ONZIÈME ÉPOQUE
CONSTANTIN, OU LA PAIK DE l'ÉGLISE.
Cette célèbre déclaration de Constantin arriva Tan 312 de Notre-Seigneur. Pendant qu'il assiégeait Maxence dans Rome , une croix lumineuse lui parut en Tair devant tout le monde, avec une inscription qui lui promettait la victoire : la même chose lui est confirmée dans un songe. Le lendemain, il gagna cette célèbre bataille qui défit Rome d'un tyran, et TÉglise d'un persécuteur. La croix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire.
313 Un peu après, Maximin fut vaincu par Licinius, qui était d'accord avec Constantin; et il fit une fin semblable à celle de Galérius. La paix fut donnée à l'Église. Constantin la com-
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bla d'honneurs*. La victoire le suivit partout, et les barbares furent réprimés, tant par lui que par ses enfants. Cependant Licinius se brouille avec lui, et renouvelle la persécution. Battu par mer et par terre, il est contraint de quitter Tempire, et enfin de perdre la vie.
En ce temps, Constantin assembla à Nicée en 320 Bithynie le premier concile général, où trois cent dix-huit évêques, qui représentaient toute l'Église, condamnèrentle prêtre Arius, ennemi de la divinité du Fils de Dieu, et dressèrent le Symbole où la consubstantialité du Père et du Fils est établie. Les prêtres de TÉglise romaine, envoyés par le pape saint Silvestre , précédèrent tous les évêques dans cette assemblée; et un ancien auteur grec ^ compte parmi les légats du saint-siége le célèbre Osius, évêque de Cordoue, qui présida au concile. Constantin y prit sa séance , et en reçut les décisions comme un oracle du ciel. Les ariens cachèrent leurs erreurs, et rentrèrent dans ses bonnes grâces en dissimulant.
Pendant que sa valeur maintenait Tempire 326 dans une souveraine tranquillité, le repos dans sa famille fut troublé par les artifices de Fauste sa femme. Crispe, fils de Constantin, mais d'un autre mariage, accusé par cette marâtre de l'avoir voulu corrompre, trouva son père inflexible. Sa mort fut bientôt vengée. Fauste, convaincue, fut suffoquée dans le bain. Mais Constantin, déshonoré par la malice de sa
* Var. Édition de 1681 : La combla d'honneurs et de bien? ^ Gel. Cyzic. Hist. Conc. Nic.,lib. 11, cap. 6, 27; Conc, Labb.,tom. 11, col. 158, 227.
Ans de j. c. femmC;, reçut en même temps beaucoup d'honneur par la piété de sa mère. Elle découvrit, dans les ruines de l'ancienne Jérusalem, la vraie croix, féconde en miracles. Le saint sépulcre fut aussi trouvé. La nouvelle ville de Jérusalem, qu'Adrien avait fait bâtir ; la grotte où était né le Sauveur du monde , et tous les saints lieux, furent ornés de temples superbes 330 par Hélène et par Constantin. Quatre ans après , Tempereur rebâtit Byzance , qu'il appela Constantinople, et en fit le second siège de Tempire.
L'Église, paisible sous Constantin, fut cruellement affligée en Perse. Une infinité de mar-
336 tyrs signalèrent leur foi. L'empereur tâcha en vain d'apaiser Sapor, et de l'attirer au christianisme. La protection de Constantin ne donna aux chrétiens persécutés qu'une favorable re-
337 traite. Ce prince, béni de toute l'Église, mourut plein de joie et d'espérance, après avoir partagé l'empire entre ses trois fils, Constantin, Constance et Constant. Leur concorde fut bien-
340 tôt troublée. Constantin périt dans la guerre qu'il eut avec son frère Constant pour les limites de leur empire. Constance et Constant ne furent guère plus unis. Constant soutint la foi de Nicée , que Constance combattait. Alors l'Église admira les longues souffrances de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie et défenseur du concile de Nicée. Chassé de son siège par Constance, il fut rétabli canoniquement
S41 parle pape saint Jules I, dont Constant appuya le décret *. Ce bon prince ne dura guère. Le ^ Socr., Hist.eccles., lib. ii, c. 15; Sozim., lib. m, c. 8.
tyran Magnence le tua par trahison : mais tôt '^"^ ^^ ^- ^• après, vaincu par Constance, il se tua lui- 351 même.
