En trois mots d'une ironie amère
lone *, au même lieu où la tour avait été commencée, et déjà élevée fort haut, mais non pas autant que le souhaitait la vanité humaine '. Environ dans le même temps Ninive ' fut bâtie, et quelques anciens royaumes établis. Ils étaient petits dans ces premiers temps ; et on trouve dans la seule Egypte quatre dynasties ou principautés, celle de Thèbes, celle de Thin, celle de Memphis, et celle de Tanis : c'était la capitale de la basse Egypte. On peut aussi rapporter à ce temps le commencement des lois et de la police* des Égyptiens; celui de leurs pyramides, qui durent encore, et celui des observations astronomiques, tant de ces peuples que des Chaldéens (•2233- 2893). Aussi voit-on remonter jusqu'à ce temps, et pas plus haut, les observations que les Chaldéens, c'est-à-dire, sans contestation, les premiers observateurs des astres, donnèrent dans Babylone à Callisthène pour Aristote \
Tout commence ' : il n'y a point d'histoire ancienne où Une paraisse, non-seulement dans ces premiers temps, mais encore longtemps après, des vestiges manifestes de la nouveauté du monde. On voit les lois s'étabUr, les mœurs se polir et les empires se former. Le genre humain sort peu à peu de l'ignorance; l'expérience l'instruit, et les arts sont inventés ou perfectionnés. A mesure que les hommes se multiplient, la terre se peuple de
et sublime, Bossuet flétrit un des plus tristes abus de la force, les conquêtes, sans se demander s'il en est quelquefois de légitimes. Cf. part. II, c. i : • Ce fut après le déluge que parurent ces ravageurs de provinces que l'on a nommés conquérants... » et Politique tirée de l'Écriture, 1. Il, art. 2
1. Gen. X, 8, 9, 10, 11. B. — Si une ville du nom de Babylone existait dès le temps de Nemrod, elle fut fort agrandie par ses successeurs (Bélus, Ninus, Sémiramis).
2.FonT HAUT, MAIS Norî PAS... Immense orgueil, irrémédiable impuissance de l'bomme, ces quelques mots nous font sentir l'un et l'autre avec une égale force.
3. Ninive, bâtie, dit-on, par Assur, paraît avoir reçu son nom de Ninus, son tecuod fondateur.
4. Ce mot est i)rlsici au sens du grec KoTiittio, et doit s entendre de la constitution politique et du gouvernement.
5. Porphyr. apud Simpl. in libr. II, Aristot, De cœlo, B. — Les Chaldéens avaient dans l'antiquité grand renom d'astronomes. Mais que la série de leurs calculs astronomiques ait remonté jusqu'à 1903 ans avant la prise de Babylone par Alexandre (ou jusqu'à 2233 ans av.
J.-C), il faudrait, pour établir la certitude d'un pareil fait, autre chose qu'un mot du philosophe Porphyre, conservé par le commentateur d'Aristote, Simplicius. V. Larcher, Mémoire sur les obseToations astronomiques envoyées de Babylone par Callisthène à Aristote.
Mém. de 1 Acad. des inscr., nouv. sér.. t. IV. '
6. C'est-à-dire, ici, et pas plus tôt, on Toit tout commencer.
30 DiS':oun?
proche en proche : on passe les montagnes et les précipices ; on traverse les fleuves, et enfin les mers ; et on établit de nouvelles habitations. La terre, qui n'était au commencement qu'une forêt immense ^ prend une autre forme ; les bois abattus font place aux champs, aux pâturages, aux hameaux, aux bourgades, et enfin aux villes. On s'instruit à prendre certains animaux, à appriroiser les autres, et à les accoutumer au service. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches. Les premiers héros se signalèrent dans ces guerres. Elles firent inventer les armes, que les hommes tournèrent après contre leurs semblables : Nemrod, le premier guerrier et le premier conquérant, est appelé dans l'Écriture sainte un fort chasseur *. Avec les animaux, l'homme sut encore adoucir les fruits et les plantes ; il plia jusqu'aux métaux à son usage, et peu à peu il y fit servir ^ toute la nature *.
Comme il était naturel que le temps fît inventer ' beaucoup de choses, il devait aussi en faire oublier d'autres, du moins à la plupart des hommes. Ces premiers arts que Noé avait conservés, et qu'on voit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fit le premier établissement du genre humain, se perdirent à mesure qu'on s'éloigna de ce pays. Il fallut, ou les rapprendre avec le temps, ou que ceux qui les avaient conservés les reportassent aux autres. C'est pourquoi on voit tout venir de ces terres toujours habitées, où les fondements des arts demeurèrent en leur entier; et, là même, on apprenait tous les jours beaucoup de choses importantes. La
I. Qo'cNB FonÊT IMMENSE. L'imagiua- conquêtes de Thomme sur la nature. V. tion hardie de l'écrWain se rencontre ici Sermon sur la mort, I-' p., et Traité de
la connaissance de Dieu et de sui-même, c. V : » L'homme a changé toute la face de la terre... »
4. Quelle vraisemblance et quel mouvement dans ce tableau d'un temps qui n'a pas d'histoire I Cf Lucrèce, De rerum natura, 1. V, passim, et BuCfon.
Ép. de la nature, VII.
avec les plus légitimes inductions de la science. Telle devait être, en circl, la terre dans ces premiers temps. V. Buffon, Époques de la nature, VU.