‹ Discours sur l'esprit positifChapitre 4 sur 4 · D15G0DES · texte numérisé non relu

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opposées, et s'attachait, en général, à toate profonde oo&yiction, quelle qu'en puisse être la nature. Ces nombreux adversaires du régime théologique qui , il y a un demi-siécle, garantirent , avec tant d'héroïsme, notre indépendatiœ nationale contre la coalition rétrograde , ne montrèrent pas, sans doute , une moins pleine et mmns constante abnégation que les bandes superstitieuses , qui , au sein de la France , secondèrent l'agression extérieure. ^

Pour achever d'apprécier les prétentions actuelles de la philosophie théologico-métaphysique à conserver la systématisation exclusive de la morale usuelle , il suffit d'envisager directement la doctrine dangereuse et contradictoire que l'inévitable progrès de l'émancipation mentale l'a bientôt forcée d'établir à ce sujet , en consacrant partout, sous des formes plus ou moins explicites , une sorte d'hypocrisie collective , analogue à celle qu'on suppose très-mal à propos avoir été habituelle chez les anciens, quoiqu'elle n'y ait jamais comporté qu'un succès précaire et passager. Ne pouvant empêcher le libre essor de la raison moderne chez les esprits cultivés , on s'est ainsi proposé d'obtenir d*eux, en vue de l'intérêt public , le respect apparent des antiques croyances , afin d'en maintenir , chez le vulgaire , l'autorité jugée indispensable. Cette transaction systématique n'est nullement particulière aux jésuites, quoiqu'elle constitue le fonds essentiel de leur tactique ; l'esprit protestant lui a aussi imprimé , à sa manière , une consécration encore plus intime, plus étendue, et surtout plus dogmatique: les métaphysiciens proprement dits l'adoptent tout autant que les théologiens euxmêmes ; le plus grand d'entre eux , quoique sa haute moralité fût vraiment digne de son éminente intelligence , a été entraîné à la sanctionner essentiellement, en établissant, d'une part, que les opinions théologiques quelconques ne comportent aucune véritable démonstration, et, d'une autre part, que la

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nécessité sociale oblige à maintenir indéfiniment leur empire. Malgré qu'aoe telle doctrine puisse devenir respectable chez ceux qui n'y rattachent aucune ambition personnelle , elle n'en tend pas moins à vicier toutes les sources de la moralité humaine , en la faisant nécessairement reposer sur un état continu de fausseté , et même de mépris , des supérieurs envers les inférieurs. Tant que ceux qui devaient participer à cette dissimulation systématique sont restés peu nombreux , la pratique en a été possible , quoique fort précaire : mais elle est devenue encore plus ridicule qu'odieuse, quand Fémancipation s'est assez étendue pour que celte sorte de pieux complot dût embrasser , comme il le faudrait aujourd'hui , la plupart des esprits actifs. Enfin , même en supposant réalisée cette chimérique extension , ce prétendu système laisse subsister la diflBculté, tout entière à l'égard des intelligences affranchies , dont la propre moralité se trouve ainsi abandonnée à leur pure spontanéité, déjà justement reconnue insuffisante chez la classe soumise. S'il faut aussi admettre la nécessité d'une vraie systématisation morale chez ces esprits émancipés, elle ne pourra dès lors reposer que sur des bases positives, qui finalement seront ainsi jugées indispensables. Quant à borner leur destination à la classe éclairée , outre qu'une telle restriction ne saurait changer la nature de cette grande construction philosophique, elle serait évidemment illusoire en un temps où la culture mentale que suppose ce facile affranchissement est déjà devenue très-commune, ou plutôt presque universelle, du moins en France. Ainsi , l'empirique expédient suggéré par le vain désir de maintenir, atout prix, l'antique régimeintellectuel, ne peut finalement aboutir qu'à laisser indéfiniment dépourvus de toute doctrine morale la plupart des esprits actifs , comme on le voit trop souvent aujourd'hui.

C'est donc surtout au nom de la morale qu'il faut désormais

traTailler ardemment à constituer enfin Tasoendanl universel de l'esprit positif, ponr remplacer nn système déchu qui, tantôt impuissant , tantôt perturbateur , exigerait de plus en plus la compression mentale en condition permanente de r<Mrdre moral. La nouvelle philosophie peut seule établir aujourd'hui , au sujet de nos divers devoirs , des convictions profondes et actives, vraiment susceptibles de soutenir avec énergie le choc des passions. D'après la théorie positive de Thumanité, d-îrrécusables démonstrations , appuyées sur l'immense expérience que pos» sèdemaintenantnotre espèce, détermineront exactement Vinfluence réelle , directe ou indirecte , privée et publique , propre à chaque ^cte, à chaque habitude , et h chaque penchant on sentiment; d'où résulteront naturellement, comme autant d'inévitables corollaires , les règles de conduite , soit générales, soit spéciales, les plus conformes à Tordre universel, etqoi, par suite, (levront se trouver ordinairement les plus favorables au bonheur individuel. Malgré l'extrême diiBculté dç ce grand sujet , j'ose assurer que , convenablement traité , il comporte des conclusions tout aussi certaines que celles de la géométrie elle-même. On ne peut, sans doute-, espérer de jam9is rendre suffisamment accessibles h toutes les intelligences c^ preuves positives de plusieurs règles morales destinées pourtant à la vie commune : mais il en est déjà ainsi ponr diverses prescriptions mathématiques , qui néanmoins sont appliquées sans hésitation dans les plus graves occasions , lorsque , par exemple , nos marins risquent journellement ]euT existehoe sur la foi de théories astronomiques qu'ils ne Gompren^ent puUemept; pourquoi une égale confiance ne serait-elle pas accordée aussi à des notion^ encore plus importantes ? Il est d'ailleurs incontestable que Vef&C9^ciié normale d'un tel régime exige , en chaque cas , outre la puissante impulsion résultée naturellement des pr^qg^ publics, l'intervention systématique , tantôt

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paisi^o, tantôt aettV9, d'ane aptorité ipiritoelle , destinée à

rappeler ayec énergie lea maximes fondamentales et h en diriger sagement l'applieation, comme je l'ai spécialement expliqué dans l'ouvrage ci-dessus indiqué. En accomplissant ainsi le grand ofSoe social que le catliolicisme n'exerœ plus, ce nouveau pouvoir moral utilisera soigneusement l'Iieureuse aptitude de la philosophie correspondante à s'incorporer spontanément la sagesse réelle de tous les divers régimes antérieurs , suivant la tendanoe ordinaire de l'esprit positif envers un sujet quelconque. Quand l'astronomie moderne a irrévocablemeot éoarté les principes astrologiques , elle n'en a pas mpiqs précieusement cona^vé toutes les notions véritahles obtenues sons leur domination : il en a été dejddéme pour 1| chimie, relativement à l'alchimie.

Sans pouvoir entreprendre ici l'appréciation morale de la philosophie positive , il y fhut pourtant signaler la tendance continue qui résulte directement de sa constitution propre, soit scientifique^ soit logique, pour stimuler et consolider le sentiment du devoir en développant toujours l'esprit d'ensemble, qui^s'y trouve naturellement lié. Oe nouveau régime mental dissipe spontanément la fatale opposition qui , depuis la fin du moyen âge , existe de^plus en plus entre les besoins intellectuels et les besoins moraux. Désormais , au contraire , toutes les spéculations réelles , convenablement systématisées , concourront sans cesse à constituer, autant que possible , l'universelle prépondérance de la morale, puisque le point de vue social y deviendra nécessairement le lien scientifique et le régulateur logique de tons les autres aspects positifs. 11 est impossible qu'une telle coordination, en développant familièrement les idées d'ordre et d'harmonie , toujours rattachées à l'humanité, ne tende point à moraliser profondément, non-seulement les esprits d'élite, mais aussi la masse de» intelligences, qui toutes

devront plas oa moins participer à cette gfrande initiation , d'après nn système conrenable d'éducation nniverselle.

Une appréciation plos intime et pins étendue, à la fois pratique et théorique , représente l'esprit positif comme étant , par sa nature , seul susceptible de développer directement le sentimept social , première base nécessaire de toute saille morale. L'antique régime mental ne pouvajt le stimuler qu'à l'aidé de pénibles artîGces indirects , dont le succès réel devait être fort imparfait , vu la tendance essentiellement personnelle d'une telle philosophie, quand la sagesse sacerdotale n'en contrait pas rinfluence spontanée. Cette nécessité est maintenant reconnue, du moins empiriquement, quant à l'esprit métaphysique proprement dit , qui n's^amais pu aboutir, en morale; à aucune autre théorie efiective que le désastreux système de l'é- • goïsme, 31 usité aujourd'hui , malgré beaucoup de déclamations contraires : même les secte^s ontologiques qui ont sérieusement protesté contre une semblable aberration n'y ont finalement substitué que de vagues ou incohérentes notions , incapaMes d'efficacité pratique. Une tendance ausat déplorable /et néan* \ moins aussi constante, doit avoir de plus profondes racines qu'on ne le suppose communément. Elle résulte surtout, en effet , de la nature nécessairement personnelle d'une telle f^ilosophie , qui , toujours bornée à la considération de l'individu , n'a jamais pu embrasser réellement l'étude de Tespèce, par une suite inévitable de son vain principe logique, essentiellement réduit à Tm/mïton proprement dite , qui ne comporte évidemment aucune application collective. Ses formules ordinaires ne font que traduire naïvement son« esprit fondamental; posur chacun de ses adeptes, la pensée dominante est constamment celle du moi : toutes les autres existences quelconques, même humaines, sont confusément enveloppées dans une seule conception négative , et leur vagne en-