Dans la bataille où ses affaires furent ruinées, 353 Valens , évêque arien , secrètement averti par ses amis, assura Constance que l'armée du tyran était en fuite, et fit croire au faible empereur qu'il le savait par révélation. Sur cette fausse révélation, Constance se livre aux ariens. Les évèques orthodoxes sont chassés de leurs sièges; toute rÉglise est remplie de confusion et de trouble ; la constance du pape Libère cède aux ennuis de Texil; les tourments font succomber le vieil Osius , autrefois le soutien de l'Église. 35- Le concile de Ri mi ni, si ferme d'abord, fléchit 359 à la lin par surprise et par violence : rien ne se fait dans les formes; l'autorité de l'empereur est la seule loi : mais les ariens, qui font tout par là, ne peuvent s'accorder entre eux, et changent tous les jours leur symbole ; la foi de Nicée subsiste; saint Athanase et saint Hilaire, évéque de Poitiers, ses principaux défenseurs, se rendent célèbres par toute la terre.
Pendant que l'empereur Constance, occupé des affaires de l'arianisme, faisait négligemment celles deTempire, les Perses remportèrent de grands avantages. Les Allemands et les 357,358,359 Francs tentèrent de toutes parts l'entrée des Gaules : Julien, parent de l'empereur, les arrêta et les battit. L'empereur lui-même défit les Sarmates, et marcha contre les Perses. Là pa- sgo ralt la révolte de Julien contre l'empereur, son sei apostasie, la mort de Constance, le règne de Julien, son gouvernement équitable , et le nou-
Ans de J. C,
veau genre de persécution qu'il fit souffrir à l'Église. Il en entretint les divisions; il exclut les chrétiens non-seulement des honneurs, mais des études; et, en imitant la sainte discipline de l'Église, il crut tourner contre elle ses propres armes. Les supplices furent ménagés, et ordonnés sous d'autres prétextes que celui de la religion. Les chrétiens demeurèrent fidèles à leur empereur : mais la gloire, qu'il cher-
363 chait trop, le lit périr; il fut tué dans la Perse, où il s'était engagé témérairement. Jovien, son
364 successeur, zélé chrétien, trouva les affaires désespérées, et ne vécut que pour conclure une paix honteuse.
366 à 371 Après lui, Valentinien fit la guerre en grand capitaine : il y mena son fils Gratien dès sa première jeunesse, maintint la discipline militaire, battit les barbares, fortifia les frontières de l'empire, et protégea en Occident la foi de Nicée. Valens son frère, qu'il fit son collègue , la persécutait en Orient; et, ne pouvant gagner ni abattre saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, il désespérait de la pouvoir vaincre, Quelques ariens joignirent de nouvelles erreurs aux anciens dogmes de la secte. Aërius, prêtre arien, est noté dans les écrits des saints Pères comme fauteur d'une nouvelle hérésie *, pour avoir égalé la prêtrise à l'épiscopat, et avoir *ugé inutiles les prières et les oblations que toute l'Église faisait pour les morts. Une troisième erreur de cet hérésiarque était de compter parmi les servitudes de la loi fobservance
^ Epiph., lib. III, haer. lxxv; tom. i, p. 906; Aug., hœr. LUI ; tom. VIII , col. 18.
de certains jeûnes marqués, et de vouloir que ^"'^'^ ■'• ^• le jeûne fût toujours libre. Il vivait encore quand saint Épiphane se rendit célèbre par son Histoire des hérésies, où il est réfuté avec tou? les autres. Saint Martin fut fait évêque deTours, 37r> et remplit tout l'univers du bruit de sa sainteté et de ses miracles, durant sa vie et après sa mof* t. Valentinien mourut après un discours violent qu'il fit aux ennemis de l'empire; son impétueuse colère, qui le faisait redouier des autres, lui fut fatale à lui-même. Son su cesseur Gratien vit sans envie l'élévation de son jeune frère Valentinien II , qu'on fit empereur, encore qu'il n'eûtque neuf ans. Sa mère Justine, protectrice des ariens, gouverna durant son bas âge.
On voit ici en peu d'années de merveilleux événements : la révolte des Goths contre Valens ; ce prince quitter les Perses pour réprimer les 377 rebelles ; Gratien accourir à lui après avoir rem- 378 porté une victoire signalée sur les Allemands. Valens, qui veut vaincre seul, précipite le combat, où il est tué auprès d'Andrinople ; les Goths victorieux le brûlent dans un village où il s'était retiré. Gratien, accablé d'affaires, associe 379 à l'empire le grand Théodose, et lui laisse l'Orient. Les Goths sont vaincus :tous les barbares sont tenus en crainte; et, ce que Théodose n'estimait pas moins, les hérétiques macédoniens, qui niaient la divinité du Saint-Esprit, sont condamnés au concile de Constantinople. Il ne ssi s'y trouva que l'Église grecque : le consentement de tout l'Occident, et du pape saint Damase, le fit appeler second concile général.
