‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 459 sur 583 · Herod. et Diod., loc. cil. B · texte numérisé non relu

Herod. et Diod., loc. cil. B

2- Ce jugement s'est de plus en plus confirmé par les études de nos artistes et de nos savants. Le démesuré, l'énorme, l'indigeste sont dans les temples de rinde : dans les temples et les palais de l'antique Egypte, le g)j;autesque, grâce à cette science des proportions, est grand.

S. Voyages imp. par .M. Thévenot. B. — Bossuet avait lu dans le recueil de voyages formé par le savant Melchisédech Thévenot (1663-72, 3 vol. iu-f"; la re-

lation d'un Voynge dans le Sayd par les Pères Protais et Ch. Fr. d'Orléans, missionnaires. Ces religieux, en visitant les colonies chrétiennes de la vallée du Nil, avaient pénétré jusqu'aux villages de Karnak et de Louqsor, et parcouru les ruines merveilleuses de cette contrée.

C'est à tort que l'édition de Versailles a remplacé la note ci-dessus (Voyages imp, par Thévenot) par la suivante : Voyages du Levant par M. Thévenot, liv. Il, c. 5. L'iuleur de cesVoyages du Levant (1660), Jean Thévenot, neveu du précédent, ne s'est pas avancé en Éi:ypte au delà des grandes Pyramides.

4. Bossuet s'arrête, comme étonné et ravi devant le spectacle grandiose qui lui est offert : au cri qui lui échappe, il semble qu'au moment où il parle, cette merveilleuse perspective se déroule en effet S0U8 ses yeux.

seur, grandes à proportion, et entremêlées d'obélisques que tant de siècles n'ont pu abattre ^ Les couleurs mêmes, c'est-à-dire ce qui éprouve le plus tôt le pouvoir du temps, se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité ^ : tant l'Egypte savait imprimer le caractère d'immortalité à tous ses ouvrages. Maintenant que le nom du Roi pénètre aux parties du monde les plus inconnues, et que ce prince étend aussi loin les recherches qu'il fait faire des plus beaux ouvrages de la nature et de l'art, ne serait-ce pas un digne objet de cette noble curiosité, de découvrir les beautés que la Thébaïde renferme dans ses déserts, et d'enrichir notre architecture des inventions de l'Egypte^ ? Quelle puissance et quel art a pu faire d'un tel pays la merveille de l'univers ? Et quelles beautés ne trouverait-on pas, si on pouvait aborder la ville royale, puisque si loin d'elle on découvre * des choses si merveilleuses?

Il n'appartenait qu'à l'Egypte de dresser des monuments pour la postérité. Ses obélisques font encore aujourd'hui, autant par leur beauté que par leur hauteur, le principal ornement de Rome ; et la puissance romaine, désespérant d'égaler les Égyptiens, a cru faire assez pour sa grandeur d'emprunter les monuments de burs rois^.

1 . Ce palais que nous montre Bossuet, d'après le naïf maïs frappant lécit des di'ui religieux, est celui de Karuak. Une eneur de déiail. qui ne se trouve pas dausla relation des missionnaires, s est glissée dans cette vive description. Les obélisques ne s'entremêlent point aux culoniies dans la fameuse grande salle de cet édifice.

2. « Ces couleurs sont si vives, qu'il semble, disent les habitants du pays, que le maitr e n'a pas encore lavé ses mavis depuis so'i traoail. « Relation dei P.P. Protais et d'Orlédns. — Il est vrai que le ciel pur, la température uniforme de l'Egypte, n'ont pas peu contribue à eutretcnir l'éclat de ces peintures.

3. Quand il mêlait ce noble vœu à l'éloge de Louis XIV, Bossuet savait-il que, peu d'années auparavant (1671),

Leibiiitz, dans un mémoire latiu, avait proposé au grand roi de conquérir la terre des Pharaons, ruinée par les Mameluks, au commerce et aux arts de l'Europe? — Ce double appel du génie au génie, non entendu d'abord, u est pas resté stérile : un siècle après, le général Bonaparte y a répondu.

4. Puisque si loin d'elle ox décocvBE... Les ruines de Karnak et de Louqsor se trouvent, ou l'i.norait alors, sur l'emplacement même de l'ancienne Ibèbes.

5. C'était du moins un éclatant aveu d'admiration, sinon d'impuissance ; et cet aveu, la France l'a renouvelé pour son compte, ei décorant la plus be!le place de sa capitale de l'un des oDélist|ues élevés dans la vallée de Thèbes à la gloire Je Bliamscs-Sésostris.

L'Egypte n'avait point encore vu de grands édifices que ' la tour de Babel, quand elle imagina ses pyramides, qui, par leur figure ^ autant que par leur grandeur ', triomphent du temps et des Barbares *. Le bon goût des Égyptiens leur fit aimer dès lors la solidité et la régularité toute nue. N'est-ce point que la nature porte d'elle-même à cet air simple, auquel on a tant de peine à revenir quand le goût a été gâté par des nouveautés et des hardiesses bizarres ^ ? Quoi qu'il en soit, les Égyptiens n'ont aimé qu'une hardiesse réglée * ; ils n'ont cherché le nouveau et le surprenant que dans la variété infinie de la nature, et ils se vantaient d'être les seuls qui avaient fait, comme les dieux, des ouvrages immortels. Les inscriptions des pyramides n'étaient pas moins nobles que l'ouvrage : elles parlaient aux spectateurs '. Une de ces pyramides, bâtie de brique, avertissait par son titre " qu'on se gardât bien de la comparer aux autres, et a qu'elle était autant au-dessus de toutes « les pyramides que Jupiter ' était au-dessus de tous les « dieux. »

Mais quelque eff'ort que fassent les hommes, leur néant paraît partout ^°. Ces pyramides étaient des tombeaux'*; encore les rois qui les ont bâties n'ont-ils pas eu le pouvoir d'y être inhumés, et ils n'ont pas joui de leur sépulcre ".

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