I Cor., I, 19, 20. B
la ruine de l'idolâtrie ne pouvait pas être l'ouvrage du seul raisonnement humain. Loin de lui commettre la guérison d'une telle maladie, Dieu a achevé de le confondre par le mystère de la croix; et tout ensemble il a porté le remède jusqu'à la source du mal.
L'idolâtrie, si nous l'entendons*, prenait sa naissance de ce profond attachement que nous avons à nous-mêmes. C'est ce qui nous avait fait inventer des dieux semblables à nous; des dieux qui, en effet, n'étaient que des hommes sujets à nos passions, à nos faiblesses et à nos vices : de sorte que, sous le nom des fausses divinités, c'était, en effet, leurs propres pensées, leurs plaisirs et leurs fantaisies que les Gentils adoraient.
Jésus-Christ nous fait entrer dans d'autres voies. Sa pauvreté, ses ignominies et sa croix le rendent un objet horrible à nos sens. Il faut sortir de soi-même, renoncer à tout, tout crucifier, pour le suivre. L'homme arraché à lui-même *, et à tout ce que sa corruption lui faisait aimer, devient capable d'adorer Dieu et sa vérité éternelle, dont il veut dorénavant suivre les règles.
Là périssent et s'évanouissent toutes les idoles, et celles qu'on adorait sur des autels, et celles que chacun servait dans son cœur. Celles-ci avaient élevé les autres. On adorait "Vénus, parce qu'on se laissait dominer à l'amour sensuel, et qu'on en aimait, la puissance. Bacchus* le plus enjoué de tous les dieux, avait des autels , parce qu'on s'abandonnait et qu'on sacrifiait, pour ainsi dire,
1. Si NOUS l'entendons. Expliquez cette I sermon, des conditions d'un repentir
phrase incidente par celle qu'on trouve sincère : • Il faut renverser son cœur
un peu plus loin, c. xivi : « L'humilité I jusqu'aux fondements, déraciner ses
qui fait le fond du christianisme, offen- inclinations avec violence, s'indigner
sait les hommes, et, si 7Jous savons le comprendre, l'orgueil, la sensualité, etc.»
ï. Arraché a ldi-uêmb. C'est le mot le plus fort par lequel pût être exprimé un si grand changement, et le plus vrai, par cela même ; mais voyez comme
implacablement contre ses faiblesses, s'arracher de vive force à soi-même, »
S. sur la divinité de la Religion.
Il faut, pour le guérir, l'arracher à lui-tnême. L. Racine, Religion, ch. VI.