DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Gonsidératioiit fondamentales sur la natare et la destination da véritable esprit philosophique : appréciation sommaire de l'extrême importance sociale que pré^ sente aujourd'hui raniverselie propagation des principales éludes positives: application spéciale de ces principes à la science astronomique, d'après sa vraie position encyclopédique.
I L'ensemble des connaissances astronomiques , trop isolément
considéré jusqu'ici, ne doit plus constituer désormais que Ton des éléments indispensables d'un nouveau système indivisible de philosophie générale , graduellement préparé par le concours spontané de tous les grands travaux scientifiques propres aux trois derniers siècles , et finalement parvenu aujourd'hui à sa vraie maturité abstraite. En vertu de celte intime connexité , très-peu comprise encore, la nature et la destination de ce traité ne sauraient être suffisamment appréciées , si ce préam-* bule nécessaire n'était pas surtout consacré à définir convenablement le véritable esprit fondamental de cette philosophie, dont Tinstallation universelle doit , au fond , àevenir le but essentiel d'un tel enseignement. Comme elle se distingue principalement par une continuelle prépondérance , à la fois logique et scientifique , du point de vue historique ou social , je dois
d'abord , pour la mieux caractériser, rappeler sommairement la
gnmdt loi ^w J» êlaUie, éms ■» SfaÊkm et pkilaaÊphie fôtUke, wm FcatiêR érolntioa iatriifctepflc et fbiBmiite, loi i fafMile #;
Soldat cette doctriac feail —i m ili , ioales ■» spécnblioos fvdeoaqiKS sont inéfitabtaRiif aBHofetties, anil Aa rindlK iriéB , 90il chez Fcspè» , à puEcr sooxssîvcBent for trois états ihéorM|iMS diSèreBU, que les femm'natîoaa habîtndks de tlwoloeiqiie, nétaplijSMiae, et positif, poanroot id qoalifier wfl i saMm cnt , poorceax, du Moins, çpi es anroot bten compris le Trai sens sénéraL Quoique d'abccd îiu&peDsaMe, à t«Nis éfards, le prcnier état dûit désonnaîs être tOQJ-Mus cooca coonae p wita l profisoire et prcpiraiûîre ; le secoad, qui a'es coastitue rcdkaent qa'oiie ac^iiificatk'Q dîsîLlTanie , ne comporte jaaais qu'une sonpSe destjnatîoa tramitoîre, afia de coadoire gradodieaMnt an troisicme; c*est ca celaî-cî« seul pfeiDcmeat Doraai, qae coasisle, ca loas gearas, le Rgioie dëfiratif de la
nos spéculations aianifcstent spoetancmeat ane prêdOedion caffactérètiqae poar les qoestmis les plos insohMes, sor les sujets les pins radîcaleBient înaecessiMes i toate iaïuti^ition
déci«Tc. Vwt an contraste qaî, de nos joars, doit d ' a fcotd pa- FaltTB iiKxpiicable, aoi» qai, au ibad, est ahts ca pleiae la uM om e a^ec la Traie sitaatioa initiale de aotre ni en an temps oA Fesprit homain est encore aa-dosoas des aimplies problèmes aeicatifqaesy il lech e icèa avîdHaeat, et #tmenuaiièrepresqaeeielnsi?e, Forigiae de tontes dnses, les caases emc at i clle s, soit premières, soit laales, des dîners Bomèam qui le firappeat , el kar mode Ibadanmatai de lion , ea aa ami les eonaaissaaoes absohKs. Ce besoin priaiiiir se troore natnrelleffient satisfait , antanf que Fe«ge ane telle
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sUaation , et même , ea effet , aotant qa'il pntoejamaif Yéttê^ par notre teDdance initiale à transpcirter (Mirtoiit le type lumaitti en aMiÉiilant tons les phénomènes qwloonqaes à ceux qtie noitt produisons noos-mémes, et qni, à ce titre, eommeocest pÉt nous sembter assez conoas , d'après l'intoitkm immédkte qtf les aeeompagne. Pour Men comprendre l'eqirlty pnr«»eBt tkéologiqne , résulté dn développement, de plos en ph» syslémft*^ tique , de cet état primordial , il ne faut pas se borner à le eon^ sidérer dans sa dernière phase, qui sf'achèTe , sous nos yeux chez les populations les plos avancées ,^ mais qui n'est point à beaucoup près , la plus caractéristique : il devient indispensable de jeter on coup d'oeil vraiment philosophique sur Ten-^ semble de sa marche naturelle , afin d'apprécier son identité fondamentale sous les trois formes principales qui M sont suécessivement propres.
La plus immédiate et la plus prononcée constitue le fétickismt proprement dit , consistant surtout à attribuer à tous les corps extérieurs une vie essentiellement analogue à la nOtre , mais presque toujours phs énergique , d'après leo* action ordînafrement plus puissante. L'adoration des astreis caractérise le de^ gré le plus élevé de cette première phase théologiqœ, tfjtA , au début , diffère à peine de Fétat mental où s'arrêtent les animaux supérieurs. Quoique cette première forme de la philosophie théologique se retrouve avec évidence dans l'histoire intellectuelle de toutes nos sociétés^ eBe ne domine phis directement aujourd'hui que chez la moins nombreuse des Iroîs grandes races qui composent notre espèce.
Sous sa secondé phase essentielle, constituant le vrai />o/ythéisme, trop souvent confondu par les modernes avec l'étaf précédent, Tesprît théologîque représenté nettement h Miré prépondérance spéculative de l'imagination:, tandis que jusqu'alors 1- instinct et le sentiment avaient surtout prévalu dans
les théories humaiiies. La phUosophie initiale y subit la plus profonde transfonnatioD que puisse comporler rensemble de sa destinée réelle , en ce qae la vie y est enfin retirée anx objets matériels, pour être mystérieusement transportée à divers êtres actifs f habituellement invisibles, doht TacUve interventkm continue devient désormais la source directe de tous les phéncMnèoes extérieurs, et même ensuite des pbéncnnénes humains. G^est pendant cette phase caractéristique , mal appréciée aujourd'hui , qu'il faut principalement étudier l'esprit théologique , qui s'y développe avec une plénitude et une homogénéité ultérieurement impossibles : ce temps est , à tous égards , celui de son plus grand ascendant, à la fois mental et social. La majorité de'notre espèce n'est point encore sortie d'un tel élat, qui persiste aujourd'hui chez la plus nombreuse des trois races humaines , outre l'élite de la race noire et la partie la moins avancée de la race blanche.
Dans la troisième phase théologique , le monothéisme proprement dit commence Tinévitable déclin de la philosophie initiale , qui , tout en conservant longtemps une grande influence sociale , toutefois plus apparenté encore que réelle , subit dès lors un rapide décroissement intellectuel, par une suite spontanée de cette simplification caractéristique, oA la raison vient restreindre de plus en plus la domination antérieure de l'imagination, en laissant graduellement développer le sentiment universel, jusqu'alors presque insignifiant, de l'assujettissement nécessaire de tous les phénomènes naturels à des lois invariables. Sous des formes très-diverses, et même radicalement inconciliables, cet extrême mode du régime préliminaire persiste encore , avec une énergie fort inégale , chez l'immense majorité de la race blanche. ; mais , quoiqu'il soit ainsi d'une observation plus facile, ces mêmes préoccupations personnelles apportant aujourd'hui un trop fréquent obstacle à sa judicieuse
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appréciation , faute d'une comparaison assez rationnelle et as«> sez impartiale avec les deux modes précédents.
Quelque imparfaite que doive maintenant sembler une telle manière de philosopher, il importe beaucoup de rattacher indissolublement l'état présent de l'esprit humain à fensemble de ses étals antérieurs, en reconnaissant convenablement qu'elle dut être longtemps aussi indispensable qu'inévitable. En nous bwDant ici à la simple appréciation intellectuelle , il serait d'abord superflu d'insister sur la tendance involontaire qui , même aujourd'hui , nous entraîne tous évidemment aux explications essentiellement théologiques , aussitôt que nous voulons pénétrer directement le mystère inaccessible du mode fondamental de production de phénomènes quelconques, et surtout enyers ceux dont nous ignorons encore les lois réelles. Les plus éminents penseurs peuvent alors constater leur propre disposition naturelle an plus naïf fétichisme, quand cette ignorance se trouve, momentanément combinée avec quelque passion prononcée. Si donb toutes les explications théologiques ont subi, chez les modernes occidentaux , une désuétude croissante et décisive , c'est uniquement parce que les mystérieuses recherches qu'elles avaient en vue ont été de plus en plus écartées comme radicalement inaccessibles à notre intelligence, qui s'est graduellement habituée k y substituer irrévocablement des études plus efficaces , et mieux en harmonie avec nos vrais besoins. Même en un temps où le véritable esprit philosophique avait déjà prévalu envers les plus simples phénomènes, et dans un sujet aussi facile que la théorie élémentaire du choe, le mémorable exemple de Mallebranche rappellera toujours la nécessité de recourir à l'intervention directe et permanente d'une action surnaturelle, toutes les fois qu'on tente de remonter à la cause première d'un événement quelconque. Or, d'une autre part , de telles tentatives , quelque puériles qu'elles semUent
6 oiscouas
jittteoientaujoiird'hDi , oovtituaieot certainemeDt le seid moyen primitif de déterminer l'essor co&tioa des spéculations humaioes, en dégageant q^tanànent notre intelligence da cercla profcHidémept Yîoieox où elle est d'abord nécessairement enrdoppée par l'opposition radicale de deux conditions égale*ment impérieuses. Car, si les modernes ont dû proclamer Timpossibilité de fonder aucune tliéorie solide, autrement que sur un suffisant concours d'observations convenables » il n'est pas moins incontestable que l'esprit humain ne pourrait jamais combineri ni même recueillir, ces indispensables matériaux , saos être toujours dirigé par quelques vues spéculatives préalablement établies. Ainsi, ces conceptions primordiales ne pouvaient, évidemment, résulter que d'une philosophie dispensée, par sa nature , de toute longue préparation , et susceptible, eu un mot, de surgir spontanément » sous la seule impulsion d'un instinct direct , quelque chimériques que dussent être d'ailleurs des spéculations aussi dépourvues de tout fondement réel. Tel est l'heureux privilège des principes tbéolo* giquea , sans lesqu^ on doit assurer que notre intelligence ne pouvait jamais sortir de sa torpeur initiale, et qui seuls ont pu permettre, en dirigeant son activité spéculative, de furéparer graduellement un meilleur régime logique. Cette aptitude fondamentale fut, au reste, puissamment secondée par la prédilection originaire de l'esprit humain pour les questions insolubles que poursuivait surtout cette (Ailosopbie primitive. Moua ne pouvions mesurer nos forces mentales, et, par suite , en circonscrire sagement la destination , qu'après les avoir suffisan^ent exercées. Or, cet indispensable exercice ne pouvait d'abord être déterniiaé, surtout dans les plus faibles facultés de notre nature , sans l'énergique stimulation inhàrente à de Iriles études , où tant d'intelligences md cultivées persistent doeoie à cheicher la plus prompte et la |dus eemi^te sdutioa
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des queMkms directement usuelles. Il a Biéoie loogteaips fallu, afin dé vaiœre suffisatnmetit notre inertie native ^ reeourir aussi aux puissantes illusions que soseitait s|Kmtanéaient une telle philosophie sur le pouYoir presque indéfini de Tbomme pour modifier à son gré un monde alors conçu comme essentiellement ordonné à son usage , et qu'aucune fraude loi ne pouvait encore soustraire à l'arbitrAire suprématie des influences surnaturelles. A peine y a-t-il trois siècles que^ chez l'élite de l'humanité, les espérances astrologiques et alchimiques ^ dernier vestige scientifique de cet esjnrit primordial, ont réellement cessé de servir à raccumulation journalise des (Aservations correspondantes , comme Kepler et Berthollet l'ont respectivement indiqué.
Le concours décisif dé ces divers motifs intellectuels serait , en outre y puissamment fortifié si la nature de ce Traité me per-^ mettait d'y signaler suffisaitiinent l'influence irrésistible des hautes nécessités sociales , que j'ai convenablement appréciées dans l'Ouvrage fondamental mentionné au début de ce discours. On peut d^abord pleinement démontrer ainsi, coihbien l'esprit théolDgique a dtt élre loÉglemps indiapensaUe k là combinaison peraianrate des idées morales et poliliqucs, ehocAre plus spédalement qu'à cdle de lob tes les autres j siat eu vertu de iedlr complication supérieure ^ soit partie qde b» {Aénnaiène^ oorrespondadts , prinritivëmeat trop peu prononcés , ne pouvaient aequ^fir un développement caractéristique que d'après un essor trôs-prolongô de la civilisation humaine. Cest une étrange intotiséquenee ^ à peiiie excusable par la tendance aveuglément critique de notre temps , que dé recoilnattre, pour les anciens , l'impossibilité de philosopher sur les plus simples sujets autrement que suiTant le mode (héologique , et de mé* connaître néanmoins , surtout cheat les polythélsies , l'insnruKMitable oèeessité d'un iCgime finalogae enfen |es spéeula**
lions sociales. Mais il faut sentir, en outre , quoique je né paisse rétablir ici , que cette philosophie initiale n'a pas été moins indispensable à Tessor préliminaire de notre sociabilité qu'à celai de notre intelligence , soit pour constituer primitivement qoel> ques doctrines communes , sans lesquelles le lien social n'aurait pu acquérir ni étendue ni consistance, soit en suscitant spontanément la seule autorité spirituelle qui put alors surgir.
