CHAPITRE XXI
Réflexions particulières sur le châtiment des Juifs, et sur les prédictions de Jésus-Christ qui l'avaient marqué.
Pendant que j'ai travaillé à vous faire voir sans interruption la suite des conseils de Dieu dans la perpétuité de son peuple , j'ai passé rapidement sur beaucoup de faits qui méritent des réflexions profondes. Qu'il me soit permis d'y revenir^ pour ne vous laisser pas perdre de si grandes choses.
Et premièrement. Monseigneur, je vous prie de considérer avec une attention plus particulière la chute des Juifs, dont toutes les circonstances rendent témoignage à l'Évangile. Ces circonstances nous sont expliquées par des auteurs infidèles, par des Juifs et par des païens, qui, sans entendre la suite des conseils de Dieu, nous ont raconté les faits importants par lesquels il lui a plu de la déclarer.
Nous avons Josèphe, auteur juif, historien très-fidèle, et très-instruit des affaires de sa nation, dont aussi il a illustré les antiquités par un ouvrage admirable. Il a écrit la dernière guerre, où elle a péri, après avoir été présent à tout, et y avoir lui-même servi son pays avec un commandement considérable.
Les Juifs nous fournissent encore d'autres auteurs très-anciens j dont vous verrez les témoignages. Ils ont d'anciens commentaires sur les livres de l'Écriture, et entre autres les Paraphrases chaldaïques qu'ils impriment avec leurs Bibles. Ils ont leur livre qu'ils nomment Talmud, c'est-à-dire Doctrine, qu'ils ne respectent pas moins que l'Écriture elle-même. C'est un ramas des traités et des sentences de leurs anciens maîtres; et encore que les parties dont ce grand ouvrage est composé
ne soient pas toutes de la môme antiquité^ les derniers auteurs qui y sont cités ont vécu dans les premiers siècles de rÉglise. Là, parmi une infinité de fables impertinentes, qu'on voit commencer pour la plupart après les temps de Notre-Seigneur, on trouve de beaux restes des anciennes traditions du peuple juif , et des preuves pour le convaincre.
Et d'abord il est certain, de l'aveu des Juifs, que la vengeance divine ne s'est jamais plus terriblement ni plus manifestement déclarée qu'elle fit dans leur dernière désolation.
C'est une tradition constante, attestée dans leur Talmud , et confirmée par tous leurs rabbins, que , quarante ans avant la ruine de Jérusalem , ce qui revient à peu près au temps de la mort de Jésus-Christ, on ne cessait de voir dans le temple des choses étranges. Tous les jours il y paraissait de nouveaux prodiges, de sorte qu'un fameux rabbin s'écria un jour : « 0 temple ! ô (( temple! qu'est-ce qui t'émeut, et pourquoi te fais-tu (( peur à toi-même ^ ? »
Qu'y a-t-il de plus marqué que ce bruit affreux qui fut ouï par les prêtres dans le sanctuaire le jour de la Pentecôte, et cette voix manifeste qui sortit du fond de ce lieu sacré : a Sortons d'ici ! sortons d'ici! » Les saints anges protecteurs du temple déclarèrent hautement qu'ils l'abandonnaient, parce que Dieu, qui y avait établi sa demeure durant tant de siècles, l'avait réprouvé.
Josèphe et Tacite même ont raconté ce prodige ^ Il ne fut aperçu que des prêtres. Mais voici un autre prodige qui a éclaté aux yeux de tout le peuple; et jamais aucun autre peuple n'avait rien vu de semblable. « Qua-
' R. Johanan, fils de Zacai, Tr. de fesfc. Expiât. — '' Joseph., de Belle J^d., lib. VII, c. 12; al. lib. vi, c. 5; Tacit., Hist, lib. v, c. 13.