Pendant que Théodose gouvernait avec tant
Ans de J. C
de force et tant de succès, Gratien, qui n'était pas moins vaillant ni moins pieux, abandonné
383 de ses troupes, toutes composées d'étrangers , fut immolé au tyran Maxime. L'Église et l'em- 386, 387 pire pleurèrent ce bon prince. Le tyran régna dans les Gaules , et sembla se contenter de ce partage. L'impératrice Justine publia, sous le nom de son fds, des édits en faveur de l'arianisme. Saint Ambroise, évêque de Milan, ne lui opposa que la saine doctrine , les prières et la patience, et sut, par de telles armes, non-seulement conserver à l'Église les basiliques que les hérétiques voulaient occuper, mais encore lui gagner le jeune empereur. Cependant Maxime remue; et Justine ne trouve rien de plus fidèle que le saint évêque, qu'elle traitait de rebelle. Elle l'envoie au tyran, que ses discours ne peuvent fléchir. Le jeune Yalentinien est contraint de prendre la fuite avec sa mère. Maxime se rend maître à Rome, où il rétablit les sacrifices des faux dieux, par complaisance pour le sénat, presque encore tout
388 païen. Après qu'il eut occupé tout l'Occident, et dans le temps qu'il se croyait le plus paisible, Théodose, assisté des Francs, le défit dans la Pannonie, l'assiégea dans Aquilée, et le laissa tuer par ses soldats. Maître absolu des deux empires, il rendit celui d'Occident à Valentinien, qui ne le garda pas longtemps. Ce jeune prince éleva et abaissa trop Arbogaste, un capitaine des Francs, vaillant, désintéressé, mais capable de maintenir par toute sorte de crimes le pouvoir qu'il s'était acquis sur les troupes. 11 éleva le tyran Eugène, qui ne savait que dis-
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courir^ et tua Valentinien , qui ne voulait plus '^"' ^^•'•' avoir pour maître le superbe Franc. Ce coup 392 détestable fut fait dans les Gaules^ auprès de Vienne. Saint Anibroise^ que le jeune empereur avait mandé pour recevoir de lui le baptême^ déplora sa perte, et espéra bien de son salut. Sa mort ne demeura pas impunie. Un miracle visible donna la victoire à Théodose sur Eugène, et sur les faux dieux dont ce tyran avait rétabli le culte. Eugène fut pris : il fallut le sac ri- 394 fier à la vengeance publique, et abattre la rébellion par sa mort. Le fier Arbogaste se tua lui-même, plutôt que d'avoir recours à la clémence du vainqueur, que tout le reste des rebelles venait d'éprouver.
Théodose, seul empereur, fut la joie et Tadmiration de tout l'univers. Il appuya la religion ; il fit taire les hérétiques; il abolit les sacrifices impurs des païens; il corrigea la mollesse et répri ma les dépenses superflu es . Il avo ua 390 humblement ses fautes, et il en fit pénitence. Il écouta saint Ambroise, célèbre docteur de l'Église, qui le reprenait de sa colère, seul vice d'un si grand prince. Toujours victorieux, jamais il ne fit la guerre que par nécessité. Il rendit les peuples heureux, et mourut en 395 paix, plus illustre par sa foi que par ses victoires.
De son temps, saint Jérôme, prêtre retiré 386, 337 dans la sainte grotte de Bethléem, entreprit des travaux immenses pour expliquer rÉcriture, en lut tous les interprètes, déterra toutes les histoires saintes et profanes qui la peuvent éclaircir, et composa, sur l'original hébreu, la
Ans de ,r. c. vcrsioii de la Bible que toute TÉglise a reçue sous le nom de Vulgate.
L'empire^ qui paraissait invincible sous Théodose, changea tout à coup sous ses deux fils. Arcade eut TOrient, et Honorius l'Occident : tous deux gouvernés par leurs ministres, ils firent servir leur puissance à des intérêts par- 395 ticuliers. Rufin et Eutrope, successivement favoris d'Arcade, et aussi méchants runquel'au- 399 tre, périrent bientôt ; et les affaires n'en allèrent pas mieux sous un prince faible. Sa femme 403, 404 Eudoxe lui fitpersécuter saint Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople, et la lumière de l'Orient. Le pape saint Innocent, et tout l'Occident, soutinrent ce grand évêque contre Théophile, patriarche d'Alexandrie, ministre des 406 et soiv. violences de l'impératrice. L'Occident était troublé par l'inondation des barbares. Radagaise, Gothet païen, ravagea l'Italie. Les Vandales, nation gothique et arienne, occupèrent une partie de la Gaule , et se répandirent dans l'Espagne. Alaric, roi des Visigoths, peuples ariens, contraignit Honorius à lui abandonner ces grandes provinces déjà occupées par les Vandales. Stilicon, embarrassé de tant de barbares, les bat, les ménage, s'entend et rompt avec eux, sacrifie tout à son intérêt, et conserve néanmoins l'empire qu'il avait dessein d'usurper.
