A MONTPELLIER
Chez Jean MARTEL a!nè , Seul Imprimeur de la Faculté de Médecine:
près l’Hôtel de la Préfecture, n.p 6a*
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Le but des réunions accout umées des Professeurs et des Disciples de celle Ecole , à l'occasion de l'ouverture des cours de chaque année, est de signaler l'importance des travaux de renseignement; ils se proportionnent à l’étendue et aux progrès des sciences médicales , dont la culture peut être facilitée par la seule exposition d’une saine doctrine, dénuée d’hypothèses, fondée sur l’observation et l’expérience j en un mot, sur la réalité des faits tels que les embrassent toutes les sciences naturelles.
II m’a para qu’ayant à choisir et à traiter un sujet sur leque
je fusse capable de porter la parole, sans trop de défiance, dans une occasion aussi solennelle, je n’avais rien de mieux à faire que de puiser dans le tableau des progrès journaliers des sciences médicales , les motifs persuasifs de nos généreux efforts* Quoique fortifié par mon zèle , je remplirai , peut-être imparfaitement , ma tache vis-à-vis de vous. Je ne m'y expose qu’en comptant sur l’indulgence et sur la bienveillance dont la plus grande preuve , de la part de mes collègues , est de m’avoir accordé leurs suffrages pour m’élever auprès d’eux. La noble émulation de nie montrer digne du rang auquel ils m’ont associé , et de justifier leur choix, m’a de plus dicté le devoir de répondre à l’appel qu’ils m’ont fait de venir, sur leurs traces, occuper aujourd’hui celte chaire.
Comme les limites des sciences médicales s’étendent sans cesse , et que j’échouerais à vouloir les parcourir complètement, même dans un essai qui ne serait que sommaire , je m’arrêterai , de préférence , aux sciences dont il m’a semblé que je pouvais saisir et appliquer le mieux les méthodes les plus convenables à leurs progrès.
Quelquefois les méthodes , imparfaites vers leur but , sans cesser de répandre l’instruction et de la rendre commune, ont fait négliger la considération d’objets importans , presque soustraits à l'attention par les défauts de l’esprit de routine.
L’anatomie , cette base des connaissances du médecin , et dont les limites semblent fixées , est cependant tellement agrandie sous le rapport de l’ostéogénie , qu’il n’existe aucun traité complet renfermant les détails des changemens gradués du système osseux pendant les diverses époques de la vie. Les progrès de l’anatomie sont devenus très-sensibles encore dans un ordre de considérations plus élevées , celles du système nerveux si bien éclairé par la comparaison de diverses classes et de diverses espèces d’animaux.
La forme, la distance respective, l’épaisseur des éminences de la masse cérébrale , coïncident avec la disposition extérieure des os et des parties qui s’y attachent. La base de l’encéphale et celle du crâne, dans les animaux agresseurs et voraces, comme l’hyène, le tigre , etc.,
ont une différence marquée qui s'éloigne de la disposition des mêmes parties , dans les animaux domestiques, dociles et herbivores, tels que le cheval , le mouton , etc. L’épaisseur et rétendue des plans musculeux sur les parties latérales et inférieures du crâne , et se rendant aux branches de la mâchoire, sont dans un rapport fixe avec les lobes et les sillons de la masse cérébrale cachée à l’intérieur du crâne. C’est en suivant , dans différens animaux , cette variété des formes de la tête , et jugeant à quelles dispositions instinctives elles se trouvent alliées , que le docteur Gall a établi son système , appliqué ensuite aux diverses races d’hommes et d’individus, pour apprécier les degrés de leur intelligence , ou la prédominance de leurs penchans. Quelles que puissent être les erreurs de cette doctrine , elle n’en a pas moins nécessité des travaux qui ont fait mieux connaître la structure anatomique du cerveau. L’impulsion donnée aux études d’anatomie comparée , par les découvertes de M. Cuvier, avait déjà singulièrement agrandi le domaine de la physiologie.
Mais lorsque les traités spéciaux d’une science ne nous éclairent pas suffisamment sur toutes ses parties , il devient indispensable de recourir aux divers recueils scientifiques d’où rejaillissent , comme d’une source féconde , les éiémens des connaissances nouvelles. Rien n’éclaire plus encore les personnes livrées aux sciences , que leurs communications mutuelles , privées et publiques.