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semMe constitiie le ncfn^mot; la notion da nous n*j sanrait troaver aucune place directe et distincte. Mais, en examinant ce sujet encore plus profondément , il faut reconnaître que , à cet égard,. comme sous tout autre aspect, la métaphysique dérive , aussi bien dogmatiquement qu'historiquement , de bi théologie elle-même , dont elle ne pouvait jamais constituer qu'une modîGcation dissolvante. En efiet, ce caractère de personnalité constante appartient surtout, avec une énergie plus directe, à la pensée théologique, toujours préoccupée , chez chaque croyant, d'intérêts essentiellement individuels, dont l'immense prépondérance absorbe nécessairement toute autre considération , sans que le plus sublime dévouement puisse en inspirer l'abnégation véritable,' justement regardée alors comme une dangereuse aberration. Seulement l'opposition fréquente de ces intérêts chimériques avec les intérêts réels a fourni à la sagesse sacerdotale^ tin puissant moyen de discipline morale , qui a pu souvent commander, au profit de la sociétés, d'admirables sacrifices , qui pourtant n'étaient tels qu'en apparence , et se réduisaient toujours à une prudente pondération d'intérêts. Les sentiments bienveillants et désintéressés, qui sont propres à laJiature humaine , ont dû, sans doute, se manifester à travers un tel régime, et même, à certains égards , sous son impulsion indirecte : mais, quoique leur essor n'ait pu être ainsi comprimé, leur caractère en a dâ recevoir une grave altération , qui probablement ne nous permet pas encore de connaître pleinement leur nature et leur intensité, faute d'un exercice propre et direct. Il y a tout lieu de présumer d'ailleurs que cette habitude continue de calculs personnels envers les plus ehers intérêts du croyant a développé , chez l'homme, même à tout autre égard, par voie d'affinité graduelle , un excès de circonspection , de prévoyance , et finalement d'égoïsme^ que son organisation fondamentale n'exigeait

74 pisçoims

paiit et QUI dèi Ion paarra dimi^oer on jour soi», un m^iUeor régime morsil. Qoei qu'il eq floît de cett^çoiûoctnre, il demeure Incontestable que la pensée tbéologique est , de sa nature , essentiellement individuelle » et jamais directement collective. Aux yeux de la foi, surtout monolhéiqne, la vie sociale n'existe pas, à défaut d'un but qui lui soit prppre ; ]a société liumaine ne peut alors offrir immédiatement qu'une simple agglomération d'iodividmi, dont la rénnion est presqup aussi fortuite qnc passagère, et qui» occupés chacun de son seul salut, ne conçoivent la participation à celui d'autrni que comme un puissant moyen de mieux mériter le leur , en obéissant aux prescriptions suprêmes qui en ont imposé l'obligation. Notre respectuense admiration ^era toujours bien due ai^surém^nt à la prudence sacerdotale qui « sous l'heureuse impuUion d'un instinct public, 9 au retirer longtempp nno haute utilité pratique d'une si imparfaite philosophie. Mais cptie juste reconpaîs^^uce ue laurait aller jusqu'à prolonger artificiellementce régime initial au delà de sa destination provisoire , quand l'âge est pufiu venu d'une économie plu^ conforme à l'ensemble de notre nature , intellectuelle et affective.

L'esprit positif, aq contraire, est directdmept soeial, autant que possible « et ^ans aucun effort , par sujte môm^ d^ sa réalité caractéristique. Pour lui, l'homme proprement dit n'e*iste pas, il ne peut exj#ter qne rhumanité, puisque tout notre développement est dû à la société, sous quelqne rapport qu'on l'envisage, Si l'idée de sçci^té Semble encore une abstraction de

notre intelligence , c'est snriQUt en vertu du l'ancien régime philQfH>pbî(iue : caF, à vrai dire , ç'e^tâ Tidén i*ifmvid,^ qu'appartient un tel caractère , dn mpins chez notre espèce. L'eu-

semble delà nouvelle philosophie tendrg toujours. à f^ire ressortir, aussi bien dan» la yîQ active qu^ dana la vie spéculative, la liaison de chacun à toua 4 «ous une foule d'aspect# djvers , de

manière à rendre inTolontairemeiit familier le septiment intime de la solidarité sociale, coi)Teqa))lemeiit étendue à tous les temps et h tous le» lieux. Nop-seuleiqerit Tactive recherche du bien publie sera éan^ cesse représentée comme le mode le plus propre à assurer communément le bonheur privé : mais, par une influence k la fois plus directe et plus pure, finalement plu^ efficace , le plus complet exercice possible des penchaqts généreux deviendra la ^incjpale source de la félicité personnelle, quand môme il ne devrait procurer exceptionnellement d'autre récompense qu'une inévitable satisfaction intérieure* Car, M , comme pp p'ep saurait douter, le bonheur résulte surtout d'upe sage activité , il doit donc dépendre principalement des instincts sympathiques ^ quoique notre organisation ne leur accorde pas ordinairement une énergie prépondérante ,• puisque les sentipients bienveillants sont les seuls qui puissent se développer librement dans l'état social , qui naturellement les stimule de plus en plus ep leur ouvrant up champ indéfini , tandis qu'il exige , de toute nécessité , une certaine compression permanente des diverses impulsions personnelles, dont l'essor spontané susciterait des conflits contipns. Dans cettp vaste expansion sociale, chacun retrouvera la satisfaction normale de cette tendance à s'éterniser, qui ne pouvait d'abord être satisfaite qu'à l'aide d'jllusioqs désormais incompatibles avec notre évolution mentale, Nç pouvant plus se prolouger que par l'espèce , l'individu sera aipsi entraîné k s'y incorporer le plus complètement possible , en se liant profondément à toute son existence collective, nou-senlement actuelle^ mais aussi passée , et surtout future, de manière à obtenir toute Tiutensitéde vie que comporte, en chaque cas, l'ensemble des lois réelles. Celte grande identification pourra devenir d'autant plus intime et mieux sentie que la nouvelle philosophie assigne u^eessairemept mx deux sortes de yie une m0mp d^stiqation

fondamentale et une môme loi d'évolution , consistant toujours , soit pour rindiyidu , soit pour l'espèce , dans la progression continue dont le but principal a été ci-dessus caractérisé, c'està-dire la tendance à faire, de part et d'autre , prévaloir, autant que possible , l'attribut humain , ou la combinaison de Tintelligcnce avec la sociabilité, sur Tanimalité proprement dite. Nos sentiments quelconques n'étant développables que par un exercice direct et soutenu , d'autant plus indispensable qu'ils sont d'abord moins énergiques , il serait ici superflu dinsister davantage, auprès de quiconque possède, même empiriquement, une vraie connaissance de l'homme, pour démontrer la supériorité nécessaire de l'esprit positif sur Vancieri esprit théologico-métaphysique , quant à l'essor propre et actif de l'instinct social. Cette prééminence est d'une nature tellement sensible que , sans doute ^ la raison publique la reconnaîtra suffisamment , longtemps avant que les institutions ccwrespondantés aient pu convenablement réaliser ses heureuses propriétés.

D'après l'ensemble des indications précédentes, la supériorité spontanée de la nouvelle philosophie sur chacune de celles qui se disputent aujourd'hui l'empire se trouve maintenant aussi caractérisée sous l'aspect social qu'elle Tétait déjà da point de vue mental, autant du moins que le comporte ce discours , et sauf le recours indispensable à l'ouvrage cité. En achevant cette sommaire appréciation , il importe d'y remarquer l'heureuse corrélation qui s'établit naturellement entre un tel esprit philosophique et les dispositions, sages mais empiriques, que l'expérience contemporaine fait désormais prévaloir de plus en plus , aussi bien chez les gouvernés que chez les gouvernants. Substituant directement un immense mouvement mental à une stérile agitation politique , l'école positive explique et sanctionne, d'après un examen systématique , l'indifférence ou la répugnance que la raison publique et la

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pradepce des gouvernements s'accordent à manifester anjourd'hai pour toute sérieuse élaboration directe des institutions proprement dites , en un temps où il n'en peut exister d'efficaces qu'ayec un caractèrepurement provisoire ou transitoire, faute d'aucune base rationnelle suffisante, tant que durera l'anarchie intellectuelle. Destinée à dissiper enfin ce désordre fondamental , par les seuleà voies qui puissent le surmonter, cette nouvelle école a besoin, avant tout, du maiptien continu de l'ordre matériel , tant intérieur qu'extérieur, sans lequel aucune grave méditation sociale ne saurait être ni convenablement accueillie ni même suffisamment élaborée. Elle tend donc à justifier et à seconder la préoccupation très-légitime qu'inspire aujourd'hui partout le seul ^rand résultat politique qui soit immédiatement compatible avec la situation actuelle , laquelle d'ailleurs lui procure uiie valeur spéciale par les graves difficultés qu'elle lui suscite , en posant toujours le problème , insoluble à la longue I de maintenir un certain ordre politique au milieu d'un profond désordre moral. Outre ses travaux d'avenir, l'école positive s'associe immédiatement à cette importante opération par sa tendance directe à discréditer radicalement les diverses écoles actuelles, en remplissant déjà mieux que cha- Guned'eUes les offices opposés qui leur restent encore , et qu'elle seule combine spontanément , de façon à se montrer aussitôt plus organique que l'école théologique et plus progressive que l'école métaphysique , sans pouvoir jamais comporter les dangers de rétrogradation^ ou d'anarchie qui leur sont respectivement propre». Depuis que les gouvernements qnt essentiellement renoncé , quoique d'une manière implicite , à toute sérieuse restauration du passé , et les populations à tout grave bouleversement des institutions , la nouvelle philosophie n'a plus à demander, de part et d'autre , que les dispositions habituelles qu'on est au fond préparé partout à lui accorder (du moins

1S bisttnjts

en France, où doit âill*ioiit «'accomplir d'alMifd rélaboratioii systématiqae) , c'est-à-dire , lil)ert6 et attention. Sons «es conditions naturelles , Técole positive tend , d'un côté , à consolider tons les pouvoirs actuels chez leurs possesseurs quelconques, et, de Fautre, ft leur ituposer des obligations tnorales de plus en pliis conformes aux vrais besoins des peuples.

