‹ Discours sur l'esprit positif (volume 2)Chapitre 19 sur 37 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

une séparation réelle et durable entre l'autorité pratique et rinfluence théorique. Mais il confirme le jugement des orientaux envers Tinaptitude radicale du catholicisme à séparer le commandement et le conseil. Cette division était plus incompatible avec l'absolutisme du sacerdoce théologique qu'avec celui des gouvernements militaires» Elle ne peut s'établir que quand les croyances surnaturelles et l'activité guerrière se trouvent essentiellement éteintes. Alors elle doit spontanément surgir de l'universalité propre à la foi démontrable et de la liberté qui distingue l'activité pacifique. Dans un tel milieu, la religion positive vient aisément systématiser une séparation normale entre deux puissances dont chacune se sent nécessairement incapable d'absorber l'autre , quels que puissent jamais être leurs conflits privés ou publics.

8* Dignité de la femme. Il est facile de sentir combien le dernier caractère du régime positif se lie naturelle*ment aux deux autres. Car, on aurait vainement pro* clamé l'universelle prépondérance de la morale, si le sexe actif et spéculatif n'accordait point au sexe affectif un digne ascendant. De même , la séparation des deux puissances deviendrait illusoire dans la cité si le commandement n'était pas convenablement modifié par le conseil au sein des familles.

Mais le privilège du positivistne a peu besoin d'explication envers son caractère final , où l'impuissance de ^ancienne synthèse est facilement appréciable. Parmi tous les modes propres au régime provisoire , le fétichisme, seul incorporable au régime définitif, fut aussi le seul qui pressentit la dignité féminine , d'après la suprématie spontanée qu'il accordait au cœur. Sous les autres phases, sans excepter Tétat théocratique , l'évolution so-

ciale du sexe affectif, qui fournit la meilleure mesure du progrès humain , ne se trouva réellement secondée que par l'ensemble des instincts pratiques. C'est ainsi que ^ d'après la polygamie initiale , surgirent d'abord l'institution, puis le perfectionnement, de la monogamie. Le pas que firent , au moyen âge , les mœurs occidentales résulta des impulsions chevaleresques, le catholicisme ne l'ayant préparé qu'en systématisant la pureté , sans pouvoir consacrer la tendresse , qui , repoussée par son dogme et même son régime , ne trouva d'accès que dans son culte.

Ces aspirations sont directement réalisées et développées dans la religion positive, où, l'existence du Grand- Être étant toujours fondée sur l'amour, le sexe aimant fournit sa meilleure personnification. La femme, qui présente , à tous égards, le vrai type de notre espèce, constitue un médiateur nécessaire entre l'homme et l'Humanité , comme le sacerdoce s'interpose entre les deux sexes. En vertu de sa prééminence affective, l'épouse accomplit , au nom du Grand-Être , l'intime perfectionnement de l'époux , et la mère présida à l'éducation des enfants quelconques , sauf le complément théorique qui doit toujours émaner du clergé. Mais ce double office ne saurait être dignement exercé si la situation sociale du sexe aimant ne se trouvait sans cesse en suffisante harmonie avec sa nature et sa destination. Pour y pourvoir, le positivisme , systématisant les tendances occidentales, supprime à la fois les dots et les successions féminines, en fondant l'économie domestique, et par suite civique, sur l'axiome : V homme doit nourrir la femme.

Telles sont les sept notions, profondément connexes.

PREMiÈRE PARUE. 37

dont Tensemble suffit aux hommes d'État qui, sans être maintenant convertis à la religion positive, peuvent déjà sentir son aptitude à terminer la révolution moderne. Mais, malgré l'évidence de chacune d'elles et leur consolidation mutuelle, leur explication abstraite exige le complément qui va résulter de leur application combinée aux trois degrés de l'existence humaine, d'abord personnelle, puis privée, enfin publique.

1t^ AppréciaUcn concrète.

Dans le développement ordinaire de la société , le public assiste spontanément ses guides , parce que la marche s'accomplit sous une impulsion unanimement sentie. Mais les difficultés propres aux temps de transition se trouvent naturellement aggravées par la résistance, passive ou même active, de la masse sociale aux âmes d'élite qui seules comprennent alors l'ensemble des besoins humains. Quand il faut modifier ou renouveler la doctrine fondamentale , les générations sacrifiées au milieu desquelles s'opère la transformation y demeurent essentiellement étrangères et souvent y deviennent directement hostiles. Leur masse ne participe à la marche générale de l'humanité que par l'élaboration, toujours nécessaire, du trésor matériel ; loin de seconder l'essor intellectuel et moral , elle entrave les efforts exceptionnels qui s'y vouent. Cette situation oblige les dignes serviteurs du Grand-Être à s'affranchir spécialement des influences ' contemporaines, en contemplant l'avenir qu'ils préparent et le passé qui les soutient.

