SALOMON, OU LE TEMPLE ACHEVÉ
Cinquième âge du monde.
Ce fut environ Tan 5000 du monde , le Zi88e depuis la sortie d'Egypte ; et pour ajuster les temps de l'histoire sainte avec ceux de la profane, 180 ans après la prise de Troie, 250 devant la fondation de Rome , et 1000 ans devant Jésus-Christ , que Salomon acheva ce merveilleux édifice ai. Il en célébra la dédicace 6 avec une piété et une magnificence extraordinaires. Cette célèbre action est suivie des autres merveilles du règne de Salomon , qui finit par de honteuses foiblesses. Il s'abandonne à l'amour des femmes ; son esprit baisse, son cœur s'affoiblit, et sa piété dégénère en idolâtrie. Dieu, justement irrité, l'épargne, en mémoire de David son serviteur ; mais il ne voulut pas laisser son ingratitude entièrement impunie : il partagea son royaume après sa mort, et sous son fils Roboam. L'orgueil brutal de ce jeune prince lui fit perdre dix tribus, que Jéroboam sépara de leur Dieu et de leur roi c. De peur qu'ils ne retournassent au roi de Juda, il défendit d'aller sacrifier au temple de Jérusalem , et il érigea ses veaux d'or , auxquels il donna ?e nom du dieu d'Israël , afin que le changement parût moins étrange. La même raison lui fit retenir la loi de Moïse, qu'il interprétoit à sa mode ; mais il en faisoit observer presque toute la police *, tant civile que religieuse ; de sorte que le Pentateuque demeura toujours en vénération dans les tribus séparées.
Ainsi fut élevé le royaume d'Israël contre le royaume de Juda. Dans celui d'Israël triomphèrent l'impiété et l'idolâtrie d.
a Av. J.-C. 1004 ans. B. ou 992 ans. Bénéd.— b 103 ans. B. ou 991 ans. Béséd. — <= 975 ans. B. ou 962 ans. Bénéd. — <* Av. J.-C. 971 ans. B. oi 958 ans. Bénép.
1 II fut achevé dans le mois de novembre. — a Ici police signifie ensemble de lois, constitution. « Ce nom de police a bien dévié, dans nos temps modernes, de son étymologie antique, ei même de la signification qu'il avait autrefois dans notre propre langue. Ce qu'entendait Bossuet, lorsqu'il disait lapolice des États, ressemblait beaucoup plus à l'idée unie, dans l'esprit de Grecg et des Romains, aux mots -noxirtia., pnlilia, qu'à l'ensemble d'institutions ou d'offices variés que l'on comprend aujourd'hui sous la dénomination de Police. On se donnerait une peine inutile pour trouver dans le latin et dans le grec un terme équivalent, et l'on ferait obligé de recourir à une périphrase. » Naudkt, De la Police chez les Romains, dans les Mémoires de l'Acaa des sciences morales et politiques, t. iv.
PART. I. LES ÉPOQUES. - VI. SALOM., OCî LE TEMPLE ACHEVÉ. '±\
La religion , souvent obscurcie dans celui de Juda , ne laissa pas de s'y conserver. En ces temps , les rois d'Egypte étoient puissants. Les quatre royaumes avoient été réunis sous celui de Thèbes. On croit que Sésostris , ce fameux conquérant des Egyptiens, est le Sésac, roi d'Egypte, dont Dieu se servit pour châtier l'impiété de Pioboam. Dans le règne d'Abiam , fils de Roboam, on voit la fameuse victoire que la piété de ce prince lui obtint sur les tribus schismatiques. Son iils Asa a, dont U piété est louée dans l'Écriture, y est marqué comme un homme qui songeoit plus, dans ses maladies, au secours de la médecine qu'à la bonté de Dieu â. De son temps, Àmri, roi d'Israël, bâtit Samarie6, où il établit le siège de son royaume. Ce temps est suivi du règne admirable de Josaphat c, où fleurissent la piété, la justice, la navigation, et l'art militaire. Pendant qu'il faisoit voir au royaume de Juda un autre David, Achab et sa femme Jézabel, qui régnoient en Israël, joignoient à l'idolâtrie de Jéroboam toutes les impiétés des Gentils d. Ils périrent tous deux misérablement. Dieu, qui