Ces dispositions incontestables semblent d'abord ne devoir aujourd'hui laisser à la nouvelle philosophie d'antres obstacles essentiels que cenx qui résulteront de Tincapàcité ou de l'incurie de ses divers promoteurs. Mais une plus mûre appréciation montre , au contraire , qu'elle doit trouver d'énergiques résistances chez presque tous les esprits maintenant actifs, par suite môme de là difficile rénovation qu'elle exigerait d'eux pour lei associa directement à sa principale élaboration. Si cette inévitable opposition devait se bornei* aux esprits essentiellement théologiques ou métaphysiques , elle oâHrait peu de gravité réelle , parce qu'il resterait un puissant appui chez ceux, dont le nombre et l'iûfluençe croissent journellement , qui sont sûr^tout livrés aux études positives. Mais , par une fotalité aisément explicable , c'est de ceux-là même que la nouvelle école doit peut-être attendre le moins d'assistance et le plus d'entraves : une philosophie directement émanée des sciences trouvera probablement ses plus dangereux ennemis chez ceux qui les cultivent aujourd'hui. La principale source de oe déplorable conflit consiste dans la spécialisation aveugle et dispersive qui caractérise profondément l'esprit^^scientifique actuel, d'aprôs sa formation nécessairement partielle, suivant la complication croissante des phénomènes étudiés , comme je l'indiquerai expressément ci-dessous. Cette marche provisoire, qu'une dangereuse routine académique s'efforce aujourd'hui d'éterniser, surtout parmi les géomètres , développe la vraie positivité , chez chaque Intelligence , seulement (nvera une faible poriim da

SUR fmêmt wosave. 99

système fnental, et bisse tont le reste sous an vagde i^ine théologico-métaphysiqae , oa TabàndotiAeà un empirismeencofe pins oppressif, en sorte <}Ue le véritable esprit positif, qui cor^ respond à Fensetnblè des divers travaux scientifiques , se trouve , au fond , ne pouvoir être pleinement compris par aucun de ceux qui Tout ainsi naturellement prépaifé. De plus en plus livrés à cette inévitable tendance , les savants proprement dits sont oi'dinairement conduits, dans notre siècle, à Une insurmontable aversion contre toute idée générale , et à Tentiére impossibilité d'apprécier réellement aucune conception pbilo^ sopbique. On sentira mteut, au reste, la gravité d'une telle opposition en observant que , née des habitudes mentales , elle a dû s^étendre ensuite jusqu'aux divers intérêts correspond dants , que notre régime scientifique rattache profondément » surtout en France , à cette désastreuse spécialité, comme je l'ai soigneusement démontré dans l'ottvrage cité. Ainsi» la nou> velie philosophie, qui exige difectemènt l'esprit d'ensemble 5 et qui fait à jamais prévaloir, âur toutes les études aujourd'hui constituées , la science naissaUte du développement social , trou^ vera nécessairement une intime antipathie, à la fois acUve et passive , dans les préjugés et les passions de la seule classe qui pût directement lui offrir un point d'appui spéculatif, et chc^ laquelle elle ne doit longtemps espérer que 4ea adhésions purement individuelles, plus rares là peut-être que partout ailleurs (1).

(1) Cette empirique prépondérance dé l*espHt de détail chez la plupart dé& savants actuels, et leur aveugle anti))athie envers toute généralisation quelconque, se trouvent beaucoup aggravées , surtout etl France, par leur réunion habituelle en académies , où les divers préjugés analytiques se fortifient mutuellement, qii d'ailleurs se développent des intérêts trop souvent abusifs, où enfin s'organise spontanément Une sorte d'émeute permanente contre le régime synthétique qui doit désormais prévàlolir. L'IfiStlnet de progrèft qttl <»iractéHBalt, U y a un demi-siècle, le génie révolutionnaire» avait oOflfMmeflt sétttl ees dangefft

Pour surmonter oonvenablefloieat ce concoars spontané de résistances diverses que lui présente .aujourd'hui la masse spéculative proprement dite , l'écple positive ne saurait trouver d'autre ressource générale que d'organiser un appel direct et soutenu au bon sens universel, en s'efiForçant désormais de propager systématiquement, dans la masse active, les principales études scientifiques propres à y constituer la base indispensable desa grande élaboration philosophique. Ces études |»^minaires, naturellement dominées jusqu'ici par cet esprit de spécialité empirique qui préside aux sciences correspondantes , sont toujours conçues et dirigées comme si chacune d'elles devait surtout préparer à une certaine profession exclusive ; ce qui interdit évidemment la possibilité, même chez ceux qui auraient le plus de loisir, d'en embrasser jamais plusieurs, ^ou du moins autant que l'exigerait la formation ultérieure de saines conceptions générales. Mais il n'en peut plus être ainsi quand jine telle instruction est directement destinée à l'éducation universeUe , qui en change nécessairement le caractère et la direction, malgré toute tendance contraire. Le public, en effet, qui ne vept devenir ni géomètre, ni astronome, ni chimiste, etc., éprouve continuellement le besoin sitiiultané de toutes les sciences fondamentales, réduites chacune à ses notipns essentielles: il lui faut, suivant l'expression très-remarquable de notre grand Molière, des clartés de ioui. Cette simultanéité nécessaire

essentiels f de manière & détenniner la suppression directe de ces compagnies arriérées , qui , ne convenant qu*à l'élaJjoration préliminaire de l'esprit positif, devenaient de plus en plus liostiles à sa systématisation finale. Quoique cette au- .dacieuse mesure, si mal Jugée.d'ordinaire, fût alors prématurée, parce que ces graves inconvénients ne pouvaient encore être assez reconnus , il reste néanmoins certain que ces corporations scientifiques avaient déjà accompli le principal oifice que comportait leur nature : depuis leur restauration , leur influence réelle a été , au fond , beaucoup plus nuisible qu'utile ft la marcbe actuelle de la grande évolution mentale.

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n'existe pas seulement pour lui quand il considère ces étndes dans lear destination abstraite et générale , comme seule base Rationnelle de Tensemble des conceptions humaines : il la retrouve encore , quoique moins directement, même envers les diverses applications concrètes , dont chacune, au fond, au lieu de se rapporter exclusivement à une certaine braqcbe de la philosophie naturelle , dépend aussi plus ou moins de toutes les autres. Ainsi, l'universelle propagation des principales études positives n'est pas uniquement destinée aujourd'hui à satisfaire un besoin déjà irès-prononcé chez le public, qui sent de plus en plus que les sciences ne sont*pas exclusivement réservées pour les savants, mais qu'elles existent surtout pour luimême. Par une heureuse réaction spontanée, une telle destination, quand elle sera convenablement développée, devra radicalement améliorer l'esprit scientifique actuel, en le dépouillant de sa spécialité aveugle et dispersive, de manière à lui faire acquérir peu à peu le vrar caractère philosophique , indispensable à sa principale mission. Celte voie est même la seule qui puisse, de nos jours, constituer graduellement, en dehors de la classe spéculative proprement dite , un vaste tribunal spontané^ aussi impartial qu'irrécusable, formé de la masse des hommes sensés^ devant lequel viendront s'éteindre irrévocablement beaucoup de fausses opinions scientifiques, que les vues propres à l'élaboration préliminaire des deux derniers siècles ont dû mêler profondément aux doctrines vraiment positives, qu'elles altéreront nécessairement tant que ces dis* eussions ne seront pas enfin directement soumises au bon sens universel. En un temps où il ne faut attendre d'efficacité immédiate que de mesures toujours provisoires, bien adaptées à notre situation transitoire, Torganisaiion nécessaire d'un tel point d'appui général pour l'ensemble des travaux philosophiques devient , à mes yeux , lé principal résultat social que

puisse maintenant produire l'entière valgarisation des eoiUMd»sances réelles : le public rendra ainsi à la nouYelle école un plein équivalent des services que cette organisation lui procurera.

Ce grand résultat ne pourrait être suflBsamment Qbtena, si cet enseignement continu restait destiné à une seule classe quelconque, même très-élendue : on doit, sous peine d'avorté* ment , y avoir toujours en vue l'entière universalité des intd ligences. Dans l'état normal que ce mouvement doit préparer , toutes, sans aucune exception ni distinctiOD, éprouveront toujours le même besoinibndamental de cette pbilosojphie première , résultée de l'ensemble des notions réelles , et qui doit alors devenir la base systématique de la sagesse humaine ^ aussi bien active que spéculative , de manière à remplir plus convenablement l'indispensable cffice social qui se rattachait jadis à l'universelle instruction chrétienne. Il importe donc beaucoup que, dès son origine, la nouvelle école philosophique développe, autant que possible, ce grand caractère élémentaire d'universalité sociale , qui , finalement relatif à sa principale destination , constituera aiqourd'hm sa j^us grande force contre les diverses résistances qu'elle doit rencontrer.