Quelque sommaires que dussent être ici ces explications générales sur la nature provisoire et la destination préparatoire de la seule philosophie qui convint réellement à l'enfance de l'humanité , elles font aisément sentir que ce régime initial diffère trop profondément , à tous égards , de celui que nous allons voir correspondre à la virilité mentale, pour que le passage graduel de l'un à l'autre pût originairement s'opérer, soit dans l'individu , soit dans l'espèce, sans l'assistance cn^issante d'une sorte de philosophie intermédiaire , essentiellement bornée à cet office transitoire. Telle est la participation spédale de l'esprit métaphysique proprement dit à l'évolution fondamentale de notre intelligence , qui , antipathique à tout changement brusque , peut ainsi s'élever presque insettriblemenl de l'état purement théologique k Tétat franchement positif, quoique cette situation équivoque se rapproche, au fond , bien davantage du premier que du dernier. Les. spéculations dominantes y ont conservé le même caractère essentiel de tendance habituelle aux connaissances absolues : seulement la solution y a subi une transformation notable, propre à mieux faciliter l'essor des conceptions positives. Comme la théologie , en effet , la métaphysique tente surtout d'expliquer la nature intime des êtres , l'origine et la destination de toutes choses , le mode essentiel de production de tous les phénpoiènes : mais au lieu d'y employer les agents surnaturels proprement dits, die les remplace de plus en plus par ces mtUés ou Abstractions personniGéea ,
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dont rasage, yraiment caractéristiqae , a sonrent pCTmis delà désigner soas le nom A'ontologie. Il n'est que trop facOe aajourd'huî d'observer aisément une telle manière de philosopher, qui, encore prépondérante envers les phénomènes les plus compliqués, offre journellement, même dans les théories les plus simpleset les moins arriérées, tant de traces appréciables de sa longue domination (1). L'efficacité historique de ces enti« tés résulte directement de leur caractère équivoque : car, en chacun de ces êtres métaphysiques, inhérent au corps correspondant sans se confondre avec lui , l'esprit peut , à volonté, selon qu'il est plus près de l'état théologique ou de l'état positif, voir ou une véritable émanation de la puissance surnaturelle , ou une simple dénomination abstraite du phénomène considéré. Ce n'est plus alors la pure imagination qui domine , et ce n'est pas encore la véritable observation : mais le raisonnement y acquiert beaucoup d'extension , et se prépare confuse*ment à l'exercice vraiment scientifique. On doit, d'aUleurs, remairquer que sa part spéculative s'y trouve d'abord très-» exagérée , par suite de cette tendance opiniâtre à argumenter au lieu d'observer, qui , en tous genres , caractérise habituellement l'esprit métaphysique , même chez ses plus éminents or* ganes* Un ordre de conceptions aussi flexible , qui ne comporte aucunement la consistance si longtemps propre au système théologique , doit d'ailleurs parvenir, bien plus rapidement , à l'unité correspondante , par la subordination graduelle des di-
(1) Presque toutes les explications habituelles relatives aux ptiénomënes sociaux, la plupart de celles qui concernent Tbomme intellectuel et moral, une grande partie de nos' tliéories physiologiques ou médicales, et même aussi plusieurs théories chimiques, etc., rappellent encore directement l'étrange manière de philosopher si plaisamment caractérisée par Molière , sans aucune grave exagération, à l'occasion , par exemple, de la vertu dormitive de l'opium, conformément à l'ébranlement décisif que Descartes venait de faire subir à tout le régime des entités.
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yenes eatità» parliculièreB à une seide entité générale, la nature, destinée à déterminer le faible équivalent métapbysiqae de la vague liaiaon universelle résultée do monothéisme*
Pour mieniL oomprendre , surtout de nos jours , Tefficacité bislorique d'un tel appareil philosophique , il importe de reoonnattre que , par sa nature , il n'est spontanément sasœplible que d'une simple activité critique ou dissolvante, même mentale, et à plus forte raison sociale, sans pouvoir jamais rien organiser qui lui soit propre. Radicalement inconséquent, cet esprit équivoque conserve tous les principes fondamentaux du système théologique , mais en leur ôtant de plus en plus cette vigueur et cette flxité indispensables à leur autorité effective; et c'est dans une semblable altération que consiste i en effet , à tous égards, sa principale utilité passagère, quand le r^me antique , longtemps progressif pour Tensemble de révolution humaine, se trouve inévitablement parvenu à ce degré de prolongation abusive où il tend à perpétuer indéfimment l^tat d'enfance qu'il avait d'abord si heureusement dirigé. La métaphysique n'est donc réellement , au fond , qu'une sorte de théologie graduellement énervée par des simplifications dissolvantes, qui lui ùtent spontanément le pouvoir direct d'empêcher l'essor spécial des conceptions positives , tout en lui conservant néanmoins l'aptitude provisoire à entretenir un certain exercice indispensable de l'esprit de généralisation , jusqu'à ce qu'il puisse enfin recevoir une meilleure alimentation. D'après son caractère contradictoire , le régime métaphysique ou ontologique est toujours placé dans cette inévitable alternative de tondre à une vaine restauration de l'état théologique pour satisfaire aux conditions d'ordre , ou de pousser à une situation purement négative afin d'échapper à l'empire opptessif de la théelogie. Cette oscillation nécessaire, qui maintenant ne s'observe plus qu'envers les plus difficiles théories, a pareillement existé jadis
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à l'égard même des plus simpks , tant qa'a duré leur âge mé« taphysique, en vertu de rimpufssanoe organique loQJourg proiH*e à uoe telle manière de philosopher. Si la raison publique ne l'avait dès longtemps écartée pour certaines notions fondamentales , on ne doit pas craindre d'assurer que les doutes insensés qu'elle suscita , il y a vingt siècles , sur Texisteiice des corps e:i^térieur8 subsisteraient encore essentiellement , car elle ne les a certainement jamais disnpés par aucune argumentation décisive. On peut donc finalement envisager l'état métaphysique comme une sorte de maladie chronique naturellement inhérente à notre évolution mentale, individuelle ou collective, entre Tcnfance et la virilité.
Les spéculations historiques ne remontant presque jamais, chez lès modernes , au ddà des temps polythéiques , l'esprit métaphysique doit y sembler à peu près aussi ancien que Tesprit théologique lui-même, puisqu'il a nécessairement présidé, quoique d'une manière implicite, à la transformation primitive du fétichisme en polythéisme, afin de suppléer déjà à l'activité purement surnaturelle qui, ainsi directement retirée à chaqqe corps particulier , y devait spontanément laisser quelque entité correspondante. Toutefois, comme cette première révolution théologique n'a pu alors donner lieu à aucune vraie discussion , l'intervention continue de l'esprit ontologique n'a commencé à devenir ][>leinement caractéristique que dans la révolution suivante, pour la réduction du polythéisme en monothéisme, dont il a dû être l'organe naturel. Son influence croissante devait d'abord paraître organique , tant qu'il restait SQbordoâné à l'impulsion théologique : mais sa uature esseii^ tiellénMnt dissolvante a dû ensuite se manifester de plus en plus , qoànd il a tenté graduellement de pousser la simplification de la théologie au delà même du monothéisme vulgaire > qui constjtiiait , de toute nécessité , l'extrême phase Traiment
IS DISCOCBS
possible de la philosophie initiale. C'est ainsi que, pendant ks cinq derniers siècles , l'esprit métaphysique a secondé négatitement l'essor fondamental de notre cirilisation moderne , en dis composant pea à peu le système théologiqae , devenu finalemoni rétrograde, depuis que l'efficacité sociale du régime monothéique se trouvait essentiellement épuisée , à la fin du moyea âge. Malheureusement, après avoir accompli, en chaque genre, cet office indispensable mais passager, Taction trop prolongée des conceptions ontologiques a dû toujours tendre i empêcher aussi toute autre organisation réelle du système spéculatif ; en sorte que le plus dangereux obstacle à l'installatioa finale d'une vraie philosophie résulte, en eSét> aujourd'hui de ce même esprit qui «ouvent s'attribue encore le privil<!ge presque exclusif des méditations philosophiques.
Cette longue succession de préambules nécessaires conduit enfin notre intelligence, graduellement émancipée , à son état définitif de positivité rationnelle , qui doit ici être caractérisé d*une manière plus spéciale que les deux états préliminaires. De tels exercices préparatoires ayant spontanément constaté V inanité radicale des explications vagues et arbitraires propres à la philosophie initiale, soit théologique, soit métaphysique, l'esprit humain renonce désormais aux recherches absolues qui ne convenaient qu'à son enfance, et circonscrit ses efforts dans le domaine, dès lors rapidement progressif, de la véritable observation , seule base possible des connaissances vraiment accessibles, sagement adaptées à nos besoins réels. La logique spéculative avait jusqu'alors consisté à raisonner ^ d'une manière plus ou moins subtile , d'après des principes confus , qui , ne comportant aucune preuve sulBsante, suscitaient toujours des débats sans issue. Elle reconnaît désormais , comme règle fondamentale , que toute proposition qui n*est pas strictement réductible à la simple énonciation d'un fait , ou particulier ou
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général , ne peut noos olfirir aucun sens réel et inlelUgiblc. Les principes qu'elle emploie ne sont plus eux-mêmes que de yéritaUes faits, seulement plus généraux et plus abstraits que ceux dont ils doivent former leJien. Quel que soit d'ailleurs le mode, rationnel ou expérimental , de procéder à leur découverte > c'est toujours de leur conformité, directe ou indirecte, avec les phénomènes observés que résulte exclusiTcment leur efficacité scientifique. Ls pure imagination perd alors irrévocablement son antique suprématie mentale , et se subordonne nécessairement à r(d>servation , de manière à constituer un état logique pleinement normal , sans cesser néanmoins d'exercer , dans les spéculations positives , un office aussi capital qu'inépuisable , pour créer ou perfectionner les moyens de liaison , soit définitive y soit provisoire. En un mot , la révolution fondamentale qui caractérise la virilité de notre intelligence consiste essentiellement à substituer partout , à l'inaccessible détermination des causes proprement dites, la simple recherche dos lois^ c'està-dire, des relations constantes qui existent entre les phénomènes observés. Qu'il s'agisse des moindres ou des plus sublimes effets , de choc et de pesanteur comme de pensée et de moralité» nous n'y pouvons vraiment connaître que les diverses liaisons mutuelles proprés à leur accomplissement , sans jamais pénétrer le mystère de leur production.
Non-seulement nos recherches positives doivent essentiellement se réduire, en tous genres, à l'appréciation systématique de ce qui est , en renonçant à en découvrir la première origine et la destination finale j mais il importe , en outre , de sentir que «jette étude des phénomènes , au lieu de pouvoir devenir aucunement absolue , doit toujours rester relative à notre organisation et à notre situation. En reconnaissant , sous ce double aspect , l'imperfection nécessaire de nos divers moyens spéculatirs, on voit que, idn de pouvoir étudier complètement au-
1 k BiMotms
cône ciistence effectite , noos ne saoïions garantir oiillemeE la possibilité de consCater ainsi , même très- soperflciélleiiieiit tontes les ettstences réelles , dont la majeore partie peut-étr doit noas échapper totalement. Si la perte d'm sens importan snfflt pour nous cacher radicalement nn ordre entier de phéno mènes naturels , il y & tont lien de penser, réciproqoement . que Facquisition d'un sens nouveau noas dévoilerait une class( de f()it8 dont nous n'avons maintenant aucune idée, à moins de croire que la diversité des sens , si différente entre les prioelpans types d'animalité , se trouve poussée , dans notre organisme , au plus haut degré que puisse exiger l'exploration totale du monde extérieur, supposition évideoMnent gratuite, et presque ridicule. Aucune science ne peut mieux manifester que l'astronomie cette nature nécessairement relative de toutes nos connaissances réelles , puisque , l'investigation ées phénomènes ne pouvant s'y opérer qse par un sesl sens, il est trèsfadlc d'y apprécier les conséquences spéculatives es sa suppression ou de sa simple altération. Il ne saunât exister aoenne astronomie chez une esf^èce aveugle, qodque in teiBgen te qa'oii la supposât, ni envers des astres okscurs, qm sont pe«t-étre les plus nombreux, ni même si seulement l'atmosphère à travers laquelle noas cfl^servons les oerps eélestm restait tonjours et partout nébuleuse. Tewt te ooars de ce Trailé Beua ofHra de fréquentes occasions d'apprécier spontanément , de k manièn la moins éqaivoqne , cette intime dépefedanee oà l'eneHible de nos conditions propres , tant intériem*es qu'extèrieiipes, retient inèvîtaMoment chacune de nos études positives.
Pour caractériser suffisamment cette aatore Béeessairemeal relative de toutes nos connaissavices réelles, il importe de sentir, en outre , du point de vue le plus pMlosophiqoe, que, si nos conceptions quelconques doivent être considérées elles-^mémes comme autant do phénomènes hvmnins , de tels phénomènes ne
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sont pas simpléiiieiit indÎTidiiels, mais aussi et surtout sociaux , puisqu'ils résultent, en effet , d'une éroUition collective et cou* tinue , dont tous les éléments et toutes les i^ses sont essentiellement connexes* Si doiic, sons le premier aspect , on reeon* naît que nos spéculations doivent toujours dépendre des diverses conditions essentielles de notre existence individudie , il faut également admettre, sous le second, qu'elles ne sont pas moins subordonnées à Fens^nble de la progression sociale, de manière à ne pouvoir jamais comporter cette fixité absolue que les métapbysideiis ont supposée. Or, la loi générale dn mouve- . ment fondamental de l'humanité consiste , à cet égard , ai ce que nos théories tendent de pins en plus à représenter exacte* ment les sujets extérieurs de nos constantes investigations , sans que néanmcnns la vraie constitution de chacun d'eux puisse, en aucun cas , être pleinement appréciée , la perfection scientifique devant se born^ à af^rocber de cette limite idéale autant que Texigent nos divers besoins réels. Ce second genre de dépendance, propre anx spéeulalions positivés, se manifeste aussi clairement que le premier dans le cours entier des études astronomiques , en considérant , par exemple , la suite des notions de plus en plus satisfaisantes , obtenues depuis Vorigioede la géométrie c^este*, sur la figure de la terre , sur la forme des orèites planétaires , etc. Ainsi, quoique d'une part, les doetrines scientifiques soient nécessairement d'une nature assez mobile pour devoir écarter toute prétention à Fabsolu , leurs variations graduelles ne présentent , d'une autre part , aucun caractère arbitraire quf puisse motiver un scepticisme encore plus dangereux^ chaque cluuigenient successif conserve d'ai>lenrs spQntanément aux théories correspomiantes , une aptitude indéfinie à représenter les phénomènes qui kwr ont servi de base , du moins tant qu'on n'y doit pas dépasser le degré primitif de précision effective.