avoit supporté leurs idolâtries, résolut de venger sur eux le sang de .Naboth qu'ils avoient fait mourir, parce qu'il avoit refusé , comme I'ordonnoit la loi de Moïse, de leur vendre à perpétuité l'héritage de ses pères. Leur sentence leur fut prononcée par la bouche du prophète Éflie. Achab fut tué quelque temps après % malgré les précautions qu'il prenoit pour se sauver. Il faut placer vers ce temps f la fondation de Carthage , que Didon , venue de Tyr , bâtit en un lieu où, à l'exemple de Tyr, elle pouvoit trafiquer avec avantage, et aspirer à l'empire de la mer. Il est malaisé de marquer le temps où elle se forma en république ; mais le mélange des Tyriens et des Africains fit qu'elle fut tout ensemble guerrière et marchande. Les anciens historiens, qui mettent son origine devant la ruine de Troie, peuvent faire conjecturer que Didon l'avoit plutôt augmentée et fortifiée qu'elle n'en avoit posé le? fondements. Les affaires changèrent de face dans le royaume de Juda. Athalie, iille d' Achab et de Jézabel , porta avec elle l'impiété dans la maison de Josaphat s. Joram, fils d'un prince si pieux, aima mieux imiter son beau-père que son père. La main de Dieu fut sur lui 2. Son règne fut court, et sa fin fut
* At. J.-C. 937 ans. B. ou 944 ans. Bénéd. — b 924 ans. B. ou 914 ans, Bénéo. — c 9i4 ans. b. ou 904 ans. Bénéd. — d 899 ans. B. ou 890 ans. Bénéd. — « 897 ans. B. ou 888 ans. Bénéd. — f 892 ai::. B. ou 860 ans BÉ: -"éd. — 9 888 ans. B. ou 880 ans. Bénéd.
1 Var. « La bonlé de son Dieu. » — 2 Belle et forte expression, d'un caractère poétique et biblique, pour s'appesantit sur lut.
Sfâ PARTIE I. LES EPOQUES.
affreuse*. Au milieu de ces châtiments, Diei faisoit des ^rodiinouïs, même en faveur des Israélites, qu'il vouloit rappeler à la pénitence. Us virent, sans se convertir, le* merveilles d'Élie et d'Elisée, qui prophétisèrent durant les règnes d'Àchab et de cinq de ses successeurs. En ce temps Homère fleurit ', et Iode lleurissoit trente ans avant lui. Les mœurs antiques qu'ils nous représentent , et les vestiges qu'ils gardent encore, avec beaucoup de grandeur , de l'ancienne simplicité , ne servent pas peu à nous faire entendre les antiquités beaucoup plus reculées, et la divine simplicité de l'Ecriture. Il y eut des spectacles2 effroyables dans les royaumes de Juda et d'Israël. Jézabel fut précipitée du haut d'une tour par ordre de Jéhu h. Il ne lui servit de rien de s'être parée : Jéhu la fit fouler aux pieds des chevaux, il fit tuer Joram, roi d'Israël, fils d'Achab : toute la maison d'Achab fut exterminée , et peu s'en fallut qu'elle n'entraînât celle des rois de Juda dans sa ruine. Le roi Ochozias, fils de Joram roi de Juda , et d'Athalie , fut tué dans Samarie avec ses frères, comme allié et ami des enfants d'Achab. Aussitôt que cette nouvelle fut portée à Jérusalem , Athalie résolut de faire mourir tout ce qui restoit de la famille royale , sans épargner ses enfants, et de régner par la perte de tous les siens. Le seul Joas, fils d'Ochozias , enfant encore au berceau, fut dérobé à la fureur de son aïeule. Josabeth , sœur d'Ochozias, et femme de Joïada , souverain pontife , le cacha dans la maison de Dieu , et sauva ce précieux reste de la maison de David. Athalie, qui le crut tué avec tous les autres, vivoit sans crainte. Lycurgue donnoit des lois à Lacédémone. Il est repris de les avoir faites toutes pour la guerre, à l'exemple de Minos , dont il rvoit suivi les institutions 3, et d'avoir peu pourvu à la modestie des femmes ; pendant que , pour faire des soldats , il obîigeoit les hommes à une vie si laborieuse et
« Av J -f. 885 ans. B. ou 876 ans. Bé^éd.— b 884 ans. B. on 875 ans Béni».
