‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 95 sur 583 · Ou Polhin (note de l'édition de Versailles · texte numérisé non relu

Ou Polhin (note de l'édition de Versailles

2. L'Église gallicase. C'est beaucoup plus tard que lo mot gallican recevra, à l'occasion de certains débats, une particulière acception. {Galliicanus

se disait, comme Caliicus, sous le empereurs.)

3. La suPBBSTiTion. Marc-Aurèle (Bossuet l'a dit tout à l'heure en termes fort mesurés eut le tort de se laisser prévcuir coulrc les chréliciis, et le malheur de ne pas connaître des hom-

haine publique, et les calomniesqu'on imposait aux chrétiens, prévalaient bientôt. La fureur des païens se rallumait, et tout l'empire ruisselait du sang des martyrs. La docLrine * accompagnait les souffrances.

Sous Sôvcre, et un peu après, Tertullien, prêtre ce Garthage, éclaira l'Église par ses écrits, la défendit i:;ir une admirable Apologétique, et la quitta enfin aveuL;lô par une orgueilleuse sévérité, et séduit par les visions du faux prophète Montanus (213) ^ A peu près dans le même temps, le saint prêtre Clément Alexandrin déterra ^ les antiquités du paganisme, pour le confondre. Origène, fils du saint martyr Léonide, se rendit célèbre par toute l'Église dès sa première jeunesse, et enseigna de grandes vérités, qu'il mêlait de beaucoup d'erreurs. Le philosophe Ammonius * fit servir à la religion la philosophie platonicienne, et s'attira le respect même des païens.

Cependant les Valentiniens, les Gnosliques, et d'autres sectes impies, combattaient l'Évangile par de fausses traditions : saint Irénée leur oppose la tradition et l'autorité des églises apostoliques ^, surtout de celle de Rome, fondée par les apôtres saint Pierre et saint Paul, et la principale de toutes ®. Tertullien fait la même chose ^ L'ÉgUse n'est ébranlée ni par les hérésies, ni par les schismes, ni par la chute * de ses docteurs les

mes dont il était si capable d'estimer ' l'oubli ont comme ensevelies. Bossutt les vertus ; mais la superstition ne pa- 1 dit de même de saint Jérôme XI' Eporaît pas avoir été au nombre des rares 1 que), que, « pour expliquer l'Ecriture, faiblesses de cet excellent prince. V. ses il déteira toutes les histoires saintes ci historiens et ses Pensées. profanes qui la peuvt-nt expliquer. »

1. C.-à-d., la science, chez les chré- 4. C'est Ammonius Saccas, Alaxantiens, répondait à la patience etau cou- | drin, de la fin du ii« siècle. Ce pliil. rage : l'Église avait ses docteurs illus- i sophe érudit et chrétien, dans l'ensci.n ■très comme ses martyrs. C'est l'annonce j ment duquel s'amalgamaient, non sans des choses qui vont suivre. ! confusion peut-être, des doctrines di-

2, Dans cet irréprochable aveu des \ verses, n'a laissé aucun cuvraf;e écrit, fautes de Tertullien, on sent, au choix i 5. Des églises apostoliques. '.-à d., des Sennes, que la sévérité de Bossuet dont la fondation remontait aux apôtres, se tempère à l'égard de sou orateur fa- i 6. Iren., Adv. Uœr., lib. lil, cup. 1, vori et d'un de ses plus chers modèles. ' 2, 3. B.

M. de Chateaubriand a appelé Tertul- j 7. l'e prœsc. aJc. I/ar., c. 36. B. lien le Bossuet africain. j 8. La ciidte. C'est 1.; mot consacri en

3.DÉTERnA. Dans le même sens figuré parbut des pasteurs qui ont eir> dans que nous donnons au verbe exhumer la doctrine ou dans les mœurs, ou des (ex humo); découvrir, mettre au jour , fidèles qui ont faibli dans les épreuve». les choses anciennes que l'ignorance ou |

SUR L'HISTOIRE UMVliRSELI^E. 127

plus illustres. La sainlclc de ses mœurs est si éclatante, qu'elle lui attire les louanges de ses ennemis.

