‹ Discours sur l'esprit positifChapitre 3 sur 4 · G2 DISCOURS · texte numérisé non relu

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doive d'abord sembler puremeoi spéculatif , les vrais penseiirs y reooDDatiront bieotôt la première source nécessaire de Taclif ascendant social réservé finalement à la nouvelle philosophie. Car, on pent assurer aujourd'hui que la doctrine qui aura suffisamment expliqué l'ensemble du passé obtiendra inévitablement , par suite de cette seule épreuve » la présidence mentale

de l'avenir.

Une telle indication des hautes propriétés sociales qui caractérisent l'esprit positif ne serait point encore assez décisive si on n'y syoutait pas une sommaire appréciation de son aptitude spontanée à systématiser enfin la morale humaine , ce qui conslituera toujours la principale application de toute vraie théorie de l'humanité.

Dans Torganismo poly tbéique de l'antiquité ^ la morale, radicalement subordonnée à la politique , ne pouvait jamais acn quérir ni la dignité ni l'universalité convenables à sa nature. Son indépendance fondamentale et môme son ascendant normal résaltàrent enfin , autant qu'il était alors possible^ du ré^me monothéique propre au moyeu Age : cet immense service social, dû surtout au catholicisme , formera toujours son principal titre à l'éternelle reconnaissance du genre humain. C'est seulement depuis cette indispensable séparation , sanctionnée et complétée par la division nécessaire des deux puissances 9 que la morale humaine a pu réellement conunencer i prendre un caractère systématique, en établissant, à l'abri des impulsions passagères, des règles vraiment générales pour l'ensemble de notre existence, personnelle, domestique et sociale. Mais les profondes imperfections de la philosophie monothéique qui présidait alors à cette grande opération ont dû en altérer beaucoup Tefiicacité j et même en compromettre gravement la stabilité, en suscitant bientût un fatal conflit entre l'essor intellectuel et le dévdoppemeut moral. Ainsi liée i une doctrine

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qui ne pouvait longtemps rester progressive, la morale devait ensuite se trouver de plus en plus affectée par le discrédit croissant qu'allait nécessairement subir une tbéologiequi , désormais rétrc^rade, deviendrait enfin radicalement antipathique à la raison moderne. Exposée dés lors à Taction dissolvante de la métaphysique, la morale théorique a reçu, en efiE^t, pendant les cinq derniers siècles, dans chacune de ses trois parties essen* tielles , des atteintes graduellement dangereuses , que n'ont pu toujours assez réparer, pour la pratique, la rectitude et la moralité naturelles de l'homme^ malgré Theureux développement continu que devait alors leur procurer le cours spontané de notre civilisation. Si l'ascendant nécessaire de l'esprit positif ne venait enfin mettre un terme à ces anarchiques divagations, elles imprimeraient certainement une mortelle fluctuation à toutes les notions un peu délicates de la morale usuelle, nonseulement sociale , mais aussi domestique , et même pcrson* nelle , en ne laissant partout subsister que les règles relatives aux cas les plus grossiers , que Tappréciatioa vulgaire pour-* rait directement garantir*

En une telle situation , il doit sembler étrange que la seule philosophie qui puisse, en effet , consolider aiijourd'bui la morale , se trouve , au contraire , taxée , à cet égard , d'incompétence radicale par les diverses écoles actuelles , depuis les vrais catholiques jusqu'aux simples déistes , qw , au milieu de leurs vains débats , s'accordent surtout à lui interdire essentiellemens l'accès de ces questions fondamentales, d'après cet unique motif que son génie trop partiel s'était borné jusqu'ici à des sujets plus simples. L'esprit métaphysique, qui a si souvent tendu à dissoudre activement la morale, et l'esprit théologique, qui, dès longtemps , a perdu la force de la préseryer, persistent néanmoins à s'en faire une sorte d'apanage éternel et exclusif, sans que la raison publique ait enccnre conveuaUeixieQt jugé ces

