‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 3)Chapitre 20 sur 74 · verts. Le pape Jean IV condamna TEcthèse · texte numérisé non relu

verts. Le pape Jean IV condamna TEcthèse

648 Constant, petit-fils d'Héraclius, soutint l'édit de

649 son aïeul par le sien, appelé Type. Le saintsiége et le pape Théodore s'opposent à cette entreprise : le pape saint Martin I assemble le concile de Latran, où il anathématise le Type et les chefs des monothélites. Saint Maxime, célèbre par tout l'Orient pour sa piété et pour sa doctrine , quitte la cour infectée de la nouvelle hérésie, reprend ouvertement les empereurs qui avaient osé prononcer sur les questions de la foi, et souffre des maux infinis pour lare-

o&o Jigion catholique. Le pape^ traîné d'exil en exil,

654 et toujours durement traité par l'empereur, meurt enfin parmi les souffrances sans se plaindre, ni se relâcher de ce qu'il doit à son ministère.

Cependant la nouvelle Église anglicane, fortifiée par les soins des papes Boni face V et Honorius, se rendait illustre par toute la terre. Les miracles y abondaient avec les vertus, comme dans les temps des apôtres; et il n'y avait rien de plus éclatant que la sainteté de

627 ses rois. Edwin embrassa, avec tout son peuple, la foi qui lui avait donné la victoire sur ses en-

634 nemis, et convertit ses voisins. Oswalde servit

d'interprète aux prédicateurs de lÉvangile; et, ^^"^ de j. c. renommé par ses conquêtes, il leur préféra la gloire d'être chrétien. Les Merciens furent con- 655 vertisparleroideNorthumberlandOswin : leurs voisins et leurs successeurs suivirent leurs pas, et leurs bonnes œuvres furent immenses. Tout périssait en Orient. Pendant que les empereurs se consument dans des disputes de religion, et inventent des hérésies, les Sarrasins pénètrent 634, 635 Fempire; ils occupent la Syrie et la Palestine; ese la sainte «ité leur est assujettie; la Perse leur es? est ouverte par ses divisions, et ils prennent ce grand royaume sans résistance. Ils entrent 64? en Afrique, en état d'en faire bientôt une de leurs provinces : l'Ile de Chypre leur obéit; et 648 ils joignent, en moins de trente ans, toutes ces conquêtes à celles de Mahomet.

L'Italie , toujours malheureuse et abandonnée, gémissait sous les armes des Lombards. Constant désespéra de les chasser, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes , il ne vint à Rome que pour en piller les trésors; les éghses ne s'en ees sauvèrent pas : il ruinalaSardaigneetlaSicile; et, devenu odieux à tout le monde, il périt de la main des siens. Sous son fils Constantin Po- ees gonat, c'est-à-dire le Barbu , les Sarrasins s'emparèrent de la Cilicie et de la Lycie. Constanti- 6?? nople assiégée ne fut sauvée que par un miracle . (^2 Les Bulgares, peuples venus de l'embouchure du Volga, se joignirent à tant d'ennemis dont l'empire était accablé, et occupèrent cette par- gts tie de la Thrace appelée depuis Bulgarie, qui était l'ancienne Mysie. L'Église anglicane en-

loG DISCOURS

Ans de j. c. fantalt de nouvelles Églises; et saint Wilfrid, évêque d'York , chassé de son siège, convertit la Frise.

Toute l'Église reçut une nouvelle lumière par 680 le concile de Constantinople , sixième général, où le pape saint Agathon présida par ses légats, et expliqua la foi catholique par une lettre admirable. Le concile frappa d'anathème un évêque célèbre par sa doctrine, un patriarche d'Alexandrie, quatre patriarches de Gonstantinople , c'est-à-dire tous les auteurs de la secte des monotJiélites, sans épargner le pape Honorius, qui les avait ménagés. Après la mort d' Agathon, qui arriva durant le concile, le pape saint Léon II en confirma les décisions, et en reçut tous les anathèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcien , entra au concile , à leur exemple ; et comme il y rendit les mêmes soumissions, il y fut honoré des mêmes titres d'orthodoxe, de religieux, de pacifique empereur, et de restau-- 683 rateur de la religion. Son fils Justinien II lui 686 succéda, encore enfant. De son temps, la foi s'étendait et éclatait vers le Nord. Saint Kilien, envoyé par le pape Conon , prêcha l'Évangile 689 dans la Franconie. Du temps du pape Serge, Ceadual, un des rois d'Angleterre, vint reconnaître en personne l'Église romaine, d'où la foi avait passé en son ile ; et , après avoir reçu le baptême par les mains du pape, il mourut selon qu'il l'avait lui-même désiré.