« tre ans devant la guerre déclarée, un paysan , dit Jo- « sèpheS se mit à crier ; Une voix est sortie du côté de « Torient, une voix est sortie du côté de Toccident , une « voix est sortie du côté des quatre vents : voix contre Jé- « rusalemet contre le temple; voix contre les nouveaux « mariés et les nouvelles mariées; voix contre tout le (( peuple. » Depuis ce temps, ni jour ni nuit, il ne cessa de crier : « Malheur, malheur à Jérusalem ! » Il redoublait ses cris les jours de fête. Aucune autre parole ne sortit jamais de sa bouche ; ceux qui le plaignaient, ceux qui le maudissaient, ceux qui lui donnaient ses nécessités, n'entendirent jamais de lui que cette terrible parole : « Malheur à Jérusalem! » 11 fut pris, interrogé, et condamné au fouet par les magistrats : à chaque demande et à chaque coup il répondait, sans jamais se plaindre : c( Malheur à Jérusalem! » Renvoyé comme un insensé, il courait tout le pays en répétant sans cesse sa triste prédiction. Il continua durant sept ans à crier de cette sorte, sans se relâcher, et sans que sa voix s'affaiblit. Au temps du dernier siège de Jérusalem, il se renferma dans la ville, tournant infatigablement autour des murailles , et criant de toute sa force : « Malheur au temple ! malc( heur à la ville ! malheur à tout le peuple ! » A la fin il « ajouta : Malheur à moi-même ! » et en même temps il fut emporté d'un coup de pierre lancé par une machine. Ne dirait-on pas , Monseigneur, que la vengeance divine s'était comme rendue visible en cet homme, qui ne subsistait que pour prononcer ses arrêts; qu'elle l'avait rempli de sa force , afin qu'il pût égaler les malheurs du peuple par ses cris ; et qu'enfin il devait périr par un effet de cette vengeance qu'il avait si longtemps annoncée, afin de la rendre plus sensible et plus
' De Bello Jud., ubi sup.
présente quand il en serait non-seulement le prophète et le témoin, mais encore la victime?
Ce prophète des malheurs de Jérusalem s'appelait Jésus. Il semblait que le nom de Jésus, nom de salut et de paix, devait tourner aux Juifs, qui le méprisaient en la personne de notre Sauveur, à un funeste présage ; et que ces ingrats ayant rejeté un Jésus qui leur annonçait la grâce, la miséricorde et la vie. Dieu leur envoyait un autre Jésus qui n'avait à leur annoncer que des maux irrémédiables, et Tinévitable décret de leur ruine prochaine.
Pénétrons plus avant dans les jugements de Dieu, sous la conduite de ses Écritures. Jérusalem et son temple ont été deux fois détruits; Tune par Nabuchodonosor, l'autre par Tite. Mais, en chacun de ces deux temps, la justice de Dieu s'est déclarée par les mêmes voies, quoique plus à découvert dans le dernier.
Pour mieux entendre cet ordre des conseils de Dieu, posons, avant toutes choses, cette vérité si souvent établie dans les saintes Lettres ; que l'un des plus terribles effets de la vengeance divine est lorsqu en punition de nos péchés précédents , elle nous livre à notre sens réprouvé, en sorte que nous sommes sourds à tous les sages avertissements, aveugles aux voies de salut qui nous sont montrées, prompts à croire tout ce qui nous perd pourvu qu'il nous flatte, et hardis à tout entreprendre , sans jamais mesurer nos forces avec celles des ennemis que nous irritons.
Ainsi périrent la première fois , sous la main de Nabuchodonosor, roi de Babylone, Jérusalem et ses princes. Faibles et toujours battus par ce roi victorieux, ils avaient souvent éprouvé qu'ils ne faisaient contre lui que de vains efforts ^ , et avaient été obligés à lui jurer
' H Par., XXXVI, 13.
fidélité. Le prophète Jérémie leur déclarait, de la part de Dieu, que Dieu même les avait livrés à ce prince, et qu'il n'y avait de salut pour eux qu'à subir le joug. Il disait à Sédécias, roi de Judée, et à tout son peuple * : « Soumettez-vous à Nabuchodonosor, roi de Babylone, c( afin que vous viviez; car pourquoi voulez-vous périr, « et faire de cette ville une solitude? » ils ne crurent point à sa parole. Pendant que Nabuchodonosor les tenait étroitement enfermés par les prodigieux travaux dont il avait entouré leur ville, ils se laissaient enchanter par leurs faux prophètes, qui leur remplissaient Fesprit de victoires imaginaires , et leur disaient au nom de Dieu, quoique Dieu ne les eût point envoyés : « J'ai c( brisé le joug du roi de Babylone : vous n'avez plus que « deux ans à porter ce joug; et après, vous verrez ce a prince contraint à vous rendre les vaisseaux sacrés « qu'il a enlevés du temple*. » Le peuple, séduit par ces promesses , souffrait la faim et la soif et les plus dures extrémités, et fit tant par son audace insensée, qu'il n'y eut plus pour lui de miséricorde. La ville fut renversée, le temple fut brûlé, tout fut perdu ^
A ces marques , les Juifs connurent que la main de Dieu était sur eux. Mais afin que la vengeance divine leur fût aussi manifeste dans la dernière ruine de Jérusalem qu'elle l'avait été dans la première, on a vu, dans l'une et dans l'autre, la même séduction, la même témérité, et le même endurcissement.
