‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 4)Chapitre 24 sur 153 · Hérod., lib. II. B · texte numérisé non relu

Hérod., lib. II. B

3. Destinées. Diod., lib. I, sect. 2, n. 22. B. — Fussent destinées, c'est-à-dire eussent une destination, un emploi déterminés. On ne trouverait guère ailleurs que dans Bossuet le mot destiné employé ainsi dans un sens absolu.

4. Les plus pures. Sans mélange, ni confusion; lucides, non altérées, comme le soir, par les multiples occupations de la journée. L'esprit, le matin, commence en quelque sorte une vie nouvelle.

5. Ils lisaient leurs lettres. Opération bien moderne : Bossuet va un peu vite, en ce qui concerne la lecture de ce i^u'on appelle vulgairement le courrier. Les rois de la première et même de la seconde dynastie n'en avaient sans doute pas pour longtemps à dépouiller leur correspondance. Sous l'-lncien Empire, les hiéroglyphes attestent les débuts de la langue comme de l'écriture, même lapidaire. Voy. .Maspero, p. u9, et Mariette, Sur les tombes de V Ancien Empire, p. 13.

les dieux, doux envers les hommes, modéré, juste, magnanime, sincère et éloigné du mensonge, libéral, maître de lui-même, punissant au-dessous du mérite, et récompensant au-dessus K Le pontife parlait ensuite des fautes que les rois pouvaient commettre ; mais il supposait toujours qu'ils n'y tombaient que par surprise ou par ignorance *, chargeant d'imprécations les ministres qui leur donnaient de mauvais conseils et leur déguisaient la vérité : telle était la manière d'instruire les rois. On croyait que les reproches ne faisaient qu'aigrir leurs esprits, et que le moyen le plus efficace de leur inspirer la vertu était de leur marquer leur devoir dans des louanges conformes aux lois, et prononcées gravement devant les dieux '. Après la prière et le sacri-

1. Récompensant au-dessics. Quand on lit le tableau qui précède de la vie d'un roi d"Égypte, la place qu'y tiennent la religion, les cérémonies, l'instruction religieuse, le pontife, les prières, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a peu de retouches à faire pour se trouver en présence de ce qui se passait à Versailles sous Louis XIV. Les détails de ce cérémonial, plus ou moins authentiques d'ailleurs, ne présentent pour nous qu'un médiocre intérêt ; mais, avant de servir à l'instruction de la jeunesse en général, ce livre a été écrit par un prêtre, sous les yeux de la cour, ei pour l'édification d'un futur roi.

2. Pai' surprise ou par ignorance. De sorte que, à l'irresponsabilité du droit divin, les rois ajoutaient en quelque sorte l'infaillibilité. Telle était la majesté royale, non seulement en Egypte, mais à Versailles; et Bossuet, qui a été chez nous un des théoriciens les plus intrépides de la monarchie absolue, n'est pas fâché de retrouver son idéal sur les bords du Nil et dans la personne des Pharaons.

3. Devant les dieux. C'est le procédé que les prédicateurs de la cour, et Bossuet lui-même, ont bien souvent employé pour présenter au roi, sous une forme acceptable par lui, l'enseignement religieux et moral dont il avait besoin, autant et plus que les simples mortels. L'Écriture sainte, les rois

fice, on lisait au roi, dans les saints livres, les conseils et les actions des grands hommes, afin qu'il gouvernât son État par leurs maximes, et maintint les lois qui avaient rendu ses prédécesseurs heureux aussi bien que leurs sujets ^

Ce qui montre que ces remontrances se faisaient et s'écoutaient sérieusement, c'est qu'elles avaient leur efTet. Parmi les Thébains, c'est-à-dire dans la dynastie principale, celle où les lois étaient en vigueur, et qui devint à la fin la maîtresse de toutes les autres ^, les plus grands hommes ont été les

d'Israël et de Juda, étaient une source inépuisable de critique indirecte et d'enseignement allégorique.

1. Leurs sujets. Tableau enchanteur, et trop séduisant, auquel ont servi de prétexte quelques lignes de Diodore, auteur de seconde main, qui écrivait quelque vingt ou trente siècles après les événements dont il parle, et ne connaissait point la langue du pays. C'est pourtant de là que Bossuet est parti pour exécuter, à l'aide de l'imagination presque exclusivement, des tableaux et des peintures qui n'ont guère plus de valeur historique que ceux du roman de Fénelon, le Teléma- <iue. Une page de Maspero, ou d'un égyptologue moderne, en apprend plus sur l'Egypte que toutes les tirades de Bossuet.