Les lumières acquises par les praticiens consommés , et leurs décisions étayées par l’analogie des faits qui ont pu être soumis à leur expérience , doivent nous servir de guide dans les cas rares les plus difficiles , au nombre desquels je citerai le suivant qui s’est presque passé sous nos yeux: Une femme malade, demeurant à Mende, portait dans l’estomac, depuis plusieurs mois, une fourchette qu’elle avait avalée dans un accès de délire; elle était dans an état de marasme qui mettait son existence dans le plus grand danger. La théorie de l’inflammation chronique , adhésive des membranes séreuses qui couvrent les viscères , suggéra , d’abord au professeur Delpech qui fut consulté , et ensuite au professeur Fages , que l’irritation du corps étranger sur l’estomac avait dû produire des adhé^
rences suffisantes de ce viscère , flottant dans l’état sain , pour amener une voie de guérison, lorsqu’on pénétrerait, par l’incision des tégumens , jusque clans la cavité de lorgane. Le danger, en effet, des plaies pénétrantes de ce viscère , est le défaut de fixité de l’ouverture de ces plaies , par rapport à l’issue au travers des tégumens ; et l’épanchement des matières et des sucs que reçoit l’estomac , et qu’une ouverture béante dans l’abdomen pourrait y verser, causerait inévitablement la mort. L’adhésion inflammatoire , dans le cas qui nous occupe /faisait rejeter toute crainte d’un pareil danger: l’opération rare de la gastrotomie fut en conséquence pratiquée avec succès , et la malade guérie par le talent de son opérateur , M. Cayroche (i).
Les progrès de la Chirurgie s’aperçoivent dans la méthode simple de procurer dans les plaies , à la suite de beaucoup d’opérations , la réunion prompte des parties divisées , en maintenant leurs surfaces dans un contact assez parfait pour obtenir la guérison que l’on appelle de première intention. Le travail de la Nature, dans ce cas , est bien différent de celui qui a lieu dans les opérations faites d’après des méthodes plus anciennement en usage , et dans lesquelles la cicatrisation succédait nécessairement à des plaies compliquées de suppuration longue , et menacées de beaucoup d’accidens.
Les succès de la méthode de réunion des plaies par première intention, confirmés par les résultats obtenus a la Clinique chirurgicale de Montpellier, répandront, n’en doutons pas, dans la France entière , le bienfait de celte méthode quelquefois trop négligée. Ce sujet fut, l’année dernière, celui de la Dissertation (2) inaugurale de M. Battalier, Chirurgien des Hôpitaux militaires, qui avait perdu une jambe après avoir souffert ramputation sur le champ de bataille. Il
(1) On lit les détails de cette opération dans le Toin. VIII , Cahier de mai et juin , 2.0 série des Annales Cliniques de la Société de Médecinepratique de Montpellier.
(2) Thèse ii.° 94; de la collection de 1819 ? de la Faculté de Médecine de Montpellier.
lui appartenait , s’étant trouvé dans les rangs de l’armée , de faire hommage de sa dissertation à M. le Vicomte dé 13 riche , Lieutenantgénéral, Commandant la q.e division militaire à Montpellier , envers lequel le tribut de reconnaissance et d’admiration qu’il lui offrit fut partagé par tous ceux qui y retrouvaient l’expression publique de leurs propres sentimens.
On sait que la Médecine-pratique étudie les désordres physiques
occasionnés par les maladies , jusque dans les restes de l’organisation animale , lorsque la vie a cessé par suite de ces désordres. On a donné le nom d’Ànatomie pathologique à celte bmche de la Médecine , qui démontre quels sont les organes affectés dans les maladies. Les lésions , annoncées par des symptômes déterminés , indiquent sur quelle partie de l’économie animale malade doivent être dirigés les médicamens propres , en raison des symptômes qui surviennent , et qui fixent même le pronostic. •
Les maladies du cœur , des poumons , de l’estomac sont celles que l’Anatomie pathologique a le mieux fait connaître, en France, jusques à présent. Les maladies du cerveau n’avaient point été approfondies avec assez d’exactitude dans leurs causes , qui sont des lésions organiques aussi appréciables que celles des autres viscères , par le secours de l’Anatomie pathologique. Le professeur Lallemand , dans un ouvrage récent qui a pour titre: Recherches Anatomico-pathologiques sur l’encéphale et ses dépendances, a observé que des altérations trèsdifférentes les unes des autres s’annoncent par des phénomènes assez semblables pour-égarer quelquefois les praticiens ; il a distribué en plusieurs classes les affections auxquelles il a assigné leurs vraies limites , d’après ses observations anatomiques et d’après celles de ses prédécesseurs. Les divisions qu’il a admises se rapportent à quatre chefs , savoir :
i.° Affections du cerveau, exemptes autant que possible de complication ;