NOÉ, OU LE DÉLUGE
Deuxième âge du monde.
Près du déluge0 1 se rangent le décroissement de la vie humaine; le changement dans le vivre6*, et une nouvelle nourriture substituée aux fruits de la terre ; quelques préceptes donnés à Noé de vive voix seulement; la confusion des langues6 arrivée à la tour de Babel, premier monument de l'orgueil et de la foiblesse des hommes ; le partage des trois enfants de Noé, et la première distribution des terres.
La mémoire de ces trois premiers auteurs des nations et des peuples s'est conservée parmi les hommes. Japhet, qui a peuplé la plus grande partie de l'Occident, y est demeuré célèbre sous le nom fameux d'Iapet. Cham et son fils Chanaan n'ont pas été moins connus parmi les Égyptiens et les Phéniciens; et la mémoire de Sem a toujours duré dans le peuple hébreu, qui en est sorti.
Un peu après ce premier partage du genre humain, Xemrod, homme farouche, devient par son humeur violente le premier des conquérants; et telle est l'origine des conquêtes. Il établit son royaume à Babylone3, au même lieu où la tour avoit été commencée, et déjà élevée fort haut, mais non pas autant que le souhaitoit la vanité humaine. Environ dans le même temps Ninive fut bâtie, et quelques anciens royaumes établis. Ils étoient petits dans ces premiers temps ; et on trouve dans la seule Egypte quatre dynasties ou principautés, celle de Thèbes, celle deThin, celle de Memphis, et celle de Tanis : c'étoit la capitale de la basse Egypte. On peut aussi rapporter à ce temps le commencement des lois et de la police des Égyptiens ; celui de leurs pyramides qui durent encore, et celui des observations astronomiques, tant de ces peuples que des Chal-
a Av. J.-C. 2348 ans. B. ou 5308 ans. Bénéd.— b 2347 ans. B. ou 5307 ans.BÉsÉD. — » 2247 ans. B. ou 2907 ans. Bénéd.
1 « Près du déluge, » peu après le déluge paraissent. — - Le vivre, verbe employé avec hardiesse pour un substantif — 3 Gen. , x, 8, 9, 10, 11, B.
*iO PARTIE I. LES ÉPOQUES.
déensa. Aussi voit-on remonter jusqu'à ce temps, et pas plus haut, les observations que les Chaldéens, c'est-à-dire sans contestation, les premiers observateurs des astres, donnèrent dans Babylone àCallisthène pour Aristote1.
Tout commence 2 : il n'y a point d'histoire ancienne où il ne paroisse, non-seulement dans ces premiers temps, mais encore longtemps après 3, des vestiges manifestes de la nouveauté du monde. On voit les lois s'établir, ies mœurs se polir et les empires se former. Le genre humain sort peu à peu de l'ignorance ; l'expérience l'instruit, et les arts sont inventés ou perfectionnés. A mesure que les hommes se multiplient, la terre se peuple de proche en proche ; on passe les montagnes et \e± précipices ; on traverse les fleuves, et enfin les mers ; et on établit de nouvelles habitations. La terre, qui n'étoit au commencement qu'une forêt immense, prend une autre forme ; les bois abattus font place aux champs , aux pâturages , aux hameaux, aux bourgades, et enfin aux villes. On s'instruit à prendre certains animaux, à apprivoiser les autres, et à lesaccoutumerau service. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches *. Les premiers héros se signalèrent dans ces guerres. Elles firent inventer les armes , que les hommes tournèrent après contre leurs semblables : :\emrod, le premier guerrier et le premier conquérant, est appelé dans l'Écriture un fort chasseur5. Avec les animaux, l'homme sut encore adoucir les fruits et les plantes; il plia jusqu'aux métaux à son usage, et peu à peu il y fit servir toute la nature. Comme il étoit naturel que le temps fit inventer beaucoup de choses, il devoit aussi en faire oublier d'autres, du moins à la plupart des hommes. Ces premiers arts que Noé avoit conservés, et qu'on voit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fît le premier établissement du genre luimain, se perdirent à mesure qu on s'éloigna de ce pays. Il
• Av. J.-C. 2233 ans. B. ou 2893 ans. Béséd.
1 Poiphyr. apud Simpl. in lib. ii.Aristot., de Cœlo. B. — s « Tout commence. » Dans cet alinéa, l'auteur présente en un tableau rapide l'origine de la civilisation, puis, plus loin, il indique la diminution croissante des sciences et des arts les plus anciens, et les progrés de l'erreur. Il signale dans l'histoire un double mouvement, et pour l'homme, une double source d« connaissances, d'une pari, la tradition et la révélation divine, do l'autre, la ce el l'industrie humaines. — 3 Vab. « Mais longtemps. »— * Peut-être féroces serait-il plus juste que farouches. • Farouche, dit l'Académie, sauvage, n'est point apprivoisé, qui s'épouvante et s'enfuit quand ou l'approche. Féroce, qui est farouche et cruel. » Or, comme il y avait combat e:itre les bétes et les ■s, et que l'épouvante et la fuite ôtent l'idée de combat, noua pensuns que féroces était ici le mot propre. — & Gen., x, 9. ».