Quoique leur rébellion eût attiré sur eux les armes romaines, et qu'ils secouassent témérairement un joug sous lequel tout l'univers avait ployé, Tite ne voulait pas les perdre : au contraire , il leur fit souvent offrir le pardon, non-seulement au commencement de la guerre,
' Jerem., xxvii, 12, 17. — ' Id., xxviii, 2, 3. — ^ IV Reg., xxv.
mais encore lorsqu'ils ne pouvaient plus échapper de ses mains. Il avait déjà élevé autour de Jérusalem une longue et vaste muraille^ munie de tours et de redoutes aussi fortes que la ville même, quand il leur envoya Josèphe leur concitoyen, un de leurs capitaines, un de leurs prêtres , qui avait été pris dans cette guerre en défendant son pays. Que ne leur dit-il pas pour les émouvoir? Par combien de fortes raisons les invita-t-il à rentrer dans l'obéissance? Il leur fit voir le ciel et la terre conjurés contre eux, leur perte inévitable dans la résistance, et tout ensemble leur salut dans la clémence de Tite. « Sauvez, leur disait-il ^, la cité sainte; sauvez-vous (( vous-mêmes ; sauvez ce temple , la merveille de l'uni- « vers, que les Romains respectent, et que Tite ne voit c( périr qu'à regret ! » Mais le moyen de sauver des gens si obstinés à se perdre? Séduits par leups faux prophètes , ils n'écoutaient pas ces sages discours. Ils étaient réduits à l'extrémité : la faim en tuait plus que la guerre, et les mères mangeaient leurs enfants. Tite , touché de leurs maux, prenait ses dieux à témoin qu'il n'était pas cause de leur perte. Durant ces malheurs, ils ajoutaient foi aux fausses prédictions qui leur promettaient l'empire de l'univers. Bien plus, la ville était prise, le feu y était déjà de tous côtés, et ces insensés croyaient encore les faux prophètes qui les assuraient que le jour de salut était venu% afin qu'ils résistassent toujours, et qu'il n'y eût plus pour eux de miséricorde. En effet, tout fut massacré, la ville fut renversée de fond en comble; et, à la réserve de quelques restes de tours, que Tite laissa pour servir de monument à la postérité, il n'y demeura pas pierre sur pierre.
• Joseph., de Bello Jud.,lib. vu, c. 4, ai. lib. vi, c. 2. — ^ Ibid., lib. vil, cap. 11, al. lib. vi, cap. 5.
Vous voyez donc* éclater sur Jérusalem la même vengeance qui avait autrefois paru sous Sédécias. Tite n'est pas moins envoyé de Dieu que Nabuchodonosor : les Juifs périssent de la même sorte. On voit dans Jérusalem la même rébellion, la même famine, les mêmes extrémités, les mêmes voies de salut ouvertes , la même séduction , le même endurcissement , la même chute ; et, afm que tout soit semblable, le second temple est brûlé sous Tite, le même mois et le même jour que l'avait été le premier sous Nabuchodonosor^ : il fallait que tout fût marqué, et que le peuple ne piît douter de la vengeance divine.
Il y a pourtant , entre ces deux chutes de Jérusalem et des Juifs, de mémorables différences, mais qui toutes vont à faire voir dans la dernière une justice plus rigoureuse et plus déclarée. Nabuchodonosor fit mettre le feu dans le temple : Tite n'oublia rien pour le sauver, quoique ses conseillers lui représentassent que, tant qu'il subsisterait, les Juifs, qui y attachaient leur destinée, ne cesseraient jamais d'être rebelles. Mais le jour fatal était venu : c'était le dixième d'août, qui avait déjà vu brûler le temple de Salomon*. Malgré les défenses de Tite, prononcées devant les Romains et devant les Juifs, et malgré l'inclination naturelle des soldats, qui devait les porter plutôt à piller qu'à consumer tant de richesses, un soldat, poussé, dit Josèphe * , par une inspiration divine, se fait lever par ses compagnons à une fenêtre, et met le feu dans ce temple auguste. Tite accourt, Tite commande qu'on se hâte d'éteindre la flamme naissante. Elle prend partout en un instant, et cet admirable édifice est réduit en cendres.
