Exod., XV. B
6. Le passage TuioMmA^HT. — Les merveilleuses circonstances de ce p'issage autorisent assez cette figure, dont, au reste, l'histoire et la poésie avaient fait usage avant Bossuet,
". Deut., XXXII. B.
8. Enthousiasmb Sens particulièrement conforme ici à l'étymologie : évOeo;, rempli de Dieu, ou, transporté hors de soi, en Dieu, par l'esprit de Dieu.
SUR L'HISTOIRE UiNIVERSELLE. 219
Cque dans ses prédictions que fidèle à les accomplir.
Voilà les moyens dont Dieu s'est servi pour conserver jusqu'à Moïse la mémoire des choses passées. Ce grand homme, instruit par tous ces moyens, et élevé au-dessus' par le Saint-Esprit, a écrit les œuvres de Dieu avec une exactitude et une simplicité qui attire la croyance et l'admiration, non pas à lui, mais à Dieu même.
Il a joint aux choses passées, qui contenaient l'origine cl les anciennes traditions du peuple de Dieu, les merveilles que Dieu faisait actuellement pour sa délivrance. De cela il n'allègue point aux Israélites d'autres témoins que leurs yeux. Moïse ne leur conte point des choses qui se soient passées dans des retraites impénétrables et dans des antres profonds : il ne parle point en l'air ^ ; il particularise et circonstancié toutes choses, comme un homme qui ne craint point d'ôlre démenti. Il fonde toutes leurs lois et toute leur république sur les merveilles qu'ils ont vues. Ces merveilles n'étaient rien moins que la nature changée tout à coup, en différentes occasions, pour les délivrer, et pour punir leurs ennemis : la mer séparée en deux, la terre entr'ouverte^, un pain céleste, des eaux abondantes tirées des rochers par un coup de verge, le ciel qui leur donnait un signal visible pour marquer leur marche, et d'autres miracles semblables qu'ils ont vus durer quarante ans.
Le peuple d'Israël n'était pas plus intelligent ni plus subtil que les autres peuples, qui, s'élant livrés à leurs sens, ne pouvaient concevoir un Dieu invisible : au contraire, il était grossier et rebelle autant ou plus qu'aucun autre peuple. Mais ce Dieu, invisible dans sa nature, se rendait tellement sensible par de continuels miracles.
i. C.-à-d., porté plus haut. Ne pas 3. On a dOjà remarqué lo libre usnge,
Bcrrer ici la construction de trop près, que fait Bussuct du pariicipe pusses
2 C'est là ce qui s'appelle prendre comme aussi la variété des tours qu'il
ironiquement le contre-pied du vrai, emploie, dans ces rapides énuméi-ation,
pour le faire mieux ressortir. — Ne où il résume tout un ordre de faits mé-
parle point en l'air. Encore un de ces morables, ou t;r,ite une grande époque
mots populaires, que Bossuet sait si bien (la nature changée,., un pain céleste...
enchâsser dans son sévère et magniûque le ciel qui...}. Cf. p. 35, n. 3. langage.
et Moïse les inculquait ' avec tant de force, qu'à la fin ce peuple charnel se laissa toucher de l'idée si pure d'un Dieu qui faisait tout par sa parole, d'un Dieu qui n'était qu'esprit, que raison et intelligence.
De cette sorte, pendant que l'idolâtrie, si fort augmentée depuis Abraham, couvrait toute la face de la terre, la seule postérité de ce patriarche en était exempte. Leurs ennemis leur rendaient ce témoignage; et les peuples où la vérité de la tradition n'était pas encore tout à fait éteinte, s'écriaient avec étonnement* : « On ne voit point d'idole en Jacob; on n'y voit point de « présages superstitieux ; on n'y voit point de divinations « ni de sortilèges : c'est un peuple qui se fie au Seigneur « son Dieu, dont la puissance est invincible. »
Pour imprimer dans les esprits l'unité de Dieu, et la parfaite uniformité qu'il demandait dans son culte, Moïse répète souvent ^ que dans la terre promise ce Dieu unique choisirait un lieu dans lequel seul se feraient les fêtes, les sacrifices, et tout le service* public. En attendant ce lieu désiré, durant que le peuple errait dans le désert. Moïse construisit le Tabernacle, temple portatif, où les enfants d'Israël présentaient leurs vœux au Dieu qui avait fait le ciel et la terre ^ et qui ne dédaignait pas de voyager, pour ainsi dire, avec eux, et de les conduire.
Sur ce principe de religion, sur ce fondement sacré, était bâtie toute la loi; loi sainte, juste, bienfaisante, honnête, sage, prévoyante et simple®, qui liait la société
1. C.-à-d., les faisait entrer, les imprimait si fortement dans les esprits par ses leçons. — Inculquer des miracles,dépa.sie un peu l'usage actuel qu'on fait de ce \erbe. Nous disons, inculquer des vérités, des maximes, une morale.
Nous ne dirions pas, comme le fait Bossuct, llf Partie, c. 27 : • Ces miracles, ces prédictions sont tellement répandus dans tous ces livres, sont tellement inculqués et répétés si souvent... •