PREMIÈRE PARTIE
rie n'est alors cultivée qu'en vue immédiate de la pratique. Quoique la connaissance de la nature humaine oflre plus de réalité , d'importance, et de difiSculté qu'aucune autre, elle reste toujours rapportée à l'être éternel et composé dont l'individu doit objectivement devenir le digne serviteur afin d'y demeurer subjectivement incorporé. Son étude consacre et discipline toutes nos spéculations ; l'ordre moral repose sur Tordre social, qui dépend de l'ordre vital, comme celui-ci de l'ordre matériel , première base de la vraie synthèse, tant pratique que théorique, où tout progrès consiste à développer l'ordre.
Voilà comment la sociocratie systématise la discipline ébauchée par la théocratie envers la culture intellectuelle, afin que l'esprit ne puisse jamais éluder sa destination. Tout le contraste du régime final avec le mode provisoire peut donc se rattacher à cette maxime :
Entre rHomme et le Monde , il faut l'Humanitë.
Le premier hémistiche ayant consacré le dualisme de l'ancienne synthèse, le second institue la progression qui distingue la nouvelle, en intercalant le Grand-Être sans lequel le monde ne pourrait assez dominer l'homme, ni l'homme assez modifier le monde, pour établir Tharmonie universelle.
2** Séparation des deux puissances. Quoique la révolution moderne ait radicalement méconnu l'admirable effort du moyen âge envers la division normale des deux pouvoirs sociaux , la précocité de cette tentative ne pouvait éteindre la tendance la mieux appropriée au programme occidental. On ne peut régler l'ensemble des
forces humaines qu'en érigeant, au-dessus des diverses
34 APPEL AUX GOMSkRVATEURS.
autorités pratiques, une même influence théorique, destinée à subordonner les activités partielles à la providence générale, dont le vrai sacerdoce constitue l'interprète systématique. Cette hiérarchie, normalement conforme à la loi naturelle de tout classement, se trouve spécialement fondée, en politique, sur Textension territoriale des pouvoirs correspondants. Après que les rois eurent annulé la papauté, leurs désastreuses aspirations à l'universalité de la domination temporelle firent partout surgir des tendances irrésistibles vers la dislocation finale des grands États provisoirement résultés de la révolution occidentale. Malgré le protestantisme et le déisme, les mœurs modernes sont ainsi disposées à ratifier la solution décisive que le positivisme vient offrir envers la question, irrévocablement posée au moyen âge, pour une digne conciliation entre Tindépendance et le concours. D'une part, le monothéisme oriental, après d'incoinparâr blés succès, a dû renoncer, autant que le polythéisme romain, à fonder l'association universelle sur la confosîon des deux pouvoirs humains. En même temps, le monothéisme occidental n'a pu résoudre, par leur séparation , la question d'universalité qu'il avait dignement posée , et qui n'a jamais cessé d'être de plus en plus poursuivie cheas toutes les populations avancées, d'où les autres peuples en attendent l'issue.
Puisque les deux formes propres au mode final du théologisme progressif ont également échoilé dans une entreprise qui persistera toujours jusqu'à ce qu'elle soit accomplie , la raison publique ne tardera point à récon naître, tant en Orient qu'en Occident, que le positivisme peut seul y réussir. Il proclame, avec les occidentaux, que l'association universelle doit exclusivement reposer sur