' Var. Édition rfe 1681 : Vous voyez donc, Monseigneur, éclater, etc. ' Joseph., de Bello Jud., lib. vu, cap. 9, 10; ol. lib. vi. cap. 4. — 3 Ibid. - 4 Ibid.
Que si l'endurcissement des Juifs sous Sédécias était Teffet le plus terrible et la marque la plus assurée de la vengeance divine^ que dirons-nous de l'aveuglement qui a paru du temps deTite? Dans la première ruine de Jérusalem, les Juifs s'entendaient du moins entre eux ; dans la dernière, Jérusalem, assiégée par les Romains, était déchirée par trois factions ennemies*. Si la haine qu'elles avaient toutes pour les Romains allait jusqu'à la fureur, elles n'étaient pas moins acharnées les unes contre les autres : les combats du dehors coûtaient moins de sang aux Juifs que ceux du dedans. Un moment après les assauts soutenus contre l'étranger, les citoyens recommençaient leur guerre intestine; la violence et le brigandage régnaient partout dans la ville . Elle périssait, elle n'était plus qu'un grand champ couvert de corps morts; et cependant les chefs des factions y combattaient pour l'empire. N'était-ce pas une image de l'enfer, où les damnés ne se haïssent pas moins les uns les autres qu'ils haïssent les démons qui sont leurs ennemis communs, et où tout est plein d'orgueil, de confusion et de rage?
Confessons donc, Monseigneur, que la justice que Dieu fît des Juifs par Nabuchodonosor n'était qu'une ombre de celle dont Tite fut le ministre. Quelle ville a jamais vu périr onze cent mille hommes en sept mois de temps, et dans un seul siège? C'est ce que virent les Juifs au dernier siège de Jérusalem. Les Chaldéens ne leur avaient rien fait souffrir de semblable. Sous les Chaldéens, leur captivité ne dura que soixante et dix ans : il y a seize cents ans qu'ils sont esclaves par tout l'univers, et ils ne trouvent encore aucun adoucissement à leur esclavage.
11 ne faut plus s'étonner si Tite victorieux, après la
» Joseph., de Bello Jud., vu, cap. 9, 10, al. Hb. vi, cap. 4.
OOSS. — HIST. LMV. 21
prise de Jérusalem, ne voulait pas recevoir les congratulations des peuples voisins , ni les couronnes qu'ils lui envoyaient pour honorer sa victoire. Tant de mémorables circonstances, la colère de Dieu si marquée, et sa main qu'il voyait encore si présente, le tenaient dans un profond étonnement ; et c'est ce qui lui fit dire ce que vous avez ouï, qu'il n'était pas le vainqueur , qu'il n'était qu'un faible instrument de la vengeance divine.
Il n'en savait pas tout le secret : l'heure n'était pas encore venue où les empereurs devaient reconnaître Jésus-Christ. C'était le temps des humiliations et des persécutions de l'Église. C'est pourquoi Tite, assez éclairé pour connaître que la Judée périssait par un effet manifeste de la justice de Dieu, ne connut pas quel crime Dieu avait voulu punir si terriblement. C'était le plus grand de tous les crimes; crime jusqu'alors inouï, c'est-à-dire le déicide , qui aussi a donné lieu à une vengeance dont le monde n'avait vu encore aucun exemple.
Mais si nous ouvrons im peu les yeux, et si nous considérons la suite des choses, ni ce crime des Juifs, ni son châtiment, ne pourront nous être cachés.
Souvenons-nous seulement de ce que Jésus- Christ leur avait prédit. 11 avait prédit la ruine entière de Jérusalem et du temple. « Il n'y restera pas, dit-il S pierre « sur pierre. » 11 avait prédit la manière dont cette ville ingrate serait assiégée, et cette effroyable circonvallation qui la devait environner; il avait prédit cette faim horrible qui devait tourmenter ses citoyens, et n'avait pas oublié les faux prophètes , par lesquels ils devaient être séduits. Il avait averti les Juifs que le temps de leur malheur était proche; il avait donné les signes certains qui devaient en marquer l'heure précise ; il
Matth., XXIV, 1, 2; Marc, xin, 1, 2; Luc, xxi, 5,
leur avait expliqué la longue suite de crimes qui devait leur attirer un tel châtiment ; en un mot, il avait f lit toute rhistoire du siège et de la désolation de Jérusalem.
