L'idée de la vbbtd. — C.-à-d
celui-là serait le plus méchant qui saurait si bien couvrir sa malice, qu'il passcîL pour homme de bien, et jouît par ce moyen de tout le crédit que peut donner la vertu : ainsi le plus vertueux devait être sans difficulté celui à qui sa vertu attire par sa perfection la jalousie de tous les hommes, en sorte qu'il n'ait pour lui que sa conscience, et qu'il se voie exposé à toute sorte d'injures, jusqu'à être mis sur la croix, sans que sa vertu lui puisse donner ce faible secours de l'exempter d'un tel supplice *. Ne semble-t-il pas que Dieu n'ait mis cette merveilleuse idée de vertu dans l'esprit d'un philosophe, que pour la rendre effective en la personne de son Fils, et faire voir que le juste a une autre gloire, un autre repos, enfin un autre bonheur, que celui qu'on peut avoir sur la terre?
Établir cette vérité, et la montrer accomplie si visiblement en soi-même aux dépens de sa propre vie, c'était le plus grand ouvrage que pût faire un homme ' ; et Dieu l'a trouvé si grand, qu'il l'a réservé à ce Messie tant promis, à cet homme qu'il a fait la même personne avec son Fils unique.
En effet, que pouvait-on réserver de plus grand à un Dieu venant sur la terre ? et qu'y pouvait-il faire de plus digne de lui, que d'y montrer la vertu dans toute sa pureté % et le bonheur éternel oîi la conduisent les maux les plus extrêmes * ?
l'idée la plus haute, la plus pure, l'idéal, rexeniplaire de la vertu. Madame de Sévigné appliquait, en ce sens, ce mot idéek sa fille : « Il n'y a jour que je ne vous regretie... Ce ^oût que j'ai pour vous ne m'a pas passé: vous êtes mon idée (ma perfection) plus que jamais. »