‹ Discours sur l'établissement et le plan d'une bibliothèque nosocomiale et de fastes épidémiquesChapitre 6 sur 6 · Il y a des maladies épidémiques · texte numérisé non relu

Il y a des maladies épidémiques

2^. Il est de la plus haute importance que tous les médecins soient instruits le plus promptement possible du caractère des maladies régnantes , et de la méthode qui réussit le mieux dans leur traitement.

Ces deux propositions incontestables, une fois admises, je soutiens qu’il est possible d’arriver à 'faire connaître rapidement à tous les gens de l’art le caractère des maladies réglantes et le traitement qui leur convient le mieux.

Je m’expliquerai d’autant plus volontiers sur cet objet que le conseil , en me faisant l’honneur de m.e nommer membre d’une commission qui doit lui faire un rapport sur ta tenue des registres des Hôpitaux, provoque d’une manière plus particulière l’expression de ma pensée.. Or, voici comment je conçois

qu’on peut rendre très-profitable à la société un tra« vail jusqu’à présent sans avantage pour elle.

On pourrait continuer la tenue des registres administratifs, en se bornant à y consigner ce qui est nécessaire à l’Administration, aux tableaux de laquelle ils peuvent seulement devenir utiles , dans leur état actuel; car les faits qui y sont placés par ordre chronologique y restent enfouis dans un cbaoS dont on ne pourrait les faire sortir qu’avec un travail immense, et encore la plupart d’entre eux se trouveraient tronqués, et par-là' même inutiles. On obvierait à ces inconvéniens.

1°. En engageant chaque chef du service aussitôt que la chose serait possible, à caractériser exactement l’affection de chacun des malades confiés à ses soins. Ces caractères énoncés par l’élève dans upe des cases du caliier de visite, comme cela se fait dans plusieurs sections du service, seraient chaque jour vérifies, contrôlés et rectifiés au besoin parole chef lui-même, à mesure que la maladie se dévoilerait plus complètement.

L’élève interne dégagé de la tenue du cahier de visite confié à un externe, aurait pour chaque malade entrant, une feuille séparée, sur laquelle, à son arrivée, il inscrirait son nom, et dresserait un commémoratif rapide du passé, à la suite duquel il continuerait des notes journalières pour les affections

aiguës , et des notes heLdomadaîres pour les clu'oniques.

Chacune de ces feuilles, exactement datée et lisiblement écrite , porterait au haut le nom de l’hôpital, celui du médecin et celui de l’élève, au bas l’analyse succincte des causes , des caractères , de la marche, des périodes, des terminaisons , des effets, consécutifs et du traitement de la maladie (i),

5®, Il serait établi un dépôt que j’appellerais vo^ loutiers bibliothèque nosocomiale, avec un bibliothécaire et deux adjoints.

4°. Chaque jour ou chaque semaine , selon que le bien du service le demanderait, les feuilles d’observation des malades sortis dans le jour ou la semaine seraient exactement envoyées au bibliothécaire , pour être classées dans les cartons annuels de chaque section du service , en suivant l’ordre de la date de l’entrée du malade.

5®^. Le bibliothécaire rangerait chaque jour, à la ■date de l’entrée et par ordre de maladie, les feuilles

(i) Si l’on fait attention au petit nombre des malades entrans chaque jour et ^ux journées vides de réception, on concevra la très-gfandepossibilité de ce travail d’observation, dont la facilité ira croissant par Thabitude. Qui peut douter d’ailleurs, que si le Conseil adoptait tes idées. U ne prît des mesures pour proportionner le travail aux forces présumées de chacun en particulier?

qui lui parviendraient de chaque section du service dont les cartons annuels seraient divisés en douze faisceaux ménsuaires , qui eux-mêmes se subdiviseraient en autant de petits faisceaux que la différence des maladies le demanderait.

6®. Outre les feuilles des malades sortans, Télève interne serait obligé d^envoyer au bibliothécaire nosocomial, dans les trois premiers jonrs de leur admission, la liste des malades entrés dans ses salles, en observant de joindre au nom de chaque malade , la date de l’invasion et le simple énoncé nominal des caractères de sa maladie à son entrée (i).

