Diod., lib. I, sect. 2, n. 27. B
4. A la garde. Expression très légitime et très usitée au XVII' siècle, tout à fait conforme au sens de la préposition à (atZ), ainsi qu'à une foule d'analogies. On dirait plutôt aujourd'hui soiis la garde.
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l'État : la loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils *. On ne pouvait ni en avoir deux, ni changer de profession ; mais aussi toutes les professions étaient honorées ^. Il fallait qu'il y eût des emplois et des personnes plus considérables, comme il faut qu'il y ait des yeux dans le corps : leur éclat ne fait pas mépriser les pieds ni les parties les plus basses ^ Ainsi, parmi les Égyp-
1. Diod., lib. I, sect. 2, n. 23. B. — Hérodote et Diodore s'accordent, sur l'organisalion du peuple égyptien en classes fermées, ou castes; ils ue varient que sur le chiffre : où Hérodote dit sept, Diodore dit cinq. Le nombre importe peu au fond. C'est l'opinion des écrivains grecs, que Bossuet suit de confiance, mais qui est contredite par les découvertes et les travaux modernes. J.-J. Ampère a établi, dans un savant mémoire, que l'Egypte n'a pas eu de castes proprement dites.
2. Étaient honorées. Plus bas : « tous les métiers, jusqu'aux moindres, étaient en estime. » Chose difficile à admettre de prime abord et contredite par les monuments : comment croire que la caste sacerdotale, si impérieuse et si arrogante, qui finit par supplanter la royauté, ait pu être tendre pour le misérable fellah, à qui, dans la répartition des métiers, étaient échues les plus rudes professions, telles qu'on les voit figurées sur les murailles des tombeaux de Beni-Hassan, ou sur les planches du grand ouvrage de Lepsius? « Malgré l'étalage de charité, dit Maspero, que les monarques faisaient sur leurs pierres funéraires, la condition des classes ouvrières était des plus dures. » Voir dans Maspero [Hist. anc, p. 123) ce que pense et dit à ce sujet un vieux scribe du temps, qui a vu les choses de ses yeux.
.3. Les pieds ni les parties les plus basses. Comparaison plus qu'étrange, entre le corps humain et une société humaine! Dans le corps, tous les organes ont leur fin spéciale et leur foncticii nécessaire, et ce sont des organes. Dans une société, où tous les hommes sont égaux, comment répartir les rôles sans favoriser les uns et sans léser les autres? Les rois, les prêtres, les militaires étaient sans doute contents de leur sort; mais qu'en pensaient les fellahs, forgerons, tailleurs de pierres, tisserands, barbiers, laboureurs? Bossuet ne pouvait guère parler autrement, lui qui a défendu et justifié l'esclavage, en plein xvu« siècle. Pour nous, depuis que la Révolu-
tiens, les prêtres * et les soldats avaient des marques d'honneur particulières; mais tous les métiers, jusqu'aux moindres, étaient en estime, et on ne croyait pas pouvoir sans crime mépriser les citoyens dont les travaux, quels qu'ils fussent, contribuaient au bien public. Par ce moyen, tous les arts venaient à leur perfection : l'honneur qui les nourrit *, s'y mêlait partout : on faisait mieux ce qu'on avait toujours vu faire, et à quoi on s'était uniquement exercé dès son enfance '.
Mais il y avait une occupation qui devait être commune : c'était l'étude des lois et de la sagesse. L'ignorance de la religion et de la police * du pays
tion a défini et proclamé le dogme de régalité, nous pensons là-dessus autrement que Bossuet.
1. Les prêtres. Tout favorisés qu'ils étaient, les prêtres ne se contentèrent pas à la fin de leurs privilèges. La décadence de l'Egypte fut précipitée par une révolution religieuse, qui amena le démembrement de la monarchie.
2. V honneur qui les nourrit. Cicéron dit [Tusc, I, 2) : Honos nlit artes, omnesque incenduntur ad studia rjloria.
3. Dès son enfance. Du temps de Bossuet, les arts et les métiers étaient organisés en corporations, avec jurandes et maîtrises. C'était quelque chose d'analogue à ce qui se voyait en Égvpte. Bossuet semble trouver que tout y était pour le mieux. Nos pères, instituant en France la liberté politique, civile, religieuse, ne pouvaient laisser subsister des entraves qui immobilisaient l'individu, le réduisaient au rôle de machine et entretenaient une véritable forme de servitude.