AGq de mieux marquer cette tendance nécessaire y une intime

conviction , d'abord instinctive, puis systématique, m'a déter*

miné, depuis longtemps, à représenter toujours l'enseignement

y exposé dans ce traité comme s'adressant surtout k la classe la

plus nombreuse, que notre situation laisse dépourvue de toute instruction régulière y par suite de la désuétude croissante de l'instruction purement théologiqne, qui, provisoirement remplacée , pour les seuls lettrés , par une certaine instruction métaphysique et littéraire, n'a pu recevoir^ surtout en France, auctm pareil équivalent pour la masse populaire. L'importance

et la nouveauté d'une telle disposition constante, mon vif désir qu'elle soit convenablement appréciée, et même, si j'ose le dire , imitée , m'obligent à indiquer ici les principaux motifs de ce contact spirituel que doit ainsi spécialement instituer aujourd'hui avec les pmlétaires la nouvelle école philosophique , sans toutefois que son enseignement doive jamais eiLclure aucune classe quelconque. Quelques obstacles que le défaut de zélé ou d'élévation puisse réellehient apporter de part et d'autre à un tel rapprochement , il est aisé de reconnaître , en général , que , de toutes les portions de la société actuelle, le peuple proprement dit doit être, au fond, la mieux disposée , parles tendances et les besoins qui résultent de sa situation caractéristique , à accueillir favorablement la nouvelle philosophie , qui finalement doit trouver là son principal appui, aussi bi0U mentâil que social.

Une première considération , qu'il importe d'approfondir, quoique sa nature soit surtout négative, résulte, à ce sujet , d'une judicieuse appréciation de ce qui, au premier aspect, pourrait sembler offrir une grave difficulté, c'est è*dire l'absepce actuelle de toute culture spéculative . Sans doute , il est regrettable, par exemple, que cet enseignement populaire de la philosi^bie astronomiqae ne Urouve pas encore , ehez tous ceux auxquels il est surtout destiné, quelques études mathé» ma tiques préliminaires, qui le rendraient -à la fois, plus efficace et plus facile, et que je suis même forcé d'y supposer. Mais la même lacune se rencontrerait aussi chez la plupart des antres classes actuelles , en un tensps où rinstrnction positive reste bornée , en France , à certaines {n^ofessions spéciales , qui se rattachent essentiellement à l'École Polytechnique ou aux écoles de médecine. 11 n'y a donc rien là qui soit vraiment particulier à nos prolétaires. Quant à leur défaut habituel de cette sorte de culture régulière que reçoivent aujourd'hui les dasses let-

8i DISGOOES

Irécs, je ne craios pas de tomber dans une exagération philosophique en aflBrmant qu1l eo résulte, pour les esprits populaires , un notable avantage , au lieu d'un inconvénient réel. Sans revenir ici sur une critique malheureusement trop facile , assez accomplie depuis longtemps , et que l'expérience joarnaliére confirme de plus en plus aux yeux de la plupart des hommes sensés , il serait difficile de concevoir maintenant une préparation plus irrati(mnelle , et , au fond , plus dangereuse, à la conduite ordinaire de la vie réelle, soit active, soit même spéculative, que celle qui résulte de cette vaine instruction, d'àbord de motSfPuisd'entitéSyOÙseperdentencoretantdeprécieuses années de notre jeunesse. A la majeure partie de ceux qui la reçoivent, elle n'inspire guère désormais qu'un dégoût presque insurmontable de tout travail intellectuel pour le cours entier de leur carrière : mais ses dangers deviennent beaucoup plus graves chez ceux qui s'y sont plus spécialement livrés. L'inaptitude à la vie réelle , le dédain des professions vulgaires, l'inipuissance d'apprécier convenablement aucune conception positive, et l'antipathie qui en résulte bientôt, les disposent trop souvent aujourd'hui à seconder une stérile agitation métaphysique^ que d'inquiètes prétentions personnelles, développées par cette désastreuse éducation, ne tardent pas à rendre politiquement perturbatrice, sous l'influence directe d'une vicieuse éradition historique , qui , en taisant prévaloir une fausse notion du type social propre à l'antiquité , empêché communément de comprendre la sociabilité moderne. En considérant que presque tous ceux qui , à divers égards , dirigent maintenant les affaires humaines, y ont été ainsi préparés , oq ne saurait être surpris de la honteuse ignorance qu'ils manifestent trop souvent sur les moiadres sujets , même matériels , ni de leur fréquente disposition à négliger le fond pour la forme , en plaçant au-dessus de tout Fart de bien dire , quelque contra-

SUR l'rsprit POsiTir. 85

dictoirc ou pemicietise qu en devienne rapplicalion , ni enfln de la tendance spéciale de nos classes lettrées à accaeillir avidement toutes les aberrations qui surgissent journellement de notre anarchie mentale. Une telle appréciation dispose, au conlraire , à s'étonner que ces divers désastre^ ne soient pas ordinaîrement plus étendus ; elle conduit à admirer profondément la rectitude et la sagesse naturelles de l'homme , qui y sous l'heureuse impulsion propre à l'ensemble de notre civiiisat/on, contiennent spontanément , en grande partie , ces dangereuses conséquences d'un absurde système d'éducation générale. Ce système ayant été, depuis la fin du moyen âge, comme il l'est encore , le principal point d'appui social de l'esprit métaphysique , soit d'abord contre la théologie , soit ensuite aussi contre la science, on conçoit aisément que les classes qu'il n'a pu envelopper doivent se trouver, par cela même , beaucoup moins affectées de cette philosophie transitoire , et dès lors mieux disposées à l'état positif. Or, tel est l'important avantage que l'absence d'éducation scolastique procure aujourd'hui à nos prolétaires , et qui les rend , au fond , moins accessibles que la plupart des lettrés aux divers sophismes perturbateurs, conformément à l'expérience journalière, malgré une excitationcontinue , systématiquement dirigée vers les passions relatives à leur condition sociale. Ils durent être jadis profondément dominés par la théologie , surtout catholique ; mais, pendant leur émancipation mentale, la métaphysique n'a pu que glisser. sur eux , faute d'y rencontrer la culture spéciale sur laquelle ^lle repose : seule , la philosophie positive pourra , de nouveau , les saisir radicalement. Les conditions préalables , tant recommandées par les premiers pères de cette philosophie finale, doivent là se trouver ainsi mieux remplies que partout ailleurs • si la célèbre table rase de Bacon et de Dèscartes était jamais pleinement réalisable, ce serait assurément chez les proie-

taires actuels , qqi, priocipalement en France, sont bien plus rapprochés qu'aucune classe quelconque du type idéal de cotte disposition préparatoire à la positivité rationnelle. En examinant, sous un aspect plus intime et plus durable, cette inclination naturelle de» intelligences populaires vers la saine philosophie , on reconnaît aisément qu'elle doit toujours résulter de la solidarité fonijfimentale qui, d'après nos expliea* tions antérieures, rattacha directement le yéri table esprit philosophique au bon sens universel, sa première source nécessaire, ^'on-seulement, en efiet, ce bon sens, si justement préconisé par Desofirtes et Bacon , doit aujourd'hui se trouver plus pur et plu| éuergique cibez les classes inférieures , en vertu même de cet heureux défaut de culture scolastique qui les rend moins acce^iblf s aux; habitudes vagues ou sophistiques. A cette différence passpgér^, q^Q dispipera graduellement upe meilleure éducation des ^S9^ lettrées , il en faut joindre une autre , nécessairemeut perm^^nçote, relative à l'influence mentale des diverses fonctions ^çiales propres aux deux ordres d'intelligences , d'aprèfl le çiqractère respeqtif de leurs travaux habituels. Depuis que l'action réelle 4e rbumanité sur le monde extérieur a commencé, chez les modernes, à s'organiser spontanément, elle exige la combinaison çpptiniie de denx plass^ di^tinctes^ tr^s-inégale$i ep pombre , mais également indispensablea > d'une part, les eutrepreneurs proprement dits, toujours pevinom* breux, qui, possédant leii divers matériaux convenables^ y compris l'argent et le crédit, dirigent l'enaemble de chaque opération, enassumantdèslors la principale responsabilitéde^ résulta tsquelçonques \ d'ppe fintrepart, les opértiteurs directs, vivantd'un salaire périodique et fermant rimp^Qn^.PWonté ^ travailleurs,

qui exécutent, 4au^ «pe ^te 4'intentiQn abstraite, chacun des actes élémentairei^i ^9m ^ préoccuper npécialement de leur fxm^ cours Qnal . Ces def nîepssont^nls immédiatement aux prises avec

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la qatore, tandis qné les premiers ont sartont affaire à la société. Par ane mite nécessaire de ces diyersités fondamentales , Tefficacité spéculative que nous avons reconnue inhérente à la vie industrielle pour développer involontairement l'esprit positif doit ordinairement se faire mieux sentir chez les opérateurs qu6 parmi les entrepreneurs; car, leurs travaux propres offrent un caractère plus simple , un but plus nettement déterminé , des résultats plus prochains , et des conditiops plus impérieuses. L'école positive y devra donc trouver naturellement un accès plus facile pour son enseignement universel, et une plus* vive sympathie pour sa rénovation philosophique , quand elle pourra convenablement pénétrer dans ce vaste milieu social. Elle y devra rencontrer, en même temps^ des affinités morales non moins précieuses que ces harmonies mentales , d'après cette commune insouciance matérielle qui rapproche spontanément nos prolétaires de la véritable classe contemplative, du moins quand celle^i aura pris en6n les mœurs correspondantes à sa destination sociale. Cette heureuse dispositioh, aussi favorable à l'ordre universel qu'à la vraie félicité personnelle, acquerra un jour beaucoup dimportance normale, d'après la systématisation des rapports généraux qui doivent exister entre ces deux éléments extrêmes de la société positive. Mais, dès ce moment, elle peut faciliter essentieHement leur union naissante, en snppléant au peu de loisir que les occupations journalières laissent à nos prolétaires pour leur instruction spéculative. Si , en quelques cas exceptionnels d'extrême surcharge , cet obstacle continu semble, en effet, devoir empêcher, tout essor mental , il est ordinairement compensé par ce caractère de sage imprévoyance qui, dans chaque intermittence naturelle des travaux obligés , rend à Tcsprlt une pleine disponibilité. Le vrai loisir ne doit manquer habituelleinent que dans la classe qui s'en croit spécialement douée ; car ^ à raison même de sa

fortane et de sa position , elle reste commanéinent préoocnpée d'activés inqoiétades , qui ne comportent presque jamais an véritable calme , intelleclnel et moral. Cet état doit être facile, au contraire, soit aux penseurs, soit aux opérateurs , d'après leur commun affranchissement spontané des soucis relatifs à l'emploi des capitaux , et indépendamment dje la régularité naturelle de leur vie journalière.