Le bibliothécaire seraih tenu de présenter de mois en mois, ou plus souvent lorsque cela serait jugé utile, un tableau analytique des caractères des maladies populaires régnantes. .

8°. Le bibliothécaire , à des heures convenues, communiquerait les bases de ses tableaux et de ses calculs à tous les médecins des hôpitaux' qui le lui demanderaient, et aux* * médecins' de la ville 'qui le désireraient. • ~ - — • — —

(l) Au moyen de cette mesure, on s’apercevrait immédiatement des maladies nouvellès qui surviendraient

dans chaque Hôpital ; comme paria rentrée des feuilles^ on en verrait les caractères confirmés ou rectifiés, la marche développée elle traitemei?t exposé»- ^ ^

9°. On distribuerait chaque année deux premiers prix et un nombre convenable accessit avec des encoura^emens^ aux élèves qui auraient mis le plus de perfection dans leur travail , et leurs appointer mens seraient augmentés. ^

10®. L’un des premiers prix serait décerné au meilleur travail fait dans les salles de médecine,, et Tautre aux meilleures observations recueillies^ en chirurgie. ' < • j . j/ j

11^. Le jurj chargé de prononcer sur lè mérite des travaux des concurrens, s’assemblerait dans la bibliothèque nosocomiale, où le bibliothécaire lui soumettrait avec ordre les différons travaux à examiner.

12®. Tous les élèves internes se rassembleraient au moins une fois par semaine à la bibliothèque nosocomiale, ou le bibliothécaire en ferait l’appel , et leur donnerait des instructions sur la manière de rer cueillir exactement les faits et de rendre leur travail uniforme. ’ - r

i3°. Le bibliothécaire ferait successivement, aux élèves ses observations sur leur travail , et les re.r dresserait. . - ■ , j

i 4®. Il proposerait ait conseil ceux dont le travail -mériterait une augmentation d appointemens, et sa -proposition serait soumise à une commission nommée parle conseil , sur le rapport de laquelle il statuerait.

' 5®. Tout élève dont le travail serait défectueux

après un mois, serait d’abord admonesté, puis soujnh à une commission à qui le bibliothécaire ferait son rapport si- la chose était nécessaire , avec les pièces à l’appui ; et il serait même renvoyé et remplacé par un élève interne provisoire , s’il ne pouvait fournir un travail satisfaisant,

16®. Les deux sous -bibliothécaires seraient en exercice pendant quatre ans , et seraient renouvelés par moitié de deux en deux ans.

' 17°. Le sous - bibliothécaire sortant serait rem-

placé par celui des élèves internes sortant ^ dont le travail aurait été constamment le plus parfait.

18®. Les sous - bibliothécaires faisant fonctions de secrétaires seraient employés par le bibliothécaire pour les vérifications des lieux , pour l’éclaircissement des faits qui le demanderaient, etc.

19®. On' formerait peu-à-peu dans la bibliothèque nosocomiale une colleciion de» auteurs et journaux ^ui ont écrit sur les épidémies, afin que ces ouvrages fussent à la disposition des chefs et des élèves internes et externes des Hôpitaux.

20®. Le service du bibliothécaire serait soumis périodiquement à l’examen d’une commission nom^ mée par le conseil , et quoique nommé à vie, il serait révocable, s’il devenait évident par deux rapports qu’il ne remplit pas ses fonctions. , '

21®. La place de bibliothécaire serait donnée au concours , d’après un mode déterminé d’exame^ sur la connaissance des maladies épidémiques. t 22®. Le bibliothécaire serait chargé de publier^ chaque année , un résumé plus ou moins étendu sur les maladies de Tannée précédente , avec les Jableaux et les observations particulières jugées utiles. Ce travail formerait Tannuaire des Hôpitaux^ qui pourrait alors voir le jour. , ^

25®. Le conseil prendrait, de concert avec laprér* fecture de police , des mesures pour que les ca4afvres des personnes mortes dans les H%itaux ne pussent jamais être enlevés avant qu’on eut procédé à leur examen, losqu’d serait jugé utile. , '

