‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 13 sur 153 · LES SCYTOES, LES ÉTHIOPIENS ET LES ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

LES SCYTOES, LES ÉTHIOPIENS ET LES ÉGYPTIENS

Je ne compterai pas ici parmi les grands empires celui de Bacchus ', ni celui d'Hercule *, ces célèbres vainqueurs des Indes et de l'Orient. Leurs histoires n'ont rien de certain, leurs conquêtes n'ont rien de suivi : il les faut laisser célébrer aux poètes, qui en ont fait le plus grand sujet de leurs fables.

Je ne parlerai pas non plus de l'empire que le Madyès ' d'Hérodote *, qui ressemble assez à l'Inda-

1. Bacchus. L'histoire de ce dieu appartient, en effet, non pas à l'histoire, mais à la légende, à la mythologie, aux mystères. Son culte vient de l'Inde, d'où il s'est répandu en Grèce, puis à Rome, où il fut accueilli avec enthousiasme et dégénéra en excès abominables que le sénat dut réprimer avec la dernière rigueur. (Voy.Tit.-Liv., XXXIX, 8-18.) Ses fêtes, fort licencieuses, s'appelaient en Grèce Dionysiaques, ou Eletithéries; à Rome, Bacchanalia, Liheralia. On lui attribue des conquêtes et des exploits fabuleux.

2. Hercule, dans l'antiquité, personnifie chez presque tous les peuples, et sous des noms divers, le voyageur intrépide, le pionnier de la justice et de la civilisation.

3. Madyès. Hérodote parle en effet d'un certain Madyès qui, à la tête d'une armée de Scythes, se serait jeté sur l'Asie. Mais c'est là un fait en l'air, qui n'a pas de valeur, ni de conséquences historiques.

4. Hérod., lib. I, c. 103. B. — Hérodote a été appelé le Père (le Vhistoire. Il est né à Halicarnasse, en Carie, vers 484, sous le règne et la domination de Xerxès, fils de Darius. Yoya-

thyrse de Mégasthène ' et au Tanaûs de Justin % établit pour un peu de temps dans la Grande Asie. Les Scythes, que ce prince menait à la guerre, ont plutôt fait des coiirses ' que des conquêtes. Ce ne fut que par rencontre % et en poussant les Gimmériens %

geur intrépide, observateur curieux et pénétrant, il parcourut et visita l'Egypte, la Libye, la Syrie, l'Assyrie, la Colchide? le pays des Scythes, des Gètes, des Thraces, la Grèce, recueillant partout et accumulant d'immenses matériaux pour le grand ouvrage qu'il projetait. Son sujet est la lutte de la Grèce contre le monde barbare. Le récit des guerres médiques remplit les derniers livres. Dans les premiers, l'auteur nous prépare au sujet, en nous faisant connaître les peuples qui doivent prendre part à la lutte, et dont il décrit les mœurs, les monuments, l'histoire, avec la précision éclairée d'un homme qui a tout vu lui-même. Les grandes découvertes de ce siècle, en Egypte, dans tout l'Orient, n'ont fait qu'ajouter à l'autorité d'Hérodote, qui reste une des sources les plus précieuses pour l'histoire de l'antiquité.

1. Strab., init. lib. XV. B. — Ce Mégasthène est un historien géographe, qui fut chargé par Séleucus Nicator, vers 293 av. J.-G., d'une mission auprès de Sandrocotos, roi indien. Il publia, à son retour, une Histoire des Indes, à laquelle Strabon ajoutait peu de foi.

2. Justin, iib. I, c. 2. B. — Justin vécut au n" siècle, sous les Antonins. Abréviateur de l'historien latin Trogue Pompée, dont les œuvres sont perdues, il a donné des extraits, plutôt qu'un résumé de VHisloire universelle de son prédécesseur.

3. Courses. Populations essentiellement nomades, n'ayant ni villes, ni demeures fixes chez eux, ces Barbares ne pouvaient songer à se créer chez les autres de vrais établissements. Le mot de Bossuel caractérise fort bien leurs vagabondages. Telles furent jadis, bien souvent, les invasions barbares des Gaulois, par exemple, des Normands, des Tartares Mongols.

Page 1