408 Cependant Arcade mourut, et crut l'Orient
si dépourvu de bons sujets , qu'il mit son fils Théodose, âgé de huit ans, sous la tutelle d'Isdegerde, roi de Perse. Mais Pulchérie, sœur du jeune empereur, se trouva capable des
SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. ui
grandes affaires. L'empire de Théodose se sou- ^"' '^'^ •^- ^ tint par la prudence et par la piété de cette princesse.
Celui d'Honorius semblait proche de sa ruine. Il fit mourir Stilicon , et ne sut pas remplir la place d'un si habile ministre. La révolte de 409 Constantin, la perte entière de la Gaule et de l'Espagne, la prise et le sac de Rome par les ar- 41^ mes d'Alaric et des Visigoths, furent la suite de la mort de Stilicon. Ataulphe, plus furieux qu'Alaric, pilla Rome de nouveau, et il ne songeait qu'à abolir le nom romain; mais, pour le bonheur de l'empire, il prit Placidie, sœur de l'empereur. Cette princesse captive , qu'il épousa , l'adoucit. Les Goths traitèrent avec les Romains, et s'établirent en Espagne, en se ré- 413 servant dans les Gaules les provinces qui tiraient ^i 1 1, 415 vers les Pyrénées. Leur roi Vallia conduisit sagement ces grands desseins. L'Espagne montra sa constance ; et sa foi ne s'altéra pas sous la domination de ces ariens.
Cependant les Bourguignons, peuples germains, occupèrent le voisinage du Rhin, d'où peu à peu ils gagnèrent le pays qui porte encore leur nom. Les Francs ne s'oublièrent pas : résolus de faire de nouveaux efforts pour s'ou- 420 vrir les Gaules, ils élevèrent à la royauté Pharamond, fils de Marcomir; et la monarchie de France, la plus ancienne et la plus noble de toutes celles qui sont au monde, commença sous lui.
Le malheureux Honorius mourut sans enfants, et sans pourvoir à l'empire. Théodose 424 nomma empereur son cousin Valentinien III,
Ans (le j. c. fjjg ^q Placldle et de Constance, son second mari, et le mit durant son bas âge sous la tutelle de sa mère, à qui il donna le titre d'impératrice.
411, 413 En ces temps, Célestius et Pelage nièrent le péché originel, et la grâce par laquelle nous sommes chrétiens. Malgré leurs dissimulations^
416 les conciles d'Afrique les condamnèrent. Les
417 papes saint Innocent et saint Zozime, que le pape saint Célestin suivit depuis, autorisèrent la condamnation, et retendirent par tout l'univers. Saint Augustin confondit ces dangereux hérétiques, et éclaira toute l'Église par ses admirables écrits. Le même Père, secondé de saint Prosper son disciple , ferma la bouche aux demi-pélagiens, qui attribuaient le commencement de la justification et de la foi aux seules forces du libre arbitre.
Un siècle si malheureux à Fempire , et où il s'éleva tant d'hérésies, ne laissa pas d'être heureux au christianisme . Nul trouble ne l' ébranla, nulle hérésie ne le corrompit. L'Église, féconde en grands hommes, confondit toutes les erreurs . Après les persécutions, Dieu se plut à faire éclater la gloire de ses martyrs : toutes les histoires et tous les écrits sont pleins des miracles que leur secours imploré, et leurs tombeaux 406 honorés, opéraient par toute la terrée Vigilance, qui s'opposait à des sentiments si reçus, réfuté par saint Jérôme, demeura sans suite. La foi chrétienne s'affermissait, et s'étendait
' Hier. cont. Vigil., t. iv, part, ii, col. 282 et seq.; Gennad., de Script, eccl.
tous les jours. Mais l'empire crOccident n'en ^"^ ^^ '• ^ pouvait plus. Attaqué par tant d'ennemis, il fut encore affaibli par les jalousies de ses généraux. Par les artifices d'Aétius, Boniface, comte d'Afrique, devint suspect à Placidie. Le ^27 comte maltraité fit venir d'Espagne Genséric et les Vandales, que les Goths en chassaient, et se repentit trop tard de les avoir appelés. L'Afrique fut ôtée à l'empire.