Depais que la subordination constante de i'imaginalion à l'obseryation a été ananimement reconnue comme la première condition fondamentale de tonte saine spécolation ^ienlifique, une vicieuse interprétation a souyent conduit i abuser beaucoup de ce grand principe logique , pour faire dégénérer la science réelle en une sorte de stérile accumulation de faits incohérents , qui ne pourrait offrir d'autre mérite essentiel que celui de l'exactitude partielle. Il importe donc de bien sentir que le Téritable esprit positif n'est pas moins éloigné , au fond, de l'empirisme que du mysticisme j c'est entre ces deux aberrations , également funestes , qu'il doit toujours cheminer : le besoin d'une telle réserve continue , aussi difficile qu'importante, suffirait d'ailleurs pour vérifier, conformément à nos explications initiales , combien la vraie positivité doit être mûrement préparée, de manière à ne pouvoir nullement convenir à l'état naissant de l'humanité. C'est dans les lois des phénomènes que consiste réellement la science, à laquelle les faits proprement dits, quelque exacts et nombreux qu'ils puissent être, ne fournissent jamais que d'indispensables matériaux. Or, en considérant la destination constante de ces lois , on peut dire , sans aucune exagération, que la véritable science, bien loin d'être formée de simples observations , tend toujours à dispenser, autant que possible, de l'éxpliNration directe, en 7 substituant cette prévision rationnelle, qui constitue, à tous égards , le principal caractère de l'esprit positif, comme l'ensemble des études astronomiques nous le fera clairement seatu*. Une telle prévision, suite nécessaire des relations constantes découvertes entre les phénomènes , ne permettra jamais de confondre la science réelle avec cette vaine érudition qui accumule machinalement des faits sans aspirer à les déduire les uns des autres. Ce grand attribut-de toutes nos saines spéculations n'importe pas moins à leur utilité effective qu'à leur
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propre dignité ; car, Texploration directe des phénomènes accomplis ne pourrait suffire à nous permettre d'en modiOer l'accomplissement^ si elle ne nous conduisait pas à le prévoir convenablement. Ainsi , le véritable esprit positif consiste surtout à voir pour prévoir, à étudier ce qui est afin d'en conclure ce qui sera , d'après le dogme général de l'invariabilité des lois naturelles (1).
Ce principe fondamental de toute la philosophie positive , sans être encore, à beaucoup près, suffisamment étendu à l'ensemble des phénomènes , commence heureusement , depuis trois siècles, à devenir tellement familier , que, par suite des habitudes absolues antérieurement enracinées , on a presque toujours méconnu jusqu'ici sa véritable source , en s' efforçant, d'après une vaine et confuse argumentation métaphysique, de représenter comme une sorte de notion innée , ou du moins primitive, ce qui n'a pu certainement résulter que d'une lente induction graduelle , à la fois collective et individuelle. Nonseulement aucun motif rationnel^ indépendant de toute exploration extérieure , ne nous indique d'abord l'inyariabilité des relations physiques ; mais il est incontestable, au contraire, que l'esprit humain éprouve, pendant sa longue enfance, un trèS'Tif penchant à la méconnaître , là même où une observation impartiale la lui manifesterait déjà, i»'il n'était pas alors entraîné par sa tendance nécessaire à rapporter tous les événe-
(1) Sur cette appréciation générale de l'esprit et de la marche propres à la méthode positive, on peut étudier, avec beaucoup de fruit, le précieux ouvrage intitulé : A System of logic^ ratiocinative and inducûve^ récemment publié à Londres (chez John Parker, West Strand, 1843) , par mon éminent ami, M. John Mill, ainsi pleinement associé désormais à la fondation directe de la nouvelle philosophie. Les sept derniers chapitres du tome premier contiennent une admirable exposition dogmatique, aussi profonde que luniinease, de la logique inductive, qui ne pourra jamais, j'ose l'assurer, être mieux conçue ni mieux caractérisée en restant au point de vue où Tanteur s'est placé»
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montoqiMlconqiies, et sorUmt les plus importants, à des Toloqtés arbitraires. Dans chaque ordre de phénomènes , il en existe, sans doate, quelques-uns asseï simples et assez familiers pour qae leur ohservatiofi spontanée ait toujours suggâré le sentiment confus et incohérent d'une certaine régularité secondaire ; en sorte que le point de vue purement théolf^giquo n'a jamais pu être rigoureusement universel. Mais cette conviction partielle et précaire se borne longtemps aux phénomènes les moins nombreux et les pins subalternes , qu'elle ne peut même nullement préserver alors des fréquentes perturbations attribuées à l'intervention prépondérante des agents surnaturels. Le principe de l'invariabilité des lois naturelles ne commence réellement à acquérir quelque consistance philosophique qoe lorsque les premiers travaux vraiment scientifiques ont pu en manifester Texactitude essentielle envers un ordre entier de grands phénomènes ; ce qui ne pouvait soSisamment résulter que de la fondation de Tastronomie mathématique, pendant les derniers siècles du polythéisme. D'après cette introduction systématique, ee dogme fondamental a tendu , sans doute , à s'étendre, par analogie, à des phénomènes plus compliqués, avant même que leurs lois propres pussent être aucunement con^ nues. Mais, outre sa stérilité efiTective, cette yagui^ anticipation logique avait alors trop peu d'énergie pour résister convenablement à l'active suprématie mentale que conservaient encore les illusions théologico-métaphjsiques. Une première ébauche spéciale de l'établissement des lois naturelles envers chaque ordre, principal de phénomènes a été ensuite indispensable pour procurer à une telle notion cette force inébranlable qu'elle commence à présenter dans les sciences les plus avancées. Cette conviction ne saurait même devenir assez ferme, tant qu'une semblable élaboration n'a pas été vraiment étendue à toutes les spéculations fondamentales , riaoertitude
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laissée par les plus compliqaées deyant alors affecter plos ou moiofi chaoonedes autres. Ou ne peut niéconnaltre cette ténébrôase réaction, mémeanjourdliui , où, par suite de Fignorance encore habituelle envers les lois sociologiques , le principe de l'invariabilité des relations physiques reste quelqnkfcds sujet à de graves altérations, jusque dans les études purement mathénaatiques , où nous ^voyons» par exemple, préconiser journellement un prétendu calcul des chances, qui suppose implicitement l'absence de toute loi réelle à l'égard de certains événements, surtout quand Thommey intervient. Mais lorsque cette universelle extension est enfin suffisamment ébau« chée, condition maintenant remplie chez les esprits les plus avancés , ce grand principe philosophique acquiert aussitôt une plénitude décisive , quoique les lois effectives de la plupart des cas particuliers doivent rester longtemps ignorées $ parce qu'une irrésistible analogie applique alors d'avance à tous les phénomènes de chaque ordre ce qui n'a été constaté que pour quelques-uns d'entr'eux , pourvu qu'ils aient une importance convenable.
Après avoir considéré l'esprit positif relativement aux objets extérieurs de nos spéculations, il faut achever de le caractériser en appréciant aussi sa destination intérieure , pour la satisfaction continue de nos propres besoins , soit qu'ils concernent la vie contemplative , ou la vie active.
Quoique les nécessités purement mentales s(Heqt, sans doute, les moins énergiques de toutes celles inhérentes à notre nature, leur existence directe et permanente est néanmoins inoontesp^ table chez tontes intelligences : elles y constituent la première stimulation indispensable h nos divers effbris philosophiques, trop souvent attribtiés surtout aux impulsions pratiques, qui les développent beaucoup, il est vrai , mais ne pourraient les faire naître. Ces exigences intellectuelles, relatives» comme
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toutes les antres , à Texercice régulier des fonctions correspondantes > réclament toujours une heureuse combinaison de sta~ bilité et d'activité , d'où résultent les besoins simultanés d'ordre et de progrés, ou de liaison et d'extension. Pendant la longue enfance de l'humanité, les conceptions théologico-métaphysiques pouvaient seules > suivant nos explications antérieures , satisfaire provisoirement à cette double condition fondamentale, quoique d'une manière extrêmement imparfaite. Mais quand la raison humaine est enfin assez mûrie poui' renoncer franchement aux recherches inaccessibles et circonscrire sagement son activité dans le domaine vraiment appréciable à nos facultés , la philosophie positive lui procure certainement une satisfaction beaucoup plus complète , à tous égards , aussi bien que plus réelle, de ces deux besoins élémentaires. Telle est, évidemment , en effet , sous ce nouvel aspect , la destination directe des lois qu'elle découvre sur les divers phénomènes , et delà prévision rationnelle qui en est inséparable. Envers chaque ordre d^événemcnts , ces lois doivent , à cet égard, être distinguées en deux sortes , selon qu'elle lient par similitude ceux qui coexistent) ou par filiation ceux qui se succèdent. Cette indispensable distinction correspond essentiellement, pour le monde extérieur, à celle qu'il nous offre toujours spontanément entre les deux états co-relatifs d'existence et de mouvement ; d'où résulte, dans toute science réelle, une différence fondamentale entre l'appréciation statiqiie et l'appréciation dynamique d'an sujet quelconque. Les deux genres de relations contribuent également à expliquer les phénomènes, et conduisent pareillement à les prévoir, quoique les lois d'harmonie semblent d'abord destinées surtout à l'explication et les lois de succession à la prévision. Soit qu'il s'agisse, en effet, d'expliquer ou de prévoir, tout se réduit toujours à lier : toute liaison réelle , d'ailleurs statique ou dynamique, découverte entre deux phé-
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nomèaes quelconques, permet à la fois de les expliquer et de les prévoir Tan d'après l'autre ; car la prévision scientifique convient évidemment au présent , et même au passé , aussi bien qu'à l'avenir, consistant sans cesse à connaître un fait indépendamment de son exploration directe , en vertu de ses relations avec d'autres déjà donnés. Ainsi, par exemple, l'assimilation démontrée entre la gravitation céleste et la pesanteur terrestre, a conduit, d'après les variations prononcées de la première, à prévoir les faibles variations de la seconde, que l'observation immédiate ne pouvait suffisamment dévoiler, quoiqu'eUe les ait ensuite confirmées; de mémo, en sens inverse, la correspondance , anciennement observée , entre la période élémentaire des marées et le jour lunaire s'est trouvée expliquée aussitôt qu'on a reconnu l'élévation des eaux en chaque point comme résultant du passage de la lune au méridien local. Tous nos vrais besoins logiques convergent donc essentiellement vers cette commune destination : consolider, autant que possible, par nos spéculations systématiques, l'unité spontanée de notre entendement , en constituant la continuité et l'homogénéité de nos diverses conceptions , de manière à satisfaire également aux exigences simultanées de l'ordre et du progrès , en nous faisant retrouver la constance au milieu de la variété. Or , il est évident que , sous cet aspect fondamental , la philosophie positive comporte nécessairement, chez les esprits bien préparés , une aptitude très-supérieure à celle qu'a pu jamais ofirir la philosophie théologico-métaphysique. En considérant même celle-ci aux temps de son plus grand ascendant , à la fois mental et social , c'est-à-dire , à l'état polythéique , l'unité intellectuelle s'y trouvait certainement constituée d'une manière beaucoup moins complète et moins stable que ne le permettra prochainement l'universelle prépondérance de l'esprit positif, quand il sera enfin étendu habituellement aux plus
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éminealci ipfii iJi^inM Akm , em dfcl , régaorm partout , sous dîTcn modei, et à diflémlB degrés^ cette adnirable consUtalioo logique, dont les jb» simides études peuTent seules nous donner aujourd'hui une juste idée, on la liaison et TextensioD, chacune pfeinement garantie, se trouTont , en ontre^ qK>ntanément solidaires. Ce graud résultat philosi^iiue n'exige d'ailleurs d'autre cooditioa nécessaire que l'oUigation permanente de restreindra toutes nos spéculations aux recherches n^iment accessibles, en considérant ces relations réelles , mit de sunilitude, soit de succession, conune ne pouvant ellesmêmes ccMistitoer pour nous que de simples fûts généraux , qu'il faut toujours tendre à réduire au nrandre nombre possible , sans que le mystère de leur jproduction puisse jamais être aucunement pénétré, conformément au caractère fondamental de resfHrit positid Mais si cette constance effective des liaisons natnreUes nous est seule yraiment appréciable, elle seule aussi auffit pleinement i nos véritables besoins , soit de contemplation > soit de directiop.