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einpiriqaes prétentions. On doit, il est vrai , reconoaitre, eu général, qae l'introduction de tonte règle morale a dû partout s'opérer d'abord sous les inspirations théologiques , alors profondément incorporées au système entier de nos idées, et aussi seules susceptibles de constituer des opinions sufiBsamment communes. Mais ^ensemble du passé démontre également que cette solidarité primitive a toujours décru comme l'ascendant même de la théologie ; les préceptes moraux , ainsi que tous les antres , ont été de plus en plus ramenés à une consécration purement rationneUe, à mesure que le vulgaire est devenu plus capable d'apprécier l'influence réelle de chaque conduite sur Texistence humaine, individuelle ou sociable. En séparant irrévocablement la morale de la politique , le catholicisme a dû beaucoup développer cette tendance continue; puisque l'intervention surnaturelie s'est ainsi trouvée directement réduite à la formation des règles générales , dont l'application particulière était des lorâ essentiellement conflée à la sagesse humaine. S'adressant à des populations plus avancées , il a livré à la raison publîqae une foule de prescriptions spéciales que les anciens sages avaient cru ne pouvoir jamais se passer des injonctions religieuses, comme le pensent encore les docteurs polythéistes de l'Inde, par exemple quant à la plupart des pratiques hygiéniques. Aussi peut-on remarquer, même pins de trojà siècles après saint Paul , les sinistres prédictions de plusieurs philosophes ou magistrats païens, sur l'imminente immoralité qu'allait entraîner nécessairement la prochaine révolution théologique. Les déclamations actuelles des diverses écoles monotbéiqaes n'empêcheront pas davantage l'esprit positif d'achever aujourd'hui, sous les conditions convenables ^ la conquête, pratique et théorique, du domaine moral, déjà spontanément livré de plus en plus à la raison humaine , dont il ne nous reste surtout qu'à systématiser enfin les inspirations particulières. L'huma-

nité lie saurait,, sans doute, demeurer indéfiniment condamnée à ne pouvoir fonder ses règles de conduite que sur des motiCs chimériques, de manière à éterniser une désastreuse opposition, jusqu'ici passagère, entre les besoins intellectuels et les besoins moraux.

Bien loin que l'assistance théologique soit à jamais indispensable aux préceptes moraux, l'expérience démontre, au contraire , qu'elle leur-est devenue , chez les modernes , de plus en plu» nuisible , en les fafsant inévitablement participer,, par suite de cette funeste adhérence , à la décomposition croissante du * régime monothéique, surtout pendant les trois derniers siècles. D'abord , cette fatale solidarité devait directement affaibjfir, à mesure que la foi s'éteignait, la seule base sur laquelle se trouvaient ainsi reposer des règles qui , souvent exposées à de graves conflits avec des impulsions très-énergiques, ont besoin d^étre soigneusement préservées de toute hésitation. L'antipathie croissante que Tesprit théologique inspirait justement à la raison moderne , a gravemei^t affecté beaucoup d'importantes notions morales , non-seulement relatives aux plus grands rapports sociaux , mais concernant aussi la simple vie domestique, et même l'existence personnelle : une aveugle ardeur d'émancipation mentale n'a que trop entraîné d'ailleurs à ériger quelquefois le dédain passager de ces salutaires maximes an une sorte de folle protestation contre la philosophie rétrograde d'où elles semblaient exclusivement émaner. Jusque chez ceux qui conservaient la foi dogmatique, cette funeste influence se faisait indirectement sentir, parce sque l'autorité sacerdotale , après avoir perdu son indépendance politique, voyaitaussi décroître de

plus en plus l'ascendant social indispensable à son efficacité nqiorale. Outre cette impuissance croissante pour protéger les règles morales , l'esprit tbéologique leur a souvent nui aussi d'une manière active , par les divagations qu'il a suscitées , depuis