Quand ces différentes tendances, mentales et morales , auront convenablement agi , c'est donc parmi les prolétaires que devra le mieux ^e réaliser cette universelle propagation de l'instruction positive , condition indispensable à l'accomplissement graduel de la rénovation philosophique. C'est aussi chez eux^que le caractère continu d'une telle étude pourra devenir le plus purement spéculatif, parce qu'elle s'y trouvera mieux exempte de ces vues intéressées qu'y apportent, plus ou moins directement, les classes supérieures, presque toujours préoccupées de calculs avides on ambitieux. Après y avoir d'abord cherché le fondement universel de toute sagesse humaine , ils y viendront puiser ensuite , comme dans les béaux-arts , une douce diversion habituelle à l'ensemble de leurs peines journalières. Leur inévitable condition sociale devant leur rendre beaucoup plus précieuse une telle diversion, soit scientiGque, soit esthétique, il serait étrange que tes classes dirigeantes voulussent y voir, au contraire, un motif fondamental de les en tenir essentiellement privés , en refusant systématiquement la seule satisfaction qui puisscétreindéGnimentpartagéeàceux-là même qui doivent sagement renoncer aux jouissances les moins communicablcs. Pour justifier un tel refus, trop souvent dicté par l'égoïsme etl'irréflcxion , on a quelquefois objecté , il est vrai , que cette vulgarisation spéculative tendrait à aggraver profondément le désordre actuel^ en développant la funeste disposition, d<^à trop prononcée , an déclassement universel. Mais cette crainte natu-

SUR l'bspiiit posittf. 89

relie, unique objectioii sérieuse qui, à ce sujet, méritât ane vraie discassion , résulte aujourd'hui , dans la plupart des cas de bonne foi, d'une irrationnelle confusion de Tinstruction positive , à la fois esthf^tiqno et scientifique ^ avec Tinstruction métaphysique et littéraire, seule maintenant organisée. Celle-ci, en effet , que nous avons déjà reconnue exercer une action sociale très-perturbatrice chez les classes lettrées, deviendrait beaucoup plus dangereuse si on retendait aui prolétaires , où elle développerait, outre le dégoût des occupations matérielles, d'exorbitantes ambitioas. Mais, heureusement, ils sont, en général , encore moins disposés à la demander qu'on ne le serait à la leur accorder. Quant aux études positives , sagement conçues et convenablement dirigées , elles ne comportent nullement une telle influence: s'alliant et s'appliquant, par leur nature , à tous les travaux pratiques , elles tendent , au contraire, à en confirmer ou même inspirer le goût, soU en anoblissant leur caractère habituel, soit en adoucissant leurs pénibles conséquences ; conduisant d'ailleurs à une saine appréciation des diverses positions sociales et des nécessités correspondantes , elles disposent à sentir que le bonheur réel est compatible avec tontes les conditions quelconques, pourvu qu'elles soient honorablement remplies et raisonnablement acceptées. La philosophie générale qui en résnlte représente l'homme, ou plutôt l'humanité, comme le premier des êtres connus, destiné, par l'ensemble des lois réelles, à toujours perfectionner autant que possible , et à tous égards , l'ordre naturel , à l'abri de toute inquiétude chimérique ; ce qui tend à relever profondément l'actif sentiment universel de la dignité humaine. En même temps , elle tempère spontanément Torgueil trop exalté qu'il pourrait susciter , en montrant, sous tous les aspects, et avec une familière évidence, combien nous devons rester sans cesse au-dessous du but et du type ainsi caracté-

risés , soit dans la vie active , soit même dans Ii| vie spéculative, où l'OQ sent , presque à chaque pas , que nos plus snblimes efforts ne peuvent jamais surmonter qu'une faible partie des difficultés fondamentales.

Malgré la haute importance des divers motifs précédents, des considérations encore plus puissantes détermineront surtout les intelligences populaires à seconder aujourd'hui l'action philosophique de réoolepo&itive par leur ardeur continue pour Fnniverselle propagation des études réelles : elles se rapportent aux principaux besoins collectifs propres à la condition sociale des prolétaires. On peut les résumer en cet aperçu général ; il n'a pu eilster jusqu'ici une politique spécialement populaire, et la nouvelle philosophie peut seule la constituer.

Depuis le commencement de la grande crise moderne , le peuple n'est encore intervenu que comme simple auxiliaire dans les principales luttes politiques, avec Fespoir, sans doute, d'y obtenir quelques améliorations de sa situation générale , mais non d'après des vues et pour un but qui lui fussent réellement propres. Tous les débats habituels sont restés essentiellement concentrés entre les diverses classes supérieures on moyennes, parce qu'ils se rapportaient surtout à la possession du pouvoir. Or, le peuple ne pouvait longtemps s'intéresser directement à de tels conflits, puisque la nature de notre civilisation empêche évidemment les prolétaires d'espérer, et même de désirer, aucune importante participation à la puissance politique proprement dite. Aussi , après avoir essentiellement réalisé tons les résultats sociaux qu'ils pouvaient attendre de la substitution provisoire des métaphysieienset deslégistes à rancienne prépondérance politique des clijgses sacerdotales et fièodales , deviennent-ils aujourd'hui de plus en plus indifférents à la stérile prolongation de ces lattes de pins en plus misérables, désor* mais réduites presque à de vaines rivalités personnelles* Quels

SUR l'ksprit positif. 91

que soient les efforts journaliers de l'agitation métaphjsiqne pour les faire intervenir dans oes frivoles débats , par Fappàt de ce qu'on nomme les droits politiques, l'instinct populaire a déjà compris, surtout en France, combien serait illusoire ou puérile la possession d'un tel privilège, qui, même dans son degré actuel de dissémination, n'inspire habituellement aucun intérêt véritable à la plupart de ceux qui en jouissent exclusivement. Le peuple ne peuts'intéresser essentiellement qu'à l'usage effectif du pouvoir, en quelques mains qu'il réside , et non à sa conquête spéciale. Aussitôt que les questions politiques , ou plutôt dés lors sociales, se rapporteront ordinairement à la manière dont le pouvoir doit être exercé pour mieux atteindre sa destination générale, principalement relative, chez les modernes , à la masse prolétaire , on ne tardera pas à reconnaître que le dédain actuel ne tient nullement à une dangereuse indifférence I jusque-là , l'opinion populaire restera étrangère à ces débats, qui, aux yeux des bons esprits, en augmentant rinstabilité de tous les pouvoirs , tendent spécialement à retarder cette indispensable transformation. En un mot , le peuple est naturellement disposé à désirer que la taine et orageuse discussion des droits se trouve enfin remplacée par une féconde et salutaire appréciation des divers devoirs essentiels, soit généraux, soit spéciaux. Tel est le principe spontané de l'intime connexité qui, tôt ou tard sentie , ralliera nécessairement l'instinct populaire à l'action sociale de la philosophie positive ; car cette grande transformation équivaut évidemmeul à celle , cidessus motivée par les plus hautes considérations spéculatives, du mouvement politique actuel en un simple mouvement philosophique, dont le premier et le principal résultat social consistera, en effet, à constituer solidement une active morale universelle, prescrivant h chaque agent, individuel ou collée* tif , les règles de conduite les plus conformes à l'harmonie fon-

damcntale. Plus on méditera sur cette relation naturelle , mieux on reconnaîtra que cette mutation décisive, qui ne pouvait émaner que de Tesprit positif, ne peut aujourd'hui trouver un solide appuj que chez le peuple proprement dit , seul disposé à la bien comprendre et à s'y intéresser profondément. Les préjugés et les passions propres aux classes supérieures ou moyennes , s'opposent conjointement à ce qu'elle y soit d'abord suffisamment sentie, parce qu'on y doit être ordinairement plus touché des avantages inhérents à la possession du pouvoir que des dangers résultés de son vicieux exercice. Si le peuple est maintenant et doit rester désormais indifférent à la possession directe du pouvoir politique, il ne peut jamais renoncer à son indispensable participation continue au pouvoir moral, qni^ seul vraiment accessible à tous, sans aucun danger pour l'ordre universel, et , au contraire, à son grand avantage journalier, autorise chacun, au nom d'une commune doctrine fondamentale 9 à rappeler convenablement les plus hautes puissances à leurs divers devoirs essentiels. A la vérité, les préjugés inhérents à l'état transitoire ou révolutionnaire ont dû trouver aussi quelque accès parmi nos prolétaires; ils y entretiennent, en effet, de fâcheuses illusions sur la portée indéfinie des mesures politiques proprement dites ; ils y empêchent d'apprécier combien la juste satisfaction des grandsintéréts populaires dépend aujourd'hui davantage dosopinionset des mœurs que des institutions ellos-mémes, dont la vraie régénération, actuellement impossible, exige, avant tout, une réorganisation spirituelle. Mais on peut assurer que l'école positive aura beaucoup plus de facilité à faire pénétrer ce salutaire enseignement chez les esprits populaires que partout ailleurs, soit parce que la métaphysique négative n'a pu s'y enraciner autant, soit surtout par l'impulsion constante des besoins sociaux inhérents à leur situation nécessaire. Ces besoins se rapportent essentiellement à deux con-

