Poiyb., lib. III, ch. v. B
6. Lfs seules divisions. Toujours même tactique, du côté des Perses : la corruption et l'or semé à pleines mains chez les adversaires. Tandis qu'Agésilas opérait en Asie, une ligue se forma contre Sparle, dont les succès (394) le forcèrent à revenir pour défendre sa patrie. Agésilas ne s'y trompa point : » Ce sont, dit-il, trente mille archers (les monnaies perses portaient d'un côté l'empreinte d'un archer) qui me chassent de l'Asie. »
•quêtes : mais il arriva dans ces temps-là ' que le jeune * Cyrus % frère d'Artaxerxe, se révolta contre lui. Il avait dix mille * Grecs dans ses troupes, qui seuls ne purent être rompus ^ dans la déroute universelle de son armée. Il fut tué dans la bataille, et lie la main d'Artaxerxe, à ce qu'on dit. Nos Grecs * se trouvaient sans protecteur au milieu des Perses et aux environs de Babylone ^ Cependant Artaxerxe victorieux ne put ni les obliger à poser volontairement les armes, ni les y forcer. Ils conçurent le
1. Dans ces temps-là. La chronologie ici n'est pas respectée. Les événements dont il vient d'être question, expédition d'Agésilas, ses succès, la défaite do Sparte à Haliarte sont postérieurs à l'expédition des Dix .Mille.
2. Le jeune signilie simplement qu'il était plus jeune que -on frère; en latin y»«for.
3. Cyrus. Frère d'Artaxerxès II Mnémon, et gouverneur de l'Asie Mineure. Mécontent de son lot, il soudoya treize mille Grecs et à leur tête Cléarque de Sparte, le Thessalien Aristippe, le Béotien Proxène, Sophéuète de Stympliale, etc.; son armée personnelle était de cent mille hommes. Tous ensemble montèrent vers la haute Asie : anabase. La rencontre eut lieu à Gunaxa, 401 .
4. Dix mille. Il avait treize mille Grecs qui, par suite des marches, des fatigues et de la bataille, furent à la fin de l'expédition réduits à di.x mille.
0. Seuls ne purent être rompus. Le corps grec ne fut même pas sérieusement menacé dans la bataille. Le danger et les difficultés, pour eux, ne commencèrent qu'après, et surtout quand les chefs, attirés par Tissapherne à une entrevue, eurent été odieusement égorgés. C'est alors que commença le rôle de Xénophon, témoin oculaire et historien de cette admirable expédition.
6. Nos Grecs. Bossuet, captivé, épris d'admiration, identifie sa cause avec celle des braves qui en quinze mois fournirent 21o étapes, parcoururent près de 6 000 kilomètres et revinrent sains et saufs en Europe.
1. Au.r environs de Babylone. Gunaxa, où eut lieu l'engagement, est sur la rive gauche de l'Euphrate, seulement à quelques kilomètres nord-ouest de Babylone.
hardi dessein de traverser en corps d'armée tout sonempire pour retourner en leur pays, et ils en vinrent à bout. C'est la belle histoire qu'on trouve si bien racontée par Xénophon, dans son livre de la Retraite des Dix Mille, ou de YExpédition du jeune Cyrus. Toute la Grèce vit alors plus que jamais qu'elle nourrissait * une milice invincible à laquelle tout devait céder, et que ses seules divisions la pouvaient soumettre à un ennemi trop faible pour lui résister quand elle serait unie. Philippe *, roi de Macédoine, également habile et vaillant -^ ménagea * si bien les avantages que lui donnait, contre tant de villes et de républiques divisées, un royaume petit,^ à la vérité, mais uni, et où la puissance royale était absolue, qu'à la fin, moitié par adresse et moitié par force, il se rendit le plus puissant de la Grèce, et obligea tous les Grecs à marcher sous ses étendards contre l'ennemi commun ^ Il fut tué dans ces con-
1. Qu'elle nourrissait . Au lieu de : qu'elle possédait. Quelle différence entre le mot' propre et cette image par laquelle Bossuet nous montre la Grèce entretenant, alimentant son organisme militaire!
2. Philippe. Philippe II, troisième fils d'Amyntas II, après la mort de son frère Perdiccas III, s'empara de la régence pour son neveu Amyntas, puis de la royauté qu'il exerça de 360 à 336. C'est le père d'Alexandre le Grand.
3. Ha/jile et vaillant. Bossuet aurait dû ajouter rusé et même fourbe. Il eut comme personne le génie de l'intrigue, érigea en système l'art de tromper et pratiqua bien avant les jésuites et M. de Bismarck ces belles maximes : la fin justifie les moyens; — la force prime le droit.