4. Police. Du grec izolizzloc : organisation politique, gouvernement. Cf. Pasc, Pensées, XXIV, 56, éd. Havet : « La pente vers soi est le commencement de tout désordre, en guerre, en police, en économie. » Boss., Sermons. Rechutes, 2 : « La police céleste... » Massillon, Panéçj. saint Ben. : « Des peuples sauvages, qui vivaient sans lois, sans police. » Et Voltaire, DiaL, 1 : « Quoi! depuis que vous êtes établis en corps de peuple, vous n'avez pas encore le secret d'obliger tous les riches à faire travailler tous les pauvres? Vous n'en êtes donc pas encore aux premiers éléments de la police? »
iJ6 DISCOURS SUR l'histoire UNIVERSELLE
n'était excusée en aucun état. Au reste, chaque profession avait son canton * qui lui était assigné. Il n'en arrivait aucune incommodité dans un pays dont la largeur^ n'était pas grande; et dans un si bel ordre les fainéants ne savaient où se cacher.
Parmi de si bonnes lois, ce qu'il y avait de meilleur, c'est que tout le monde était nourri dans l'esprit de les observer ^ Une coutume nouvelle était un prodige en Egypte ^ : tout s'y faisait toujours de même % et l'exactitude qu'on y avait à garder les
1. Canton. Synonyne ici de quartier. Cf. Pascal, Pensée.?, I, 4 : « Que l'homme élant revenu à soi considère ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré dans ce canton de la nature. » Il n'est pas besoin d'aller en Égj'pte, d'ailleurs, pour trouver les industries similaires concentrées sur le même point. A Paris, le bronze, le meuble, la porcelaine ont chacun leur quartier : seulement en Egypte, au lieu que cette localisation fût libre comme chez nous et résultât du consentement des industriels et de la nature des choses, il est probable que c'était l'effet d'une réglementation.
2. Dont la largeur. Sur une longueur d'environ 240 lieues, l'Egypte n'est qu'une étroite vallée de 700 à 1800 mètres d'abord, et qui ne s'élargit jamais au delà de cinq à six lieues vers le delta. Du fleuve, on aperçoit partout la fin de la végétation et le commencement du désert.
3. Dans l'esprit de les observer. Esprit signifie ici dispositions, habitudes, tendances d'après lesquelles on se dirige. Cf. Boss., Hist. Univ., III, 7 : « Il nourrit ce peuple dans l'esprit de tout entreprendre. » — La Bruy., Disc. s. Théophr. : « Enfin, dans l'esprit de contenter ceux.... » — Saint-Simon, 46, 25 : « M. d'Amiens dit au P. de la Chaise qu'il n'avait acheté une charge d'aumônier (jue dans l'esprit de se faire évêque. »
4. Ilérod., lib. II, c. 91; Diod., lib. I, sect. 2, n. 22; Plat., De leq., lib. II. B.
5. Toujours de même. Dans son amour de la stabilité et de la tradition, Bossuet enregistre avec un plaisir visible cette immobilité du peuple égyptien. Lui aussi il a horreur de tout ce qui est nouveau, en religion comme en politique. Cette vue étroite et stérilisante a été remplacée avantageusement dans notre siècle par la croyance au progrès ; et nous nous en
petites choses maintenait les grandes. Aussi n'y eutil jamais de peuple qui ait conservé plus longtemps ' ses usages et ses lois. L'ordre des jugements servait à entretenir cet esprit. Trente juges étaient tirés des principales villes pour composer la compagnie qui jugeait tout le royaume ^ On était accoutumé à ne voir dans ces places que les plus honnêtes gens ^ du pays et les plus graves. Le prince leur assignait certains revenus, afin qu'affranchis des embarras domestiques, ils pussent donner tout leur temps à faire observer les lois. Ils ne tiraient rien des procès, et on ne s'était pas encore avisé de faire un métier de la justice *. Pour éviter les surprises, les affaires étaient traitées par écrit dans cette assem-
sommes bien trouvés. Aujourd'hui encore, le fellah égyptien est ce qu'il était du temps des Pharaons. Les Chinois, eux aussi, se piquent d'être un peuple stationnaire; mais leur e.xemple ne risque pas d'être contagieux pour l'Europe.
1. Plus longtemps. Depuis Menés, fondateur de la première dynastie, jusqu'à la conquête du pays par Alexandre le Grand (332), il ne s'écoula guère moins de cinquante siècles. Il s'en faut de beaucoup qu'aucun des empires que nous connaissons ait approché, même de loin, d'une telle longévité.