‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 464 sur 583 · Ajoutez que la perpétuité du corps · texte numérisé non relu

Ajoutez que la perpétuité du corps

Au reste, ce n'était pas sur les choses inanimées que l'Egypte travaillait le plus. Ses plus nobles travaux et son plus bel art consistait à former les hommes. La Grèce en était si persuadée, que ses plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même et Solon, ces deux grands législateurs, et les autres qu'il n'est pas besoin de nommer, allèrent apprendre la sagesse en Egypte'. Dieu a voulu que Moïse même fût instruit dans toute la sagesse des Égyptiens: c'est par là qu'il a commencé à être puissant en paroles et en œu vres *. La vraie sagesse se sert de tout ; et Dieu ne veut pas que ceux qu'il inspire négligent les moyens humains qui viennent aussi de lui à leur manière.

Ces sages d'Egypte avaient étudié le régime qui fait les esprits solides, les corps robustes, les femmes fécondes, et les enfants vigoureux. Par ce moyen, le peuple croissait en nombre et en forces. Le pays était sain naturellement ; mais la philosophie leur avait appris que la nature veut être aidée. Il y a un art de former les corps* aussi bien que les esprits. Cet art, que notre nonchalance nous a fait perdre, étaitbien connu des anciens, et l'Egypte l'avait trouvé. Elle employait principalement à ce beau dessein la frugalité et les exercices *. Dans un grand champ de bataille, qui a été vu par Hérodote % les crânes des Perses aisés à percer, et ceux des Égyptiens plus durs que les pierres auxquelles ils étaient mêlés, montraient la mollesse des uns, et la robuste constitution qu'une nourriture frugale et de vigoureux exercices don-

dans lequel, selon les croyances des Egyptiens, l'âme devait rentrer un jour, était pour eui un f;age de l'immortalité de celle-ci. De là les soins infiais qu'ils aj'pportaient à la conservation des corps et à la construction des tombeaux.

1. Diod., lib. I, sect. 2, n. 36 : Plut., De Isid. B. — Diodore ajoute que c'étaient les prêtres égyptiens qui se vantaient d'avoir été visités par ces grands hommes, et de leur avoir servi de maîtres.

2. Act., Vn, 2*. B, — Déjà, plus baut,Bossuet a sigoalé un curieux emprunt fait par les mœurs de la Judée à

celles de l'Egypte. V. p. 465.

3. De fobmer les corps. — «Les jeux mêmes et les exercices seront une partie de l'étude... Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse; c'est un homme : il n'en faut pas faire à deux, et, comme dit Platon, il ne faut pas les dresser l'un sans Tautre. • Montaigne, Essais, 1, 25. A ce vœu de boa sens, où se rencfintrent Platon, Montaigne, Bossuet, satisfaction n'a été donnée chez nous que de nos jours.

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