Il importe néanmoins de reconnaître, en principe, que, sous le régime politif » Tbarmonie de nos conceptions se trouve nécessairement limitée, à un certain degré, par Tobligàtioir fondamentale de leur réalité , c'estrà-dire» d'une suffisante conformité à des types indépendants de nous. Dans son aveugle instinct de liaison » notre intelligence aspire presque à pouvoir toujours lier entre eux deux phénomènes quelconques , simultanés ou successifs ; mais l'étude du monde extérieur démontre, au contraire , que beaucoup de ces rapprochements seraient purement chimériques , et qu'une foule d'événements s'accomplissent continuellement sans aucune vraie dépendance mutuelle ; en sorte que ce penchant indispensable a autant besoin qu'aucun autre d'être réglé d'après une saine appréciation générale. JLongtemps habitué à une sorte d'unité de doc-
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trine, quelque Tflgaôetilltlsobre qu'elle dût élre, «oub Tempire dea fiGtion tfaéologiqaes et des entités métaphytiques , l'esprit hamaio, en passant à Téta t positif, a d'abord tenté de réduire totis les ditersordres de phénomènes à une seule loi commune. Mais ttos les essais accomplis pendant les deux derniers siôdes pour obtenir une explication uniTerselle de la nature n'ont abouti qu'à discréditer radicalement une (elle entreprise , dés^ ornaais abandonnée aux intelligences mal cultivées. Une judi^ cieuse exploration du monde extérieur Ta représenté comme étant beaucoup moins lié que ne le suppose ou ne le désire notre entendement, que sa propre faiblesse dispose dâTaàtageàmoltiplier des relations farorables à sa marohe, et surtout à son repos. NonHieulement les six catégories fondamentales que nous distinguerons ci-dessous entre les phénomènes naturels , ne sauraient certainement être toutes ramenées à une seule loi universelle) mais il y a tout lieu d'assurer maintenant iiue l'u* nité d'explication, encore poursuiyie par tant d'esprits sérieux envers chacune d'elles prise à part , nous est finalement interdite, même dans ce domaine beaucoup plus restreint. L'astro* nomie a fait naitrc , sous ce rapport ^ des espérances trop empiriques, qui ne sauraient se réaliser jamais pour les phénomènes plus compliqués , pas seulement quant à la physique propre^ ment dite, dont les cinq branches principales resteront toujours distinctes entre elles 9 malgré leurs incontestables relations. On est souvent disposé à s'exagérer beaucoup les inconvénients logiques d'une telle dispersion nécessaire , parce qu'on apprécie mal les avantages réels que présente la transformation des inductions en déductions. Néanmoins , il faut franchement reconnaître cette impossibilité directe de tout ramener à une seule loi positive comme une grave imperfection) suite inévitable de la condition humaine, qui nous force d'appliquer une très-faible intelligence à un univers très-compUqcté^
Mais, cette inconteitable nécessité , qa'il importa de reconnaître , afin d'éviter toute vaine déperdition de forces mentales, n'empécbe nullement la science réelle de comporter, sons un autreaspect, une suflteante unité philosophique, équivalenteàcelles queconstitnèrent passagèrementlathéologieoula métaphysique, et d'ailleurs très-supérieure, aussi bien en stabilité qu'en plénitude. Pour en sentir la possibilité et en apprécier la nature, il faut d'abord recourirà la lumineuse distinction générale ébauchée par Kant entreles deux points de yue objectif et subjectifs propresà une étude quelconque. Considérée sousle premier aspect, c'est-à-dire quant à la destination extérieure de nos théories , comme exacte représentation du monde réel , notre science n'est certainement pas susceptible d'une pleine systématisation, par suite d'une inévitable diversité entre les phénomènes fondamentaux. En ce sens, nous ne devons chercher d'autre unilé que celle de la méthode positive enyisagée dans son ensemble , sans prétendre à une véritable unité scientifique , en aspirant seulement à rho-> mogénéité et à la convergence des différentes doctrines. Il en est tout autrement sous l'autre aspect, c'est-à-dire, quant à ta source intérieure des théories humaines, envisagées conmie des résultats naturels de notre évolution mentale , à la fois individuelle et collective , destinés à la satisfaction normale de nos propres besoins quelconques. Ainsi rapportées , non à Funivers , mais à l'homme , ou plutôt à l'humanité , nos connaissances réeUes tQndent, au contraire, avec une évidente spontanéité , vers une entière systématisation , aussi bien scientifique que logique. On ne doit plus alors concevoir, au fond , qu'une seule science , la science humaine , ou plus exactement sociale, dont notre existence constitue à la fois le principe et le but, et dans laquelle vient naturellement se fondre l'étude rationnelle du monde extérieur^ au double titre d'élément nécessaire et de préambule fondamental , paiement indispensable qaact
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à la mélhodc et quant à la doctrine , comme je l'expliquerai cidessous. C'est uniquement ainsi que nos connaissances posîHyes peuvent former un véritable système , dé manière à olSrir un caractère pleinement satisfaisant. L'astronomie elle-même, quoique objectivement plus parfaite que les autres branches de la philosophie naturelle , à raison de sa simplicité supérieure , n'est vraiment telle que sous cet aspect humain : car, l'ensemble de ce traité fera nettement sentir qu'elle devrait, au contraire, être jugée très-imparfaite si on la rapportait à l'univers et non à l'homme ; puisque toutes nos études réelles y sont nécessairement bornées à notre monde, qui pourtant ne constitue qu'un minime élément de l'univers , dont l'exploration nous est essentiellement interdite. Telle est donc la disposition générale qui doit finalement prévaloir dans la philosophie vraiment positive, non-senlçment quant aux théories directement relatives à l'homme et à la société , mais aussi envers celles qui concernent les plus simples phénomènes , les plus éloignés, en apparence, de cette commune appréciation : concevoir toutes nos spéculations comme des produits de notre intelligence 9 destinés à satisfaire nos divers besoins essentiels , en ne s'écartant jamais de Thomme qu'afin d'y mieux revenir, après avoir étudié les autres phénomènes en tant qu'indispensables à connaître , soit pour développer nos forces , soit pour apprécier notre nature et notre condition. On petit dès lors apercevoir comment la notion prépondérante de l'Humanité doit nécessairement constituer, dans l'état positif , une pleine systématisation mentale, au moins équivalente à celle qu'avait finalement comportée l^âge théologique d'après la grande conception de Dieu, si faiblement remplacée ensuite , à cet égard , pendant la transition métaphysique, par la vague pensée de la Nature.
Après avoir ainsi caractérisé l'aptitude spontanée de l'esprit
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positif à ooostiluer rnnité finale de notre entendement, il de- Yient aisé de compléter cette explication fondamentale en retendant de l'individu à Tespèce. Celle indispensable extension était jusqu'ici essentiellement impossible aux philosophes modernes f qui ) n'ayant pu sufllsamment sortir eux4némes de l'état métaphysique ) ne se sont jamais installés au point de yue social, seul susceptible néanmoins d'une pleine réalité, soit scientifique ^ soit logique 9 puisque l'homme ne se déyeli^pe point isolément, mais collectivement. En écartant, comme radicalement stérile , ou plutôt profondément nuisible , cette vicieuse abstraction de nos psychologues ou idéologues, la tendance systématique que nous venons d'apprécier dans l'esprit positif acquiert enfin toute son importance , parce qu'elle indique en lui le vrai fondement philosophique de la sociabilité humaine , en tant du moins que celle-ci dépend de Tintelligeoce , dont l'influence capitale, quoique nullement exclusive» ne saurait y être contestée. C'est, en effet, le même problème humain , à divers degrés de difiBculté , que de constituer l'unité logique de chaque entendement isolé ou d'établir une convergence durable entre des entendements distincts, dont le nombre ne saurait essentiellement influer que sur la rapidité de l'opération. Aussi , en tout temps, celui qui a pu devenir suffisamment conséquent a-t'il acquis, par cela même, la faculté de rallier graduellement les autres , d'après la similitude fondamentale de notre espèce. La philosophie théologique n'a été, pendant l'enfance de l'humanité , la seule propre à systématiser la société que comme étant alors la source exclusive d'une certaine harmonie mentale. Si donc le privilège de la cohérence logique a désormais irrévocablement passé à l'esprit positif, ce qui ne peut guère être sérieusement contesté , il faut dès lors reconnaître aussi en lui l'unique principe effectif de cette grande communion inlellccluelle qui devient la base nécessaire de toute véritable
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association humaine, quand elle est convenablement liée aux deux autres conditions fondamentales , une suflBsante conformité de sentiments , et une certaine conyergence d'intérêts. La déplorable situation philosophique de Tâlite de Thumanité suffirait aujourd'hui pour dispenser, à cet égard , de toute discussion ) puisqu'on n'y observe plus de vraie communauté d'opinions que sur les sujets déjà ramenés à des théœries positives , et qui ) malheureusement , ne sont pas , à beaucoup prés , les plus importants. Une appréciation directe et spéciale , qui serait ici déplacée , fait d'ailleurs sentir aisément que la philosophie positive peut seule réaliser graduellement ce noble projet d'association universelle que le catholicisme avait , au moyen ftge, prématurément ébauché, mais qui était, au fond, nécessairement incompatible , comme l'expérience l'a pleinement constaté, avec la nature tbéologique de sa philosophie, laquelle instituait une trop faible cohérence logique ponr comporter une telle efficacité sociale.
L'aptitude fondamentale de l'esprit positif étant assez caractérisée désormais par rapport à la vie spéculative , il ne nous reste plus qu'à l'apprécier aussi envers la vie active, qui, sans pouvoir montrer en lui aucune {iropriété vraiment nouvelle , manifeste , d'une manière beaucoup plus complète et surtout plus décisive, l'ensemble des attributs que nous lui avons reconnus. Quoique les conceptions théologiques aient été, méihe sous cet aspect, longtemps nécessaires afln d'éveiller et de soutenir l'ardeur de l'homme par l'espoir indirect d'une sorte d'empire illimité , c'est pourtant à cet égard que l'esprit humain a dû témoigner d'abord sa prédilection finale pour les connaissances réelles. C'est surtout, en efiet, comme base rationnelle de Faction de l'humanité sur le monde extérieur que l'étude positive de la nature commence aujourd'hui à être universellement goûtée. Rien n'est plus sage , au fond , que ce jugement
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vulgaire et spontané ; car , une telle destination , lorsqu'elle est convenablement appréciée, rappelle nécessairement, par le plus heureux résumé , tous les grands caractères du véritable esprit philosophique , aussi bien quant à la rationalité que quant à la posilivité. L'ordre naturel résulté , en chaque cas pratique, de Tensemble des lois des phénomènes correspondants, doit évidemment nous être d'abord bien connu pour que nous puissions ou le modifier à notre avantage , ou du moins y adapter notre conduite, si toute intervention humaine y est impossible, comme envers les événements célestes. Une telle application est surtout propre à rendre familièrement appréciable cette prévision rationnelle que nous avons vue constituer , à tous égards, le principal caractère d&la vraie science; car, la pure érudition, où les connaissances, réelles mais incohérentes, consistent en faits et non en lois, ne pourrait, évidemment, suflBre à diriger notre activité : il serait superflu d'insister ici sur une explication aussi peu contestable. Il est vrai que l'exorbitante prépondérance maintenant accordée aux intérêts matériels a trop souvent conduit à comprendre cette liaison nécessaire de façon à compromettre gravement l'avenir scientifique, en tendant à restreindre les spéculations positives aux seules . recherches d'une utilité immédiate. Mais cette aveugle disposition ne résulte que d'une manière fausse et étroite de concevoir la grande relation de la science à l'art, faute d'avoir assez profondément apprécié l'une et l'autre. L'étude de l'astronomie est la plus propre de toutes à rectifier une telle tendance , soit parce que sa simplicité supérieure permet d'en mieux saisir Tensemble , soit en vertu de la spontanéité plus intime des applications correspondantes, qui, depuis vingt siècles, s'y trouvent évidemment liées aux plus sublimes spéculations, comme ce traité le fera nettement sentir. Mais il importe surtout de bien reconnaître, à cet égard , que la relation fondamentale
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entre la science et Tart n'a pa jusqu'ici être conirenablement conçue, même chez les meilleurs esprits, par une suite nécessaire de rinsuflSsante extension de la philosophie naturelle, restée encore étrangère aux recherches les plus importantes et les plus difficiles , celles qui concernent directement la société humaine. En effet, la conception rationnelle de Faction de l'homme sur la nature est ainsi demeurée essentiellement bornée au monde inorganique , d'où résulterait une trop imparfaite excitation scientiBque. Quand cette immense lacune aura été suffisamment comblée , comme elle commence à l'être aujourd'hui, on pourra sentir l'importance fondamentale de cette grande destination pratique pour stimuler habituellement , et souvent même pour mieux diriger , les plus éminentes spéculations^ sous la seule condition normale d'une constante positivité. Car , l'art ne sera plus alors uniquement géométrique , mécanique ou chimique^ etc. , mais aussi et surtout politique et moral, la principale action exercée par l'humanité devant, à tous égards, consister dans l'amélioration continue de sa propre nature, individuelle ou collective, entre les limites qu'indique^ de même qu'en tout autre cas , l'ensemble des lois réelles. Lorsque cette solidarité spontanée de la science avec l'art aura pu ainsi être convenablement organisée, on ne peut douter que, bien loin de tendre aucunement à restreindre les saines spéculations philosophiques , elle leur assignerait , an contraire , un office flnal trop supérieur à leur portée effective , si d'avance on n'avait reconnu, en principe général, l'impossibilité de jamais rendre l'art purement rationnel , c'est-à-dire d'élever nos prévisions théoriques au véritable niveau de nos besoins pratiques. Dans les arts même les plus simples et les plus parfaits, un développement direct et spontané reste constamment indispensable, sans que les indications scientifiques paissent, en aucun cas, y suppléer complètement. Quelque
satisfaisantes , par exemple, que soient devenues nos prévisions astronomiques, leur précision est encore y et sera probablement toujours , inférieure à nos justes e^Ugences pratiques , comme j'aurai souvent lieu de l'indiquer.
Cette tendance spontanée à constituer directement une entière harmonie entre la vie spéculative et la vie active, doit être finalement regardée comme le plus heureux privilège de lesprit positif, dont aucune autre propriété ne peut aussi bien manifester le vrai caractère et faciliter Tascendant réel. Notre ardeur spéculative se trouve ainsi entretenue , et même dirigée» par une puissante stimulation continue , sans laqueUe Tinertie naturelle de notre intelligence la disposerait souvent à satisfaire ses faibles besoins théoriques par des explications faciles, mais insuflBsantes, tandis que la pensée de l'action finale rappelle toujours la condition d'une précision convenable. £n même temps, cette grande destination pratique complèteet circonscrit, en chaque cas i la prescription fondamentale relative à la découverte des lois natorellesj en tendant h déterminer , d'après les exigences de l'application , le degré de précision et d'étendue de notre prévoyance rationnelle, dont la juste mesure ne pourrait, en général , être autrement fixée. Si , d'une part , la perfeclioa scientifique ne saurait dépasser une telle limite , au-dessous de laquelle, au contraire, elle se trouvera réellement toujours, elle ne pourrait, d'une autre part, la franchir sans tomber aussitôt dans une appréciation trop minutieuse, non moins chimérique que stérile, et qui même compromettrait finalement tous les fondements de la véritable science , puisque nos lois ne peuvent jamais représenter les phénomènes qu'avec une cer* taine approximation , au delà de laquelle il serait aussi dangereux qu'inutile de pousser nos recherches. Quand cette relation fondamentale de la science à l'art sera convenablement systématisée , elle tendra quelquefois , s^ins doute , à discréditer des
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tentatives théoriques dont la stérilité radicale serait incontestable : mais, loin d'offirir aacnn inconvénient réel, cette inévitable disposition deviendra dès lors très-favorable à nos vrais intérêts spéculatifs, en prévenant cette vaine déperdition de nos faibles forces mentales qni résulte trop souvent aujourd'hui d'une aveugle spécialisation. Dans l'évolution préliminaire de l'esprit positif, il a dû s'attacher partout aux questions quelconques qui lui devenaient accessibles, sans trop s'enquérir de leur impor** tance finale , dérivée de leur relation propre à un ensemble qui ne pouvait d'abord être aperçu. Mais cet instinct provisoire , faute duquel la^^science eût souvent manqué alors d'une conve^ nable alimentation, doit finir par se subordonner habituellement à une ]uste appréciation systématique , aussitôt que la pleine maturité de Tétat positif aura suffisamment permis de saisir toujours les vrais rapports essentiels de chaque partie avec le tout, de manière à offrir constamment une large destination aux plus éminentes recherches , en évitant néanmoins toute spéculation puérile.
