SCIPION, OU CARTDAGE VAINCUE
L'an 5o2 de la fondation de Rome, environ 250 ans après celle de la monarchie des Perses, et 202 ans avant Jésus-Christ, Carthage fut assujettie aux Romains. Annihal ne laissait pas sous main de leur susciter des ennemis partout où il pouvait ; mais il ne fit qu'entraîner tous ses amis anciens et nouveaux dans la ruine de sa patrie et dans la sienne. Par les victoires du consul Flaminius, Philippe, roi de Macédoine, alUé des Carthaginois, fut abattu (198); les rois de Macédoine réduits à l'étroit- et la Grèce affranchie de leur joug. Les Romains entreprirent de faire périr Annibal, qu'ils trouvaient encore redoutable après sa perte. Ce grand capitaine, réduit à se sauver de son pays (195), remua l'Orient ^ contre eux, et attira leurs armes en Asie. Par ses puissants raisonnements*, Antiochus, surnommé le Grand, roi de Syrie, devint jaloux de leur puissance, et leur fit la guerre (193) : mais il ne suivit pas, en la faisant, les conseils
Tolontaire, ou courageusement subie : cionne. — Ou rcgrtlle que Dossuct iie
Ângustam pauperiem pati. ',IIor.) se soit jias ai-rètO quelques moments de
rr u • • 1 .» „„ I . r ,;,™ „„ n . ; plus en cct endioit, pour jeter uu rapide
Ûiilem bello lu'.U, et Cain^llnm 1 cuup d OBil SUT le flonssant état des let-
Sœna paupertàs, et oviius »pto ; très et des arts dans la Grèce de Péri-
Cum lare foailus. i clès et dans celle d'Alexandre.
l!oR., Od., 1, 13. , , , „.
' 2. RÉDUITS A L ETROIT. C.-a-d. a d 6-
1. iiinc oiia Tciercs t tara coiiiere Sshini ; [vil] troites frontières, c' ms lesquelles Rome
liane Remus el (itter : SiC forli* Etruria cre- Igg surveillait de près.
Sciiieet et rerum facta est pulclierrima Koma,
Sejtemqae una sibi muro circuradedil arces. 3. REMUA l'OrIENT COSTRE EUX. tie-
Viac, Géorg., Il, 532. fnua l'Orient. L'énergie de haine et la
ff. E.éi'l., VI, y. 850; Horace, Odes. Puissance de génie que conserve Anni-
D! G; IV, 15. -- Malgré quelques rél bal vaincu, éclatent dans ces deux met», serves, qui n'ont rien de trop sévère, ; 4. Par ses plissants raisonne-
la page qu'on \ient de lire témoigne ments. Sur cet emploi de la préposi-
haiitement de l'estime du grand évèque tion par, y. plus haut, p. 52, n. 1 et
pour les maîtres de la philosophie au- p. 75, n. 6.
d'Ânnibal, qui l'y avait engagé '. Ballu par mer el par terre, il reçut la loi que lui imposa le consul Lucius Scipion, frère de Scipion l'Africain, et il fut renfermé dans le mont Taurus. Annibal, réfugié chez Prusias, roi de Bithynie, échappa aux Romains par le poison (I8i). Ils sont redoutes par toute la terre, et ne veulent plus souffrir d'autre puissance que la leur. Les rois étaient obligés de leur donner leurs enfants pour otage de leur foi ^ Antiochus, depuis appelé l'Illustre ou Épiphanes, second fils d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, demeura longtemps à Rome en cette qualité : mais, sur la fin du règne de Séleucus Philopator, son frère aîné, il fut rendu ; et les Romains voulurent avoir à sa place Démétrius Soter, fils du roi, alors âgé de dix ans. Dans ce contre-temps^, Séleucus mourut (175); et Antiochus usurpa le royaume sur son neveu. Les Romains étaient appliqués aux affaires de la Macédoine, où Persée inquiétait ses voisins, et ne voulait plus s'en tenir aux conditions imposées au roi Philippe son père.
Ce fut alors que commencèrent les persécutions du peuple de Dieu. Antiochus l'Illustre régnait comme un furieux : il tourna toute sa fureur contre les Juifs, et entreprit de ruiner le temple, la loi de Moïse, et toute la nation (170). L'autorité des Romains'^ l'empêcha de se rendre maître de l'Egypte. Ils faisaient la guerre à Persée, qui, plus prompt à entreprendre ^ qu'à exécu-
I. Engage. Enlruiné, et non pas seulemeul exhorté. On vient de voir que les puissants raisonnements d'Annibal avaient jeté le roi Antiochus dans cette gierre. In hanc sententiam regem adauxit, dit Titc-Live, xxnv, 60. Les écrivains du XVII» siècle donnent volontiers au verbe engager son sens plein et entier. «...Homère le représente (Iphidainas) ploin de courage et de vertu ; il vous intéresse pour lui, il vous le fait aimer, il vous enga/jc à craindie pour sa vie. • Fénelon, Leilre à lAcad., V.
8. Otàgb de leur foi. Nous employons toujours otage sans coraplémc^nt. llacine, comme Bossuet, admet cette locution, qui ne s'est point cniservéc.
Rien ne peut de leur temjile eniprcher le raTage, Si je n'ai de leur foi cet enfant pour otage.
Aih., m. 3.
3. Daxs ce coxtrk-tejips. C.-à-d., dans un temps où cette mort venait mal à propos pour les Romains. En effet, l'enfant inoffensif, héritier du royaume, était à Rome, et le prince ambitieux, son oncle, en Syrie.
■♦. L'autorité des Roiuixs. Rome, en effet, n'usa point de sa puissance, mais uniquement de son riutorité, pour oc.irter Antiochus de l'Egypte. Il ne fallut pour cela au consul Popilius Lainus qu'un cercle tracé sur le sable et quelques paroles.