2. Toutes les autres. Ce passage semble bien indiquer, mais d'autres (I™ part., 2e époque) nous montrent explicitement (|ue Bossuet croyait à la simultanéité des dynasties égyptiennes. Depuis lui, la chronologie égyptienne a fait des progrès. Il est acquis que l'histoire de l'Egypte doit se diviser en Irois grandes périodes :

1» Période memphite, ou Ancien Empire (première-dixième dynasties).

Suprématie de Memphis et des rois memphites sur toute l'Egypte.

2» Période thébaine, ou Moyen Empire f'onzième-vingtième dynasties).

Suprématie de Thèbes et des rois thébains. C'est l'apogée de la puissance égyptienne avec les plus grands rois, les Amencmhat, les Ousortesen, les Amenhotep, les Ramsès.

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rois. Les deux Mercures, auteurs des sciences et de toutes les institutions des Égyptiens, l'un voisin des temps du déluge, l'autre * qu'ils ont appelé le Trismégiste ou le trois fois grand, contemporain de Moïse, ont été tous deux rois de Thèbes ^ Toute

Celle période se subdivise en deux parties par l'invasion des Hycsos (Pasteurs) :

a. Ancien Empire Ihébain (onzième-seizième dynasties).

h. Nouvel Empire thébain (seizième-vingtième dynasties).

3" Période saïte, ou Nouvel Empire (vingt et unièmetrentième dynasties).

Suprématie de Sais et du Delta.

Il faut excepter, bien entendu, les périodes de troubles d'invasions étrangères comme celle des Hycsos, et celles où les dynasties se sont substituées l'une à l'autre.

Voy. Maspero, Hist. anc, page 33.

i. L'un... Vautre. La religion primitive des Égyptiens, si simple et si rationnelle à l'origine, avec son dieu infini et insaisissable, dont on ne peut connaître ni la forme, ni la substance, s'était peu à peu matérialisée dans des symboles sensibles, incarnée dans un polytliéisme animal. Parmi ces dieux figurait celui que Bossuet appelle ici les deux Mercures, l'Hermès des Grecs, en réalité le dieu Thot, représenté ordinairement par l'ibis, quelquefois par le singe à tète de chien. Dans la théologie égyptienne, ce Thot, premier ministre du dieu principal, invente les arts et les lettres, la géographie, la rhétorique; il sert d'historiographe à la cour, enregistre les victoires et les burine en inscriptions sonores.

2. Thèbes. En égyptien Ape, T-ape. C'est la Thèbes aux cent portes d'Homère, la demeure d'Ammon-Rhâ, roi des dieux et créateur du monde. Centre principal du nome de Ouas, elle devint la capitale de toute l'Egypte sous les neuf dynasties (XI<:-XX«) du Moyen Empire. Elle s'étendait sur les deux rives du Nil et couvrait un espace considérable, à en juger par les ruines colossales qu'on trouve dans la région et qui étaient jadis compris dans l'ancienne Thèbes. On les voit dans les villages arabes de El-Aqsoraïn Louqson, de Karnak, sur la rive droite; et de Gournah, Medinel-Habout, Deir-el-Bahari, sur la rive gauche. La décadence de Thèbes commença à la chute du Moyen Empire; elle fut prise et pillée tour à tour par les Éthiopiens, les Assyriens, les

l'Egypte a profité de leurs lumières, et Thèbes doit à leurs instructions d'avoir eu peu de mauvais princes. Ceux-ci étaient épargnés pendant leur vie; le repos public le voulait ainsi : mais ils n'étaient pas exempts du jugement ' qu'il fallait subir après la mort *. Quelques-uns ont été privés de la sépulture, mais on en voit peu d'exemples ; et, au contraire, la plupart des rois ont été si chéris des peuples, que chacun pleurait leur mort autant que celle de son père ou de ses enfants.

Cette coutume de juger les rois après leur mort parut si sainte au peuple de Dieu, qu'il l'a toujours pratiquée. Nous voyons dans l'Écriture que les méchants rois étaient privés de la sépulture de leurs ancêtres ; et nous apprenons de Josèphe ^ que cette

Perses; détruite par Ptolémée Lathyre, et le reste fut bouleversé par un tremblement de terre, en 27 av. J.-G.

1. Exempts du jugement. On pourrait demander ici : A quoi bon les juger, puisqu'ils ne pouvaient mal faire "? Toutefois Bossuet n'a pas été aussi affirmatif sur leur impeccabilité, comme on s'en aperçoit quand ou lit attentivement ce qu'il dit plus haut de Tinslruction religieuse des rois par le pontife.

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