Au sujet de cetla intime harmonie entre la science e( Fart, il importe enfin de remarquer spécialement Vbeureiise tendance qui en résulte pour développer et consolider l'ascendant social de la saine philosophie , par une suite spontanée de la prépondérance croissante qu'obtient évidemment la vie industrielle dans notre civilisation moderne, la philosophie tbéologiqoe ne pouvait réellement convenir qu'à ces temps nécessaires de sociabilité préliminaire, où' l'activité humaine doit être essentiellement militaire , afin de préparer graduellement une asso* dation normale et complète, qui était d'abord impossible, suivant la tliéorie historique que j'ai établie ailleurs. I^c polythéisme s'adaptait surtout au système de conquête de lanliquité, et le monothéisme à l'organisation défensive du wxyen âge. En faisant de plu» en plus pi^valoîr ta vie iu^wstrieUe, la
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sociabilité moderne doit donc puissamment seconder la grande révolution mentale qui aujourd'hui élève définitivement notre intelligence du régime théologiqne au régime positif. Non-seulement cette active tendance journalière à l'amélioration pratique de la condition humaine est nécessairement peu c(»npatible avec les préoccupations religieuses, toujours relatives, surtout sous le monothéisme, à une tout autredestination.Mais, en outre, une telle activité est dénature à susciter finalement une opposition universelle, aussi radicale que spontanée , à toute philosophie théologique. D'une part, en effet, la vie industrielle est, aufond, directement contraire à tout optimisme providentiel, puisqu'elle suppose nécessairement que l'ordre naturel est assez imparfait pourexigersans cesse l'intervention humaine,tandisquelathéologie n'admet logiquement d'autre moyen de le modifier que de solliciter un appui surnaturel. En second lieu, cette opposition, inhérente à l'ensemble de nos conceptions industrielles, se reproduit continuellement, sous des formes très-variées, dans l'accomplissement spécial de nos opérations , où nous devons envisager le monde extérieur, non comme dirigé par des volontés quelconques, mais comme soumis à des lois , susceptibles de nous permettre une sufiSsante prévoyance, sans laquelle notre activité pratique ne comporterait aucune base rationnelle. Ainsi, la même co-relation fondamentale qui rend la vie industrielle si favorable à l'ascendant philosophique de l'esprit positif, lui imprime, sous un autre aspect, une tendance antithéologique, plu^ ou moins prononcée, mais tôt on tard inévitable, quels qu'aient pu être les efforts continus de la sagesse sacerdotale pour contenir ou tempérer le caractère anti-industriel de la philosophie initiale , avec laquelle la vie guerrière était seule suffisamment conciliable. Telle est l'intime solidarité qui fait involontairement participer depuis longtemps tous lel^ esprits modernes , même les plus grossier» et les plus
rebelles, aa remplacemeiit graduel de Taniiqac philosophie théologique par une philosophie pleinement positive » seule susceptible désormais d'un yéritable ascendant social.
Nous sommes ainsi conduits à compléter enfln rappréciation directe du yéritable esprit philosophique par une dernière explication qui , quoique étant surtout négative , devient réellement indispensable anjourd'J^ui pour achever de. caractériser sufiSsamment la nature et les conditions de la grande rénoyatioii mentale maintenant néeessahre à l'élite de rhnmanité, en manifestant directement l'incompatibUité anale des conceptions positives avec toutes^ les opinions théologiques quelconques, aussi bien monolhéiques que pplythéiques ou fétichiques. Les diverses considérations indiquées dans ce discours. ont déjà démontré implicitemeot l'impossibilité d'aucune conciliation durable entre les deux philosophies, soit quant à la méthode, ou à la doctrine^ en sorte que toute incertitude à ce sujet peut être ici facilement dissipée. Sans doute, la science et la théologie ne sont pas d'abord en opposition ouverte , puisqu'elles ne se {voposent point' les mêmes questions ; c'est ce qo! a longtemps permis l'essor partiel de l'esprit, positif malgré rascendant général de l'esprit théologique, et même, à beaucoup d'égards, sous sa tutelle préalable. Mais quand la positivilé^rationnelle , bornée d'9l)ord à d'Uumbles recherches mathématiques , que la théologie, avait dédaigné d'atteindre spécialement, a commencé à s'étendre à l'étude directe de la nature , surtocit par les théories astronomiques 9 la collision est devenue inévit^ible, quoique latente, en vertu du contraste fondamental, à la fois sdentifique et logique, dès lors progressivement dévdoppé entre les deux ordres d'idées. Les motifs logiques d'après lesquels la science s'interdit radicalement les mystérieux problèmes dont la théologie s'occupe essentiellement, sont eux-mêmes de nature à discréditer tôt on tard , cliez tous les bons esprits , des spéculations
dk DisGoims
qa^on a'âcarte qoe comme étant, de toote nécesrilé, inaoces- Mbles à la raison humaine. En oatre, la sage réserve avec laquelle Tesplit positif procède gradaellement envers des siqets très-faciles doit faire iadirectement apprécier la folle témérité de l'esprit théologîqœ à Fégard des plus difficiles qoestioas. Toutefois, c'est Surtoat par les doctrines que Tincompatibilité des deux pbilosophles doit éelat^ cbea la plupart des intelligences^ trop peo tonehées d'ordinaire des simples dissidences de méthode , qnoiqae celles-ci soient aa fond les plda graves, comme étant la source nécessaire de toutes les autres. Or, sous ce nouvel aspect, on ne peut méconnatirè l'opposition radicale des deux ordres de conceptions, on les mêmes phénomènes sont tantôt attribués à des volontés directrices , et tantôt ramenés à des lois invariables. La mobilité irréguliére, naturellement inhérente à tonte idée de volonté, ne peut aucunement i^acoorder avec la constance des relatlona réelles. Ausm , à meiure que les lois physiques ont étéconniper, reraptré des volontés surnaturelles, s'est trpuvé de plus en plus restreint, étant toujours consacré surtout aux pbénotfiènes dont les lois restaient ignm'ées. Une telle incompatibilité devient directement évidente quand on oppose la prévision rationnelle , qui constitue le principal caractère de la vérila^e science, è^ là divination par révélation spéciale , que la théologie doit représenter comme offrant le seul moyen légitime de connaître l'avenir. Il est vrai que l'esprit positif, parvenu à son entière maturité , tend aussi à subordonner la vdonté elle-même i.de véritables lois, dont l'existenee e$t, en effeil, tadtement supposée par la raison vulg»re , puisque les eflbrt» ptatiques pour modifier et prévi^r les TcAoptés humaines ne sauraient avoir sans cela aucun fondem^t raisonnable. Mais une teHe notion ne conduit nullement à conciUer lea deux modes opposés suivant lesquels la science et la tibéologie conçoivent néceasurement la dvoolien eSeetive
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des dhrers phéDoniènies. Car , une seibblable prérMon et la condnito qui en rénilte exigent évideminent nne profonde connaiflsaûoe réelle do Tétre an mn duquel les Toloûtés se prodniaenté Or , ce fondement préakbie ne saurait pro?enîr que d'un être au moins égal , jugeant ainsi par similitude ; on ne peut le conceroir de la part d'un infiMeur , et la contradiction augmente avec l'inégalité de nature. Aussi la théologie a-t-elle toujours repoussé la prétention de pénétrer aucunement les desseins providentiels , de même qu'il serait absurde de supposer aux derniers animaux la faculté de préroir les rolontés de llMmnne ou des autres animaux supérieurs. C'est néanmoins à cette folle hypothèse qu'on se trouverait nécessairement conduit pour concilier finalement l'esprit tbéologique avec Tesprit positif.
Historiquement considérée, leur opposition radicale, applicable à toutes les phases essentielles de la philosophie initiale , «est généralementvadmise depuis longtemps envers celles que lès populations les plus avancées ont complètement franchies. Il est même certain qtfë , à leur égard , on exagère beaucoup une telle inoompatibiUté , par suite de oe dédain absolu qu'inspirent aveuglément nos habitudes monotbéiques pour les deux états antérieurs du régime, tfaéologiqqe. La saine philosophie, toujours obligée d'apprécier le mode nécessaire suivant leqo^ chacune des grandes phases successives ^da rhumanité a eflbetivement concouru à notre évdution fondamentale , rectifiwa soigneusement ces injustes préjugés, qui empêchent toute véritable théorie historiquei Mais , quoique le pd^théisme , et même le fétidiisnie , ai^t, d'abord secondé réeUement l'essor spontané de l'esprit d'observation , on doit pourtant reconnaître qu'ils ne pouvaient têtre vraiment compatibles avec le sentiment graduel de rinVarlabilité des rdations physiques , aussitôt qu'il a pu acquérir une eeriaiiiB eonsistanoe systématklue. Aussi dcrit-on
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concevoir cette inévitableopposition comme la principale aoarce secrète des diverses transformations qui ont saccessivement décomposé la philosophie* théologiqne en la réduisant de plus en plus. C'est ici le lieu de compléter, àœ sujet , l'Indispensable exfdication indiquée an i&mi de ce discours, où cette dissolution graduelle a été spécialement attribuée à Tesprit métaphysique proprement dit , qui » an fond , if en pouvait être que le simple organe, et jamais le vérit^ible agent. Il faiit^ en eflfet, remarquer que Fesprit positif, par suite du défaut de généralité qui devait caractériser sa lente évolution partielle , ne pouvait convenablement formuler ses propres tendances philosophiques, à peine devenues directement fusibles pendant nos derniers siècles. De là résultait la nécessité spéciale de l'intervention métaphysique , qui pouvait seule systématiser convenablement Topposition qpontanée de la science naissante à l'antique théologie. Mais , quoiqu'un tel office ait dû faire exagérer beaucoup l'importance effectivé.de cet esprit transitoire, il est cependant facile de reconnaître que le progrès nattorel des oonnaissances réelles donnait seul une sérieuse consistance à sa bruyante activité. Ce progrès continu, qui même avait d'abord déterminé , au fond, la transformation du fétichisme en polythéisme, a surtout constitué ensuite la* source essentielle de la réduction du polythéisme au monothéisme. La collision ayant &â s'opérer principalement par les théories astronomiques ., ce traité me fournira l'occasion naturdile de caractériser le degré précis de leur développement auquel il faut attribuer , en réalité , Tir^^évocable décadence mentale du régime ptfly tbéique , que nous reconnattrons alors logiquement incompatible avec la fondation décisive de l'astronomie mathématique par l'école de Thaïes. L'étude rationnelle d'une telle opposition démontre clairement qu'elle ne pouvait se borner à la théologie aoeionne, et qu'elle a dû s'étendre énsuiia an monothéisme lui-même,
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qaoiqne son énergie dût décroître arec sa nécessité » à mesure qae Tesprit théologiitne continuait à déchoir par suite du qiéme progrès spontané. Sans doute , cette extrême phase de la philosophie initiale était heancoup moins contraire que les précédenties à Tessor des connaissances rédles , qui n'y rencontraient plus, à chaque pas, la dangereuse concurrence d'une explicà* lion surnaturelle spécialement fornmlée. Aussi est-ce surtout sons ce régime moitothéique qu'a dû s'accomplir l'évolution préliminaire de l'esprit positif. Mais l'incompatibilité, pour être moins explicite et plus tardiye, n'en restait pas moins finalement inévitable , même aTatit le temps où la nouvelle philosophie serait devenue àsfSez générale pour prendre^un caractère vraiment organique , en remplaçant irrévocablement la théologie dans son office ^ocbA aussi bien que dans sa destination mentale. Comme le conflit a dû encore s'opérer surtout par l'astronomie , je démontrerai ici avec précision quelle évolution plus avancée a étendu nécessairement jusqu'au plus simple monothéisme son opposition radicale, auparavant bornée au polythéisme proprement dit : on reconnaîtra alors que cette inévitable influence résulte de la découverte du double mouve* ment de la terre , bientôt suivie de la ftmdation de la mécanique céleste. Dans l'état présent de la raison humaine , on peut assurer que le régime monothéique, longtemps favorable à l'essor jprimitif des connaissances réelles , entrave profondément la marche systématique qu'elles doivent prendre désormais, en empêchant le sentiment fondamental de l'invariabilité des lois physiques d'acquérir enfin son indispensable plénitude philosophique. Car 9 la pensée continue d'une subite perturbation arbitraire -dails l'économie naturelle doit toujours rester inséparable , au moins virtuellement , de toute théologie quelconque, même réduite autant que possible. Sans un tel obstacle , en effet I qui ne peut cesser que par l'entière désuétude de Fesprit
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tbécriogiqoe » le qMH^tacle jonnialier de I^ordre réel mami déjà détermiDé one adhésion uûiTersdle au principe foadanientd da la philosophie positive.
Plusieurs siédes ayant qœ l'essor scientifiiiue permit d'apprécier directement cette opposition radicale, la transition mè* tapbysique avait tenté, sons sa secrète impalsion, de^^estreindre, an sein méjne dn monothéisme , l'ascendant de. la théologie > en faisant abstraitement prévaloir, dans la demiéi^e période du moyen âge , la célèbre doctrine scdaatiqae qui assujettit Faction effective dn inoteur suprême à des lois invariables, qu!il aurait primiti?ement établies en s'inier disant «de jamais les changer. Mais cette sorte de transaction spontanée entre le principe théologique et le principe positif nô cojpaportftit , évidemment, qu'une existence passagère, propre i faciliter ^davantage le dédin continu de l'un et le triomphe graduel de rantra Son empire était même essentiellement borné aux eqyrits cultivés \ car, tant que la foi subsista réellement , l'instinct populaire dut toujours repousser avec énergie une <:onception qui, au fond^ tendait à annuler le pouvoir providentiel , en le condamnant à une sublime inertie, qui laissait toute l'activité habituelle i la grande entité métaphysique , la Nature étant ainsi réguUërement associée au gouvernement universel , à titre do ministre obligé et responsable , auquel devaient s'adresser désormais la plupart des plaintes et des vœux. On Yoit que, sous tous les aspects essentiels, cette oonception ressemble beaucoup à celle que la situation moderne a fait de plus en plus prévaloir au sujet de h^ royauté Gonstilutionnelle} et cette analogie n'est nullement iortultci puisque le type théologique a fourni, en effet, la base .rationnelle du type politique. Cette dootrine oontradiotoire, qui ruine Teificacité sociale du principe théologique, sans oonsacrer l'ascendant fondamental du principe positif , ne saurait correspondre à aucun état vraiment normal et
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durable : die ooD8ti|nie seolemeçt le plus pntoaiit im moyeni de transitioD fHrapres au dernier office néceisaire de l'esprit inétaphysiqae.
