I. La réflexion. Le retoui- d'esprit
t. Cbs secrètes dispositions. Ce mot
se rapporte, non à l'état secret des esprits, mais en général à la manière dont les choses se trouvent disposées avant l'événement, aux diverses circonstances qui le précèdent et le préparent. De même, plus loin, c. viii : « Ceux qui gouvernent ne sont pas maîtres des dispositions qaeles siècles passés ont mises dans les ati'aii'es. <
bué, en bien ou en mal, au changement des États et à la Ibiinne publique.
J'ai tâché de vous préparer à ces importantes ré- (lexions dans la première partie de ce discours ; vous y uiu'ez pu observer le génie des peuples et celui des grands hommes qui les ont conduits *. Les événements qui ont porté coup dans la suite ont été montrés; et, afin de vous tenir attentif à Tenchaînement des grandes affaires du monde, que je voulais principalement vous faire entendre, j'ai omis beaucoup de faits particuliers, dont les suites n'ont pas été si considérables. Mais parce qu'en nous attachant à la suite, nous avons passé trop vite sur beaucoup de choses pour pouvoir faire les réflexions qu'elles méritaient, vous devez maintenant vous y attacher avec une attention plus particulière, et accoutumer votre esprit à rechercher les effets dans leurs causes les plus éloignées*.
Par là vous apprendrez ce qu'il est si nécessaire que vous sachiez : qu'encore qu'à ne regarder que les rencontres particulières, la fortune semble seule décider de l'établissement et de la ruine des empires ^, à tout prendre il en arrive à peu près comme dans le jeu, oti le plus habile l'emporte à la longue.
En effet, dans ce jeu sanglant * où les peuples ont disputé de l'empire et de la puissance, qui a prévu de plus
1 . On aurait donc grand tort de ne voir, dans la première Partie qu'un remarquable précis d'événements : le génie du moraliste et du peintre s'y est exercé, quoique discrètement : Bossuet, juge si désintéressé de son œuyre, se rend lui-même témoignage à cet égard.
2. Rien ne montre mieux l'élcndue et la souplesse du génie de notre auteur, que le contraste si marqué de ce chapitre avec le précédent. Ce même homme qui, il n'y a qu'un instant, regardait ae si haut les choses humaines, et les comptait comme rien, voyez avec quel intérêt il s'en occupe à cette heure, avec quelle curiosité et quelle libéralité d'esprit il en considère les proportions, comme il dit lui-même, et le jeu, et quelle place il y réserve au génie de l'homme et à sa Tolonté. Le disciple su-
blime de saint Augustin a tout à coup fait place au maître profond de Montesquieu.
3. La fortune... - Bossuet parle ici un langage auquel il ne nous a point accoutumés : c est qu'il parle à celle heure en historien proprement dit. Plus loin, reprenant son rôle d'interprète des conseils divins, il dira : « IVe parlons phis de hasard, ni de fortune, ou parlons-en seulement comme d'un nom dor,t nous couvrons notre ignorance, etc. »