La maison de Clovis était tombée dans une faiblesse déplorable : de fréquentes minorités avaient donné occasion de jeter les princes dans

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une mollesse dont ils ne sortaient point étant Ansde j. c. majeurs. De là sort une longue suite de rois fainéants qui n'avaient que le nom de roi , et laissaient tout le pouvoir aux maires du palais. Sous ce titre ^ Pépin Héristel gouverna tout, et ^93 éleva sa maison à de plus hautes espérances. Par son autorité, et après le martyre de saint 695 Vigbert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venait d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert, saint Willebrod, et d'autres hommes apostoliques, répandirent l'Évangile dans les provinces voisines.

Cependant la minorité de Justinien s'était heureusement passée : les victoires de Léonce avaient abattu les Sarrasins, et rétabli la gloire de l'empire en Orient. Mais ce vaillant capitaine , ^9^ arrêté injustement et relâché mal à propos, coupa le nez à son maître, et le chassa. Ce re- ^^^ belle souffrit un pareil traitement de Tibère, nommé Absimare, qui lui-même ne dura guère, Justinien rétabli fut ingrat envers ses amis; et, ^02 en se vengeant de ses ennemis, il s'en fit de plus redoutables , qui le tuèrent. Les images de Phihppique, son successeur , ne furent pas reçues dans Rome, à cause qu'il favorisait les monothé- 741 lites, et se déclarait ennemi du concile sixième. On élut à Constantinople Anastase II, prince ca- "^is tholique, et on creva les yeux à Philippique.

En ce temps, les débauches du roi Roderic ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures : c'est ainsi qu'on appelait les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien, pour venger sa fille, dont Roderic abusait, appela ces infidèles. Ils viennent avec des troupes immenses : ce roi périt;

de j. c. l'Espagne est soumise , et Tempire des Goths y est éteint. L'Église d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve; mais comme elle s'était conservée sous les ariens^ les mahométans ne purent Tabattre. Ils la laissèrent d'abord avec assez de liberté; mais, dans les siècles suivants, il fallut soutenir de grands combats ; et la chasteté eut ses martyrs , aussi bien que la foi, sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle.

715 L'empereur Anastase ne dura guère. L'armée força Théodose III à prendre la pourpre. 11 fallut combattre : le nouvel empereur gagna la bataille, et Anastase fut mis dans un monastère.

Les Maures , maîtres de l'Espagne, espéraient s'étendre bientôt au delà des Pyrénées; mais Charles Martel, destiné à les réprimer, s'était élevé en France, et avait succédé^, quoique bâtard, au pouvoir de son père Pépin Héristel, qui laissa l'Austrasie à sa maison comme une espèce de principauté souveraine, et le commandement en Neustrie par la charge de maire du palais. Charles réunit tout par sa valeur.

716 Les affaires d'Orient étaient brouillées. Léon Isaurien , préfet d'Orient, ne reconnut pas Théodose, qui quitta sans répugnance l'empire, qu'il n'avait accepté que par force, et, retiré à Éphèse, ne s'occupa plus que des véritables grandeurs.