Adaptées aux transitions quelconques, ces dispositions sont surtout propres à la phase actuelle de la grande crise

38 APPEL àJÛX GOnSERYATIORS.

oÈi devait aboutir la révolution occidentale* La rénovation vers laquelle tend Tensembie du mouvement moderne constitue la plus profonde transformation de notre espèce^ dont rétat normal s'y doit directement instituer^ d'après rentier accomplissement de l'initiation néeessaire^Pen-dant la génération qui vient définir^ la doctrine destinée à guider cette reconstruction fut pleinement élaborée, en fondant, sur l'explication du passée la conception de l'avenir et l'appréciation du présent. Tandis qu'elle se développe et se propage, les hommes d'État y peuvent déjà puiser les moyens de seconder la réorganisation universelle en surmontant l'orageuse fluctuation d'un milieu dominé par des habitudes rétrogrades et des tendances anarchiques. Mais ils ne sauraient ainsi concourir à la construction qui j^oit seule caractériser un siècle excep^ tionnel qu'en se rendant assez familière l'existence finale dont il accomplira l'installation.

En considérant d'abord l'ensemble de l'état normal ^ on peut aisément reconnaître que la religion positive s'y trouve complètement adaptée. Car, le sentiment, Tin* telligence, et l'activité doivent simultanément recevoir un essor continu Jusqu'alors impossible, en se vouant au service direct de l'Humanité, seule base inaltérable de consécration et de discipline. L'unité fondée sur l'union trouve la source et le but de toute digne vie, individuelle ou collective, dans le concours permanent qu'exigent la conservation et le d(^velôppement du Grand- Être qui préside au perfectionnement universel, dont il offre le meilleur type. D'après sa nature relative, la suprême existence est directement préservée des contradictions insurmontables que présentait Tomnipotencd divine. Néanmôifis, sa prépondérance nécessaire n'est pai» plus

PRBMIÈBE PARTIE. di

contest^le que Ba réalité directe. A mesure que THumanité se développe ^ chacun de ses trois éléments collectifs exerce un ascendant croissant sur tous ses serviteurs : la Priorité nous domine mieux « T homme dépend davantage du Public , et nous sommes plus liés à la Postérité. Sous ce triple empire « la loi du devoir et celle du bonheur coïncident spontanément, parce que tous deux consistent à vivre pour autrui^ d'après Tessor continu qui devient ainsi propre aux instincts sympathiques, seuls susceptibles de prépondérance finale , malgré leur infé* riorité primitive*

Le culte, complété par Fart, se développe et se purifie en exprimant la gratitude et la vénération dues à la suprématie d'où dérivent toujours les matériaux et les procédés des opérations humaines. En adorant la source directe de tous nos biens, nous devolis aussi glorifier son siège nécessaire ^ que Tincorporation du fétichisme au positivisme nous permettra d'honorer dignement, en idéalisant la Terre et ses annexes célestes , de manière à réparer l'ingratitude croissante du théologisme. Mais notre reconnaissance ne saurait être complète qu'en passant du concret à l'abstrait, pour s'étendre jusqu'à la fatalité modifiable qui domine à la fois le Monde et l'Humanité. Sa suprématie nécessaire, que Tégoïsme et l'aveuglement théologique nous détournaient d'honorer, doit naturellement obtenir de dignes hommages dans la sociolâtrie, comme fournissant^ même d'après son immuabilité, la première base de toute notre existence. C'est seulement ainsi que le culte se trouve en pleine harmonie avec le dogme et le régime, directement voués h l'ordre univflrîiel , pour l'apprécier et l'améliorer. Dan» Q6 double complément du culte fondamental , la recon-»

40 APPEL AUX OONSERYATEURS.

naissance et la soumission sont simultanément développées, d'après les réactions normales de l'expression sur l'impression. Il nous fait naturellement apprécier les meilleurs types d'une régularité que la providence systématique étendra jusqu'à l'ordre le plus complexe, pour réparer les imperfections spontanées de l'économie universelle.

