‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 125 sur 153 · Enfin elles dégénèrent : elles finissent par dégénérer · texte numérisé non relu

Enfin elles dégénèrent : elles finissent par dégénérer

5. Pures cérémonies. Vaines formalités, toutes pour l'extérieur. Pur, de même que le latin merus, placé devant le substantif, a le sens de uniquonent, e.rclusivement, ne... que.

G. Formalité inutile. Et même elle dut disparaître d'assez bonne heure, quoiqu'on ne sache rien à cet égard. 7. Ils. Les Romains.

de grande équité et même de grande clémence ', l'ambition ne permoUait pas à la jus lice de régner dans leurs conseils.

Au reste, leurs injustices étaient d'autant plus dangereuses qu'ils savaient mieux les couvrir du prétexte spécieux de l'équité, et qu'ils mettaient sous le joug * insensiblement les rois et les nations, sous couleur de les protéger et de les défendre ^

Ajoutons encore qu'ils étaient cruels * à ceux qui leur résistaient : autre qualité ° assez naturelle aux

1. Éqtdlé... clémence. Jamais, en réalité; à moins que tel fût leur intérêt. Le sentiment, la générosité n'entrèrent jamais dans les combinaisons des Romains; la seule politique qu'ils aient connue est celle qu'on appelle de nos jours la politique des résultats : bcati possidenles !

2. Sous le Joug. Pour les rois et les nations étrangères, impossible de se soustraire à la conquête, quand leur tour était venu d'entrer dans le système romain; et alors il arrivait de deux choses l'une : ou bien ils acceptaient l'alliance, et ainsi prolongeaient quelque temps leur existence précaire; ou bien ils résistaient, et ils étaient brisés. Milliridate est le seul qui ait fait une certaine figure dans la résistance.

3. Les protéger et les défendre. Rome les protégeait et les défendait réellement, mais parce que c'était son intérêt, de môme qu'un chef de maison nourrissait et entretenait son personnel serviie : des esclaves, cela a une valeur. Tant mieux pour les autres, s'ils y trouvaient leur compte : Rome ne le trouvait pas mauvais.

4. Cruels. On appliquait aux vaincus les lois de la guerre, y compris la réduction en esclavage, le pillage et l'extermination. Corintbe fut pillée et brûlée de sang-froid, après la victoire. Scipion Émilien mit six jours, une fois dans la place, à prendre Carthage quartier par quartier : on tuait et on brûlait au fur et à mesure. Et Athènes, prise et saccagée par Sylla? Et les Gaules, où la conquête fit disparaître en dix ans, soit par le fer, soit par la mutilation, soit par l'esclavage, un quart peut-être de la population ?

5. Autre qualité. Ce n'est pas un éloge. De même que succès, qualité s'employait alors, conformément à son étymologie, qualis, tantôt en bonne, tantôt en mauvaise part : c'est le contexte qui déterminait le sens.

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conquérants, qui savent que l'épouvante ' fait plus de la moitié des conquêtes. Faut-il dominer à ce prix? Et le commandement est-il si doux, que les hommes le veuillent acheter par des actions inhumaines ? Les Romains , pour répandre partout la terreur, affectaient de laisser dans les villes prises des spectacles terribles de cruauté *, et de paraître impitoyables à qui attendait la force % sans même épargner les rois \ qu'ils faisaient mourir inhumainement, après les avoir menés en triomphe chargés de fers, et traînés à ° des chariots comme des esclaves.

Mais s'ils étaient cruels et injustes pour conqué-

1. L'épouvante. Est-ce en vertu de cette belle tactique que Louvois veuail d'ordonner à Turenne d'accomplir la dévastation du Palatinal"? De semblables procédés ne font qu'aigrir les victimes et préparer, hélas ! de tristes représailles.

2. Des spectacles terribles de cruauté. Le droit de la guerre était sans limite dans l'antiquité. Malheuraux vaincus ! Voilà le code. Du reste, personne ne protestait, tant la chose allait de soi. Le vaincu devenait corps et biens la propriété du vainqueur. Tite-Live, en passant (XXX, 14), a donné la formule, ou plutôt la met en ces termes dans la bouche d'un homme d"État romain : « Syphax, sous les auspices du peuple romain, a été vaincu et fait prisonnier. En conséquence, sa personne, sa femme, sa couronne, ses terres, ses villes, tous leurs habitants, en un mot tout ce qui a appartenu à Syphax est la proie du peuple romain. »

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