Matth., XII, 33, et seq. B
SUR L'HISTOIHE UNIVERSELLE.
à cultiver à des ouvriers, c'est-à-dire aux Juifs. Pour en recueillir les fruits, il envoie à diverses fois ses serviteurs, qui sont les prophètes. Ces ouvriers infidèles les font mourir. Sa bonté le porte à leur envoyer son propre Fils. Ils le traitent encore plus mal que les serviteurs. A la fin, il leur ôte sa vigne, et la donne à d'autres ouvriers : il leur ôte la grâce de son alliance, pour la donner aux Gentils.
Ces trois choses devaient donc concourir ensemble * : l'envoi du Fils de Dieu, la réprobation des Juifs, et la vocation des Gentils. Il ne faut plus de commentaire à la parabole que l'événement a interprétée.
Vous avez vu que les Juifs avouent que le royaume de Juda et l'état de leur république * a commencé à tomber dans le temps d'Hérode, et lorsque Jésus-Christ est venu au monde. Mais si les altérations qu'ils faisaient à la loi de Dieu leur ont attiré une diminution si visible de leur puissance, leur dernière désolation, qui dure encore, devait être la punition d'un plus grand crime.
Ce crime est visiblement leur méconnaissance ' envers leur Messie, qui venait les instruire et les affranchir. C'est aussi depuis ce temps qu'un joug de for est sur leur tête; et ils en seraient accablés, si Dieu ne les réservait à servir un jour ce Messie qu'ils ont crucifié.
Voilà donc déjà un fait avéré et public ; c'est la ruine totale de l'état du peuple juif dans le temps de Jésus- Christ. La conversion des Gentils, qui devait arriver dans le même temps, n'est pas moins avérée. En même temps que l'ancien culte est détruit dans Jérusalem avec le temple, l'idolâtrie est attaquée de tous côtés ; et les peuples, qui depuis tant de milliers d'années avaient
1. CoNcoDRia ENSEMBLE. Marcher ensemble, comme éréneinents corrélatifs.
Currere cum, una. Cf. p. Ii5,n. 2.
ï. De leur bépublique. De leurs affaires, de leur chose publique. Cf. p. '28 1, où l'état de ce peuple est appelé la république judaïque.
3. C-à-d., comme plus haut, p. 259, leur refus de voir en J.-C le Ùeitie.
SeloD l'Académie française, le mot méconnaissance ne signifie plus aujourd'hui que, manque de reconnaissance, de gratitude. — Ce mot se trouve aussi au pluriel chez Bossuet. « Faites rougir les pécheurs en leur montrant d'une même vue les commandements, les rébellions, les grâces, les mecoHHaiMa/ice?... • SmmoQ sur l'iiitégrité de U péoileiiM.
oublié leur Créateur, se réveillent d'un si long assoupissement.
Et, afin que tout convienne ', les promesses spirituelles sont développées par la prédication de l'Évangile, dans le temps que le peuple juif, qui n'en avait reçu que de temporelles, réprouvé manifestement pour son incrédulité, et captif par toute la terre, n'a plus de grandeur humaine à espérer. Alors le ciel est promis à ceux qui souffrent persécution pour la justice ^; les secrets de la vie future sont prêches, et la vraie béatitude est montrée loin de ce séjour où règne la mort, où abondent le péché et tous les maux.
Si on ne découvre pas ici un dessein toujours soutenu et toujours suivi ; si on n'y voit pas un même ordre des conseils de Dieu, qui prépare dès l'origine du monde ce qu'il achève à la fin des temps, et qui, sous divers états, mais avec une succession toujours constante, perpétue aux yeux de tout l'univers la sainte société où il veut être servi, on mérite de ne rien voir, et d'être livré à son propre endurcissement*, comme au plus juste et au plus rigoureux de tous les supplices.
Et afin que cette suite du peuple de Dieu fût claire aux moins clairvoyants, Dieu la rend sensible et palpable * par des faits que personne ne peut ignorer, s'il ne ferme volontairement les yeux à la vérité. Le Messie est attendu par les Hébreux ; il vient, et il appelle les Gentils, comme il avait été prédit. Le peuple qui le reconnaît comme venu est incorporé au peuple qui l'attendait, sans qu'il y ait entre deux* un seul moment d'interrup-
1. Qde todt convienne. V. p. 28, n. 2; p. 69, n. 3; p. 407, n. 5.
2. Ce sont les paroles mêmes de l'Evangile : Beati qui persecutionem patiuntur propter justitiam... Matth., v,
3 . V. Ce qui a été dit précédemment du sens réprouvé, p. 315 et 333.
i. Palpable. Ce mot revient souvent dans la langue de Bossuet pour exprimer le plus haut degré d'évidence sensible. « On ne peut rien concevoir qui suit plus digne de Dieu que de s'être
choisi un peuple qui fût un exemple palpable de sa providence.... » P. 176. — « Ne vous lassez point d'examiner
les causes des grands changements
Mais recherchez-les surtout daus la suite des grands empires, où la grandeur des événements les rend plus palpables. • nie Partie, c. ii. Etc. Pascal appelle de même les prophéties a des preuves solides et palpables. • Pensées, éd. Havet, t. 11, p. 6-2.
5. Entre deux, est ici adverbe ou locution adverbiale. Ce mot a vieilli.
lion ; ce peuple est répandu par toute la terre ; les Gentils ne cessent de s'y agréger *, et cette Église que Jésus- Christ a établie sur la pierre, malgré les efforts de l'enfer, n'a jamais été renversée.