PREMIÈRE PARTIE
national, tendait, par son extension spontanée, à faire directement pressentir l'Humanité.
Cette tendance devint irrécusable , même envers la vie privée, aussitôt que l'incorporation romaine fut assez développée pour susciter l'admirable sentence : Homo sum^ et nihilhumani ame alienumputo. Deux siècles après, la phase dictatoriale de la transition active fit directement surgir, dew la vie publique, la devise décisive : Non sibif sed toit genitum se credere mundo. Les aspirations spontanées des populations avancées à l'universalité de foi montrèrent , en même temps , que l'intelligence s'elforçait de construire la conception correspondante à ce double pressentiment.
Mais l'avènement du dogme de l'Humanité n'était pas mo5ns incompatible avec le théologisme qu'avec la guerre, malgré leur commune aptitude à le préparer. En devenant monothéique, afin d'obtenir l'universalité, la synthèse fictive dut à la fois développer sa nature égoïste et son caractère absolu. Quoique les vices de la doctrine fussent longtemps compensés par la sagesse du sacerdoce , le moyen âge aurait finalement entravé la préparation du Grand-Être sans la prépondérance spontanée de l'instinct chevaleresque , mieux préservé que l'esprit catholique des dangers propres à la foi dominante. Sous cette impulsion, résultée de la transformation de la con* quête en défense , le dernier mode du théologisme progressif, malgré son inaptitude pratique ; fit faire un pas décisif à l'initiation religieuse en consacrant l'occidentalité , qui seule permit la transition finale entre la Patrie et l'Humanité. La séparation provisoire des deux puissances ayant conduit des populations temporellement indépendantes à former une véritable communauté d'après
26 APPEL AUX CCMSiEByATEUBS.
4eQ H^n^ purement apirituels , la vraie nature de TasacH ciation universelle put dès lors être comprise à travers une doctrine incapable de l'instituer. Qn dut ainai sentir que Tessor connexe de l'esprit positif et de Tactivité pacifique constituait le fondement direct de la régénération théorique et pratique que la synthèse définitive pouvait seule compléter et résumer pour la consolider et développer. Aussitôt que la double él9,bQrayon fut assez avancée , rintelligence moderqe, s'élevant au niveau de Tantique sociabilité, se trouva poussée, d'après un ébranlement décisif, à construire le dogme capable de procurer aux éléments de Tordre final la généralité comme la générosité nécessaires h leur destinfition.
Sans présenter, sur )e principe de T Humanité, des indications systématiques qui seraient ici déplacées, il me suSit de noter que )a raison oceidentale a fait spontanément prévaloir deu^i: formuler usuelles, dont le gqucours annonce le prochain ascendant du' Grand-Être. Dans le triple ensemble qui caractérise la suprême escistence , Télément auquel elle se rapporte dut, le premier, recevoir une désignation collective, sous le nom de Postérité , d'abord domestique , puis civique , enfin universelie , suivant la loi propre h la sociabilité. Quand révolution du Grand-Être fut asse? avancée pqur faire spontanément sentir sa prépondérance directe , la dénomination de PubUc surgit , cheE les modernes , avec une autorité croissante , envers le groupe objectif où v4e^e le service immédiat de l'Humanité. Ce double préambule ne laisse dépourvu de titre spécial que l'élément passé de la population sutgective , qui seul fournit ^ la fois les impulsions et les moyens qu'ei^igent la oonaervatira et le p^feetionnement de la suprême e¥istonce.
PBEMIÈBE PARTIE. 27
Nf^j^, oiitre qu'on pourrait rappeler Priorité, rensemble (le^ prédécesseurs Revenant le principal objet du culte universel , il se trouve dispensé d'un nom distinct , pouvant (oujpurs f*e^ter désigné, sans confusion, comme le Grand-Être dont il forme, de plus an. pi us, la base nécessaire.
L'ftYénemei)t de ce principe rôsmije et termine Finir tiation humaine , puisque sa construction suppose et représente répuisement , intellectuel et social , du régime préparatoire ; la tutelle fictive devait spontanément s'é« teindre aussitôt qqe sa nature et s^ destination seraiegt systématiqwemept appréciées. Toutes les populations actuelles aspirent , plus qu pioins , ^ développer l'amour universel d'après vine activité pacifique guidée par une foi démontrable , en regardant comme dégradantes les croyances chimériques et les impulsions destructives qui durent provisoirement prévaloir. Quoique la régénération finale doive Spécialement commencer en Occident, et même chez le peuple centr^.}, son accomplissement constitue , sur Tensemble delà planète humaine, Tunique issue de l'orageuse stagnation partout résultée de l'épuisement radical des divers modes du régime prélipiinaire.
Intellectuellement considéré, le principe universel présente directement les propriétés, esthétiques et théoriques, qu'exige sa destination fondamentale. Érigeant l'amoqr en source continue de la suprême existence, il subordonne à l'essor affectif l'évolution spécqlative et mêqfie active, 4p manière h constituer la véritable unité. Consacrant le caractère subjectif que le fétichisme dut spont$^pé(nent in^primer h la synthèse humaine, il y sqbstitqe le relatif à l'absolii, d'après un irrévocable reç[)p|acement du type individuel par le type collectif,
28 APPEL AUX CONSEBVATEUBS.
en écartant à jamais la systématisation objective vainement poursuivie sous le théologisme. Devenant inséparable du culte, l'art s'élève au-dessus de la science, comme mieux apte à seconder le développement de l'unité réelle, en idéalisant l'avenir et le passé dont la combinaison doit de plus en plus dominer Texistence humaine. Mais en restreignant l'essor théorique autant que l'exige sa destination normale, le principe positiviste lui procure une incomparable consécration en le vouant à rétude de l'ordre universel, tant extérieur qu'intérieur, qjie le Grand-Être résume et perfectionne.
Quelle que soit l'importance de la discipline spéculative que l'Humanité vient ainsi fonder au milieu d'une anarchie essentiellement intellectuelle, je dois ici faire davantage sentir l'efficacité sociale, d'abord morale, puis politique, de la foi régénératrice, dont un tel service peut mieux caractériser l'urgence/
Attaquant, à sa vraie source, la révolution moderne, elle institue, plus qu'au moyen âge, la culture du sentiment, graduellement effacée sous l'essor désordonné de l'intelligence et de l'activité. Cette reconstruction s'y trouve préservée de toute mysticité, parce qu'elle est toujours rapportée au développement direct de la discipline humaine. Le progrès final étant ainsi conçu comme devant surtout régler des forces déjà surgies, sa conciliation avec l'ordre normal ressort aussitôt d'un tel régime, qui dissipe autant la rétrogradation que l'anarchie, en satisfaisant mieux que chacune d'elles à la destination correspondante.
Politiquement envisagé, le principe de l'Humanité fournit à des pouvoirs empiriques, tant privés que publics, la consécration et le régulateur qui leur manquent.