Et remarquez, Monseigneur, qu'il leur fit ces prédictions vers le temps de sa Passion, afin qu'ils connussent mieux la cause de tous leurs maux. Sa Passion approchait, quand il leur dit* : « La sagesse divine vous a « envoyé des prophètes, des sages et des docteurs; vous (( en tuerez les uns, vous en crucifierez les autres; vous « les flagellerez dans vos synagogues ; vous les persécu- « terez de ville en ville, afin que tout le sang innocent « qui a été répandu sur la terre retombe sur vous, depuis (( le sang d'Abel le juste, jusques au sang de Zacharie fils « de Barachie, que vous avez massacré entre le temple c( et Tautel. Je vous dis en vérité, toutes ces choses vien- » dront sur la race qui est à présent. Jérusalem, Jérusa- « lem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te « sont envoyés , combien de fois ai-je voulu rassembler « tes enfants comme une poule rassemble ses petits « sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu! Le temps ap- (( proche que vos maisons demeureront désertes. »
Voilà rhistoire des Juifs. Ils ont persécuté leur Messie, et en sa personne et en celle des siens : ils ont remué tout Tunivers contre ses disciples, et ne les ont laissés en repos ^ dans aucune ville; ils ont armé les Romains et les empereurs contre TÉglise naissante; ils ont lapidé saint Etienne , tué les deux Jacques, que leur sainteté rendait vénérables même parmi eux, immolé saint Pierre et saint Paul par Tépée ^ et par les mains des Gen-
' Matth.,xxxiii, 34, etc.
' Var. Édition de 1681 : L'ont laissé en repos. Faîite corrigée dans la deuxième édition.
'- Var. YaVûxom rfe 1681 : Le glaive.
tils. Il faut qu'ils périssent. Tant de sang mêlé à celui des prophètes qu'ils ont massacrés, crie vengeance devant Dieu : « Leurs maisons, et leur ville va être déserte : » leur désolation ne sera pas moindre que leur crime : Jésus- Christ les en avertit; le temps est proche : « toutes ces (( choses viendront sur la race qui esta présent; » et encore, « cette génération ne passera pas sans que ces (( choses arrivent * , » c'est-à-dire que les hommes qui vivaient alors en devaient être les témoins.
Mais écoutons la suite des prédictions de notre Sauveur. Comme il faisait son entrée dans Jérusalem quelques jours avant sa mort, touché des maux que cette mort devait attirer à cette malheureuse ville, il la regarde en pleurant : « Ah ! dit-il % ville infortunée , si c( tu connaissais, du moins en ce jour qui t'est encore « donné » pour te repentir, « ce qui te pourrait appor- (c ter la paix! Mais maintenant tout ceci est caché à tes « yeux. Viendra le temps que tes ennemis t'environne- « ront de tranchées, et t'enfermeront, et te serreront « de toutes parts, et te détruiront entièrement toi et tes (( enfants, et ne laisseront en toi pierre sur pierre , parce « que tu n'as pas connu le temps auquel Dieu t'a vice sitée. »
C'était marquer assez clairement et la manière du siège et les derniers effets de la vengeance. Mais il ne fallait pas que Jésus allât au supplice sans dénoncer à Jérusalem combien elle serait un jour punie de l'indigne traitement qu'elle lui faisait. Comme il allait au Calvaire portant sa croix sur ses épaules , « il était suivi « d'une grande multitude dépeuple et de femmes qui se « frappaient la poitrine, et qui déploraient sa mort^ »
' Matth., xxui, 36 ; xxiv, 34 ; Marc, xiii, 30 ; Luc, xxi, 32. — ' Luc.
XIX, 41. — 2 Id., XXIII, 27.
Il s'arrêta , se tourna vers elles , et leur dit ces mots * : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi , mais c( pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants; car le « temps s'approche auquel on dira : Heureuses les stécf riles ! heureuses les entrailles qui n'ont pomt porté (( d'enfants, et les mamelles qui n'en ont point nourri! (( Ils commenceront alors à dire aux montagnes : Tom- (c bez sur nous; et aux collines : Couvrez-nous. Car si « le bois vert est ainsi traité , que sera-ce du bois sec? » Si l'innocent, si le juste souffre un si rigoureux supplice, que doivent attendre les coupables?
Jérémie a-t-il jamais plus amèrement déploré la perte des Juifs? Quelles paroles plus fortes pouvait employer le Sauveur pour leur faire entendre leurs malheurs et leur désespoir; et cette horrible famine funeste aux enfants , funeste aux mères qui voyaient sécher leurs mamelles, qui n'avaient plus que des larmes à donner à leurs enfants , et qui mangèrent le fruit de leurs entrailles?