Je dois maintenant signaler l'aptitude spéciale de la religion positive envers chacun des trois degrés de l'existence humaine. Cette seconde moitié de mon exposition générale de la doctrine propre aux vrais conservateurs est surtout destinée à faire convenablement sentir ce que la régénération finale offre d'immédiatement réalisable. La transition organique doit toujours s'accomplir d'après les mêmes influences que développera l'état normal, leur essor actuel étant à la fois moins régulier et plus intense. Existence Quoiquo directement socialo, la religion positive ne personnelle, discipline l'individualité qu'en la consacrant, comme siège nécessaire du service objectif de l'Humanité, dont chaque fonction , malgré sa nature collective , ne peut jamais s'accomplir que d'après une concentration personnelle. L'existence du Grand-Être n'exige pas moins Tindépendance que le concours chez tous ses serviteurs directs ; sa supériorité cesserait aussitôt que ses organes deviendraient inséparables. Ses meilleurs attributs supposent une harmonie toujours volontaire, d'oU résultent à la fois l'ordre par l'amour et le progrès d'après la liberté. Mais, réciproquement, la pleine consécration de l'homme au service continu de l'Humanité procure à l'individu la consistance et la dignité qu*il chercha vainement dans un céleste isolement. Pour faire vraiment prévaloir la sociabilité , la religion positive accorde à la

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L'ensemble de ce* dix ^ordonne la via de relaUon en liant ses deui sorles de fonctions extérieures -^^g. jf^ig ^ région affective n'a de conneiltéa nerveuses qu'avec les vis^ jeuj autres régions. Ce centre essentiel de toute l'eiisUncB humaine foa<^grs le reste du cerveau, l'intermittence périodique est aussi complète que t\ jg laquelle les deui autres dirigent les relations, el"

actives et passives , (

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PRSaiIÈRE PARTIE. ^1

personnalité les satisfactions qu'exige l'existence corporelle, base nécessaire de la vie cérébrale , quoique celleci soit seule vouée au Grand-Être.

C'est ainsi que tous les besoins individuels s'ennoblissent par une destination collective, qui réprouve, outre tout suicide, les austérités capables d'altérer l'aptitude de chacun à servir l'ensemble. Mais, au delà de cette mesure , les appétits personnels exigent une répression permanente , sans laquelle la subordination normale de l'égoïsme à l'altruisme ne pourrait jamais s'établir. Afin de mieux caractériser cette lutte, j'ai cru devoir ici reproduire le tableau cérébral (^4, ci-contre) que je construisis, dans ma Politique positive ^ pour systématiser l'appréciation et l'amélioration de la nature humaine. Il institue une théorie qui , d'après un libre examen de l'économie réelle, représente la plupart des impulsions personnelles comme autant d'infirmités organiques, d'où résultent les principales imperfections de notre existence, tant collective qu'individuelle. Une tejie appréciation cotivient surtout à l'instinct sexuel, le plus perturbateur de tous nos penchants , et le moins susceptible d'être utilement transformé.

Réorganisant, sur de meilleures bases, la purification systématique que le catholicisme sut dignement ébaucher envers l'ensemble des inclinations personnelles, le positivisme se caractérise en la rattachant à l'essor continu des affections sympathiques, toujours inconciliables avec le théologisme. Le culte individuel de l'Humanité, d'après l'intime adoration de ses meilleurs représentants, tend directement à développer les sentiments bienveillants pour consolider la véritable unité, par une suite quotidienne de pratiques secrètes , où ehacun des vrais

42 APPEL AUX GONSBAVAfffiURS.

croyante devient un prêtre spécial. Cette institution ré-* suite de la nature composée du Grand*-Être , qui suscite à la fois le besoin et la possibilité d'une personnification^ spontanément étiiaiiée du sexe le mieux doué de Tattribut fondamental de T Humanité.