Les Sarrasins reçurent de grands coups durant l'empire de Léon. Ils levèrent honteuse-

718 ment le siège de Constantinople. Pelage, qui se

719 cantonna dans les montagnes d'Asturie avec ce qu'il y avait de plus résolu parmi les Goths,

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après une victoire signalée, opposa à ces infidèles un nouveau royaume , par lequel ils devaient un jour être chassés de l'Espagne. Malgré les efforts et l'armée immense d'Abdérame^, leur général, Charles Martel gagna sur eux la fa- 725 meuse bataille de Tours. 11 y périt un nombre infini de ces infidèles; et Abdérame lui-même y demeura sur la place. Cette victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les Maures, et étendit le royaume jusqu'aux Pyrénées. Alors les Gaules n'eurent presque rien qui n'obéit aux Français , et tous reconnaissaient Charles Martel. Puissant en paix , en guerre, et maître absolu du royaume , il régna sous plusieurs rois , qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titre. La jalousie des seigneurs français voulait être ainsi trompée.

La religion s'établissait en Allemagne. Le 723 prêtre saint Boniface convertit ces peuples , et en fut fait évêque par le pape Grégoire II, qui l'y avait envoyé.

L'empire était alors assez paisible; mais Léon y mit le trouble pour longtemps. Il entreprit de 726 renverser, comme des idoles , les images de Jésus-Christ et de ses saints. Comme il ne put attirera ses sentiments saint Germain, patriarche de Constantinople, il agit de son autorité; et, après une ordonnance du sénat, on lui vit d'abord briser une image de Jésus-Christ, qui était posée sur la grande porte de l'église de Constantinople. Ce fut par là que commencèrent les violences des iconoclastes, c'est-à-dire des briseimages. Les autres images que les empereurs, les

Ans de j c. évêques ettousles fidèles avaient érigées^ depuis la paix de l'Église, dans les lieux publics et particuliers, furent aussi abattues. A ce spectacle, le peuple s'émut. Les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits. Il se crut outragé en sa personne : on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisait à Jésus-Christ et à ses saints, et que, de son aveu propre, l'injure faite à l'image retombait sur l'original. L'Italie passa encore plus avant : l'impiété de l'empereur fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitprand, roi des Lombards, se servit du même prétexte pour prendre Ravenne, résidence des exarques. On nommait ainsi les gouverneurs que les empereurs envoyaient en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renversement des images; mais en même temps il s'opposait aux ennemis de l'empire, et tâchait de retenir les 730 peuples dans l'obéissance. La paix se fit avec les Lombards , et l'empereur exécuta son décret contre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara qu'en matière de religion il ne connaissait de décrets que ceux de l'Église, et souffrit beaucoup. L'empereur chassa de son siège le patriarche saint Germain, qui mourut en exil, âgé de quatre-vingt-dix ans.

739, 740 Un peu après, les Lombards reprirent les armes; et, dans les maux qu'ils faisaient souffrir au peuple romain, ils ne furent retenus que par l'autorité de Charles Martel, dont le pape Grégoire II avait imploré l'assistance.

Le nouveau royaume d'Espagne, qu'on appelait dans ces premiers temps le royaume

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cVOrviède, s'augmentait par les victoires et par la conduite d'Alphonse, gendre de Pelage, qui, à l'exemple deRecarôde, dont il était descendu, prit le nom de Catholique.

Léon mourut, et laissa l'empire, aussi bien 74i que l'Église, dans une grande agitation. Artabaze, préteur d'Arménie, se fit proclamer empereur, au lieu de Constantin Copronyme, fils de Léon, et rétablit les images.

Après la mort de Charles Martel, Luitpraiid menaça Rome de nouveau : l'exarchat de Ravenue fut en péril, et l'Italie dut son salut à la prudence du pape saint Zacharie. Constantin, embarrassé dans l'Orient, ne songeait qu'à s'é- 742 tablir ; il battit Artabaze , prit Constantinople , 743 et la remplit de supplices.