Eafin^ rinoompatibilité oéceaKiire de la sdence avec la tbéo* logie a d& se maaifester aussi sous ane autre forme générale , spécialement adaptée à l'état monotbéique , en faisant de plus en plus ressortir l'imperfection radicale de Tordre réel » ainsi opposée à l'inévitable optimisme providentiel. Cet optimisme a dû , sans douter, rester longtemps conciliable avecTessor spon*
tanédes connaissances positives , parce qu'une première ana* Ijse de la nature devait alors inspira partout une naïve ad* miration pour le mode d'accomplissement des principaux phénomènes qui constituent l'ordre effectif. Mais cette disposition initiale tend ensuite à disparaître, non moins nécessairement , à mesure, que l'eâprit positif , prenant un caractère de plus en plus systématique , substitue peu à peu, au dogme des causes Onales, le principe des conditions d'existence , qui en offre, ^.un plus haut dc^ré, toutes les propriétés logiques, sans présenter aucun de ses graves dangers scienti&ques. On cesse alors de s'étonner que la constitution des êtres naturels se trouve , en chaque cas , disposée de mauière à permettre l'accomplissement de leurs phénomènes effectifs. Su étudiant avec soin cette inévitable harmonie, dansl'unique desseinde la mieux connaître , on finit ensuite par remarquer les profondes im^ perfections que présente, à tous égards, l'ordre réel, presque toujours inférieur en sagesse à léconomie artificielle qu^établit notre faible intervention humaine dans son domaine borné. Gomme ces vices naturels doivent être d'autant plus grands qu'il s'agit de phénomènes plus compliqués, les indications ir*réçusables que nous offrira, sous cet aspect, l'ensemble de l'astronomie, suffiront ici pour faire pressentir combien Une pareille appréciation doit s'étendre , avec une nouvelle énçrgia
phtlosopliiqae , à tontes les antres parties essentielles dé la science réelle. Mais il importe snrtont de comprendre , en général, an sujet d'ude telle critique, qu'elle n'a pas seulement une destination passagère, à titre de Ynoy^ *anti*théologique. Elle se lie, d'une manière pins intime et plus durable , à Fesprit fondamental de la phflosophie positive ^ datis la relation générale entre la spéculation et l'action. Si, d'une part ^ notre active intervention pernTanente repose , avant tout ^ sur l'exacte connaissance de l'économie naturelle, fldnt notre économie artificielle ne doit constituer, à tous égards , que l'amélioration progressive , il n'est pas moins certain, d'upe antre part , que nous supposons ainsi l'imperrection nécessaire de cet ordre ^poptané , dont la modification gradiielle constitue le but journalier de tous nos efforts, individuels on collectifs. Abstraction faite de tonte critique passagère , la juste appréciation des divers inconvénients propres à la constitution [effective da monde réel doit donc être conçue désormais comme inhérente à l'ensemble de la philosophie positive , même envers les cas inaccessibles à nos faibles moyens de perfectionnement , afin de mieux connaître ,"8011; notre condition fondamentale, soit la destination essentielle de notre activité continue.
Le concours spontané des diverses considérations générales indiquées danë cç discours , BuflBt maintenant '|)onr caractériser ici, sons tons les aspects principaux , le véritable esprit philosophique, qui^ après nne lente évolution préliminaire, atteint aujourd'hui son état systénoiatique. Tu l'évidente obligation où nous sommes placés désormais de lé qualifier habituellement par une conrle dénomination spéciale , j'ai dû préférer cctle à laquelle cette universelle préparation a procuré de plus en plus, pendant les trois derniers siècles, la précieuse propriété de résumer le mieux possible Tenselnble de sesattributs fondamentaux. Gomme tous les termes vulgaires ainsi élevés gradnéllejaient à
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la dignité philosophique ^ le moi positif oftèe, dans nos langnes occidentales, plasiéUrs acceptions distinctes, méme^n écartant le sens gfossier qui d'abord s'y attache chez les esprits mal cultivés. Mais il importe de noter ici que toutes ces diverses signiications conviennent également à la nouvelle philosophie générale , dont elles indiquent alternativement diflérentes propriétés caractéristiques : ainsi , cette apparente ambiguïté n'offrira désormais aucun inoonvénieikt réel. Ily.faudr»voir«.an contraire, Tua des principstux exem|des de cette admirable condensation de formules qui^ chez les populations avancées, réunit , sous une seule expression usuelle , plusieurs attributs distincts, quand la raison publique est parvenue à reconnaître leur liaison permanente.
Considéré d'aboM dans son acception la plus ancienne et la plus commune, le mot |M>inrî/' désigne le réel, par opposition au chimérique : sons ce rapport , il convient pleinement au nouvel esprit philosophique, ainsi caractérisé d'après sa constante consécration' aux recherches vraiment accessibles à notre intelligence, à l'excldsion permanente des impénétrsdiles mys«tères dont s'occupait surtout son enfance. En un second sens» trèd-voisin du précédent , mais pourtant distinct , ce terme fondamental indique le contraste de l'utile à l'oiseux : alors il rappelle, en philosophie , la destination nécessaire de foutes nos saines spéculations pour l'amélioration continue de notre vraie condition , individuelle et collective , au lieu de la vaine satisfaction d'une stérile curiosité. Suivant une troisième significatioa usuelle , cette heureuse expression est fréquemment employée à qualifier l'opposition entreja certitude et l'indécision : elle indique ainsi Taptitude caractéristique d'une telle philosophie à constituer spontanément l'harmonie logique dans l'individu et la comtnunion spirituelle dans l'espèce entière, au lieu de ces doutes indéfinis et ié ces débats interminables que de-
Tait soflciter Tantique régkpe mental. Uoeqnatrièmo acception ordinaire , trop iouvent confondue avec la pr^écédente , consiste à opposer le précis an vagné : ce sens rappelle la tendance constante dn yéritable esprit phUoâopbiqna à obtenir partout le degré de précision compatible avec la nature des phénomènes et conforme à l'exigence de nos vrais besoins ; tandis que Tancienno manî^ de philosopher conduisait nécessairement à des opinions vague^i ne comportant une indispensable discipline que diaprés une compression permanente , appuyée sur une autorité surnaturelle*
Il faut enGn remarquer spécialement une dnquième applica tion, moins usitée que les autres , quoique d'ailleurs pareille* ment universelle, quand ou emploie le mot positif coatme If contraire de négatif. Sous cet aspect , il indique Tune des plus éminentes propriétés de la vraie philosophie moderne ,. en la montrant destinée surtout» par sa nature, non à détruire, mais à organiser. Les quatre caractères généraux que nous venons de rappeler la distinguent à la foia de tous les modes possibles» soit théologiques 9 soit métaphysiques ^ propres à la philosophie initiale. Cette dernière signification , en indiquant d'ailleurs une tendance oontinue du, nouvel esprit philosophique , offre aujourd'hui une impoortance spéciale pour car^fctériser directement Tune de ses princq^les différences, non pins avec l'es* prit théologique, qui fut longtemps organique , .mais avec l'esprit métaphysique inroprement dit» qui n'a jamais pu étrs que critique. Quelle qu'ait été, eh effet, l'action dissolvante de la science réelle , cette influence fut toujours en elle purement indirecte et secondaire t son défaut môme de systématisation empêchait jusqu'ici qu'il en pût être autrement f et le grand c^e organique .qui lui est maintenant échu s'opposerait désormais à une telle attribution accessoire, qu'il tend d'ailleurs à rendre superflue. La saine philosophie écarte radicalement» il
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est yrai , tontes les questions néceâtairement insçlobles : mail, en motîTant leur rejet, elle évite de rien Dieràiear ^ard, ce qui serait contradictoire k cette désuétude systématiqae , par laquelle sesle doivent s'âieindre tonte» les opinions vraiment iadis<Satables. Plus impartiale et plus tolérante envers chacmie d'elles , vu sa commune mdifférenoe , que ne peuvent l'être leurs partisans opposés^ elle s'attache, à apprécier historiquement leur influence respective, les conditions de leur 4urée et les motifs de leur décadence', sans prononcer jamais aucune
négation absolue , même quand il s'agit des doctrines les plus antipathiques à l'état présent de la raison humaine chez les populations d'élite. C'est ainsi qu'elle rend une scrupuleuse jui^ice, non-séuleroent aux divers systèmes de monothéisme aatros que celui qui expire aujourd'hui parmi nous, mais aussi aux rroyaoces poljrlhéiques , on même fétichiques , en les rappCHTt^nt toujours aux phases correspondantes de l'évolution fondamentale. Sous l'aspect dogmatique, elle professe d'aiUeurs que les conceptions quelconques de notre imagination , quand leur nature les rendtiéce^sairementin^Gessibles à toute observation , ne sont pas plu» susceptibles dès lors de négation que d'affirmation vraiment décisives. Personne, sans doute,, n'a jamais déniOBtré logiquement la non-existence d' Apollon, de Minerve, etc., ni celle des fées orientales ou des. diverses créations poétiques ; ce qui n'a nullement empêché l'esprit humain d'abmdonner irrévocablement les dogmes antiques, quand ils ont euQn cessé de convenir à Tensemble de sa situation.
Le seul caractère essentiel du nouvel esprit philosophique qui ne Soit pas encore indiqué directement par le root positifs consiste dans sa tendance nécessaire è substituer partout le relatif à l'absolu. Mais ce grand attribut, à la fois scientifique et logique , est tellement inhérent à la natjire fondamentale des connaissances réelles, que sa considération générale ne
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tardera pas à sp lier intfanement aux divers aspects qae èelte formule combiie déjà, quand le moderne régime intellectuel, jusqu'ici partiel et empirique , piassera communément à Tétat systématique. La cinquième acception que nous venons d'apprécier est surtout propre à déterminer cette dérniâre condensation du nouveau langage philosophique , dès lors pleinement constitué, d'après l'évidente aiBoité des deux propriétés. On conçoit 9 en effet, que la nature absolue des anciennes doctrines, soit théologiques, soit métaphysiques, déterminait nécessairement chacutie d'elles à devenir négative envers toutes les autres, sous' peine de dégénérer elle-même en un absurde éclectisme. C'est, au contraire , en vertu de son génie relatif que la nouvelle philosophie petit toujours apprécier la valeur propre des théories qui lui sont le plus opposées , sans toutefois aboutir jamais à aucune vaine concession , susceptible d^altérer la netteté de ses vues ou la fermeté de ses décisions. Il y a donc vraiment lieu de présumer, d'après l'ensemble d'une telle appréciation spéciale, que la'formtile employée îci pour qualifier habituellement cette philosophie dé&niti ve rappellera désormais, à tous les bons esprits , l'entière combinaison effective de ses diverses propriétés caractéristiques.
Quand on recherche l'origine fondamentale d'une Mie manière de philosopher, on pe tarde pas à reconnaître que sa spontanéité élémentaire coïncide réellement avec les premiers exercices pratiques de la raison humaine : car, l'ensemble des explications hidiquées dans ce Discours démontre clairement que tous ses attributs prindpaux sont , au fond, les mêmes que ceux du bon sens universel. Malgré Tascendant meûtal de la plus grossière théologie, la conduite journalière de la vie active a toujours dû susciter, envers chaque ordre de phénomènes , une certaine ébauche des lois naturelles et des prévisions correspondantes , dans quelques cas particuliers , ifui seulement
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semblaient alors secondaires ou exceptionnels : or, téb sont , en efièt, les germes néces^îres de la positivité, qui devait longtemps rester empirique avant de pouvoir devenir rationnelle. 11 importe beaucoup de sentir que , sons tous les aspects essentiels , le véritable esprit philosophique consiste surtout dans Fextension systématique du simple bon sens à toutes les spéculations vraiment accessjbles. Leur domaine est radicalement identique, puisque les plus grandes questions de la saine philosophie se rapportent partout aux .phénomènes les plus vulgaires, envers lesquels les cas artificiels ne constituent qv'une préparation plus ou moins indispensable. Ce sont , de part et d'autre , le même point de départ expérimental, le même but de lier et de prévoir, la même préoccupation continue de la réalité , la même intention finale d'utilité. Toute leur diflërence essentielle consiste dans la généralité systématique de Fua, tenant à son abstraction nécessaire, opposée à. lincobérente spécialité de l'autre , toujours occupé du concret.
Envisagée sous l'aspect dogmatique, cette connexité fondamentale représente la science proprement dite comme un simpie fM'olongement méthodique de la sagesse universelle. Aussi , bien knn dé jamais remettre en question ce que celle-ci a vraiment dîécidé, les saines qiéculations philosophiques doivent toujours emprunter à la mison commune leurs notions initiales, pour leur faire acquérir, par une ilaboration systématique, un degré de généralité et de consistance qu'elles ne pouvaient cbtenir spontanément. Pendant tout le cours d'une telle élaboration , le contr61e permanent de cette vulgaire sagesse conserve d'ailleurs une haute importance , afin de prévenir^ autant que possible, les diverses abeiraiions, pai; négligence ou par illusion , que suscite souvent l'état continu d'abstraction indispensable à l'activité philosophique. IVIalgréleur aifinité nécessaire, le bon sens proprement dUt d<Mt surtout rester
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pi^oocopé de réalHé et d'utilité , tandis qoe l'esprit spëcMement philosophique tend à apprécier davantage la généralité et b liaison $ en sorte que leur doubla réaction journalière devient également favorable è chacun d'eux , en consolidanit c^ez lui les qualités fondamentales qui s'y altéreraient naturellement. Une telle relation indique aussitôt combien sont nécessairement creuses et stériles les recherches spéculatives dirigées , en un sujet quelconque, vefs les premiei:s principes , qui , devant toujours émaner dela^sagesse vulgaire, n'appartioinent jamais au vrai domaine delà science, dont Ils covstituient, au contraire, les fondements spontanés et dès lors indiscutables; ce qui élague radicalement une foule de controverses, oiseuses ou dangereuses, que nous a laissées l'ancien régime mental. On peut également sentir ainsi ^la profonde inatiité inale de toutes les études préalables relatives à la logique abstraite» où il s'agit d!apprécier la vraie méthode philosophique , isdémeht d'ancane application à un ordre quelconque de phénomènes. En effet , lea seuls principes vraiment généraux que l\>n puisse .établir àxet égard se réduisent nécessairement, comme il est aisé de le vérifier sur les plus célèbres de ces aphortaies, à quelques maximes incontestables mais évidentes , empruntées à la raison eoomiune, et qui u'ejoutent vraiment rien d'essentiel aux indications résultéet , chez tous les bons esprits, d'un simple exercice spontané. Quant à la manière d'adapter ces règles universelles aux divers ordres de nos spéculations positives , ce qui constituerait la vraie difficulté et lutiltté réelle de te|a préeeptes logiques , elle ne saurait comporter de véritable appi^ dation que d'après une analyse spéciale des études correspondantes, conformément à la nature propre des phénomènes considérés. La saine philosophie ne sépare donc jamais la logique d'avec la science; la méthode et la doctrine ne pouvant^ en ehaqiie cas, être bien Jugées que d'après leurs vraies rdations
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matneUes : il n'est pas plus possible , an fond , de donner à la logique qu'à la science un caractère universel par des conceptions purement abstraites , indépendantes de tons phénomènes déterminés; les tentatives dp ce genre indiquent encore la seerète iifflnence de Tesprit absolu inhérent au régime théologienmétaphysique.