Les affaires de l'empire se brouillaient d'une terrible manière ^ Après la mort d'Alexandre, le tyran Maximin, qui l'avait tué, se rendit le maître (;23o), quoique de race gothique. Le sénat lui opposa quatre empereurs, qui périrent tous en moins de deux ans. Parmi eux étaient les deux Gordien père et fils, chéris du peuple romain. Le jeune Gordien, leur lils, quoique dans une extrême jeunesse il montrât une sagesse consommée, défendit ï peine * contre les Perses l'empire affaibli par tant de divisions (-24:2). Il avait repris sur eux beaucoup de places importantes. Mais Philippe, Arabe, tua un si bon prince (2i-4); et, de peur d'être accablé par deux empereurs, que le sénat élut l'un après l'autre, il fit une paix honteuse avec Sapor, roi de Perse. C'est le premier des Romains qui ait abandonné par traité * quelques terres de l'empire. On dit qu'il embrassa la religion chrétienne dans un temps où tout à coup il parut meilleur ; et il est vrai qu'il fut favorable aux chrétiens. En haine de cet empereur, Dôee, qui le tua (249), renouvela la persécution avec plus de violence que jamais *,

L'Église s'étendit de tous côtés, principalement dans les Gaules*, et l'empire perdit bientôt Dcee (251), quile défendait vigoureusement. Gallus et Volusien passèrent

1. Ss brouillaibttd'cnb TERRiDLE MA- 1 3 Par TRAITÉ. Et DOD par un traité.

ftiÈRB. Familière et énergique préface au tableau de confusion qui va suivre.

— Se brouiller, au sens de s'embarrasser, se compliquer, tomber dans la con-

Bossuet crée volontiers, par la .suppression de l'a'ljeclif i::délini ou de l'article, de vives locutions adverbiales, comme celles-ci : • Celui qui croit apai-

fusion, le désonJre, mot d'un plus grand ; ser Dieu en lui présentant par aumônes

usage au xvii« siècle qu'aujourd'hui, ' quelque partie de ses rapines. « Panég.

reparait souvent dans celte partie du de S. Victor, l" point. — t Tonsidérex

récit de Bossuet. • Tout se brouille en ; ce grand homme fouetté à Philippespar

Occident. • ,Yle époque. — « Les affaires main de bourreau. • Panég. de S. Paul,

d'Orient étaient brouillées. • Ibid , etc. ! U= (joint.

2. Dffe.vdit a peixe C.-à-d , eut 4, ^^^^i, jji.t. eccles., Ub. VI,

bien de la peine a défendre. La langue g 39^ g^

du temps fournirait plus d'un exemple ' '„ ' rr- ^ r. ,l .

de cette espèce d'adverbe, pris au se.as "» r^' ''" '' ■'^'""^•' ""• '»

de, difficilement, avec peine. *'• ^°* "■

I« victoire eDlre eax deux D'ètail yss incertaine; L'Albaia perça de coup) ne le trainaii qu'à peint. Coi.<<Eii.LE, Oor., IV, J,

bien vite : Émilien ne fit que paraître : la souveraine puissance fut donnée à Valérien (254), et ce vénérable vieillard y monta par toutes les dignités *. Il ne fut cruel qu'aux chrétiens. Sous lui, le pape saint Etienne, et saint Gyprien, évêque de Carthage, malgré toutes leurs disputes, qui n'avaient point rompu la communion *, reçurent tous deux la même couronne (238). L'erreur de saint Gyprien, qui rejetait le baptême donné par les hérétiques, ne nuisit ni à lui ni à l'Église. La tradition du saint- siège se soutint, par sa propre force, contre les spécieux raisonnements et contre l'autorité d'un si grand homme, encore que d'autres grands hommes défendissent la môme doctrine. Une autre dispute fit plus de mal. Sabellius confondit ensemble les trois personnes divines, et ne connut en Dieu qu'une seule personne sous trois no.iis (237). Gotte nouveauté étonna ^ l'Église; et saint Denis, évoque d'Alexandrie, découvrit au pape saint Sixte 11 les erreurs de cet hérésiarque *. Ce saint pape suivit de près au martyre saint Etienne, son prédécesseur : il eut la tête tranchée, et laissa un plus grand combat ^ à soutenir à son diacre saint Laurent.