Les deux enfants de Charles Martel , Carlo- 747 man et Pépin, avaient succédé à la puissance de leur père ; mais Carloman, dégoûté du siècle, au milieu de sagrandeur et de ses victoires, embrassa la vie monastique. Parce moyen, son frère Pépin réunit en sa personne toute la puissance. Il sut la soutenir par un grand mérite, et prit le dessein de s'élever à la royauté . Childé- 7*2 rie, le plus misérable de tous les princes, lui en ouvrit le chemin, et joignit à la qualité de fainéant celle d'insensé. Les Français, dégoûtés de leurs fainéants, et accoutumés depuis tant de temps à la maison de Charles Martel, féconde en grands hommes, n'étaient plus embarrassés que du serment qu'ils avaient prêté à Childéric. Sur la réponse du pape Zacharie, ils se crurent libres, et d'autant plus dégagés du serment qu'ils avaient prêté à leur roi , que lui et ses devan-

nOSS. — UIST. UNIV.

Ans de j. c. cleps Semblaient^ depuis cent ans, avoir renoncé au droit qu'ils avaient de leur commander, en laissant attacher tout le pouvoir à la charge de maire du palais. Ainsi Pépin fut mis sur le trône , et le nom de roi fut réuni avec l'autorité.

753 Le pape Etienne ITI trouva dans le nouveau

roi le même zèle que Charles Martel avait eu pour le saint-siége contre les Lombards. Après avoir vainement imploré le secours de Tempe- 7.V1 reur, il se jeta entre lesbras des Français. Le roi le reçut en France avec respect, et voulut être sacré et couronné de sa main. En même temps il passa les Alpes, délivra Rome et Texarchat de Ravenne, et réduisit Astolphe, roi des Lombards, à une paix équitable. Cependant l'empereur faisait la guerre aux images. Pour s'appuyer de l'autorité ecclésiastique , il assembla un nombreux concile à Constantinople. On n'y vit pourtant point paraître, selon la coutume, ni les légats du saint-siége, ni les évêques ouïes légats des autres sièges patriarcaux ^ Dans ce concile, non-seulement on condamna comme idolâtrie tout l'honneur rendu aux images en mémoire des originaux, mais encore on y condamna la sculpture et la peinture comme des arts détestables \ C'était l'opinion des Sarrasins, dont on disait que Léon avait suivi les conseils quand il renversa les images. Une parut pourtant rien contre les reliques. Le concile de Copronyme ne défendit pas de les honorer, et il frappa d'anathème ceux qui refusaient d'avoir recours

' Gonc. Nie. II, act. vi; tom. vu, Goncil., col. 395. — '' Ibid., Defin. Pseudosyn. C. P., col. 458, 506.

aux prières de la sainte Vierge et des saints \ ■''' Les catholiques^ persécutés pour l'honneur qu'ils rendaient aux images^ répondaient à l'empereurqu'ils aimaient mieux endurer toute sorte d'extrémités^ que de ne pas honorer Jésus-Christ jusque dans son ombre.

Cependant Pépin repassa les Alpes ^ et châtia l'infidèle Astolphe, qui refusait d'exécuter le traité de paix. L'Église romaine ne reçut jamais un plus beau don que celui que lui fit alors ce pieux prince. Il lui donna les villes reconquises sur les Lombards^ et se moqua de Copronyme qui les redemandait^ lui qui n'avait pu les défendre. Depuis ce temps, les empereurs furent peu reconnus dans Rome : ils y devinrent méprisables parleur faiblesse, et odieux par leurs erreurs. Pépin y fut regardé comme protecteur du peuple romain et de l'Église romaine. Cette qualité devint comme héréditaire à sa maison et aux rois de France.

Charlemagne , fils de Pépin, la soutint avec autant de courage que de piété. Le pape Adrien eut recours à lui contre Didier, roi des Lombards, qui avait pris plusieurs villes, et menaçait toute l'Italie. Charlemagne passa les Alpes. Tout fléchit : Didier fut livré : les rois lombards, ennemis de Rome et des papes, furent détruits : Charlemagne se fit couronner roi d'Italie, et prit le titre de roi des Français et des Lombards. En même temps il exerça dans Rome môme l'autorité souveraine , en qualité de patrice , et confirma au saint-siége les donations du roi son père. Les empereurs avaient peine

' Ibid. Pseudosyn. C. P. Can. x et xi ; col. 523 , 527.

