Ibid. B
Il y a certainement beaucoup d'injustice à ne vouloir croire, touchant Jésus-Christ, que ce qu'en écrivent ceux qui ne se sont pas rangés parmi ses disciples; car c'est chercher la foi dans les incrédules, ou le soin et l'exactitude dans ceux qui, occupés de toute autre chose, tenaient la religion pour indifférente. Mais il est vrai néanmoins que la gloire de Jésus-Christ a eu un si grand éclat, que le monde ne s'est pu défendre de lui rendre quelque témoignage; et je ne puis vous en rapporter de plus authentique que celui de tant d'empereurs.
Je reconnais toutefois qu'ils avaient encore un autre dessein. Il se mêlait de la politique dans les honneurs qu'ils rendaient à Jésus-Christ. Ils prétendaient qu'à la fin les religions s'uniraient \ et que les dieux de toutes les sectes deviendraient communs. Les chrétiens ne connaissaient point ce culte mêlé ^ et ne méprisèrent pas moins les condescendances que les rigueurs de la politique romaine. Mais Dieu voulut qu'un autre principe fit rejeter par les païens les temples que les empereurs destinaient à Jésus-Christ. Les prêtres des idoles, au rapport de l'auteur païen déjà cité * tant de fois, déclarèrent à l'empereur Adrien que « s'il consacrait ces temples bâte tis à l'usage des chrétiens, tous les autres temples « seraient abandonnés, et que tout le monde embrasse- (( rait la religion chrétienne. » L'idolâtrie même sentait dans notre religion une force victorieuse contre laquelle les faux dieux ne pouvaient tenir *, et justifiait elle-même la vérité de cette sentence de l'Apôtre ^ : « Quelle con-
1. On sait qu'un temple avait été élevé à Jupiter et à tous les dieux par Agrippa, gendre d'Auguste : c'était le Panthéon, qui subsiste encore aujourd'hui.
2. CoLTE uâLÉ. C'est-à-dire, mélangé, et gâté par le mélange, mêlé de bon et de mauvais : mot déjà pris en ce sens, en parlant des Samaritains « qui joignaient le culte du vrai Dieu à celui de leurs idoles. » V. p. 68, n. 3.