systématisation biologique, dont j'ai d'ailleurs posé les principales lois. Mais, quelle que soit l'importance, théorique et pratique, de ces diverses acquisitions, je ne dois ici les signaler que pour montrer combien la domination normale du cœur est, dès sa naissance, favorable au digne essor de l'esprit

Suivant la nature et la destination de cet opuscule, ma seconde élaboration s'y trouve principalement caractérisée par la construction décisive de la philosophie de r histoire, que la première avait pu seulement ébau-* cher. Elle n'a désormais besoin que d'être graduellement developpéee à mesure que les applications sociocratiques exigeront plus de précision dans les explications sociologiques. Déjà celles-ci sont abstraitement suffisantes^ puisqu'elles conduisent l'interprétation du passé jusqu^à déterminer assez l'avenir pour permettre de systématiser le présent, de manière à constituer le point de vue général des affaires terrestres, auparavant inaccessible.

On peut ainsi réduire la synthèse historique à distin«* guer envers l'espèce, comme chez l'individu, deux vies successives : l'une où nos forces de t^us genres se déve-

ik APPEL âra COMSBRVATEURS.

loppcnt par un Mercice efisentiellement spontané ; l'autre qui règle leur essor diaprés les lois raaDifestéei dans leur préparation. L'évolution sociale exige cette distinction plus profondément que Texistence personnelle ; car celle-ci se trouve toujours dirigée, tandis que celle-là ne peut réellement Tétre que quand Tinitiation s* est accomplie, sous une tutelle nécessairement idéale, dont rinstitution honore notre enfance.

Notre première vie, qui maintenant s'achève chez les peuples avancés, se décompose en deux états successifs : , Fun plus spontané, susceptible de persister, d'après les modiâcations convenables, dans l'existence normale; Fautre, plus systématique, entièrement propre à Tftge préparatoire. La tutelle fictive y présente les caractères respectifs du fétichisme et du théoiogisme : celui-ci ne devant finalement laisser que des impressions histo^ riques ; tandis que celui-là, toujours reproduit pour l'in^ (bvidu, doit détinitivement fournir au positivisme un supplément général. Dans l'existence théologique, il faut distinguer deux modes successifs : la théocratîOt esœntieHement orientale, qui fournit jusqu'ici le seul type vraiment complet de l'ordre )iumain ; la transition, de plus en plus révolutionnaire, où, depuis trente siècles, les Occidentaux préparent la sociocratie universelle* Cette succession fut indispensable à notre initiation, où le preinier régime, pressentant l'état normal, régla no9 fcarces avant qu'elles ne fussent développée, de manière à comprimer leur essor décisif, qui ne put s'accomplir que d'après trois évolutions partielles nécessairement consécutives. Elles firent respectivement prévaloir d'abord la vie spéculative, puis la vie active, enfin la vie affective, que la théocratie, émanée du fétichistne par

BvrwMcmoir. ii

l'aitroi&tria, tvuk autant ùùabinée$ qpi'eHes puÎMeitt rétra jusqu'à rinstailation de la sodoeratia. Quoique ia darnière trassition, en ébauchaiit ia divisian fondameup taie des deux puissances, ait directement préparé l'ordre définitif, elle était trop incompatible avec Tessor théorique et pratique, pour que Tépuisement du théologisme ne suscitât pas, à Tissue du moyen âge, une anarchie croissante* Universelle et spontanée pendant deux siècles, cette révolution, où durent s'élaborer l'esprit positif et l'activité pacifique, devint de plus en plus sys** tématique dans les trois suivants, en se localisant graduellement, de manière & borner sa phase finale au peuple central, chargé de la solution occidentale.

H serait ici superflu d'insister davantage sur le résultat social de ma construction religieuse, puisque les hommes d'éUt qui voudrai nt l'apprécier devront l'étudier à sa source, quand ils seront assez préparés. Mais, quelle que soit cette étude, je ne saurais espérer, ni même désirer, qu'elle procure aux praticiens une préparation théorique qui ne pourra se concilier avec leur principal caractère que quand l'éducation encyclopédique aura suffisamment prévalu. Sans devoir devenir pleinement positivistes, les vrais conservateurs peuvent aujourd'hui se rendre la nouvelle synthèse assez familière pour en faire sagement des applications décisives, aussi favorables à leur dignité personnelle qu'à leur office social.

Tels sont les motifs qui destinent cet opuscule à choisir, dans le positivisme, les principes essentiels dont l'active combinaison peut suffisamment instituer la politique occidentale. L'assentiment tacite de tous les partis a déjà ratifié la proclamation réitérée où je représentai la religion positive comme venant dignement saisir la

16 APPEL AUX œNSBRVATEURS.

direction 9 jusqu'ici vacante, de l'ensemble des alEûres terrestres, en laissant aux divers tfaéologistes le domaine céleste. Mais , avant que cette mission , où le conseil doit toujours prévaloir, puisse être directement assistée par le commandement, son avènement décisif a besoin d'être préparé par une influence indirecte, réservée aux conservateurs proprement dits.

Pour les y guider, je vais consacrer la première et principale partie de cet opuscule à composer la doctrine» d'abord abstraite, puis concrète, qui maintenant suffit aux hommes d'état susceptibles de devenir systématiques. Dans les deux autres parties, la solution générale sera spécialement développée envers les rétrogrades et les révolutionnaires, en expliquant comment deux écoles diversement vicieuses peuvent désormais être également contenues et secondairement utilisées. Enfin, ma conclusion oifrira le complément dynamique d'un tel ensemble dMndications statiques, en caractérisant la marche générale des conservateurs systématisés, jusqu'à leur fusion finale parmi les positivistes, qui seuls aujourd'hui peuvent dignement servir l'ordre et le progrès.

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