Ansdej. c. à réslster aux Bulgares, et soutenaient vainement contre Charlemagne les Lombards dépossédés.

La querelle des images durait toujours.

Léon IV, fils de Copronyme, semblait d'abord s'être adouci ; mais il renouvela la persécution aussitôt qu'il se crut le maître. Il mourut bien-

78(. tôt. Son fiJs Constantin, âgé de dix ans, lui succéda, et régna sous la tutelle de l'impératrice ène, sa mère. Alors les choses commencèrent

781 à changer de face. Paul , patriarche de Constantinople, déclara, sur la fm de sa vie, qu'il avait combattu les images contre sa conscience, et se retira dans un monastère, où il déplora, en présence de l'impératrice, le malheur de l'Église de Constantinople séparée des quatre sièges patriarcaux, et lui proposa la célébration d'un concile universel comme l'unique remède d'un si grand maL Taraise, son successeur, soutint que la question n'avait pas été jugée dans l'ordre, parce qu'on avait commencé par une ordonnance de l'empereur, qu'un concile tenu contre les formes avait suivie ; au lieu qu'en matière de religion, c'est au concile à commencer, et aux empereurs à appuyer le jugement de l'Église. Fondé sur cette raison, il n'accepta le patriarcat qu'à condition qu'on 7S7 tiendrait le concile universel : il fut commencé à Constantinople, et continué à Nicée. Le pape y envoya ses légats ; le concile des iconoclastes fut condamné : ils sont détestés comme gens qui, à l'exemple des Sarrasins, accusaient les chrétiens d'idolâtrie. On décida que les images seraient honorées en mémoire et pour l'amour

des originaux^ ce qui s'appelle, dans le concile, culte relatif, adoration et salutation honoraire, qu'on oppose au culte suprême, et à Vadoration de latrie, ou d'entière sujétion, que le concile réserve à Dieu seuP. Outre les légats du saintsiége , et la présence du patriarche de Constantinople, il y parut des légats des autres sièges patriarcaux opprimés alors par les infidèles. Quelques-uns leur ont contesté leur mis sion ; mais ce qui n'est pas contesté, c'est que, loin de les désavouer, tous ces sièges ont accepté le concile sans qu'il y paraisse de contradiction, et il a été reçu par toute l'Église.

Les Français, environnés d'idolâtres ou dr nouveaux chrétiens dont ils craignaient de brouiller les idées, et d'ailleurs embarrassés du terme équivoque d'adoration, hésitèrent longtemps. Parmi toutes les images, ils ne voulaient rendre d'honneur qu'à celle de la croix, absolument différente des figures, que les païens croyaient pleines de divinité. Ils conservèrent pourtant en lieu honorable, et même dans les églises, les autres images, et détestèrent les iconoclastes. Ce qui resta de diversité ne fit aucun schisme. Les Français connurent enfin que les Pères de Nicée ne demandaient pour les images que le même genre de culte, toutes proportions gardées, qu'ils rendaient eux-mêmes aux reliques, au livre de l'Évangile , et à la croix ; et ce concile fut honoré par toute la chrétienté sous le nom de septième concile général.

* Conc. Nie. II, act. vu; loni vu, Coiicil., coL 655.

Ans de .1. t

Ainsi nous avons vu les sept conciles généraux^ querOrient et l'Occident, l'Église grecque et l'Église latine,, reçoivent avec une égale révérence. Les empereurs convoquaient ces grandes assemblées par l'autorité souveraine qu'ils avaient sur tous les évoques, ou du moins sur les principaux, d'où dépendaient tous les autres, et qui étaient alors sujets de l'empire. Les voitures publiques leur étaient fournies par l'ordre des princes. Ils assemblaient les conciles en Orient, où ils faisaient leur résidence, et y envoyaient ordinairement des commissaires pour maintenir l'ordre. Les évoques ainsi assemblés portaient avec eux l'autorité du Saint- Esprit, et la tradition des Églises. Dès l'origine du christianisme, il y avait trois sièges principaux, qui précédaient tous les autres : celui de Rome, celui d'Alexandrie, et celui d'Antioche. Le concile de Nicée avait approuvé que l'évêque de la cité sainte eût le même rang^ Le second et le quatrième concile élevèrent le siège de Constantinople, et voulurent qu'il fût le second^. Ainsi il se fit cinq sièges, que dans la suite des temps on appela patriarcaux. La préséance leur était donnée dans le concile. Entre ces sièges, le siège de Rome était toujours regardé comme le premier, et le concile de Nicée régla les autres sur celui-là^ Il y avait aussi desévèques métropolitains qui étaient les chefs des provinces, et qui précédaient les autres évoques. On commença assez tard à les appeler