Considérée maintenant sous l'aspect historique, cette intime flolidirité naturelle entre le génie propre de la vraie philosophie et' le simple bon sens universel montre l'origine spontanée de l'esprit positif, partout résulté, en effet » d'une réaction spéciale de la raison pratique sur là raison théorique, dont le caractère initial a toujours été ainsi modifié de plus en plus. Mais cette transformation graduelle ne pouvait s'opérer à la fois , ni surtout avec une égale vitesse , sur les diverses classes' de spéculations abstraites, toutes primitivement théologiques, comme nous l'avous reconnu. Cette constante impulsion concrète n'y pouvait faire pénétrer l'esprit positif que stiivant un ordre déterminé, conforme à la complication croissante des phénomènes, et qui sera directement expliqué cidessous. La positivité abstraite, nécessairement née dans les plus simples études mathénkatiques., et propagée ensuite par voie d'affinité spontanée.oil d'imitatiton insdiictive , ne pouvait donc offrir d'abord qu'un caractère spécial et même, à beaucoup d'égards, empirique, qui dchrail longtemps dissimuler, à la plupairt de ses promoteàrs, soit son incompatibilité inévitable avec la philosophie initiale , uAx. surtout sa tendance radicale à fonder un nouveau régime logique. Sesprogiè» continus, sous l'impulsion croissante de la raison vulgaire,, ne pouvaient alors déterminer directement que le triomphe préalable de l'esprit métaphyrique, destiné, par sa généralité spontanée, à lui servir d'organe philosophique , pendant les sièdes écoulés eahre la préparation mentale du monotbéisyie et sa pleine*iaslattatipn
'sociale, après l^lglelle le régime ontologiqoe, ayant ébtenn tout rascendant que comportait sa oatore, est bientôt deyena oppressif pour Fessor scîenlifiqqe, qif il avait jusque-là secondé. Aussi l'esprit positif n'a-t-il pu manifester suflSsanmient sa propre tendance philosophique que quand il s'est trouvé enfin conduit y par cette oppression , à iutter spécialement contre l'esprit métaphysique, avec lequd il avait dû longtemps sembler confondu. C'est pourquoi la première fondation systématique de la philosophie |K>sitive ne saurait remonter an delà de la mémorable crise où l'ensemble du régime ontologique a commencé à succomber > dans tout l'occident européen , -sous le contours spontané de deux admirables impulsions mentales, Tune, scientifique, émanée de Kepler et Galilée, l'antre, philosophique, due à Bacon et Descartes. L'imparfaite unité méta- ' physique constituée à la fin du moyen âge , a été dès lors irrétocablement dissoute^ comme l'ontologie grecque arait déjà - détruit à jamais la grande unité théologique, correspondante au polythéisme. Depuis cette crise vraiment décisive , l'esprit positif, grandissant davantage en deux siècles qu'il n'avait pu le faire pendant toute sa longue carrière antérieure, û'a plus laissé possible d'autre unité mentale que celle qui résulterait de son propre ascendant universel , ch^Muetiouveau domaine successivement acquis par lui ne pouvait plus jamais retournera la théologie ni à la métaphysique, en vertu de la consécration définitive que ces acquisitions croissantes, trouvaient de plus en plus dans la raison vulgaire. C'est seulement par une telle systématisation que la sagesse théorique rendra vériteblement à la sagesse pratique un digne équivalent, en généralité et en consistance, de l'office fondamental qu'elle en a reçu , en réalité et en efficacité, pendant sa lente initiation graduelle : car, les notions positives obtenues dans les deux derniers siècles sont, à vrai dine , bien plus précieuses comm^ maiériaux. ultérieurs
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d'une nouvelle philosophie générale qae par leur valeur directe et spéciale , la plupart d'entre elles n'ayant pu encore acquérir leur caractère définitif, ni scientifique , ni même logique.
L'ensemble de notre évolution mentale, et surtout le grand mouvement accompli, en Europe occidentale, depuis Descartes et Bacon , ne laissent donc désormais d'autre issue possible que de constituer enfin , après tant de préambules nécessaires, l'état vraiment normal de la raison humaine , en procurant à l'esprit positif la plénitude et la rationalité qui lui manquent encore, de manière à établir, entre le génie philosophique et le bon sens universel , une harmonie qui jusqu'ici n'avait jamais pu exister suflisammcnt. Or , en étudiant ces deux conditions simultanées 9 de complément et de systématisation , que doit aujourd'hui remplir la science réelle pour s'élever à la dignité d'une vraie philosophie , on ne tarde pas à reconnaître qu'elles coïncident finalement. D'une part , en effet , la grande crise initiale de la positivit^ moderne n'a essentiellement laissé en dehors du mouvement scientifique proprement dit que les théories morales et sociales, dès lors restées dans un irrationnel isolement, sous la stérile domination de l'esprit théologicométaphysique : c^est donc à les amener aussi à l'état positif que devait surtout consister, de nos jours, la dernière épreuve du véritable esprit philosophique , dont l'extension successive à tous les autres phénomènes fondamentaux se trouvait déjà assez ébauchée. Mais, d'une autre part , cette dernière expansion de la philosophie naturelle tendait spontanément à la systématiser aussitôt, en constituant l'unique poin)^ de vue, soit scientifique , soit logique , qui puisse dominer l'ensemble de nos spéculations réelles, toujours nécessairement réductibles à l'aspect humain , c'est-à-dire social , seul susceptible d'une active universalité. Tel est le double but philosophique de l'élaboration fondamentale, à la fois spéciale et générale, que j'ai
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osé entreprendre dans le grand ouvrage indiqué au début de ce discours : les plus éminents penseurs contemporains la jugent ainsi assez accomplie pour avoir déjà posé les véritables bases directes de l'entière rénovation mentale projetée par Bacon et Descartes , mais dont Texécutipn décisive était réservée à notre siècle.
Pour que cette systématisation finale des conceptions humaines soit aujourd'hui assez caractérisée , il ne siffBl pas d'apprécier, comme nous venons de le faire, sa destination théorique; il faut aussi considérer ici , d'une manière disUncte quoique sommaire, son aptitude nécessaire à constituer h seule issue intellectuelle que puisse réellement comporter l'immense crise sociale développée^ depuis un demi-siècle, dans Fensemble de l'occident européen , et surtout en France.
Tandis que s'y accomplissait graduellement , pendant les cinq derniers siècles, l'irréYOcable dissolution de la philosophie théologique , le système politique dont elle formait la base mentale subissait de plus en plus une décomposition non moins radicale, pareillement présidée par l'esprit métaphysique. Ce double mouyement négatif avait pour organes essentiels et solidaires, d'une part, les universités, d abord émanées mais bientôt rivales de la puissance sacerdotale, d'une autre part, les diverses corporations de légistes, graduellement hostiles aux pouvoirs féodaux : seulement , à mesure que Taction critique se disséminait, ses agents , sans changer de nature , devenaient plus nombreux et plus subalternes ; en sorte que, au dix-huitième siècle , la principale activité révolutionnaire dut passer , dans l'ordre philosophique, des docteurs proprement dits aux simples littérateurs, et ensuite, dans l'ordre politique, des juges aux avocats. La grande crise finale a nécessairement commencé quand cette commune décadence, d'abord spontanée, puis systématique, à laquelle, d'ailleurs , toutes les classes
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quelconques de la société moderne ayaient diversement concouru , tilt enfin parvenue au point de ron(]re universeUement irrécusable Timpossibilité de tonserver le régime ancien el le besoin croissant d'an ordre nouveau. Dés son origine, cette crise a toujours tendu à transformer en un vaste mouvement organique le mouvement critique des cinq siècles antérieurs , en se présentant comme destinée surtout à opérer directement la régénération sociale, dont tons les préambules négatifs se trouvaient alors suflSsamment accomplis. Mais cette transformation décisive , quoique do plus en plus urgente , a dû rester jusqu'ici essentiellement impossible, faute d'une philosophie vraiment propre à lui fournir une base intellectuelle indispenaable. Au temps même où le suffisant accomplissement de la décomposition préalable exigeait la désuétude des doctrines purement négatives qui l'avaient dirigée, une fatale illusion, alors inévitable , cqpduisit , au contraire , à accorder sponta^ nément à Vesprit métaphysique , seul actif pendant ce long préambule , la présidence générale du mouvement de réorganisation. Quand une expérience pleinement décisive eut à jamais constaté, aux yeux de tt>us, rentière Impuissance organique d'une telle philosophie , l'absence de toute autrethéorie ne permit pas de satisfaire d'abord aux besoins d'ordre, qui déjà pré-
valaient, autrement que par une sorte de restauration passagère de ce même systèipe , mental et social, dont Tirréparable déca* dence avait donné lieu à la crise. Enfin , le développement de cette réaction rétrograde dut ensuite déterminer une mémorable manifestation , que nos lacunes philosophiques rendaient aussi indispensable qu'inévitable , afin de démontrer irrévocablement que le (Hrogrès constitue , tout autant que l'ordre , l'une des deux conditions fondamentales de la civilisation moderne.
Le concours naturel de ces deux épreuves irrécusables, dont
le renonvellement est maintenant devenu aussi impossible qu'inutile , nous a conduits aujourd'hui à cette étrange situation où rien de vraiment grand ne peut être entrepris , ni pour Tordre, ni pour le progrès, faute d'une philosophie réellement adaptée à l'ensemble de nos besoins. Tout sérieux effort de réorganisation s'arrête bientôt devant les craintes de rétrogradation qu'il doit naturellement inspirer, en Un temps où les idées d'ordre émanent encore essentiellement du type ancien, devenu Justement antipathique aux populations actuelles .- de même , les tentatives d'accélàratioa directe de la progression politique ne tardent pas à être radicalement entravées par les inquiétudes très-légitimes qu'elles doivent susciter sur l'imminence de l'anarchie, tant que les idées de progrès restent surtout négatives. Gomme avant la crise , la lutte apparente demeure donc engagée entre l'esprit théolc^que, reconnu incompatible avec le progrès , qu'il a été ccyi^duit à nier dogmatiquement , et l'esprit métaphysique, qui , après avoir abouti , en philosophie, au doute universel, n'a pu tendre, en politique , qu'à constituer le désordre , ou un état équivalent de non-gouvernement. Mais, d'après le sentiment unanime de leur commune insuffisance, ni l'un ni l'autre ne peut plus inspirer désormais y chez les gouvernants ou chez les gouvernés , de profondes convictions actives. Leur antagonisme continue pourtant à les alimenter mutuellement, sans qu'aucun d'eux puisse davantage comporter une véritable désuétude qu'un triomphe décisif; parce que notre situation intellectuelle les rend encore indispensables pour représenter, d-une manière quelconque, les conditions simultanées , d'une part de l'ordre, d'une autre part du progrès ) jusqu'à ce qu'une même philosophie puisse y sati^aire également , de manière à rendre enfin pareillement inutiles l'école rétrograde et l'école négative^ dont chacune est surtout destinée aujourd'hui à empêcher l'entière prépondé-
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rance de l'autre. Néanmoins, les inquiétudes opposées, relatives à ces deax dominations contraires, devront natorellement persister h la fois , tant qae dorera cet interrègne mental , par une suite inévitable de cette irrationnelle scission entre les deux faces inséparables du grand problème social. En effet , chacune des deux écoles , en vertu de son exclusive préoccupation , n'est plus même capable désormais de contenir suflBsamment leS aberrations inverses de son antagoniste. Malgré sa tendance anti-anarchique , l'école théolofique s*est montrée, de nos jours , radicalement impuissante à empêcher l'essor des opinions subversives, qui , après s'être développées surtout pendant sa principale restauration , sont souvent propagées par elle , pour de frivoles calculs dynastiques. Sémblablement , quel que soit l'instinct anti-rétrograde de Técole métaphysique , elle n'a plus aujourd'hui toute la force logique qu'exi* gérait son simple office révolutionnaire, parce que son inconséquence caractéristique l'oblige à admettre les principes essentiels de co même système dont elle attaque sans cesse les vraies conditions d'existence.