qu'il ti'est |>lus ralBsamttietit disciplinable, sons riâévitablé essor An libre examen iâdlrlduel. Ainsi exercé , il a réelletnetit Inspiré ou secondé beaucoup d^aberrations anti-sociales , que le bon sens , livré à lui-même , eût spontanément évitées ou rejetées. Les utopies subversives que nous voyons s'accréditer aujourd'hui , soit contre la propriété , soit même quant à la famille, etc., ne sont presque jamais émanées ni accueillies des inlelligences pleinement émancipées , malgré leurs lacunes fondatnentales, mais bien plutôt de celles qui poursuivent activement une sorte de restauration théologiquç , fondée sur un vague et stérile déisme ou sur un protestantisme équivalent. Enfin , cette antique adhérence à la théologie est aussi devenue nécessairement funeste à la morale , sous un troisième aspect général, en s'opposant à sa solide reconstruction sur des bases purement humaines. Si cet obstacle ne consistait que dans les aveugles déclamations trop souvent émanées des diverses écoles actuelles, théologiques ou métaphysiques, contre le prétendu danger d'une telle opération , les philosophes positifs pourraient se borner à repousser d'odieuses insinuations par Tirrécusable exemple de leur propre vie journalière , personnelle , domestique, et sociale. Mais cette opposition est, malheureusement , beaucoup plus radicale ; car, elle résulte de l'incompatibilité nécessaire qui e^ste évidemment entre ces deux manières de systématiser la morale. Les ipotifs théologiques devant naturellement offHr, aux yeux du croyant , une intensité très-supérieure à celle de tous les autres quelconques , Us ne sauraient ja&iais devenir les simples auxiliaires des motifs purement humains : ils ne peuvent conserver aucune efficacité réelle aussitôt qu'ils ne dominent plus. Il n'existe donc aucune alternative durable , entre fonder enfin la morale sur la couQaissance positive de l'humanité , et la laisser reposer sur l'injonction surnaturelle : les convictions rationnelles ont pu seconder les

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croyances théologiques, oa {rilutôt s'y substituer graduellemeot, à mesure que la foi s'est éteinte } mais la combinaison inverse ne constitue ceirtainement qu'une utopie contradictoire, où le principal serait subordonné à l'accessoire.

Uoe judicieuse exploration du yéritable état de la société moderne représente donc comme de plus en plus démentie , par l'ensemble dès faits journaliers ^ la |H*étendue impossibilité de se dispenser désormais de toute théologie pour consolider la morale; puisque cette dangereuse liaison a du deveair, depuis la fin dû moyen âge, triplement funeste h la morale, soit en éner- Taot ou discréditant ses bases intellectuelles , soit en y suscitant des perturbations directes , soit en y empêchant une meilleure systéitiaUsation. Si , malgré d'actifs principes de désordre , la moraUlé pratique s'est réellement améliorée , cet heureux résakat ne saurait être attribué à l'esprit tbéologique , alors dégénéré ^ au eontt*aire ^ en un dangereux dissolvant : il est essentiellement dû à l'action croissante de l'esprit positif, déjà efficace 80US sa forme spontanée , consistant dans le bon sens universel, dont les sages inspirations ont secondé l'impulsion naturelle de notre civilisation progressive pour combattre utilement les diverses aberrations ^ surtout celles qui éipanaient des divagations religieuses. Lorsque ^ par exemple , la théologie protes«tante tendait à altérer gravement l'institution du mariage par la consécration formelle du divorce > la raison publique en neutralisait beaucoup les funestes effets , en imposant presque toujours le respect pratique des mœurs antérieures, seules conformes au vrai caractère de la sociabilité moderne. D'irrécusables expériencjes ont d'ailleurs prouvé , en même tempSi sur une vaste échelle, au sein des masses populaires, que le prétendu privilège exclusif des croyances religieuses pour déterminer de grands sacrifices ou d'actifs dévouements pouvait également appartenir à des opimons directement

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