‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 39 sur 583 · Hier, in Dan., c. v, tom. 111, col. 1091. B · texte numérisé non relu

Hier, in Dan., c. v, tom. 111, col. 1091. B

8. Des fables puériles se mêlaient ■;'i des renseignements d'un haut intérêt dans les histoires d'Assyrie et de Perse écrites par le Grec de Cnide, Ctésias, contemporain de Xénophon. Cet auteur, au reste, ne nous est connu que par les récits que lui emprunte Diodore, et par les fragments de ses ouvrages qui ont été recueillis dans la Bibliothèque de Photius.

9 . On employait alors volontiers, de Bette manière, le Terbe faire, pour évi-

SUR L'HISTOIRE DNIVERSELLlil.

plutôt môme qu'Hérodote, quoiqu'il soit très-judicieux. Ce qui me détermine à ce choix, c'est que l'histoire de Xénophon, plus suivie * et plus vraisemblable en ellemême, a encore cet avantage qu'elle est plus conforme ù l'Écriture, qui par son antiquité, et par le rapport des affaires du peuple juif avec celles de l'Orient, mériterait d'être préférée à toutes les histoires grecques, quand d'ailleurs on ne saurait pas qu'elle a été dictée par le Saint-Esprit \

Quant aux trois premières monarchies, ce qu'en ont écrit la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général, sous le nom des prêtres d'Egypte, que les Grecs ignoraient profondément les antiquités ^ ; et Aristote a rangé parmi les conteurs de fables * ceux qui ont écrit les Assyriaques.

C'est que les Grecs ont écrit tard, et que, voulant divertir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse ^ ils les ont composées sur des mémoires confus, qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable, sans se trop soucier de la vérité ^.

Et certainement la manière dont on arrange ordinai-

tcr une répélitiou. Au reste, celte locution est restée très-française.

1. L'histoire de Cyrus par Xénoplion est, en cllet, Ivci-suivie, trop suivie, en un sens, pour être parfuitcniciit vraisemblable. Tout s'y arrange à souhait pour offrir aux lecteurs une suite d'enscigncmeuts moraux et d'édiliants exemples. L'histoire, si instructive qu'elle soit, n'a point ce caractère. Xènophuu demeure suspect d'avoir écrit un roman politique et moral sur un fond historique, plutôt qu'une histoire vraie.

2. L'Iiistoire de Cyrus, telle que la présente Xénophon, a, pour Bossuet, l'avantage d'être plus conforme au récit de Daniel, parce qu'il croit retrouver le Darius le Mède du prophète dans le Cyaxare, oncle de Cyrus, que Xénophon met partout en scène, et duquel on ne voit dans Hérodote aucune trace. Mais, en laissant de côté Xénophon, ne peuton, par d'autres rapprochements de personnes tout aussi probables, mettre rhistoire profane d'accord avec le texte de

Daniel ? V. l'Hist. ancienie des peuples de l'Orient, p.ir M. Robiou, p. 207.

3. Plat, in Tim. B. Bossuet semble tenir compte plus qu'il ne faut du discours du prêtre égyptien de Sais à Solun, rapporté par Critias à Socrate, au début du Timce. Il est di.ficile de faire, dans ces pages de Platon, la part de l'imagination et celle de la pensée sérieuse et de la science.

4. Aristot., Polit., Wh. Y, cap. 10. B. .\ristote dit simplement dans la Politique, à l'endroit indiqué par Bossuet :

"Quelqu'un ayant vuSaidanapale filant au milieu des femmes (si ce récit des conteurs de fables est vrai)... »

5. Toujours cui\ieuse. Trait marquant, en effet, de l'esprit grec, saisi au passage, d'un mut qui se grave.

6. Ce jugement, parfaitement vrai, d'un Dioaore, l'est beaucoup moins d'un Hérodote, que, du reste, Bossuet traite par deux fois, dans cette dissertation, de judicieux auteur et de grand historien.

rement les trois premières monarchies est visiblement fabuleuse. Car, après qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire ^ des Assyriens, on fait paraître sur le théâtre les Mèdes, et puis les Perses ; comme si les Mèdes avaient succédé à toute la puissance des Assyriens, et que les Perses se fussent établis en ruinant les Mèdes.