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dilions fondamentales , Tane spirituelle , l'autre temporelle, de nature profondément connexe: il s'agit, en effet, d'assnrer convenablement à tous, d'abord l'éducation normale, ensuite le travail régulier ^ tel est, au fond, le vrai programme social des prolétaires. Il ne peut plus exister de véritable popularité que pour la politique qui tendra nécessairement vers cette double destination. Or, tel cst^ évidemment , le caractère spontané de la doctrine sociale propre à la nouvelle école philosophique ; nos explications antérieures doivent ici dispenser, à cet égard, de tout autre éclaircissement , d'ailleurs réservé à l'ouvrage si souvent indiqué dans ce discours, il importe seulement d'ajouter, à ce sujet, que la concentration nécessaire de nos pensées et de notre activité sur la vie réelle de l'humanité, en écartant toute vaine illusion , tendra spécialement à fortiGer beaucoup l'adhésion morale et politique du peuple proprement dit à la vraie philosophie moderne. En effet, son judicieux instinct y sentira bientôt un puissant motif nouveau de diriger surtout la pratique sociale vers la sage amélioration continue de sa propre condition générale. Les chimériques espérances inhérentes à l'ancienne philosophie, ont trop souvent conduit, au contraire, à négliger avec dédain de tels progrès, ou à les écarter par une sorte d'ajournement continu , d'après la minime importance relative que devait naturellementieur laisser cette éternelle perspective, immense compensation spontanée de toutes les misères quelconques.

Cette sommaire appréciation suffit maintenant à signaler , sous les divers aspects essentiels, l'affinité nécessaire des classes inférieures pour la philosophie positive , qui, aussitôt que le contact aura pu pleinement s'établir, trouvera là son principal appui naturel , à la fois mental et social ; tandis que la philosophie théologique ne convient plus qu'aux classes supérieures , dont elle tend à éterniser la prépondérance politique, comme

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la philosophie métaphysique s'adresse surtout aux classes moyennes, dont elle seconde Tactive ambition. Tout esprit méditatif doit ainsi comprendre enfin Timportance vraiment fondamentale que présente aujourd'hui une sage vulgarisation systématique des études positives, essenlieUemenI destinée aux prolétaires , afin d*y préparer une saine doctrine sociale. Les divers observateurs qui peuvent s'iiffranchir, même momentanément , du tourbillon journaliçr, s'accordent maintenant k déplorer, et certes avec beaucoup de raison, l'anarchique influence qu^eicercenl, de nos jours , les sophistes et les rhéteurs. Mais ces justes plaintes resteront inévitablement vaines tant qu'on n'aura pas mieux Senti la nécessité de sortir enfin d'une situation mentale, où l'éducation oiflcielle ne peut aboutir, d'ordinaire , qu'à former des rhéteurs et des sophistes , qui tendent ensuite spontanément à propager le mémo esprit y par le triple enseignement émané des journaux, des romans, et dos drames , parmi les classes inférieures, qu'aucune instruction régulière ne garantit de la contagion métaphysique , repoussée seulement par leur raison naturelle. Quoique l'on doive espé'» rer, àce titre, que les gouvernements actuels sentiront bientôt combien l'universelle propagation des connaissances réelles peut seconder de plus en plus leurs efforts continus pour le difficile maintien d'un ordre indispensable , il ne faut pas encore attendre d'eux ^ ni même en désirer , une coopératiou vraiment active à cette grande préparation rationnelle, qui doit longtemps résulter surtout d'un libre zèle privé , inspiré et soutenu par de véritables convictions philosophiques. L'imparfaite conservatioD d'une grossière harmonie politique , sans cesse compromise au milieu de notre désordre mental et moral, absorbe trop justement leur sollicitude journalière , et les tient même placés à un point de vue trop inférieur^ pour qu'ils puissent digneneol oomprendre la nature et les conditions d'un tel travail i

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dont H faat seulement leur demander d'eatreyoir rimportance. Sî, par un zèle intempestif, ils tentaient aujourd'hui de le diriger , ils ne pourraient aboutir qu'à l'altérer profondément, de manière à compromettre beaucoup sa principale efficacité, en ne le rattachant pas à une philosophie assez décisive « ce qui le ferait bientôt dégénérer en une incohérente accumulation de spécialités superficielles. Ainsi, l'école positive, résultée d'un actif concours volontaire des esprits vraiment philosophiques, n'aura longtemps à demander à nos gouvernements occidentaux , pour accomplir convenablement son grand office social , qu'âne pleine liberté d'exposition et de discussion, équivalente à celle dont jouissent déjà Fécole Ihéoiogique et l'école métaphysique. L'une peut, chaque jour« dans ses mille tribunes sacrées, préconiser, à son gré, ^excellence absolue de son éternelle doctrine, et vouer tousses adversaires quelconques à une irrévocable damnation ) l'autre, dans les nombreuses chaires que lui entretient la munificence nationale, peut journellement développer ,devant d'immenses auditoires,rnnivcrselleeffi(.'acilc de ses conceptions ontologiques et la prééminence indéfinie de ses études littéraires* Sans prétendre à de tels avantages , que le temps doit seul procurer , l'école positive ne demande essentiellement aiigourd'hui qu'un simple droit d'asile régulier dans les localités municipales , pour y faire directement apprécier son aptitude finale à la satisfactioù simultanée de tous nos grands besoins sociaux , en propageant avec sagesse la seule instruction systématique qui puisse désormais préparer une véritable réorganisation, d'abord mentale, puis morale, et enfin politique. Pourvu que ce libre accès loi reste toujours ouvert, le zèle volontaire et gratuit de ses rares promoteurs, secondé ^ar le bon sens universel, et sous Timpulsion croissante de la situation fondamentale ^ ne redoutera jamais de soutenir , même dès ce moments une aolive conourrenee philosophique envers

les nombreux et puissants organes , môme réunis , des deux écoles anciennes. Or , il n'est plus à craindre que désormais les hommes d'état s'écartent gravement, à cet égards de Timpartiale modération de plus en plus inhérente à leur propre indifférence spéculative: l'école positive a même lieu de compter, sous ce rapport, sur la bienveillance habituelle des plus intelligents d'entre eux, non seulement en France, mais aussi dans tout notre Occident. Leur surveillance continue de ce libre enseignement populaire se bornera bientùt à y prescrire seulement la condition permanente d'une vraie positi vite; en y écartant, avec une inflexible sévérité, l'introduction, trop imminente encore, des spéculations vagues ou sophistiques. ]Mais, à ce sujet, les besoins essentiels de l'école positive concourent directement avec les devoirs naturels des gouvernements: car, si ceux-ci doivent repoi!isser un tel abus en vertu de sa tendance anarchique, celle-là, outre ce juste motif, le juge i^einement contraire à la destination fondamentale d'un tel enseignement, comme ranimant ce même esprit métaphysique où elle voit aujourd'hui le principal obstacle à Tavénemeot social de la nouvelle philosophie. Sous cet aspect , ainsi qu'à tout autre titre y les philosophes positifs se sentiront toujours presque aussi intéressés que les pouvoirs actuels au double maintien continu de Tordre intérieur et de la paix extérieure, parce qu'ils y voient la condiliotf la plus favorable à une vraie rénovation mentale et morale: seulement , du point de vue qui leur est propre, ils doivent apercevoir de plus loin ce qui pourrait compromettre ou consolider ce grand résultat politique de l'ensemble de notre situation transitoire.

Nous avons maintenant assez caractérisé , à tous égards, l'importance capitale que présente aujourd'hui l'universelle propagation des études positives , surtout parmi les prolétaires, pour constituer désormais un indispensable point d'appui , à la

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fois mental et social , à Télaboraticm phOosophique qui doit dét^miner graduellement la réorganisation spirituelle des sociétés modernes. Mais une telle iiiqpréciation resterait encore incomplète, et même insuflisante , si la fin de ce discours n'était pas directement consacrée à établir Tordre fondamental qui conyient à cette, série d'études, de manière àfiier la vraie position que doit occuper, dans leur ensemble, celle dont ce traité s'occupera ensuite exclusivement. Loin que cet arrangement didactique soit presque indiffèrent , comme notre vicieux régime scientifique le fait trop souvent supposer, on peut assurer» au contraire, que c'est de lui surtout que dépend b principale efib»cité , inteUectuelle on sociale, de cette grande préparation. Il existe d'ailleurs une intime solidarité entre la conception encyclopédique d'où il résulte et la loi fondamentale d'évolution qui sert de base à la nouvdle philosophie générale. Un tel ordre doit , par sa nature , remplir daix conditions ess^lieUes , l'une dogmatique , l'autre historique , dont il faut d'abord reconnaître la convergence nécessaire : la première consiste à ranger les sciences suivant leur dépendance successive , en sorte que chacune repose sur la précédente et prépare la suivante ; la seconde furescrit de les disposer d'après la marche de leur formation eflective, en passant toujours des|dus anciennes aux pins récentes. Or, l'équivalence spontanée de ces deux voies encyclopédiques tient, en général» à l'identité fondamentale qui exi^e inévitablement entre l'évolution indivi-. duelle et l'évolution collective, lesquelles ayant une pareille origine , une semblable destination , et un même agent, doivent toujours ofirir des phases correspondantes , sauf les seules diversités de durée , d'intensité , et de vitesse , inhéarenles à l'inégalité des deuxoiganismes. Ce ccHioonrs nécessaire permet doue de concevoir ces deux modes . comme deux a^écts corélatifs d'un unique principe enesrdppédique , de manière à pouvoir

M msQomÊ

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employer ceiol qsâ, en chaque cas , nnnifiBBlera le mîax lei rdatioDs oontidèrées , et avec la prédeufle faculté de pouvoir eoMtenmieiil vérifier par l'im ce qiH sera résulté deraotre.

