‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 3)Chapitre 46 sur 74 · S02 DISCOURS · texte numérisé non relu

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sans espérance de la terre de ses pères. Le Messie devient l'attente des nations , et il règne sur un nouveau peuple.

Mais, pour garder la succession et la continuité , il fallait que ce nouveau peuple fût enté pour ainsi dire sur le premier, et, comme dit saint Paul*, « Folivier (c sauvage sur le franc olivier, afin de participer à sa (( bonne sève. » Aussi est-il arrivé que FÉglise, établie premièrement parmi les Juifs , a reçu enfin les Gentils, pour faire avec eux un même arbre, un même corps, un même peuple , et les rendre participants de ses grâces et de ses promesses.

Ce qui arrive après cela aux Juifs incrédules , sous Vespasien et sous Tite , ne regarde plus la suite du peuple de Dieu. C'est un châtiment des rebelles, qui, par jeur infidélité envers la semence promise à Abraham et à David, ne sont plus Juifs ni fils d'Abraliam que selon Ja chair, et renoncent à la promesse par laquelle les nations devaient être bénies.

Ainsi cette dernière et épouvantable désolation des Juifs n'est plus une transmigration, comme celle de Babylone ; ce n'est pas une suspension du gouvernement et de l'état du peuple de Dieu, ni du service solennel de la religion : le nouveau peuple, déjà formé et continué avec Tancien en Jésus-Christ, n'est pas transporté; il s'étenxl et se dilate sans interruption , depuis Jérusalem , où il devait naître Jusqu'aux extrémités de la terre. Les Gentils agrégés aux Juifs deviennent dorénavant les vrais Juifs, le vrai royaume de Juda opposé à cet Israël schismatique et retranché du peuple de Dieu, le vrai royaume de David , par l'obéissance qu'ils rendent aux lois et à l'Évangile de Jésus-Christ, fils de David.

' Rom., xi, 17.

Après rétablissement de ce nouveau royaume, il ne faut pas s'étonner si tout périt dans la Judée. Le second temple ne servait plus de rien depuis que le Messie y eut accompli ce qui était marqué par les prophéties. Ce temple avait eu la gloire qui lui était promise j quand le Désiré des nations y était venu. La Jérusalem visible avait fait ce qui lui restait à faire, puisque l'Église y avait pris sa naissance, et que de là elle étendait tous les jours ses branches par toute la terre. La Judée n'est plus rien à Dieu ni à la religion, non plus que les Juifs; et il est juste qu'en punition de leur endurcissement, leurs ruines soient dispersées par toute la terre.

C'est ce qui leur devait arriver au temps du Messie , selon Jacob, selon Daniel, selon Zacharie , et selon tous leurs prophètes * : mais comme ils doivent revenir un jour à ce Messie qu'ils ont méconnu, et que le Dieu d'Abraham n'a pas encore épuisé ses miséricordes sur la race quoique infidèle de ce patriarche , il a trouvé un moyen, dont il n'y a dans le monde que ce seul exemple, de conserver les Juifs ^ hors de leur pays et dans leur ruine, plus longtemps même que les peuples qui les ont vaincus. On ne voit plus aucun reste ni des anciens Assyriens, ni des anciens Mèdes, ni des anciens Perses, ni des anciens Grecs, ni môme des anciens Romains. La trace s'en est perdue, et ils se sont confondus avec d'autres peuples. Les Juifs, qui ont été la proie de ces anciennes nations si célèbres dans les histoires, leur ont survécu; et Dieu, en les conservant, nous tient en attente de ce qu'il veut faire encore des malheureux restes d'un peuple autrefois si favorisé. Cependant leur endurcissement sert au salut des Gentils , et leur donne cet avantage de trouver en des mains non suspectes les Écritures

» Osée, 111,4,5 ;Is., lix, 20,21 ;Zach.,xi, 13, ic, l7;Rom.,\i, ll,etc.

qui ont prédit Jésus-Christ et ses mystères. Nous voyons entre autres choses , dans ces Écritures S et Taveuglement et les malheurs des Juifs qui les conservent si soigneusement. Ainsi, nous profitons de leur disgrâce : leur infidélité fut un des fondements de notre foi; ils nous apprennent à craindre Dieu, et nous sont un spectacle éternel des jugements qu'il exerce sur ses enfants ingrats, afin que nous apprenions à ne nous point glorifier des grâces faites à nos pères.