Mais, au contraire, il paraît certain que, lorsque Arbace révolta les Modes contre Sardanapale, il ne fit que les affranchir, sans leur soumettre l'empire d'Assyrie. Hérodote distingue le temps de leur affranchissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès ^ ; et, selon la supputation des plus habiles chronologistcs, l'intervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. Il est d'ailleurs constant, par le témoignage uniforme de ce grand historien et de Xénophon ', pour ne point ici parler des autres, que, durant les temps qu'on attribue à l'empire des Mèdes, il y avait en Assyrie des rois trèspuissants que tout l'Orient redoutait, et dont Cy rus abattit l'empire par la prise de Babylone.

Si donc la plupart des Grecs, et les Latins qui les ont suivis, ne parlent point de ces rois babyloniens; s'ils ne donnent aucun rang à ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent la suite ; enfin, si nous ne voyons presque rien, dans leurs ouvrages, de ces fameux rois Teglathphalasar, Salmanasar, Sennachérib, Nabuchodonosor, et de tant d'autres si renommés dans l'Écriture et dans les histoires orientales, il le faut attribuer ou à l'ignorance des Grecs, plus éloquents dans leurs narrations que curieux * dans leurs recherches, ou à la perte que nous avons faite de ce qu'il y avait de

1. On A FAIT PBRia... l'empirb. Tour où il est question des guerres du Mède vif et ironique: marque spirituellement Phraorfe (vii= siècle) contre les Assyce qu'il y a d'arbitraire et de chiméri- riens, « peuple encore florissant à cette que dans cette manière d'arranger les époque, » dit le texte. Dans la Cyropélaits. die, y. c. 4 du liv. V, et c. 5 du 1. YII.

2. Herod., lib. I, c. 96. B. I 4. Curibox. Exacts, soigneux. Telle

3. Herod., lib. I ; Xenoph., Cyrop., était la signification ordinaire du latin iib. V, VI, etc. B. Bossuet a sans doute curiosus. In omni historia curiosus, dieu Tue le c. 102 du 1er liv. d'Hérodote, sait Cicéronde Chrysippe, TuscuL, I, 45.

plus recherché ' et de plus exact dans leurs histoires *.

En effet, Hérodote avait promis une histoire particulière des Assyriens', que nous n'avons pas, soit qu'elle ait été perdue, ou qu'il n'ait pas eu le temps de la faire ; et on peut croire d'un historien si judicieux qu'il n'y aurait pas oublié les rois du second empire des Assyriens, puisque même Sennachérib, qui en était l'un, se trouve encore nommé, dans les livres que nous avons de ce grand auteur*, comme roi des Assyriens et des Arabes.

Strabon, qui vivait du temps d'Auguste, rapporte " ce que Mégasthène, auteur ancien et voisin des temps d'Alexandre, avait laissé par écrit sur les fameuses conquêtes de Nabuchodonosor, roi des Chaldécns, à qui il fait traverser® l'Europe, pénétrer l'Espagne', et porter ses armes jusqu'aux colonnes d'Hercule. ÉHen nomme Tilgamus, roi d'Assyrie % c'est-à-dire, sans difficulté, le Tilgath ou le Teglath de l'histoire sainte; et nous avons, dans Ptolomée, un dénombrement des princes ^ qui ont tenu les grands empires, parmi lesquels se voit une longue suite des rois d'Assyrie inconnus aux Grecs, et qu'il est aisé d'accorder avec l'histoire sacrée.

Si je voulais rapporter ce que nous racontent les annales des Syriens *", un Bérose, un Abydénus, un Nicolas

1. Recherciir. On voit qu'il f.iut entendre ce mot au sens du latin inquisitiis. Heclierché se dit plutôt aujourd'hui des choses où le travail et l'art se font trop sentir.

2. On n'a rien dit de mieun, depuis Bossuet, pour expliquer le silence des Grecs sur toute cette partie de l'histoire de l'ancien Orient.

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