‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 366 sur 583 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Diverses formes de l'idolâtrie : les sens, l'intérêt, l'ignorance, un faux respect de l'antiquité, la politique, la philosophie et les hérésies viennent à son secours : l'Église triomphe de tout.

L'idolâtrie nous paraît la faiblesse même, et nous avons peine à comprendre qu'il aitjallu tant de force pour la détruire. Mais, au" cônïrâire, son extravagance fait voir la difficulté qu'il y avait à la vaincre ; et un si grand renversement du bon sens montre assez combien le principe* était gâté. Le monde avait vieilli dans l'idolâtrie, et, enchanté ^ par ses idoles, il était devenu sourd à la voix de la nature, qui criait contre elles. Quelle puissance fallait-il pour rappeler dans la mémoire des hommes le vrai Dieu si profondément oublié, et retirer le genre humain d'un si prodigieux * assoupissement?

Tous les sens, toutes les passions, tous les intérêts, combattaient pour l'idolâtrie. Elle était faite pour le plaisir : les divertissements, les spectacles, et enfin la licence môme, y faisaient une partie du culte divin. Les fêles n'étaient que des jeux; et il n'y avait nul endroit de la vie humaine d'où la pudeur fût bannie avec plus de soin qu'elle l'était des mystères de la religion.

1. Dans le Sermon surla liiviniti" de ia Religion, la réforme morale du mondo par rKvauj^ile a été célébrée par une comparaison semblable, a... Réformer ainsi le genre humain, c'est donner à l'homme la vie raisonnable : c'est une seconde créatioti, plus noble en quelque façon que la première. Quiconque sera le chef de celle réformation salutaire au genre humain, doit avoir à son secours la même sagesse qui a formé l'homme une première fois : enfin c'est un si grand

ni;viage. que, si Dieu ne l'avait pas fait, lui même l'envierait à son auteur. ■ Cf. Fénelon, Dial. sur l'éloq., 1. m : " Dieu tire tout du néant pour convertir le monde, comme pour le former, etc. •

2. Le pniKciPE. Le principe du bon sens, c.-àd., le fond même de l'intelligence et de la raison.

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