L'Église souffrit des maux infinis par la violence de ces ariens, et vit couronner une infinité de martyrs. Deux furieuses hérésies s'éle- 429 vèrent : Nestorius, patriarche de Constantinople, divisa la personne de Jésus-Christ; et vingt ans après, Eutychès, abbé, en confondit les deux natures. Saint Cyrille , patriarche d'A- 430 lexandrie, s'opposa à Nestorius, qui fut condamné par le pape saint Célestin. Le concile isi d'Éphèse, troisième général, en exécution de cette sentence, déposa Nestorius, et confirma le décret de saint Célestin, que les évêques du concile appellent leur père dans leur définition*. La sainte Vierge fut reconnue pour mère de Dieu, et la doctrine de saint Cyrille fut célébrée par toute la terre. Théodose, après quelques embarras, se soumit au concile, et bannit Nestorius. Eutychès, qui ne put combattre 448 cette hérésie qu'en se jetant dans un autre excès, ne fut pas moins fortement rejeté. Le pape saint Léon le Grand le condamna et le réfuta tout ensemble, par une lettre qui fut révérée dans tout l'univers. Le concile de Chalcé- 4ci
• Part. IIConc.Eph. act. I. Sent, depos. Nestor., tom.ui, Conc. Lab., col. 533.
dej. c. (Joine, quatrième général, où ce grand pape tenait la première place, autant par sa doctrine que par l'autorité de son siège, anathématisa Eutychès, et Dioscore, patriarche d'Alexandrie, son protecteur. La lettre du concile à saint Léon fait voir que ce pape y présidait par ses légats , comme le chef à ses membres ' . L'empe^ reur Marcien assista lui-même à cette grande assemblée, à l'exemple de Constantin, et en reçut les décisions avec le même respect. Un peu auparavant , Pulchérie l'avait élevé à l'empire en l'épousant. Elle fut reconnue pour impératrice après la mort de son frère, qui n'avait point laissé de fils. Mais il fallait donner un maître à l'empire : la vertu de Marcien lui procura cet honneur. Durant le temps de ces deux conciles, Théodoret, évêque de Cyr, se rendit célèbre et sa doctrine serait sans tache, si les écrits violents qu'il publia contre saint Cyrille n'avaient eu besoin de trop grands éclaircissements. Il les donna de bonne foi, et fut compté parmi les évêques orthodoxes.
Les Gaules commençaient à reconnaître les Francs. Aétius les avait défendues contre Pharamond et contre Clodion le Chevelu : mais Mérovée fut plus heureux, et y fit un plus solide établissement, à peu près dans le même temps que les Anglais, peuples saxons, occupèrent la Grande-Bretagne. Ils lui donnèrent leur nom, et y fondèrent plusieurs royaumes.
Cependant les Huns , peuples des Palus-Méotides, désolèrent tout l'univers avec une ar-
' llelat. S. Syn. Chalc. ad Léon. Gonc. part. III; tom. iv col. 837.
SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE. i4o
mée immense, sous la conduite d'Attila leur Ans de j. c roi, le plus affreux de tous les hommes. Aétius, qui le défit dans les Gaules, ne put l'empêcher de ravager l'Italie. Les îles de la mer Adriati- /.52 que servirent de retraite à plusieurs contre sa fureur. Venise s'éleva au milieu des eaux. Le pape saint Léon, plus puissant qu'Aétius et que les armées romaines, se fit respecter par ce roi barbare et païen , et sauva Rome du pillage : mais elle y fut exposée bientôt après , par les débauches de son empereur Valentinien.Maxi- 4S5, 455 me, dont il avait violé la femme, trouva le moyen de le perdre, en dissimulant sa douleur, et se faisant un mérite de sa complaisance. Par ses conseils trompeurs , Taveugle empereur fît mourir Aétius, le seul rempart de Tempire. Maxime, auteur du meurtre, en inspire la ven* geance aux amis d' Aétius , et fait tuer l'empereur. Il monte sur le trône par ces degrés, et contraint l'impératrice Eudoxe , fille de Théodose le Jeune, à l'épouser. Pour se tirer de ses mains, elle ne craignit point de se mettre en celles de Genseric. Rome est en proie au barbare : le seul saint Léon Tempêche d'y mettre tout à feu et à sang : le peuple déchire Maxime, et ne reçoit dans ses maux que cette triste consolation.