La loi fondamentale de cet ordre coumun de dépendance dopnatiqne et de sncoetston Mstoriqne , a été coniplétenient établie dans le grand onvrage ci-4eBras indiqné , et dont elle détanaine le plan général. Ble oonsiste à classer les différentes sciences, d'après la natore des phénomènes étadiés , sddnleor généralité et lenr Indépendance décroismntes on leur oompHcation croissante, d'où résidlent des spécolatiods de moins en moins abstraites et de pkis en plnsdlBlciles , mais aussi de pins en plos éminentes et compièles , en viertii de lenr rdla^ pins intime à l'homme, on plnlAt à rtramanMè^ objet final de tont le siMéme théorique. Ce dassemant tire «a prinoipide' valear phikuopUque, soit scientifiipm, sait logiqM, de ridcniité constttite et nécesmire qsi exibte antre tons ces divers modes de comparaison spéculative des phénomèaeamiturds , et d'où résultent autait de théorèmes encjdopédiquea, dom l'egiplicatien et Tusage appartiennent à l'ouvrsge €Mé , qui , en outre , sous le rapp<nrt aotf, y ajout» cette importanle relation gén^ pale, que les phénomènes deviennent àdosi de plus en plus modifiables ,de4açon à oflHr «n domaine déplus en plus vastDà TintervenHiMi humajn& Ilanfit JcÊdTindifncraomuiairetteiit Fapplicnlion de œ gcàkid principe à la détermimition rationnelle de kl: vraie biéiarc|[iie dés études fondamenMes, dirèetem«it conçu» désormais comme lesdiftrénts^télnealls esswnliels d'une seieucn.uniqiiey celle- de Vhnmauilè. >

Cet ofaîat final 4e toatea nos spéetthstionfi rédléft etige , évidemment , par sa natm*e , à ta fois seleutifique et Inique , un dMifc|M^éambuie indiqp ena rii to , relatif, d'une part , à lliomme proprement dit, d'une autre t^fft) an monde extérieur. On ne

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saurait, en effet, étudier ratioaaeiteuient les phcuomènes ^ statiques ou dynamiques, de la sociabilité , si d'abord on ne connaît suffisamment l'agent spécial qui les opère , et le milieu général où ils s'accomplissent. De ]à résulte donc la division nécessaire de la philosophie naturelle, destinée à préparer la philosophie sociale , en deux grandes branches , l'une organique, l'autre inorganique. Quant à la disposition relative de ces deux études également fondamentales , tous les motifs essentiels, soit scientifiques, soit logiques, concourent à prescrire, dans l'éducation individuelle et dans l'évolution collective, de commencer par la seconde, dont les phénomènes, plus simples et plus indépendants^ à raison de leur généralité supérieure ^-comportent seuls d'abord une appréciation vraiment po^tive , tandis que leurs lois , directement relatives à l'exis^ tence universelle , exercent ensuite une influence nécessaire sur l'existence spéciale des corps vivants. L'astronomie constitue nécessairement , à tous égards , rélément le plus décisif de cette théorie préalable du monde exCérieur , soit comme mieux susceptible d'une pleine positivité , soit en tant que caractérisant le milieu général de tous nos phénomènes quelconques , et manifestant , sans aucune autre complication , la simple existence mathématique , c'e$t-à*dire géométrique ou mécanique ^ commune à tous les êtres réels. Mais , même quand on con^ dense lo plus possible les vraies conceptions encyclopédiques, on ne saurait réduire la philosophie inorganique à cet élément principal, parce qu'elle resterait alors complètement isolée de la philosophie organique. Leur lieu fondamental, scientifique et logique, consiste surtout dans la branche la plus complexe de la première, l'étude des phénomènes de composition et de décomposition , les plus éminents de ceux que comporte l'eixistence. universelle , et les plus rapprochéâ du monde vital propr^iaent dit. C'est ainsi que la . philosophie naturelle ,

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ment^ à raotiqnllé çreoiiie, as moyen âge, et à l'époqae

fnoderne.

Une tdie appréciatioo eoqrdopédiqiie ne rempliniit pas eocore sollisannnent les conditions Indispensables de oontiAoltë et de spontanéité propres à nn tel sojet : d'one part, eDe laisse une lacune capitale entre l'astronomie et fa diimie, dont la liaison ne saurait être directe ; d'one antre part , de n'in<Kqae pas assec fa Traie source de ce système spécnfatif, comme on simple prolongement abstrait de fa raison commime, dont le point de départ scientiBqne ne pondait être directement astronomique. Mais , poar compléter la formule fondamentale , il suffit, en premier lieu, d'y insérer, entre l'astronomie et fa chimie , la physique proprement dite , qai n'a pris, en effet, une eiistence distincte que sons Galilée ; en second lieu , de ptocer , an début de ce vaste ensemble , fa science mathématique, seul berceau nécessaire de fa positivité rationnelle, aussi bien pour Tindivido que pour l'espèce. Si , par une application plus spéciale de notre principe encyclopédique, on décompose , h son tour , cette science initiale dans ses trois grandes branches, le calcul, la géométrie, et la mécanique, on détermine enfin , avec la dernière précision pbilo80|riiique , la véritable origine do tout le système scientifique, d'abord isiu, en cflbt, des spéculations purement numériques, qui étant, de toutes, les plus simples, les plus abstraites, et les plus ind<^pendantes , se confondent presque avec l'éfan spontané

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de l'esprit positif diez les plus vulgaires intelligences, comme le confirme encore > sous nos yeux , l'observation journalière de l'essor individuel.

On parvient ainsi graduellement à découvrir Tinvariable hiérarchie , à la fois historique et dogmatique, également scientifique et logique, des six sciences fondamentales, la mathématique, Tastronomie, la physique, la chimie, la biologie, et la sociologie , dont la première constitue nécessairement le point de départ exclusif et la dernière le seul but essentiel de toute, la philosophie positive, envisagée désormais eomme formant, par sa nature , un système vraiment indivisible j où toute décomposition est radicalement artificielle , sans être d'ailleurs nullement arbitraire , tout s'y rapportant finalement à l'humanité , unique conception jdeinement universelle. L'ensemble de cette formule encyclopédique , exactement conforme aux vraies aiflnités des études correspondantes , et qui d'ailleurs comprend, évidemment tous les éléments de nos spéculations réelles , permet enfin à chaque intelligence de renouveler à son gré l'histoire générale de l'esprit positif, en passant, d'une manière presque insensible , des moindres idées malhémàtiques aux plus^ hautes pensées soeiales. Il est clair , en effet , que chacune des quatre sciences intermédiaires se confond, pour ainsi dire^ avec la précédente quant à ses plus simples phénomènes , et avec la suivante quant aux plus éminents. Cette parfaite continuité spontanée deviendra surtout irrécusable à tous ceux qui reconnaîtront, dans l'ouvrage ci-dessus indiqué , que le môme principe encyclopédique fournit aussi le classement rationnel des diverses parties constituantes de chaque étude fondamentale,, en. sorte que les degrés dogmatiques et les phases historiques peuvent se rapprocher autant que l'exige la précision des comparaisons ou la facilité des transitions.

Dans l'état présent des intelligences , Tapplicalion logique de

Itâ Discorms

cette graode forraole (^t encore plos împorUBte que son usage scieotifiqiie) la méthode élaot, de nos jours, pku& esseotiette que la doctrine elle-méine, cl d'atUeors seule iinmédiateiiient soseepliblc d'une pleine régénération. Sa pri n c ip ale utilité consiste donc aujourd'hui à déterminer rigoureusement la marche invariable de toute édocation Traiment positive , an milieu des préjugés irrationnels et des vicieuses habitudes propres à Tessor préliminaire du système scientifique, ainsi graduellement formé de théories partielles et incohérentes, dont les rdations mutuelles devaient jusqu'ici rester inaperçues de leur fondateurs ftuccessife. Toutes les classes actuelles de sayants V4«^ent maintenant, avec une égale gravité , quoiqu'à divers titres, cette obligation fondamentale. '£n se bornant ici à indiquer les deui cas extrêmes, les géomètres, justement fiers d'être placés à la vraie source de la positivité rationnelle, s'obstinent aveuglément à retenir l'esprit humain dans ce degré parement initial du véritable essor spéculatif , sans jamais considérer son unique but nécessaire; au contraire, les biologistes, préconisant, à bon droit , la dignité supérieure de leur sujet , inmiédiatement voisin de cette grande destination, pernstent à tenir leurs études dans un irrationnel isolement , en s'affiranchissant arbitrairement de la difficile préparation qu'exige leur nature. Ces dispositions opposées , mais paiement empiriques , conduisent trop souvent aujourd'hui , chez les uns , à une vaine déperdition d'efforts ioteUectoels, désormais omsumés, en majeure partie , en recherches de plus en plus puériles ; chez les autres, à une instabilité continue des diverses notions esseutldles, faute d'une marche vraiment positive. Sous ce dernier aspect surtout , on doit remarquer , en efifet , que les études sociales ne sont pas maintenant les seules restées encore extérieures au système pleinement positif, sous la stérile domination Ae l'esprit théologico-métaphysique ; au fond, les études biologiques

