‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 427 sur 583 · Ayant ÉTAiiH... il reste encore · texte numérisé non relu

Ayant ÉTAiiH... il reste encore

Sorte d'ablatif absolu, avec ellipse du sujet du verbe ; comme dans cette phrase relevée plus haut : ■ Germanicus apaisa les armées rebelles... et s'étant attiré, avec l'amour de tous les peuples, la jalousie de son oncle, ce barbare le fit mourir, p. 116. De même, après

avoir décrit la situation critique de son

écolier, le fabr.'.iste ajoute :

S'étant vris (l'enfant), dis-je, aux branches do

ice saule.

,. ^ 'école.

La Fontaine, I, 19.

3. Ployer. Verbe très-usité chez notre auteur et ses contemporains, au sen de, céder, fléchir, succomber. — «Quoique les Juifs sccouassenl un joug sou lequel tout l'univers avaitp/o!/e....« Cidessus, p. 334. — « Quand tout, en un moment, p/ûi/asûus la main de Louis...»

s. sur l'unité de l'Église. — « Je ploie et je me captive sous les paroles magistrales du Sauveur Jésus. » S. sur la loi de Dieu. — a II faut que toutes les passions ploient et lui obéissent. » Pascal, Pensées, éd. Havet, t. 11, p. 255.

C'est lui qui desaiil moi refisant de ployer, Racine, Esth., I, 1.

Aujourd'hui plier (même sens) est préféré dans un grand nombre de cas.

De 1;\ vient qu'il y a tant d'incrédules ; et Dieu le permet ainsi pour l'instruction de ses enfants. Sans les aveugles, sans les sauvages, sans les infidèles qui restent, et dans le sein même du christianisme, nous ne connaîtrions pas assez la corruption profonde de noire nature, ni l'abîme d'où Jésus-Christ nous a tirés. Si sa sainte vérité n'était contredite, nous ne verrions pas la merveille qui l'a fait durer parmi tant de contradictions, et nous oublierions à la fin que nous sommes sauvés par la grâce. Maintenant ^ l'incrédulité des uns humilie les autres; et les rebelles qui s'opposent aux desseins de Dieu font éclater la puissance par laquelle, indépendamment de toute autre chose *, il accomplit les promesses qu'il a faites à son Église.

Qu'attendons-nous donc à nous soumettre ? Attendons-nous que Dieu fasse toujours de nouveaux miracles ; qu'il les rende inutiles en les continuant *; qu'il y accoutume nos yeux comme ils le sont au cours du soleil et à toutes les autres merveilles de la nature ? Ou bien attendons-nous que les impies et les opiniâtres se taisent ; que les gens de bien et les libertins rendent un égal témoignage à la vérité ; que tout le monde, d'un commun accord, la préfère à sa passion ; et que la fausse science, que la seule nouveauté fait admirer, cesse de surprendre les hommes* ? N'est-ce pas assez que nous voyions qu'on ne peut combattre la religion sans mon.

1. ÎUiNTEXAXT. L'adverbe de temps ne sert ici qu'à marquer l'opposition des idées. Mnintenant, c.-à-d., les choses étant comme elles sont, l'incrédulité...

— 0 Si elle avait été plus fortunée, son histoire serait plus pompeuse, mais ses œuvres seraient moins pleines. Maintenant qu'elle a préféré la croix... » 0. F. de Henriette de France. Souvent, chez les Latins, l'adverbe nunc n'avait pas d'autre ûl'iice.

2. IxDÉpiiNDAMMEXT Dz. Sans dépendre de. — Indépeudararaent de quoi que ce soit sans autre règle que sa volonté. — « L'âme ayant voulu être heureuse indépendamment de Dieu.... » S. sur la profession de foi de M"< de La Vallière.

3. En les contixua.nt. Continuer, c'est ici, faire continuellement, sans intervalle . C'est le sens propre du latin continuare. Conlinuare domos,verba. L'auteur a dit ainsi de Judas Machabée: «Il continue ses victoires, malgré les armées prodigieuses des capitaines d'Anliochus. » V. p. 271.

4. Il y a un art d'interroger, qui égale ou surpasse la force des raisonnements les plus pressants. C'est cet art que Bossuet pratique en maître dans ce passage, qui semble une page détachée de sou œuvre d'orateur sacré. Cf. la fin de l'O. F. de Madame : « Qu'attendonsnous pour nous convertir?... Faut-il un autre spectacle pournous détromper...? «

trer, par de prodigieux égarements, qu'on a le sens renversé \ et qu'on ne se défend plus que par présomption ou par ignorance ? L'Église, victorieuse des siècles et des erreurs, ne pourra-t-elle pas vaincre dans nos esprits les pitoyables raisonnements qu'on lui oppose ; et les promesses divines, que nous voyons tous les jours s'y accomplir, ne pourront-elles nous élever au-dessus des sens ?

Et qu'on ne nous dise pas que ces promesses demeurent encore en suspens, et que, comme elles s'étendent jusqu'à la fin du monde, ce ne sera qu'à la fin du monda que nous pourrons nous vanter d'en avoir vu l'accomplissement. Car, au contraire, ce qui s'est passé nous assure de l'avenir ; tant d'anciennes prédictions, si visiblement accomplies, nous font voir qu'il n'y aura rien qui ne s'accomplisse; et que rÉglise, contre qui l'enfer, selon la promesse du Fils de Dieu, ne peut jamais prévaloir, sera toujours subsistante jusqu'à la consommation des siècles, puisque Jésus-Christ, véritable en tout, n'a point donné d'autres bornes à sa durée.