Tout se brouille en Occident : on y voit plusieurs empereurs s'élever, et tomber presque en même temps. Majorien fut le plus illustre. Avitus soutint mal sa réputation , et se sauva par ^ '^^ un évêché. On ne put plus défendre les Gaules 407 contre Mérovée, ni contre Childéric son lils : mais le dernier pensa périr par ses débauches
BOSS. — HIST. LMV. 10
Ans de j. c. g^ ggg g^jets le chassèrent^ un fidèle ami qui 458 lui resta le fit rappeler. Sa valeur le fit craindre 465 de ses ennemis, et ses conquêtes s'étendirent bien avant dans les Gaules. L'empire d'Orient 474 était paisible sous Léon Thracien, successeur 47 5 de Marcien , et sous Zenon, gendre et succes- 476 seur de Léon. La révolte de Basil isque, bientôt opprimé, ne causa qu'une courte inquiétude à cet empereur; mais l'empire d'Occident périt sans ressource. Auguste qu'on nomme Augustule, fils d'Oreste, fut le dernier empereur reconnu à Rome; et incontinent après il fut dépossédé par Odoacre, roi des Hérules. C'étaient des peuples venus du Pont-Euxin, dont la domination ne fut pas longue.
En Orient, l'empereur Zenon entreprit de se signaler d'une manière inouïe. 11 fut le premier des empereurs qui se mêla de régler les questions de la foi. Pendant que les demi-eutychiens 482 s'opposaient au concile de Chalcédoine, il publia contre le concile son Hénotique, c'est-àdire son décret d'union, détesté par les catho- 483 liques, et condamné par le pape Félix ïll. Les Hérules furent bientôt chassés de Rome par 490, 491 Théodoric, roi des Ostrogotlis, c'est-à-dire Goths orientaux^ qui fonda le royaume d'Italie, et laissa, quoique arien, un assez libre exercice à
492 la religion catholique. L'empereur Anastase la troublait en Orient. 11 marcha sur les pas de Zenon, son prédécesseur, et appuya les héréti-
493 ques. Par là il aliéna les esprits des peuples, et ne put jamais les gagner, même en ôtant des impôts fâcheux. L'Italie obéissait à Théodoric. Odoacre, pressé dans Ravenne^ tâcha de se
sauver par un traité que Théodoric n'observa ^nsde j, c. pas ; et les Hérules furent contraints de tout abandonner. Théodoric , outre l'Italie , tenait encore la Provence. De son temps , saint Benoit, 494 retiré en Italie dans un désert, commençait, dès ses plus tendres années, à pratiquer les saintes maximes dont il composa depuis cette belle règle que tous les moines d'Occident reçurent avec le même respect que les moines d'Orient ont pour celle de saint Basile.
Les Romains achevèrent de perdreles Gaules par les victoires de Glovis, fils de Childéric. Il gagna aussi sur les Allemands la bâtai lie de Toi- 495 biac, par le vœu qu'il fit d'embrasser la religion chrétienne, à laquelle Glotilde sa femme ne cessait de le porter. Elle était de la maison des rois de Bourgogne, et catholique zélée, encore que sa famille et sa nation fût arienne. Glovis, instruit par saint Vaast, fut baptisé à Reims, avec ses Français, par saint Remy, évêque de cette ancienne métropole. Seul de tous les princes du monde, il soutint la foi catholique, et mérita le titre de très-chrétien à ses successeurs. Par la bataille où il tua de sa propre main Alaric , roi des Visigoths, Tolose * et l'Aquitaine furent jointes à soe son royaume. Mais la victoire des Ostrogoths 507 l'empêcha de tout prendre jusqu'aux Pyré- sos nées, et la fin de son règne ternit la gloire des 510 commencements. Ses quatre enfants partagèrent le royaume, et ne cessèrent d'entreprendre les uns sur les autres. Anastase mourut frappé du foudre.
'■ Aujourd'hui Toulouse. {Édit. de Vers.)
Ans de j. c Justiiî, de basse naissance^ mais habile et très- 518 catholique, fut fait empereur par le sénat. 11 se soumit, avec tout son peuple, aux décrets du pape saint Hormisdas, et mit lin aux troubles ^26 de l'Église d'Orient. De son temps, Boëce, * homme célèbre par sa doctrine aussi bien que par sa naissance, et Symmaque son beau-père, tous deux élevés aux charges les plus éminentes, furent immolés aux jalousies de Théodoric, qui les soupçonna sans sujet de conspirer contre l'État. Le roi, troublé de son crime, crut voir la tète de Symmaque dans un plat qu'on lui servait, et mourut quelque temps après. Amalasonte, sa fille, et mère d'xVtalaric, qui devenait roi par la mort de son aïeul, est empêchée par les Goths de faire instruire le jeune prince comme méritait sa naissance; et, contrainte de l'abandonner aux gens de son âge, elle voit qu'il se perd sans pouvoir y apporter de remède.