' Conc. Nie. Can. vu ; tom. ii Conc, col. 31. — ^ Conc. G. P. 1. Can. III, ibid.,col. 948. Conc. Chalced. Can. xxviii; tom. I , col. 769. — ' Conc. Nie. Can. vi ; ubi sup.

archevêques; mais leur autorité n'en était pas '^"^ ''^ ^- ^ moins reconnue. Quand le concile était formé, on proposait TÉcriture sainte; on lisait les passages des anciens Pères témoins de la tradition : c'était la tradition qui interprétait TÉcriture : on croyait que son vrai sens était celui dont les siècles passés étaient convenus, et nul ne croyait avoir droit de l'expliquer autrement. Ceux qui refusaient de se soumettre aux décisions du concile étaient frappés d'anathème. Après avoir expliqué la foi, on réglait la discipline ecclésiastique, et on dressait les canons, c'està-dire les règles de l'Église. On croyait que la foi ne changeait jamais, et qu'encore que la discipline pût recevoir divers changements, selon les temps et selon les lieux, il fallait tendre, autant qu'on pouvait, à une parfaite imitation de l'antiquité. Au reste, les papes n'assistèrent que par leurs légats aux premiers conciles généraux; mais ils en approuvèrent expressément la doctrine, et il n'y eut dans l'Église qu'une seule foi.

Constantin et Irène firent religieusement exé- '87 cuter les décrets du septième concile : mais le reste de leur conduite ne se soutint pas. Le jeune prince , à qui sa mère lit épouser une femme qu'il n'aimait point, s'emportait à des amours déshonnètes; et, las d'obéir aveuglément à une mère si impérieuse, il tâchait de l'éloigner des affaires, où elle se maintenait malgré lui.

Alphonse le Chaste régnait en Espagne. La 793 continence perpétuelle que garda ce prince lui mérita ce beau titre, et le rendit digne d'affranchir l'Espagne de l'infâme tribut de cent

Ans de j. c. fiHes^ quB soii oncle Mauregat avait accordé aux Maures. Soixante et dix mille de ces infidèles tués dans une bataille, avec Mugait leur général, firent voir la valeur d'Alphonse.

Constantin tâchait aussi de se signaler contre les Bulgares; mais les succès ne répondaient pas à son attente. Il détruisit à la fin tout le pouvoir d'Irène; et, incapable de se gouverner lui-même autant que de souffrir Tempire d'autrui, il répudia sa femme Marie, pour épouser Théodote, qui était à elle. Sa mère irritée fomenta les troubles que causa un si grand scandale. Constantin périt par ses artifices. Elle gagna le peuple en modérant les impôts, et mit dans ses intérêts les moines avec le clergé par une piété apparente. Enfin elle fut reconnue seule impératrice.

Les Romains méprisèrent ce gouvernement, et se tournèrent à Charlemagne, qui subjuguait les Saxons, réprimait les Sarrasins, détruisait les hérésies , protégeait les papes , attirait au christianisme les nations infidèles, rétablissait les sciences et la discipline ecclésiastique, assemblait de fameux conciles où sa profonde doctrine était admirée, et faisait ressentir nonseulement à la France et à l'Italie , mais encore à l'Espagne', à l'Angleterre, à la Germanie, et partout, les effets de sa piété et de sa justice.

' Var. Édition de 1681 : Mais à TEspagne.

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