C'est alors qu'on voit commencer l'inondation * des barbares (238). Les Bourguignons et d'autres peuples germains, les Goths, autrefois appelés les Gètes '', et d'autres peuples qui habitaient vers le Pont-Euxin et au delà du Danube, entrèrent dans l'Europe : l'Orient fut

1 . Y MONTA PAR TOUTES LES DiGxiTKS. toute la vie du chrétien esl combat, pt C'est l'expression même de Trébellius le martyre est le grand combat. Poliion, biographe de Valérien, daus 6. L'inondation. Bossuct n'hésilo pas l'Histoire Auguste : « Censor aiitfla, et à employer du premier coup le mot per (Jignitatura omnes gradus. ad maxi- figuré, qui est ici le plus juste, le seul mum in terris culmen ascendit. » juste même. Invasion dit peu pour un

2. Expression consacrée dans l'his- tel événement. Plus loin (Xl= Ep.) : toire ecclésiastique. Qui n'avaient point « L'Occident était troublé par l'inon- Tom[)ii la société des fidèles ; qui aL\:iicnl dation des barbares. » — « C'est alors pu agiter l'Église, non la rfit'z'ser.

3. Etoxna l'Église. Surprit et effraya l'Eïlise. Cf. p. 8«, n. 5.

i.Eus.eh..Hist.ecd., lib. VII, c. 6. B.

5. XJy PLDS GRAND COMBAT. Le martyre aussi, mais un martyre plus lent, plus cruel (le supplice du gril), attendait le diacre de saint Sixte, — Combat est ici Je mot propre, en langage chrétien :

proprement que commença l'inondation des barbares, o Comm. sur l'Apocalypse,

c. XVI.

7. AprELRS LES gètes. L'assimilation des Gulhs aux Gètes, peuplade scythique, est contestable, mal.ré l'autorité de l'historien des Goths, Jornandés. que suit notre auteur en cet endroit. V. Jorn.,

SUR I.'IllSTUinE UxMVERSELLE. 129

envahi par les Scythes asiatiques et par les Perses. Ceux ci défirent Valcrien, qu'ils prirent ensuite par une infidélité \ et, après lui avoir laissé achever sa vie dans un pénible esclavage, ils l'écorchèrent^ pour faire servirsa peau déchirée de monument h leur victoire. Gallien, son fils et son collègue, acheva de tout perdre par sa mollesse. Trente tyrans partagèrent l'empire (2Gi).

•Odenat, roi de Palmyre, ville ancienne, dont Salomon est le fondateur ', fut le plus illustre de tous : il sauva les provinces d'Orient des mains des barbares, et s'y fît reconnaître. Sa femme Zénobie marchait avec lui à la tête des armées, qu'elle commanda seule après sa mort, et se rendit célèbre par toute la terre pour avoir joint la chasteté avec la beauté, et le savoir avec la valeur ', Claudius II (268), et Aurélien après lui (270), rétablirent les affaires de l'empire. Pendant qu'ils abattaient les Goths avec les Germains par des victoires signalées, Zénobie conservait à ses enfants les conquêtes de leur père. Cette princesse penchait au judaïsme. Pour l'attirer, Paul de Samosate, évêque d'Antioche, homme vain et inquiet, enseigna son opinion judaïque sur la personne de Jésus-Christ *, qu'il ne faisait qu'un pur homme *. Après une longue dissimulation d'une si nouvelle doctrine, il fut convaincu et condamné au concile d'Antioche. La reine Zénobie soutint la guerre contre Auréhen, qui ne dédaigna pas de triompher® d'une femme si célèbre (273). Parmi de perpétuels combats, il sut faire

I. Par une ikfiuélité. Par le moyen ' et seq. ; Allian., De Si/nod., n. 26, 43

d'un manque de foi, d'une trahison. Cf p. 52, n. 1.

2. t Salomon bâtit Tadmor (ville des palmiers, Palmjre) au désert. » Paraît

t. l, pp. 739, 757, etc.; Theodor., ffœr. Fab., lib. II, c. 8; Niceph., lib. VI,

Page 1