Tite-Liv., lib. XLII, ch. xiv. B
3. Persée. Fils et successeur de Philippe V, roi de Macédoine. Ennemi juré des Romains, il se prépara longuement à la guerre, qui commença en 171, d'abord à son avantage, puis se termina en 168, à Pydna,par sa défaite et sa captivité.
4. Eumènes. Eumène II, roi de Pergame (188-157), l'espion et l'allié des Romains en Orient. 11 faillit être assassiné par ordre de Persée, dont il dénonçait les projets. Il fut pour les Romains le Massinissa de l'Asie, et joua vis-à-vis de la Macédoine, de la Bithynie, delà Syrie, le même rôle qu'avait joué le roi numide vis-à-vis de Garthage.
H. En pleine assemblée. Ce que les Romains appelaient : freqitentissimo sénat u.
6. Elit été gardé. Nous dirions aujourd'hui : ait été gardé, ou même, avec le mode indicatif, fut gardé.
7. Quatre aris après. Les détails de la délibération purent rester secrets; mais les intentions du sénat, ses préparatifs ne furent point ignorés de Persée, pas plus que les plans du roi de Macédoine n'étaient un mystère pour les Romains.
Mais ce qu'il y a de plus surprenant est que Persée avait à Rome ses ambassadeurs pour observer Eumènes. Toutes les villes de Grèce et d'Asie, qui craignaient d'être enveloppées dans cette querelle, avaient aussi envoyé les leurs, et tous ensemble tâchaient à * découvrir une affaire d'une telle conséquence. Au milieu de tant d'habiles négociateurs, le sénat fut impénétrable. Pour faire garder le secret, on n'eut jamais besoin de supplices, ni de défendre le commerce * avec les étrangers sous des peines rigoureuses. Le secret se recommandait comme tout seul, et par sa propre importance.
C'est une chose surprenante dans la conduite de Rome d'y voir le peuple ' regarder presque toujours le sénat avec jalousie, et néanmoins lui déférer tout * dans les grandes occasions, et surtout dans
1. Tâchaient à. Au lieu de tâcher de, comme on dirait aujourd'hui exclusivement. Cf. Mol., Sgan., 22 ;
Ma foi, je ne sais ptis Quand on verra finir ce galimatias ; Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre.
2. Le commerce. Les rapports, les fréquentations, l'échange de paroles, par analogie avec l'échange de marchandises, cum merce.
3. Le peuple. Plebs, la plèbe, et non pas le populus romanus, qui comprenait tous les Romains, plébéiens, chevaliers, sénateurs, patriciens. La langue française, traduisant par le même mot peuple les deux mots latins populus et plebs, confond mal à propos deux choses fort distinctes, commet même des contresens historiques, par exemple lorsqu'elle traduit tribunus plebis par tribun du peuple : il faudrait dire tribun de la plèbe, les tribuns étant nommés par la plèbe, pour la défense de la plèbe et n'ayant rien de commun avec le populus proprement dit.
4. Lui déférer tout. L'opposition faite par la plèbe au sénat, à l'ordre privilégié, fut toujours patriotique. Au plus fort des dissensions intestines, il suffisait que l'ennemi du dehors montrât la tète, pour amener entre les deux partis une récon-
les grands périls. Alors on voyait tout le peuple tourner les yeux ' sur cette sage compagnie, et attendre ses résolutions comme autant d'oracles.
Une longue expérience avait appris aux Romains que de là étaient sortis tous les conseils qui avaient sauvé l'État. C'était dans le sénat que se conservaient les anciennes maximes *, et l'esprit ^, pour ainsi parler, de la république. C'était là que se formaient les desseins qu'on voyait se soutenir par leur propre suite * ; et ce qu'il y avait de plus grand dans le sénat est qu'on n'y prenait jamais des résolutions plus vigoureuses que dans les plus grandes extrémités ^
ciliation, au moins momentanée, et l'ajournement de la querelle. Les ennemis, espérant profiter des divisions entre les citoyens, s'y trompèrent plus d'uue fois à leur préjudice; et le sénat, pendant les périodes de luttes intérieures, recourut bien souvent à la guerre comme à un moyen infaillible de désarmer la plèbe et ses tribuns.
1. Tourner les yeux. Image très expressive, qui peint bien la modestie anxieuse du petit peuple, hommes, femmes et enfants, assiégeant le sénat et attendant de lui seul son salut.
2. Le.i anciennes maxiynes. Les traditions de la politique romaine représentant la sagesse collective, l'expérience plusieurs fois séculaire du peuple romain, le plus sage et le mieux organisé qu'on ait jamais vu, non seulement pour conquérir, mais encore pour conserver et pour administrer. C'est ce que les Romains appelaient d'un mot, mos majorum.
3. L'esprit. A ce point de vue, le peuple romain serait un organisme collectif, et le sénat serait son âme, son esprit, son génie.
4. Par leur jrropre suite. Le peuple romain n'avait jamais, pour ainsi dire, à instituer de toutes pièces une politique nouvelle. La méthode existait et fonctionnait avec un esprit de suite, une constance imperturbable. Le branle était donné, la plus légère impulsion suffisait pour entretenir le mouvement.
5. Dmis les plus grandes extréinités. Cf. .Alont,, Grand, et décad., ch. IV : « Rome fut un prodige de constance. Après
Ce fut au plus triste état de la république, lorsque, faible encore et dans sa naissance, elle se vit tout ensemble et divisée au dedans par les tribuns \ et pressée au dehors par les Volsques que Coriolan ' irrité menait contre sa patrie ' : ce fut, dis-jc, en cet état que le sénat parut le plus intrépide. Les Volsques, toujours battus par les Romains, espérèrent de se venger, ayant à leur tête le plus grand homme de Rome, le plus entendu * à la guerre, le plus libéral, le plus incompatible ^ avec l'injustice;
les journées de Tessin, de Trébies et de Trasimène, après celle de Cannes plus funeste encore, abandonnée de presque tous les peuples de l'Italie, elle ne demanda point la paix. C'est que le sénat ne se départait jamais des maximes anciennes : il agissait avec Annibal comme il avait agi autrefois avec Pyrrhus, à qui il avait refusé de faire aucun accommodement, tandis qu'il serait en Italie; et je trouve dans Denys d'Halicarnaisse (Antiq. rom., liv. VIII) que, lors de la négociation de Coriolan, le sénat déclara qu'il ne violerait point ses coutumes anciennes; que le peuple romain ne pouvait faire de paix tandis que les ennemis étaient sur ses terres, mais que. si les Volsques se retiraient, on accorderait ce qui serait juste. » i.Par les tribuns. Les tribuns de la plèbe (\oj.sup.,p!\^e 187, note 3) furent institués en l'an 493, dix-sept ans après l'expulsion des rois, et à la suite de la sécession de la plèbe sur le mont Sacré. La lutte va prendre un caractère aigu entre les deux ordres.
2. Coriolan. C. Marcius, surnommé Coriolanus, pour la prise de Corioli, petite ville du Lalium (493). Furieux de n'avoir pas obtenu le consulat, il proposa des mesures hostiles à la plèbe, par exemple, voulut empêcher que le blé envoyé par Gélon de Sicile dans un temps de disette fût distribué gratuitement tant que la plèbe ne renoncerait pas à ses tribuns. Condamné à l'exil, il alla mettre son épée au service des Volsques, à la tète desquels il marcha contre sa patrie. Véturie, sa mère, eut raison de sa colère. Il périt en 488, assassiné, dit-on, par les Volsques, comme traître.
3. Dion. Hal., lib. VIII, ch. v; Tite-Liv., lib. II, ch. xxxix. B.