527 L'année d'après, Justin mourut, après avoir
associé à l'empire son neveu Justinien, dont le long règne est célèbre par les travaux de Tribonien , compilateur du droit romain , et par les exploits deBélisaire et de l'eunuque Narsès. Ces deux fameux capitaines réprimèrent les 529,530, etc. Perscs, défirent les Ostrogothset les Vandales, 533, 534 rendirent à leur maître l'Afrique, l'Italie et 552, 553 Rome : mais l'empereur, jaloux de leur gloire, sans vouloir prendre part à leurs travaux, les embarrassait toujours plus qu'il ne leur donnait d'assistance.
Le royaume de France s'augmentait. Après
une longue guerre, Childebert etClotaire, en-
532 fantsdeClovis, conquirent le royaume deBour-
gogne, et en môme temps immolèrent à leur ^"^ '^^ ^•^* ambition les enfants mineurs de leur frère Clodomir^ dont ils partagèrent entre eux le royaume. Quelque temps après, et pendant que Bélisaire attaquait si vivement les Ostrogoths, ce qu'ils avaient dans les Gaules fut abandonné aux Français. La France s'étendait au delà du Rhin ; mais les partages des princes , qui faisaient autant de royaumes, Fempêchaient d'être réunie sous une même domination. Ses principales parties furent la Neustrie, c'est-à-dire la France occidentale; et l'Austrasie, c'est-à-dire la France orientale.
La même année que Rome fut reprise par 553 Narsès, Justinien fit tenir à Constantinople le cinquième concile général, qui confirma les précédents, et condamna quelques écrits favorables à Nestorius. C'est ce qu'on appelait les trois Chapitres, à cause des trois auteurs, déjà morts il y avait longtemps, dont il s'agissait alors. On condamna la mémoire et les écrits de Théodore, évêque de Mopsueste, une lettre d'Ibas, évêque d'Édesse; et, parmi les écrits de Théodoret, ceux qu'il avait composés contre saint Cyrille. Les livres d'Origêne, qui troublaient tout l'Orient depuis un siècle, furent aussi réprouvés. Ce concile, commencé avec de mauvais desseins, eut une heureuse conclusion , et fut reçu du saint-siége , qui s'y était opposé d'abord.
Deux ans après le concile , Narsès , qui avait 555 ôté l'Italie aux Goths, la défendit contre les Français, et remporta une pleine victoire sur Bucelin , général des troupes d'Austrasie. Mal-
Ans de j. c. gré tous CCS avantages , Tltalie ne demeura 568 guère aux empereurs. Sous Justin 11^ neveu de Justin ien^ et après la mort de Narsès^ le royaume de Lombardie fut fondé par Alboïn. Il prit Milan et Pavie : Rome et Ravenne se sauvèrent à 570 571 peine de ses mains, et les f^ombards firent souffrir aux Romains des maux extrêmes. Rome fut 574 mal secourue par ses empereurs, que les Avares, nation scythique, les Sarrasins, peuples d'Arabie, et les Perses plus que tous les autres, tourmentaient de tous côtés en Orient. Justin, qui ne croyait que lui-même et ses passions, fut toujours battu par les Perses et par leur roi Chosroès. Il se troubla de tant de pertes, jusqu'à tomber en frénésie. Sa femme Sophie sou- 579 tint Tempire. Le malheureux prince revint trop tard à son bon sens, et reconnut en mourant la £80 malice de ses flatteurs. Après lui, Tibère II, qu'il avait nommé empereur, réprima les ennemis , soulagea les peuples, et s'enrichit par ses aumônes. Les victoires de Maurice Gappadocien, général de ses armées , firent mourir de dépit 531 le superbe Chosroès. Elles furent récompensées 583 de l'empire, que Tibère lui donna en mourant, avec sa fille Constantine.
En ce temps, Tambi tieuseFrédégonde, femme du roi Chilpéric I, mettait toute la France en combustion, et ne cessait d'exciter des guerres cruelles entre les rois français.
Au milieu des malheurs de Tltalie, et pendant que Rome était affligée d'une peste épouvantable, saint Grégoire le Grand fut élevé, malgré lui, sur le siège de saint Pierre. Ce grand pape apaise la peste par ses prières;
SUR L'HTSTOIRE UNIVERSELLE. 151
instruit les empereurs, et tout ensemble leur Ansdej. c. fait rendre l'obéissance qui leur est due; console l'Afrique, et la fortifie; confirme en Espagne les Visigoths convertis de Tarianisme, et Recarède le Catholique, qui venait de rentrer au sein de l'Église; convertit l'Angleterre; réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre; fléchit les Lombards; sauve Rome et l'Italie , que les empereurs ne pouvaient aider; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Gonstantinople; éclaire toute l'Église par sa doctrine; gouverne l'Orient et rOccident avec autant de vigueur que d'humilité; et donne au monde un parfait modèle du gouvernement ecclésiastique.