Base nécessaire du culte autant que du régime , la famille fournit à chacun, dans les seules individtiaJités qu'il puisse assez apprécier, ses meilleures représentations de la suprême existence ^ d'après les affections graduellement surgies en lui. Le positiviste trouve ainsi 4 dans sa mère, sa principale patronne, nonnalément complétée par répouse et la fille ; la sœur développe ou remplace Fun quelconque des trois types , tous susceptibles aussi d'adjonctions variées, même masculine!;. Voilà comment la religion de l'Humanité supplée aux anges gardiens que le catholicisme tira du judaïsme, et même aux dieux domestiques, plus spontanés et plus efficaces « que le fétichisme transmit au polythéisme. Dans le triple patronage , la vénération , l'attachement , et la bonté reçoivent à la fois une culture spéciale, convenablement dirigée vers le passé, le présent, et l'avenir, en caractérisant nos liens respectifs avec nos supérieurs , nos égaux , et nos inférieurs. Au lieu de redouter la mort, ce culte y trouve un essor plus complet et même plus pur, d'après le perfectionnement spontané toujours résulté de l'existence subjective, où les défauts s'effacent et les qualités s'exaltent. Ces habitudes sont surtout nécessaires au sexe actif et spéculatif 4 pour compenser les tendances continues de l'essor pratique ou théorique à développer Fé« goisme et comprimer l'altruisme. Quoique la femme, mieux préservée par sa nature et sa èituation , ait moins besoin dft Tintime patronage , il peut ausû s'adapter à ce

PBEMIÈRfi PARTIE. AS

cas , où l'insuffisance spontanée concerne davantage Ténergie que la tendresse; sans altérer le type principal, on se borne alors à changer le sexe des deux autres.

Un tel culte est éminemment esthétique « puisque Tidéalisation s'y pousse jusqu'à l'évocation subjective, de manière à faciliter l'essor d'une religion qui nous fait habituellement vivre avec ceux que nous ne pouvons voir. Mais cette aptitude ne saurait aucunement altérer l'efficacité théorique de la prière positiviste t où la commémoration suivie d'effusion ne peut atteindre son but nonnal que d'après un respect continu pour les lois qui lient l'ordre moral à l'ordre intellectuel et même à l'ordre physique. C'est ainsi que l'indivisibilité de la synthèse universelle se trouve profondément sentie , de manière à faire chérir la discipline involontaire sur laquelle doit toujours reposer la règle volontaire; toute consistance est interdite aux sentiments qui ne sont point assistés par des convictions. En même temps , la connexité directe entre la spéculation » l'affection, et l'action nous devient asses familière pour éviter également l'empirisme et le mysticisme» en représentant la foi, l'amour, et l'activité comme devant se stimuler et se régler mutuellement. Ayant ainsi lié le dogme et le régime à notre culte le plus cher, nous pouvons toujours prévenir l'arbitraire, en suppléant , par le sentiment , à la fréquente insuffisance des motifs théoriques et pratiques. L'intime adoration nous fait habituellement reconnaître que l'imperfection de notre nature nous expose sans cesse à la domination des instincts les moins disciplinables et les plus contraires au bonheur comme au devoir. Nous sommée ainsi conduits à sentir que notre existence ne peut acquérir Une vraie consistance qu'en appliquant à tous

kU APPEL AUX CONSERVATEURS.

ses modes la double liaison qu'indique le mot religion, au dedans par l'amour, au dehors par la foi. Vie privée. . Puisque le positivisme surpasse le théologisme pour la morale personnelle , seule directement accessible à la Synthèse absoîue , sa supériorité demande peu d'explications envers la famille , source nécessaire et continue de l'essor sympathique sur lequel repose la systématisation universelle. Non moins liée à la vie individuelle qu'à la vie collective, l'existence domestique constitue l'unique base de la subordination de l'égoïsme à raltruismè. Quoique surtout propre à développer l'attachement, elle procure à la vénération , et même à la bonté , la culture fondamentale sans laquelle l'amour universel serait toujours illusoire et deviendrait souvent perturbateur.

Mais , le positivisme ne congacre la Famille qu'en la disciplinant, d'après sa subordination à l'Humanité par l'entremise de la Patrie. Outre la célébration propre à l'existence domestique dans le culte général du Grand- Etre, il institue pour elle un culte spécial, où toutes ses phases normales sont autant réglées que sanctifiées par' les neuf sacrements sociaux. Je dois ici me borner à signaler le triple aspect sous lequel la religion de l'Humanité développe et consolide l'association élémentaire où surgit la séparation nécessaire entre le conseil et le commandement.

Normalement érigée en centre fondamental de la famille, la femme exerce, au sanctuaire domestique, deux offices sociaux , en perfectionnant le serviteur actuel et préparant le serviteur futur du Grand-Être dont elle offre à chacun d'eux la meilleure personnification.

Sous le premier aspect, le positivisme consolidé etfdéveloppe Tunion conjugale en complétant l'iûstitution de

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