Un mystère si merveilleux, et si utile à l'instruction du genre humain, mérite bien d'être considéré. Mais nous n'avons pas besoin des discours humains pour l'entendre : le Saint-Esprit a pris soin de nous l'expliquer parla bouche de saint Paul; et je vous prie d'écouter ce que cet apôtre en a écrit aux Romains*.

Après avoir parlé du petit nombre de Juifs qui avait reçu l'Évangile, et de l'aveuglement des autres, il entre dans une profonde considération de ce que doit devenir un peuple honoré de tant de grâces, et nous découvre tout ensemble le profit que nous tirons de leur chute, et les fruits que produira un jour leur conversion ; (( Les Juifs sont-ils donc tombés, dit-iP, pour ne se rea leverjamais?à Dieu ne plaise! Mais leur chute a donné (( occasion au salut des Gentils, afin que le salut des (( Gentils leur causât une émulation » qui les fit rentrer en eux-mêmes. « Que si leur chute a été la richesse des « Gentils, » qui se sont convertis en si grand nombre , « quelle grâce ne verrons-nous pas reluire quand ils c( retourneront avec plénitude ! Si leur réprobation a été (( la réconciliation du monde , leur rappel ne sera-t-il « pas une résurrection de mort à vie? Que si les prémices

» Is., VI, LU, un, Lxv ; Dan.,ix;Matth.,xiii ; Joan., xii ; Act.,xxviii ; Rom., XI. — 2 Rom., XI, 1, 2, etc. — ^ Ibid., Il, etc.

« tirées de ce peuple sont saintes , la masse l'est aussi ; « si la racine est sainte , les rameaux le sont aussi ; et « si quelques-unes des branches ont été retranchées , « et que toi. Gentil, qui n'étais qu'un olivier sauvage, « tu aies été enté parmi les branches qui sont demeurées (( sur l'olivier franc, en sorte que tu participes au suc « découlé de sa racine, garde-toi de t' élever contre les (( branches naturelles. Que si tu t'élèves, songe que ce « n'est pas toi qui portes la racine , mais que c'est la race cine qui te porte. Tu diras peut-être : Les branches (( naturelles ont été coupées, afin que je fusse enté en « leur place. Il est vrai, l'incrédulité a causé ce retran- « chement, et c'est ta foi qui te soutient. Prends donc « garde de ne t'enfler pas, mais demeure dans la crainte : c( car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles , « tu dois craindre qu'il ne t'épargne encore moins. »

Qui ne tremblerait en écoutant ces paroles de l'apôtre ? Pouvons-nous n'être pas épouvantés de la vengeance qui éclate depuis tant de siècles si terriblement sur les Juifs, puisque saint Paul nous avertit, de la part de Dieu, que notre ingratitude nous peut attirer un semblable traitement? Mais écoutons la suite de ce grand mystère. L'apôtre continue à parler aux Gentils convertis. «Considérez, leur dit-il*, la clémence et la « sévérité de Dieu; sa sévérité envers ceux qui sont dé- « chus de sa grâce , et sa clémence envers vous, si tou- '( tefoisvous demeurez fermes en l'état où sa bonté vous « a mis : autrement vous serez retranchés comme eux. u Que s'ils cessent d'être incrédules, ils seront entés de « nouveau, parce que Dieu (qui les a retranchés) est (( assez puissant pour les faire encore reprendre. Car si (( vous avez été détachés de l'olivier sauvage où la na-

' Rom., XI, 22 et seq.

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