L'histoire de l'Église n'a rien de plus beau 59" que l'entrée du saint moine Augustin dans le royaume de Kent avec quarante de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de l'iniaqe du grand roi notre Seigneur Jésus-Christ, faisaient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre \* Saint Grégoire, qui les avait envoyés, les instruisait par des lettres véritablement apostoliques, et apprenait à saint Augustin à trembler parmi les miracles continuels que Dieu faisait par son ministère ^ . Berthe, pri ncesse de France, attira au christianisme le roi Edhilbert, son mari. Les rois de France et la reine Brunehaut protégèrent la nouvelle mission. Les évêques de France entrèrent dans cette bonne
' Beda, Hist. angl., lib. T, cap. 25. — ^ Gregor., lib. ix, epist. Lviii ; nunc lib. xi , ind. 4 , ep. xxviii , tom. ii , col.
dej. c. œuvre, et ce furent eux qui, par l'ordre du 601 pape, sacrèrent saint Augustin . Le renfort que 604 saint Grégoire envoya au nouvel évêque produisit de nouveaux fruits; et l'Église anglicane prit sa forme. L'empereur Maurice, ayant éprouvé la fidélité du saint pontife , se corrigea par ses avis, et reçut de lui cette louange si digne d'un prince chrétien , que la bouche des hérétiques n'osait s'ouvrir de son temps. Un si pieux empereur fit pourtant une grande faute.
601 Un nombre infini de Romains périrent entre les mains des barbares , faute d'être rachetés à un écu par tète. On voit, incontinent après, les remords du bon empereur; la prière qu'il fait à Dieu de le punir en ce monde plutôt qu'en
602 l'autre ; la révolte de Phocas, qui égorge à ses yeux toute sa famille ; Maurice tué le dernier, et ne disant autre chose, parmi tous ses maux, que ce verset du Psalmiste : ce Vous êtes juste, « ô Seigneur! et tous vos jugements sont c( droits*. )) Phocas, élevé à l'empire par une action si détestable, tâcha de gagner les peuples en honorant le saint-siége, dont il confirma
606 les privilèges. Mais sa sentence était prononcée.
CIO Héraclius, proclamé empereur par l'armée d'Afrique, marcha contre lui. Alors Phocas éprouva que souvent les débauches nuisent plus aux princes que les cruautés ; et Photin , dont il avait débauché la femme, le livra à Héraclius, qui le fit tuer.
La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée à Clo-
614 taire IT, fut immolée à l'ambition de ce prince :
^ Psal. cxviii ,137.
sa mémoire fut déchirée ; et sa vertu, tant louée '^"^ ^« ^ ^par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre.
L'empire cependant était désolé. Le roi de Perse Chosroès II, sous prétexte de venger Maurice, avait entrepris de perdre Phocas. Il poussa ses conquêtes sous Hé-raclius. On vil l'empereur battu, et la vraie croix enlevée par 620 à 626 les infidèles; puis, par un retour admirable, . Héraclius cinq fois vainqueur ; la Perse pénétrée parles Romains, Chosroès tué par son fds, et la sainte croix reconquise.
Pendant que la puissance des Perses était si bien réprimée, un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la chrétienté. Mahomet 622 s'érigea en prophète parmi les Sarrasins ; il fut chassé de la Mecque par les siens. A sa fuite commence la fameuse hégire, d'où les mahométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie, de gré ou de force, et jeta les fondements de l'empire des califes.
A ces maux se joignit l'hérésie des monothé- 629 h tes, qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnaissant deux natures en Notre- Seigneur, n'y voulaient reconnaître qu'une seule volonté. L'homme, selon eux, n'y voulait rien, et il n'y avait en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachaient leur venin sous des paroles ambiguës : un faux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés. Ils im- 633 posèrent par ces artifices au pape Honorius I,
Ansdej.c. qul ciitra avec eux dans un dangereux ménagement, et consentit au silence, où le mensonge
639 et la vérité furent également supprimés. Pour comble de malheur^ quelque temps après ^ l'empereur Héraclius entreprit de décider la question de son autorité, et proposa son Ecthèse, ouExposition, favorable aux monothélites : mais les artifices des hérétiques furent enfin décou-