Les chos^ supposées en cet état, j’ai peine à croire que quelqu’un puisse douter de l’exactitude avec laquelle ces fastes cliniques conserveraient la tradition des maladies qui auraient régné tour-à-tour. Je pense également que tout le monde sera frappé de la facilité, de la promptitude et de la ju$-^ tesse avec lesquelles ce baromètre épidémique fer rait connaître les variations , les caractères , la mar*^ che, les terminaisons, les effets . consécutifs et les meilleures mjéihodes curatives des maladies r.é-' gnantes. q; o t

Dans ce- plan les chefs de service n’ont/que les maladiesà caractériser J toutes les forces de Télève sont

f mploy ees à l’observation, et tout le travail synoptique est réservé à un homme rendu indépendant par un traitement convenable. Tout y est simple et trèspeu dispendieux , tout y est aisé et tout devient utile aux malades des Hôpitaux , aux* chefs du service, 'aux élèves et à là- société toute entière.

Et d’abord aux' malades des Hôpitaux, car leurs maladies en seraient plus convenablement observées, plus tôt et plus exactement appréciées, et par conséquent mieux traitées. ^

En second, lieu , les chefs du service verront aussi, je pense, une Véritable utilité à faire consigner sûr les cahiers de leurs visites les' caractères morbides accessibles de chacun dès malades qu’ils ont à traiter ; car revoyant *le lendemain leurs idées de la veille sur la maladie du jour suivant ,‘ ils en feraient eux-m.êmës chaque jour une' critique personnelle, toujours plus facile à supporter que celle d’autrui. Ils -confirmeraient souTeut leurs premières décisions, et lés rectifiéràieni quelquefois'; les caractères des maladies seraient plus rigoureusement exprimés, et les élèves apprendraient de leurs maîtres à réfléchir, à douter et à repousser les idées exclusives",' toujours "dangereuses et souvent' ‘meurtrières.

En troisième lieu, qui pourrait méconnaître pour les élèves l’importarîce de les habituer de bonne heure à rechercher avec mesure ce qu’il y a d’es-

sentiel dans les causes des maladies j à mûrir leur sagacité par Tétude de leurs caractères , à exercer leur patience par Tobservation exacte de leur marche et de leurs périodes , à montrer leur discernement dans la juste appréciation de leurs modes de terminaison et de leurs effets consécutifs , à porter avec prudence un jugement sur les effets des moyens de traitement employés , â discuter avec réserve ce qui est accessible du mécanisme des maladies et de leur traitement , et enfin à développer leurs facultés et leurs talens dans Tanalyse de leurs propres observations ? La société trouverait sans doute utile pour elle-même de voir ainsi , par les soins du Conseil général, s’étendre, se perfectionner et se viriliser les connaissances des hommes que les Hôpitaux doivent bientôt reverser dans son sein pour s’y rendre utiles à leurs concitoyens, par la solidité de leurs connaissances dans la plus obscure des sciences^ et par leur habileté précoce dans l’exercice du plus difficile des arts.

Telle est enfin la position du Conseil général des Hospices civils de Paris , qu’il est en son pouvoir de créer facilement une bibliothèque et des fastes nosocomiaux, qui pouvant servir de modèles à d’autres établissemens du même genre, donneraient lieu à la formation d’immenses et méthodiques collections de faits exactement recueillis et telle-

ment classés , qu’ils seraient faciles à mettre en œuvre par tous les médecins , au moyen de tableaux hebdomadaires , mensuaires , annuels , et même dans la suite séculaires, qui les guideraient, avec des tables convenables qui pourraient montrer en peu de temps comment une maladie quelconque s"est comportée depuis un nombre déterminé d’années.

La mauvaise foi peut rejeter un témoignage particulier ; mais des annales publiques fourniraient des preuves d’un tel poids , qu’elle ne pourrait les récuser sans se dévoiler, et par-là même sans perdre toute son influence.

Si ces vues se réalisaient, on verrait bientôt s’élever une masse imposante de faits, que les flots tumultueux de l’océan des hypothèses trouveraient inébranlable.

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