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elles-mêmes, surtout dynamiques, quoiqu'elles soient académiquement constituées , n'ont pas non plus atteint jusqu'ici à une vraie positirité , puisque aucune doctrine capitale n'y est aujourd'hui sufBsamment ébauchée , en sorte que le champ des illusions et des jongleries y demeure encore presque indéfini. Or , la déplorable prolongation d'une telle situation tient essentiellement , en l'un et Vautre cas , à l'insuffisant accomplissement des grandes conditions logiques déterminées par notre loi encyclopédique : car, personne n'y conteste plus, depuis longtemps , la nécessité d'une marche positive ; mais tons en méconnaissent la nature et les obligations , que peut seule caractériser la vraie hiérarcbie scientifique. Qu'attendre, en efifet, soit envers les phénomènes sociaux , soit même envers l'étude , plus simple, de la vie individuelle, d'une culture qui a^rde directement des spéculations aussi complexes , sans s'y être dignement préparée par une saine appréciation des méthodes et des doctrines relatives aux divers phénomènes moins compliqués et plus généraux , de manière à ne pouvoir suffisammentconnaître ni la logique inductive, principalement caractérisée, à rétat rudimentaire , par la chimie, la physique, et d'abord l'astronomie , ni même la pure logique déductive , ou Fart ^émentaire du raisonnement décisif, que Tinitiation mathéma-* tique peut seule développer convenablement ?

Pour fadliter l'usage habituel de notre formule hiérarchique , il convient beaucoup, quand on n'a pas besoin d'une grande précision encyclopédique , d'y grouper les termes deux à deux, de façon à la réduire à trois couples , l'un initial , mathématico- astronomique, l'autre final , biologico-sociologique, séparés et réunis par le couple intermédiaire , physico-chimique. Cette heureuse oondensation résulte d'une irrécusable appréciation, puisqu'il existe, en efiet , une plus grande affinité naturelle , soit scientifique, soit logique, entre les deux éléments

iO&i DISCOURS

de chaque couple qu'entre les ooaples consécatib eux-mtoes ; oomme le confimie souvent la difficulté qu'on éprouve à séparer nettement la matbémalique de Tastronomie , et la physique de la chimie , par suite des habitudes vagues qui dominent encott envers toutes les posées d'ensemble ; la biologie et la sociologie surtout continuent à se confondre presque , chez la plupart des penseurs actuels. Sans aller jamais jusqu'à ces vicieuses confusions, qui altéreraient radicalement les transitions encyclopédiques, il sera fréquemment utile de réduire ainsi la hiérarchie élémentaire des spéculations réelles à trois couples essentiels , dont chacun pourra d'ailleurs être brièvement désigné d'après son élément le plus spécial, qui est toujours effectivement le plus caractéristique , et le plus propre à définir les grandes phases de l'évolution positive , individuelle ou cdlecUve.

Cette sommaire appréciation suffit ici pour indiquer la destination et signaler l'importance d'une telle loi encyclopédique,, où réside finalement l'une des deux idées mères dont l'intime combinaison spontanée constitue nécessairement la base systématique de la nouvelle philosophie générale. La terminaison de ce long discours, où le véritable esprit positif a été caractérisé sous tous les aspects essentiels, se rapproche ainsi de son début , puisque cette théorie de classement doit être envisagée , en dernier lieu , comme naturellement inséparable de la théo rie d'évolution exposée d'abord ; en sorte que le discours actuel forme lui-même un véritable ensemble, image fidèle, quoique très-contractée , d'an vaste système. Il est aisé de comprendre , en effet, que la considération habituelle d'une telle hiérarchie doit devenir indispensable, soit pour appliquer convenablement notre loi initiale des trois états, soit pour dissiper suffisamment les seules objections sérieuses qu'elle paisse comporter y car, la fréquente simultanéité historique des trois grandes phases

SUR l'bspbit positif. i05

mentales envers des spéculations différentes constituerait , de tonte autre manière, une inexplicable anomalie, que résont, au contraire , spontanément notre loi hiéranAique, aussi relàUve à la succession qu'à la dépendance des diverses études positives. On conçoit pareillonent , en sens inverse , que la règle du classement suppose celle de l'évolution , puisque tous les motifs essentids de l'ordre ainsi établi résultent , an fond , de l'inégale rapidité d'un tel développement diez les différentes sciences fondamentales.

La combinaison rationnelle de ces deux idées mères , en con stituant l'unité nécessaire du système scientifique , dont toutes les parties concourent de plus en plus à une même fin, assure aussi , d'une autre part , la juste indépendance des divers élèments principaux, trop souvent altérée encore par de vicieux rapprochements. Dans son essor préUminaire , seul accompli jusqu'ici, l'esprit positif ayant dû ainsi s'étendre gradueUementdes études inférieures aux études supérieures, celk»<i ont été inévitablement exposées à l'oppressive invasion des premières , contre l'ascendant desquelles leur indispensable originalité ne trouvait d'abord de garanUe que d'après une prolongation exagérée de la tutelle théologico-méthaphysique. Cette déplorable fluctuation , très-sensible encore envers la science des corps vivants, caractérise aujourd'hui ce que contiennent de réel , au fond , les longues controverses . d'ailleurs si vaines à tout autre égard, entre le matérialisme et le spiritualisme, représentant, dune manière provisoire, sous des formes également vicieuses, les besoins, également graves, quoique malheureusement opposés jusqu'ici, de la réahle et de la dignité de nos spéculations quelconques. Parvenu désormais à sa maturité systématique, l'esprit positif dissipe àla fois ces denx ordres d'aberrations en terminant ces stériles conflits, par la satisfaction simultanée de ces denx conditions vicieuse-

ment contraires^, comme l'indique aussitôt notre hiérarchie scîentiBque combinée avec notre loi d'évolution , puisque chaque science ne peut atteindre une vraie positivité qu'autant que l'originalité de son caractère propre est pleinement consolidée.

Une application directe de cette théorie encyclopédique, à la fois scientiflque et logique , nous conduit enfin à définir exactement la nature et la destination de renseignement spécial auquel ce traité est consacré. Il résulte , en effet, des explications précédentes , que la principale eflScacité, d'abord mentale, puis sociale, que nous devons aujourd'hui chercher dans une sage propagation universelle des études positives dépend né « oessairement d'une stricte observance didactique de la loi hiérarchique. Pour chaque rapide initiation individuelle, comme pour la lente initiation collective , il restera toujours indispeo'> sable que l'esprit positif, développant son régime à mesure qu'il agrandit son domaine , s'élève peu à peu de l'état mathématique initial à l'état sociologique final , ^n parcourant successivement les quatre degrés intermédiaires, astronomique, physique, chimique , et biologique. Aucune supériorité personnelle ne peut vraiment dispenser de cette gradation fondamentale , au sujet de laquelle on n'a que trop l'occasion de constater aujourd'hui , chez de hautes intelligences , une irréparable lacune , qui a quelquefois neutralisé d'éoiinents efforce philosophiques. Une telle marche doit donc devenir encore plus indispensable dans réducation universelle, où les spécialités ont peu d'importance, cl dontia principale utilité, plus logique que scientifique, exige essentiellement une pleine rationnalité, surtout quand il s'agit de constituer enfin le vrai régime mental. Ainsi , cet enseignement populaire doit aujourd'hui se rapporter principalement au couple scientifique initial , jusqu'à ce qu'il se trouve convenablement vulgarisé. C'est là que tous doi-

vent d'abord puiser les vraies notions élémentaires de sa positirité générale , en acquérant les connaissances qui servent de base à tontes les autres spéculations réelles. Quoique cette stricte obligation conduise nécessairement à placer au début les études purement mathématiques , il faut pourtant considérer qu'il ne s'agit pas encore d'établir une systématisation directe et complète de l'instruction populaire , mais seulement d'imprimer couTenablement l'impulsion philosophique qui doit y con^ duire. Dès lors , on reconnaît aisément qu'un tel mouvement doit surtout dépendre des études astronomiques , qui ^ par leur natare , offrent iiécessairement la pleine manifestation du yéritable esprit mathématique , dont elles constituent , au foqd , la principale destinatiott. Il y a d'autant moins d'inconvénients actuels à caractériser ainsi le couple initial par la seule astronomie, que les connaissances mathématiques vraiment indispensables à sa judicieuse vulgarisation sont déjà asisez répandues ou assez faciles à acquérir pour qu'on puisse aujourd'hui se borner à les supposer résultées d'une préparation spontanée. Cette prépondérance nécessaire de la science astronomique dans la première propagation systématique de l'initiation positive est pleinement conforme à l'influence historique d'une telle étude , principal moteur jusqu'ici des grandes révolutions intellectuelles. Le sentimeiit fondamental de l'invariabilité des lois naturelles devait y en effet, se développer d'abord envers les phénomènes les plus simples et les plus généraux , dont la régularité et la grandeur supérieures nous manifestent le seul ordre réel qui soit complètement indépendant de toute modiGcation humaine. Avant même de comporter encore aucun caractère vraiment scientifique , cette classe de conceptions a surtout déterminé le passage décisif du fétichisme au polythéisme , partout résulté du culte des astres. Sa première ébauche mathématique , dans les écoles de Thaïes et de Pythagore, a constitué

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