Cette déplorable oscillation entre deux philosophies opposées, devenues également vaines, et ne pouvant s'éteindre qu'à la fois, devait* susciter le développement d^une sorte d'école intermédiaire, essentiellement stationùaire , destinée surtout à rappeler directement l'ensemble de la question sociale, en proclamant enfin comme pareillement nécessaires les deux conditions fondamentales qu'isolaient les deux opinions actives. Mais, faute d'une philosophie propre à réaliser cette grande combinaison de l'esprit d'ordre avec l'esprit de progrès, cette troisième impulsion reste logiquement encore plus impuissante que les deux autres, parce qu'elle systématise l'inconséquence, en consacrant simultanément les principes rétrogrades et les maximes négatives , afin de pouvoir les neutraliser mutuelle-
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ment. Loin de tepdre à terminer la crise ^ une telle disposition ne pourrait aboutir qu'à l'éterniser | en s'opposanl directement à toute Traie prépondérance d'un système quelconque ^ si on ne la bornait pas à une simple destination passagère, pour satis* faire empiriquement aux plus graves exigences de notre situation révolutionnaire , jusqu'à Tavénement décisif des seules doctrines qui puissent désormais convenir à l'ensemble de nos besoins. Mais , ainsi co)qçu , cet expédient provisoire est aujourd'hui devenu aussi indispensable qu'inévitable. Son rapide ascendant pratique , implicitement reconnu parles deux partis actifs, constate de plus en plus, chez les. populations actuelles, l'amortissement simultané des convictions et des passions anté* rieures, soit rétrogrades, soit critiques» graduellement remplacées par un sentiment universel , réel quoique confus , de la nécessité ^ et même de la possibilité, d'une conciliation permanente entre l'esprit de conservation et l'esprit d'amélioration, également propres à l'état normal de l'humanité. I^ tendance correspondante des hommes d'état à empêcher aujourd'hui, autant que possible, tout grand mouvement politique, se trouve d'ailleurs spontanément conforme aux exigences fondamentales d'une situation qui ne comportera réellement que des institutions provisoires , tant qu'une vraie philosophie générale n'aura pas suffisamment rallié les intelligences. A l'insu des pouvoirs actuels, cette résistance instinctive concourt à faciliter la véritable solution, en poussant à transformer une stérile agitation politique en une active progression philosophique, de manière à suivre enfin la marche prescrite par la nature propre de la réorganisation finale , qui doit d'abord s'opérer dans les idées , pour passer ensuite aux mœurs, et, en dernier lieu, aux institutions. Une telle transformation , qui déjà tend à prévaloir en France , devra naturellement se développer partout de plus en plus , vu la nécessité croissante ou se trouvent maintenant
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pldcés nos gôuvertiements occidetitatix de tnilotettif à gtands frais l'ordre matériel au milieu du désordre intellectuel et moral , nécessité qui doit peu à peu absorber esseatiellemeut leurs efibrts journaliers, en les conduisant à renoncer implicitement k toute sérieuse présidence de là réorganisation spirituelle ) ainsi livrée désormais à la libre actitité des philosophes qui se montreraient dignes delà diriger. Cette disposition naturelle des pouvoirs actuels est en harmonie avec la tendance spontanée des populations à une apparente indifférence politique , motivée sur Timpuissance radicale des diverses doctrines en circulation , et qui doit toujours persister tant que les débats politiques continueront , faute d'une Impulsion convenable, à dégénérer en de Vaine» luttes |)ersonnelles , de plus en plus misérables. Telle est Theurense efficacité pratique que Tensemble de notre situation révolutionnaire procure momentanémeht à une école essentiellement empirique , qui , sous l'aspect théorique , ne peut jamafis produire qu'un système radicalement contradictoire , non moins absurde et non moin^ dangereux , en politique, que l'est, en philosophie, Téclectisme correspondant, inspiré aussi par une vaine intention de concilier, sans principes propres, des opinions incompatibles.
B'aprés ce sentiment , de plus en plus développé, de l'égale insuffisance sociale qu*oflirent désormais l'esprit théologique et l'esprit métaphysique, qui seuls jusqu'ici ont activement disputé l'empire , la raison publique doit se trouver implicitement disposée à accueillir aujourd'hui l'esprit positif comme l'unique base possible d'une vraie résolution de la {M^ofonde anarchie intellectuelle et morale qui caractérise surtout la grande crise moderne.. Restée encore étrangère à de telles questions, l'école positive s'y est graduellement préparée en constituant, autant que possible, pendant la lutte révolutionnaire des trois derniers siècles , le véritable état normal de toutes les classes plos
simples de nos spéculations réelles. Forte de tels antécédents , scientifiques et logiques, pure d'ailleurs des diverses aberrations contemporaines, elle se présente aujourd'hui comme yenant enfin d'acquérir Tentière généralité philosophique gui lui moquait jusqu'ici; dès lors elle ose entreprendre, à. son tour, la solution, encore intacte, du grand problème, en transportant convenablement aux études finales la même régénération qu'elle a successivement opérée déjà envers les différentes études préliminaires.
On ne peut d'abord méconnailre l'aptitude spontanée d'une telle philosophie à constituer directement la conciliation fondamentale, encore si vainement cherchée, entre les exigences simultanées de l'ordre et du progrès; puisqu'il lui suffit, à cet effet, d'étendre jusqu'aux phénomènes sociaux une tendance pleinement conforme à sa nature, et qu'elle a maintenant rendue très-familière dans tousles autres cas essentiels. En un sujet quelconque, l'esprit positif conduit toujours à établir une exacte harmonie élémentaire entre les idées d'existence et les idées de monveniient, d'où résulte plus spécialement, envers les corps vivants, la corrélation permanente des idées d'organisation aux idées de vie, et ensuite , par une dernière spécialisation propre à Torganisme social , la solidarité continue des idées d'ordre avec les idées de progrès. Pour la nouvelle philosophie, l'ordre constitue sans cesse la condition fondamentale du progrès; et , réciproquement, le progrès devient le but nécessaire de l'ordre : comme, dans la mécanique animale,réquilibre et la prc^ession sont mutuellement indispensables, à titre de fondement ou de destination.
Spécialement considéré ensuite quanta l'ordre , l'esprit positif lui présente aujourd'hui, dans son extension sociale, de puissantes garanties directes, non seulement scientifiques mais aussi logiques, qui pourront bientôt être jugées très-supérieures
aux vaines prétentions d'une tiiéologie rétrograde « defdosen plus dégénérée, depuis plusieurs siècles, en actif élément de discordes, individuelles ou nationales, et désormais incapable de coutjsnir les divagations subversives de ses propres adeptes. Attaquant le désordre actuel à sa véritable source, nécessairement mentale, il constitue , aussi profondément qne possible , rharmonie logique , en régénérant d'abord les méthodes avant les doctrines, par une triple conversion simultanée de la nature des questions dominantes , de la manière de les traiter, et des conditions préalables de leur élaboration. D'une part , en effets il démontre que les principales difficultés- sociales ne sont pas aujourd'hui essentiellement politiques , mais surtout morales, en sorte que leur solution , possible dépend réellement des opinions et des mœurs beaucoup plus que des institutions $ ce qui tend à éteindre une activité perturbatrice, en transformant l'agitation politique en mouvement philosophique. Sous le second aspect, il envisage toujours l'état présent comme un résultat nécessaire de l'ensemble de l'évolution antérieure , de manière à faire constamment prévaloir l'appréciation rationnelle du passé pour l'examen actuel des affaires humaines; ce qui écarte aussitôt les tendances purement critiques, incompatibles avec toute saine conception historique. Enfin, au lieu de laisser la science sociale dans le vague et stérile isolement où la placent encore la théologie et la métaphysique, Hla coordonne irrévocablement à toutes les autres sciences fondamentales , qui constituent graduellement, envers cette étude finale, autant de préambules indispensables , où notre intelligence acquiert à la fois les habitudes et les notions sans lesquelles on ne peut utilement aborder les plus éminentes spéculations positives ; ce qui institue déjà une vraie discipliné mentale , propre à améliorer radicalement de telles discussions, dès lor$ rationnellement interdites à une foule d'entendements mal organisés ou mal
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|Hréparéi« Ces grandes gannitts logiques sent d'silleurs ensuite pleinemeot confirmées et développées par rappréciation scientifique proprement dite, qui, envers les phénomènes sociaux ainsi que pour tous les autres , représente toujours notre ordre artifidel comme devant surtout consister en un simple prolongement judicieux, d'abord spontané, puis systématique , de Tordre naturel résulté , en chaque cas, de l'ensemble des lois réelles ^ dont l'action effective est ordinairement modifiable , par notre sage intervention, entre des limites déterminées, d*autant plus écartées que les phénomènes sont plus élevés. Le sentiment élémentaire de Tordre est , en un mot , naturellement inséparable de toutes les spéculations positives , constamment dirigées vers la découverte des moyens de liaison entre des observations dont la principale valeur résulte de leur systématisation.
Il en est de ibéme , et encore plus évidemment , quant au progrés 9 qui, malgré de vaines prétentions ontologiques, trouve aujourd'hui» dans Tensemble des études scientifiques , sa plus incontestable manifestation. D'après leur nature absolue, et par suite essentiellement immobile , la métaphysique et la théologie ne sauraient comporter, guère plus Tuné que Tautre , un véritable progrès , c'est-à-dire une progression continue vers un but déterminé. Leurs transformations historiques consistent surtout, au cotitraire, en une désuétude croissante , soit mentale» soit sociale» sans que les questions agitées aient jamais pu faire aucun pas réel , à raison même de leur insolubilité radicale* Il est aisé de reconnsfltre que les discussions ontologiques des écoles grecques se sont essentiellement reproduites, sous d'autres fwmes, chez les scolastiques du moyen âge, et nous en retrouvouSvaujourd*hui l'équivalent parmi nos psychologues ou idéologues, aucune des doctrines controversées n'ayant pu , pendant ces vingt siècles de stériles débats , aboutir
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à des démoDitration» décisiTai , pas teaknieiit ea oe qoi ooncerne l'existence des corps extérieurs , encore aussi problématique pour les argumentateurs modernes que pour leurs plus antiques prédécesseurs. C'est évidemment la marche continue des connaissances positives qui a inspiré, il y a deux siècles, dans la célèbre formule philosophique de Pascal , Iflp première notion rationnelle du progrès humain , nécessairement étran* gère à toute Fancienne philosophie. Etendue ensuite à l'évolution industrielle et môme esthétique , mais restée trop confuse envers le mouvement soeial , elle tend aujourd'hui vaguement vers une systématisation décisive , qui ne peut émaner que de Fesprit positif , enCn convenablement généralisé. Dans ses spéculations journalières , il en reproduit spontanément l'actif seihtiment élémentaire, en représentant toujours l'extension et le perfectionnement de nos connaissances réelles comme le but essentiel de nos divers efforts théoriques. Sous l'aspect le plus systématique , la nouvelle philosophie assigne directement , pour destination nécessaire , à toute notre existence , à la fois persour nell^ et sociale , l'amélioration continue , non-seulement de notre condition , mais aussi et surtout de notre nature » autant que le comporte , à tous égards , l'ensemble des lois réelles , extérieures ou intérieures. Ërig^eant ainsi la notion du progrès en dogme vraiment fondamental de la sage^e humaine , soit pratique , soit théorique , elle lui imprime le caractère le plus noble en même temps que le plus complet , en représentant toujours le second genre de perfectionnement comme supérieur au premier. D'une part, en effet, Faction de Fhun^anité sur le monde extérieur dépendant surtout des dispositions de Fagent , leur amélioration doit constituer notre principale ressource : d'une autre part^ les phénomènes humains , individuels ou collectifs, éta.nt, de tous , les plus modifiables , c'est envers eux que notre intervention rationnelle comporte naturellement U plus vaste eifi-
cacité. Le dogme da progrès ne peat donc devenir soflBsamment philosophique que d'après une exacte appréciation générale de ce qui constitue surtout cette amélioration continae de notre propre nature , principal objet de la progression humaine. Or, à cet égard , l'ensemble de la philosophie positive démontre pleinement , comme on peut le voir dans l'ouvrage indiqué aa début de ce Discours , que ce perfectionn^nent consiste essentiellement , soit pour l'individu , soit pour l'espèce , à faire de plus en plus prévaloir les éminents attributs qui distillent le plus notre'humanité de la simple animalité , c'èst-à-dire, d'une part l'intelligence , d'une autre part la sociabilité , facultés naturellcfment solidaires , qui se servent mutuellement de moyen et début. Quoique le cours spontané de l'évolution humaine, personnelle ou sociale, développe toujours leur conunune influence , leur ascendant combiné ne saurait pourtant parvenir au point d'émpécher que notre principale activité ne dérive habituellement des penchants inférieurs , que notre constitution réelle rend nécessairement beaucoup plus énergiques. Ainsi , cette idéale prépondérance de notre humanité sur notre animalité remplit naturellement les conditions essentielles d'un vrai type philosophique, en caractérisant une limite déterminée, dont tous nos eflTorts doivent nous rapprocher constamment , sans pouvoir toutefois y atteindre jamais.
Cette double indication de l'aptitude fondamentale de l'esprit positif à systématiser spontanément les saines notions simultanées de l'ordre et du progrès suffit ici pour signaler sommairement la haute efficacité sociale propre à la nouvelle philosophie générale. Sa valeur, à cet égard , dépend surtout de sa pleine réalité scientifique , c'est-à-dire de l'exacte harmonie qu'elle établit toujours , autant que possible, entre les principes et les faits , aussi bien quant aux phénomènes sociaui qu'envers tous les autres. La réorganisation totale , qui peut
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seule terminer la grande crise moderne , ' consiste , en effet , sous l'aspect mental , qui doit d'abord prévaloir, à constituer une théorie sociologique propre à expliquer convenablement l'ensemble du passé humain : tel est le mode le plus rationnel de poser la question essentielle , afin d'y mieux écarter toute passion perturbatrice. Or, c'est ainsi que la supériorité nécessaire de l'école positive sur les diverses écoles actuelles peut aussi être le plus nettement appréciée. Car, l'esprit théologique et Tesprit métaphysique sont tous deux conduits , par leur nature absolue , à ne considérer que la portion du passé où chacun d'eux a surtout dominé : ce qui précède et ce qui suit ne leur offre qu'une ténébreuse confusion et un désordre inexplicable , dont la liaison avec cette étroite partie du grand spectacle historique ne peut , à leurs yeux, résulter que d'une miraculeuse intervention. Par exemple , le catholicisme a toujours montré , à l'égard du polythéisme antique, une tendance aussi aveuglément critique que celle qu'il reproche justement aujourd'hui , envers lui-même, à l'esprit révolutionnaire proprement dit. Une véritable explication de l'ensemble du passé , conformément aux lois constantes de notre nature , individuelle ou collective , est donc nécessairement impossible aux diverses écoles absolues qui dominent encore ; aucune d'elles, en effet, n'a suflBsamment tenté de l'établir. L'esprit positif, en vertu de sa nature éminemment relative , peut seul représenter convenablement toutes les grandes époques historiques comme autant de phases déterminées d'une môme évolution fondamentale , où chacune résulte de la précédente et prépare la suivante selon des lois invariables, qui fixent sa participation spéciale à la commune progression , de manière à toujours permettre , sans plus d'inconséquence que de partialité , de rendre une exacte justice philosophique à toutes les coopérations quelconques. Quoique cet incontestable privilège de la positivité rationnelle