‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 546 sur 583 · Til.-Liv. lib. I, c. 32. B · texte numérisé non relu

Til.-Liv. lib. I, c. 32. B

6. Sainte institution. Bossuet n'est pas de ceux pour qui le mot saint n'a point d'usage hors de l'ordre chrétien. C'est assez pour lui d'en résirvcr l'acception la plus pure et la plus haute aux vérités que le cbrislianisme enseigne, ou am vertus qu'il inspire. Il sait que. si la sainteté est chose exclusivement chrétienne, le juste et le saint sont de tous les temps. 11 ne s'est fait aucun scrupule de parler ici comme Cicéron lui-même :

• Belli aequitassancimune fetiali populi romani jure perscripta est.» De o^., 1,11.

choses n'a pu inspirer la charité et la paix. Mais que servent ' les meilleures institutions, quand enfin elles dégénèrent en pures cérémonies? La douceur de vaincre et de dominer corrompit bientôt dans les Romains ce que l'équité naturelle leur avait donné de droiture. Les délibérations des féciaux ne furent plus parmi eux qu'une formalité inutile ; et encore qu'ils exerçassent envers leurs plus grands ennemis des actions de grande équité, et même de grande clémence, * l'ambition ne permettait pas à la justice de régner dans leurs conseils.

Au reste, leurs injustices étaient d'autant plus dangereuses, qu'ils savaient mieux les couvrir du prétexte spécieux de l'équité, et qu'ils mettaient sous le joug insensiblement les rois et les nations, sous couleur de les protéger et de les défendre.

Ajoutons encore qu'ils étaient cruels à ceux* qui leur résistaient : autre qualité assez naturelle aux conquérants, qui savent que l'épouvante fait plus de la moitié des conquêtes. Faut-il dominer à ce prix, et le commandement est-il si doux, que les hommes le veuillent acheter par des actions inhumaines*? Les Romains, pour répandre partout la terreur, affectaient de laisser dans les villes prises des spectacles terribles de cruauté *, et de paraître impitoyables à qui attendait la force ^ sans même épargner les rois, qu'ils faisaient mourir inhumainement, après les avoir menés en triomphe chargés de fers, et traînés à des chariots comme des esclaves ^

Mais s'ils étaient cruels et injustes pour conquérir, ils

l , QcE SEEVERT. . . 7 Poui", à çuoi servent...? Cf. p. 375, n. 8.

■2. Cruels a ceux qui... — Comme plus haul : « Celte machine sera terrible à une armée... » P. 522. — « La victoire étihpérilleuse à ceux... • P. 51 y. Sur la liberté que laissait à Bossuet la langue de son temps, de donner la préposition à pour régime à toutes sortes d'adjectifs, v. p. 2Sd, n. 7.

3. iNHUMArass. Et non, si inhumaines, comme le porte à tort l'éd. de Versailles. V. celle de 1700, revue par Bossuet.

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