‹ Discours sur l'établissement et le plan d'une bibliothèque nosocomiale et de fastes épidémiquesChapitre 5 sur 6 · Deuxieme Partie · texte numérisé non relu

Deuxieme Partie

Après avoir examiné les causes d’erreur inoculées parles maîtres, présentées parles circonstances ou nées des difficultés de l’observation , on sent vivement la presque impossibilité d’y trouver un remède efficace. Cependant on conçoit que, dans une ville comme Paris, offrant toutes les expositions et tous les genres d’habitation, toutes les classes de la société, tous les états , toutes les situations de ia vie , toutes les passions, tous les régimes, tous les costumes, toutes les gymnastiques, tous les excès, toutes les privations, toutes les nations meme; on conçoit , dis-je, que, s’il existait un répertoire général de toutes les maladies régnantes, fait de manière à pouvoir être facilement compulsé , il ne serait plus au pouvoir d’aucun individu de persuader que des observations particulières sont générales, ni que des faits passagers sont permanens: car cette cause d’erreur trouverait dans la mesure dont je parle une barrière insurmontable , qui ferait retomber immédiatement sur son auteur la témérité de toute assertion hasardée sur la constance ou la généralité d’un fait pathologique, qu’il deviendrait facile de

prouver n’avoîr eu lieu que dans un temps ou dans des circonsiances.donnés.

Tel est un premier point de vue duquel on pourrait considérer les fastes nosocomiaux comme la pierre de touche des assertions particulières sur les faits d^’anatomie pathologique.

Mais il est un autre point de vue qui présente un objet bien plus important encore. Les constitutions épidémiques changent , se succèdent et avec des apparences quelquefois semblables, demandent cependant un traitement différent ; sans quoi elles deviennent meurtrières , comme nous l’avons vu en i8o5 et 1804, époque à laquelle recommencèrent en Europe des éruptions aphiheuses intestinales , souvent suivies par des ulcérations funestes qui furent fatales à beaucoup de monde , comme dès-lors je ne cessai de le signaler dans mes cours publics. Dans le même temps et plus tard on a vu des phlegmasies catarrhales de la muqueuse gastrique et intestinale coexister avec les aphthes , quoique avec moins de danger dans plusieurs années, et sur-tout en 1806, 1811 et 1816 , où les aphthes ont encore dominé jusques en 1817 et 1818, où le caractère et la forme catarrhale de l’inflammation ont pris le dessus.

Tous les fastes épidémiques qui nous restent de l’antiquité, depuis Hippocrate et Baillou jusqu’à Sjdenham,Roederer, Plenciz, Finke, Tissot, Stoll, etc.,

‘démontrent x|ue le 'caractère d.€S maladies régnantes éprouve des modifications par divers météores ,par les saisons et parla succession des années, et qu'il est, comme Sydenham, Stoü et plusieurs autres Font remarqué, des constitutions épidémiques qui restent stationnaires quelquefois pendant plusieurs an^ nées, malgré diverses maladies intercurrentes qui en reçoivent le cachet. Gela étant donné , qui ne sentira l’avantage de pouvoir faire immédiatement connaître la nature, les caractères et les variations des affections annuelles ou stationnaires qui pourront s’asservir des maladies intercurrentes locales, dont la marche et le traitement seront modifiés par elles, comme les leurs éprouveront aussi diverses modifications par celte coïncidence? Préoccupé de quelques faits particuliers, Dehaen adopte, préconise , généralise et conserve l’usage de la saignée même dans les affections bilieuses. D’un ésprit pins vaste et d’un jugement plus sûr, Stoll sur le même théâtre, mais dans des circonstances différentes, obtient les effets les plus heureux des éméto-catarihiques dans des affections bilieuses même trèscompliquées : plus tard la constitution épidémique change, quoique l’aspect bilieux subsiste, et Sioll saigne avec un succès exclusif {adj’uére sàburraha signa multa, ettamen profuêve anti-phlo ^îstica 4ola). Mais la constitution ayant de nouveau changé,

il revient aux évacuans des premières voles en oLservaleur indépendant ; et alors on voit les esquinancies,' les phrénésies, les pleurésies, les péripneumonies , les hémoptysies, même les plus menaçantes, exaspérées par la saignée, céder aux éméto-catarihiques; et cet excellent observateur , comme Finke et Tissot par les mêmes procédés, multiplie ses bienfaits avec ses succès. L’un reste enlacé dans une idée exclusive; Tautre, nouveau Sydenham, se conforme aux constitutions épidémiques et aux circonstances.

. L’opinion de quelques dénégateurs isolés format-elle jamais un préjugé raisonnable contre la certitude des crises dans les maladies ou contre l’existence des maladies épidémiques que nous voyons si manifestement commencer, régner, sévir, décroître et finir parmi nous tantôt avec une durée annuelle ou stationnaire, et tantôt avec une apparition simplement intercurrente ou épisodique? Ceux qui les ont niées avec tant de chaleur, n’ont prouvé que leur impuissance à observer avec quelque exactitude, en cherchant a faire croire a l’absence de ce qu’ils méconnaissaient.

A l’aurore de l’histoire des maladies populaires,' les épidémiques d’Hippocrate lui ont acquis l’admiration de la postérité , comme dans ces derniers siècles les travaux de Baillou et de Sydenham leur ont mérité notre reconnaissance. Les’ histoires des

épidémies tracées par Wagler et par Sarcone resteront , malgré Tembarras et les taches qu’on y remarque. La précision des pinceaux de Mertens et de Tissot dans leurs descriptions, ne sera jamais oubliée, et la postérité se souviendra de la fidélité des tableaux de Stoll.

• L’étude la plus superficielle des maladies épidémiques portera, je pense, jusqu a Tévidence la vérité de ces deux assertions :

Page 1