Les mêmes promesses nous assurent la vie future. Dieu, qui s'est montré si fidèle en accomplissant ce qui regarde le siècle présent, ne le sera pas moins à accomplir ce qui regarde le siècle futur, dont tout ce que nous voyons n'est qu'une préparation; et l'Église sera sur la terre toujours immuable et invincible, jusqu'à ce que ses enfants étant ramassés ^, elle soit tout entière transportée au ciel, qui est son séjour véritable.

Pour ceux qui seront exclus de cette cité céleste, une rigueur éternelle leur est réservée; et, après avoir perdu

i. Sens nENVBusÉ. Ce mot, exprimant 2. Ramassés. Ile même, dans le 1" S. une subversion totale, et contre nature, pour la Circoncision : « Bientôt vous de rcntcudemonl, est celui dont l'auteur | verrez cet homme, abandonné de ses aime à se servir eu pareil eus. V. p. 374: 1 disciples, ramasser tous les peuples « Le raisonnement n'avait point de part sous l'invocatiim de son nom. » Ilamasà une erreur si brutale : c'était un ren- ser, au sens de, rassembler ce qui est versement du bon sens... t — « Un si épars, est de grand usage dans les augTnnd renversement du bon sens montve leurs du xvn" siècle. V. les exemples assez combiea le principe était gâté. « cités plus haut, p. 176, n. 2. P. 380.

par leur faute une bienheureuse éternité, il ne leur restera plus qu'une éternité malheureuse.

Ainsi les conseils de Dieu se terminent par un état immuable; ses promesses et ses menaces sont également certaines ; et ce qu'il exécute dans le temps assure ce qu'il nous ordonne ou d'espérer ou de craindre dans l'éternité.

Voilà ce que vous apprend la suite de la religion mise en abrégé devant vos yeux. Par le temps, elle vous conduit à l'éternité. Vous voyez un ordre constant dans tous les desseins de Dieu, et une marque visible de sa puissance dans la durée perpétuelle de son peuple. Vous reconnaissez que l'Église a une tige toujours subsistante, dont on ne peut se séparer sans se perdre ; et que ceux qui, étant unis à cette racine, font des œuvres dignes de leur foi, s'assurent la vie éternelle.

Étudiez donc. Monseigneur, avec une attention particulière, cette suite de l'Église, qui vous assure si clairement toutes les promesses de Dieu. Tout ce qui rompt cette chaîne, tout ce qui sort de cette suite, tout ce qui s'élève de soi-même, et ne vient pas en vertu des promesses faites à l'Église dès l'origine du monde, vous doit faire horreur. Employez toutes vos forces à rappeler dans cette unité tout ce qui s'en est dévoyé*, et à faire écouter l'Église par laquelle le Saint-Esprit prononce ses oracles.

La gloire de vos ancitres est non-seulement de ne l'avoir jamais abandonnée, mais de l'avoir toujours soutenue, et d'avoir mérité par là d'être appelés ses Fils aînés, qui est sans doute * le plus glorieux de tous leurs titres.

Je n'ai pas besoin de vous parler de Clovis, de Charlemagne, ni de saint Louis. Considérez seulement le temps cil vous vivez, et de quel père Dieu vous a fait

i. Tout ce oui s'en est dévoyé. Se déonyi^r, s'égarer {de deoiare), a vieilli, et est presque hors de l'usage, tandis que déoiar, qui a la même origine, s'y maintient.

2. Qui est sans doute. Ce relatif est réqnivalent du neutre latin quod.

comme dans cette phrase de l'Histoire des Variations : « Luther concluait que le libre arbitre était tout à fait éteint dans le genre humain depuis sa chute, qui était une erreur commune dans la nouvelle réforme. » { Liv. II.) Ce qui était une erreur...

SUR [/HISTOIRE UNIVERSELLE. 44b

naître. Un roi si grand en tout se distingue plus par sa foi que par ses autres admirables qualités. 11 protège la religion au dedans et au dehors du royaume, et jusqu'aux extrémités du monde *. Ses lois sont un des plus fermes remparts de l'Église *. Son autorité, révérée autant par le mérite de sa personne que par la majesté ' de son sceptre, ne se soutient jamais mieux que lorsqu'elle défend la cause de Dieu. On n'entend plus de blasphème; l'impiété tremble devant lui ; c'est ce roi marqué par Salomon, qui dissipe tout le mal par ses regards *. S'il attaque l'hérésie par tant de moyens, et plus encore que n'ont jamais fait ses prédécesseurs*, ce n'est pas qu'il craigne pour son trône ; tout est tranquille à ses pieds, et ses armes sont redoutées par toute la terre ^ : mais c'est qu'il aime ses peuples, et que, se voyant élevé par la main de Dieu à une puissance que rien ne peut égaler dans l'univers, il n'en connaît point de plus bel usage que de la faire servira guérir les plaies de l'Église.

Imitez, Monseigneur, un si bel exemple, et laissez-le à vos descendants. Recommandez-leur l'Église encore plus que ce grand empire que vos ancêtres gouvernent depuis tant de siècles. Que votre auguste maison, la première en dignité qui soit au monde, soit la première à défendre les droits de Dieu, et à étendre par tout l'univers le règne de Jésus-Christ, qui la fait régner avec tant de gloire.

1. Allusion aux expéditions que Louis XIV fit faire en 1661 et eu 1669 contre les Turcs, et aux secours que donna ce prince aux missions du Levant.

2. Sur ces lois de Louis XIY, protectrices de l'Eglise, y. l'O. F. de Le Tellier, 2' partie ; le IV» S. pour le jour de Pâques, prêché devant le roi, 2« point ; et le s. sur l'unité de l'Eglise : « Que ne doivent point les évêques au grand Louis?... •

3. Par Là majesté. Nouvel exemple de par employé au sens de, à cause de, en t-aison de. Cf. p. ô2, 75, lî3, 151, etc.

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