C'ÉTAIT.... V. p. 389, n. i
6. Chez les Latins frigidus, entre autres emplois figurés, servait à désigner des choses ou des paroles vaines, sans force, sans effet. Frigida senteiitia, pensée insignifiante. Negotia frigida (Pi. le J., II, 2), affaires sans intérêt. Frigidus eiisis (Lucain, V, 24 5), glaive inutile. Dans un sermon, Bossuet dit, des vaines et frivioles excuses des pécheurs : « Voilà les froides raisons pour lesquelles ils résistent à nos enseignements .. » (S. pour le i" Dim. de la Passion. )Tel esta peu près le sens du mot froid, appliqué aux allégories dont il est question dans cette page.
Ces faibles excuses * de l'idolâtrie, quoique tirées d? la philosophie des stoïciens ^, ne contentaient guère les philosophes. Gelse et Porphyre cherchèrent de nouveaux secours dans la doctrine de Platon et de Pythagore; et voici comment ils conciliaient l'unité de Dieu avec la multiphcité des dieux vulgaires. Il n'y avait, disaient-ils, qu'un Dieu souverain; mais il était si grand, qu'il ne se mêlait pas des petites choses. Content d'avoir fait le ciel et les astres, il n'avait daigné mettre la main à ce bas monde, qu'il avait laissé former à ses subalternes; et l'homme, quoique né pour le connaître, parce qu'il était mortel ^, n'était pas une œuvre digne de ses mains*. Aussi était-il inaccessible à notre nature; il était loge trop haut pour nous; les esprits célestes qui nous avaient faits nous servaient de médiateurs auprès de lui, et c'est pourquoi il les fallait adorer.
Il ne s'agit pas de réfuter ces rêveries des platoniciens, qui aussi bien tombent d'elles-mêmes. Le mystère de Jésus-Christ les détruisait par le fondement \ Ce mystère apprenait aux hommes que Dieu, qui les avait faits 5 son image, n'avait garde de les mépriser; que s'ils avaient besoin de médiateur, ce n'était pas à cause do leur nature, que Dieu avait faite comme il avait fait toutes les autres, maisàcausede leurspéchés,dont ils étaient les seuls auteurs : au reste, que leur nature les éloignait si peu de Dieu, que Dieu ne dédaignait pas de s'unira eux en se faisant homme, et leur donnait pour médiateur, non point ces esprits célestes que les philosophes appelaient démons, et que l'Écriture appelait anges, mais un homme qui, joignant la force d'un Dieu à notre nature infirme, nous fît un remède de notre faiblesse.