1 Marin. Arund. B. Homère csl ici caractérisé en quelques mots sous le point de vue historique. Voy., pour comparaison, Fénelon, Lettre àl'Académie/Kollin, Traité des Etudes, de la lect. d'Homère; Chateaubriand, Génie du Christianisme. On sait qu'HoMÈRE a composé deux grands poèmes héroïques, Y Iliade et l'Odyssée, un poème comique, la Jiatraclwmyomachie, et des Hymnes. Hésiode a écrit les Travaux et les jours, poëme qui a fourni à Virgile l'idée première de ses Géorgiqucs; et deux antres poëmes intitulés, La Tfxogonie, et le bouclier d'Hercule. — i Spectacles dit plus et mieux que <ncnls. — 3 Plat., de Republ., lib. vin ; de Leg. , lib. i; Arist. , Foltt., lib. H, c. ix. B.
Vï SALOMON, OU LE TEMPLE ACHEVÉ 23
si tempérante. Rien ne remuoit en Judée conîr? Athalie : elle se croyoit affermie par un règne de six ans. Mais Dieu lui nourrissoit un vengeur 1 dans l'asile sacré de son temple. Quand il eut atteint l'âge de sept ans a, Joïada le fit connaître a quelques-uns des principaux chefs de l'armée royale , qu'il avoit soigneusement ménagés2; et, assisté des lévites, il sacra le jeune roi dans le temple. Tout le peuple reconnut sans peine l'héritier de David et de Josaphat. Athalie, accourue au bruit pour dissiper la conjuration , fut arrachée de l'enclos du temple, et reçut le traitement que ses crimes méritoient. Tant que Joïada vécut, Joas fit garder la loi de Moïse. Après la mort de ce saint pontife, corrompu par les flatteries de ses courtisans , il s'abandonna avec eux à l'idolâtrie. Le pontife Zacharie, fils de Joïada, voulut les reprendre ; et Joas, sans se souvenir de ce qu'il devoit à son père, le lit lapider6. La vengeance suivit de près. L'année suivante, Joas, battu par les Syriens , et tombé dans le mépris, fut assassiné par les siens ; et Amasias son fils, meilleur que lui , fut mis sur le trône c. Le royaume d'Israël , abattu par les victoires des rois de Syrie , et par les guerres civiles , reprenoit ses forces sous Jéroboam II d , plus pieux que ses prédécesseurs. Ozias , autrement nommé Azarias , fils d'Amasias, ne gouvernoitpas avec moins de gloire le royaume de ïuda e. C'est ce fameux Ozias, frappé de la lèpre, et tant de fois repris dans l'Écriture, pour avoir en ses derniers jours osé entreprendre sur l'office sacerdotal, et, contre la défense de la loi, avoir lui-même offert de l'encens sur l'autel des parfums. 11 fallut le séquestrer, tout roi qu'il étoit , selon la loi de Moïse ; et Joatham son fils , qui fut depuis son successeur , gouverna sagement le royaume. Sous le règne d' Ozias, les saints prophè tes, dont les principaux en ce temps furent Osée et Isaïe, coin mencèrent à publier leurs prophéties par écrit 3, et dans des livres particuliers , dont ils déposoient les originaux dans le temple, pour servir de monument à la postérité. Les prophétie; de moindre étendue , et faites seulement de vive voix , s'enregistroient, selon la coutume, dans les archives du temple, avec l'histoire du temps. Les jeux olympiques, institués par Hercule, et longtemps discontinués , furent rétablis f. De ce rétablisse
« Av. J.-C. 878 ans.E. ou 870 ans. Bénéd. — & Av. J.-C. 840 ans. B. ou 852 ans. Bénéd. — c 859 ans. B. ou 851 ans. Bénéd. — d 825 ans. B. ou 819 ans. Bénéd. — e 810 ans. B. ou 805 ans. Béxed. — f 776 ans. B.
1 Préparait contre elle un vengeur de ses crimes. — 2 Avec lesquels f' s'était concerté. — * Osée. i. 1: h. , i, 1. B.
24 PART. ï. LES ÉPOQUES.-VI. SALON., OU LE TEMPLE A tHEVÉ
ment sont venues les olympiades, par où les Grecs comptaient les années. A ce terme iinissent les temps que Vairon nomme fabuleux, parce que, jusqu'à cette date, les histoires profanes sont pleines de confusion et de fables ; et commencent les temps historiques , où les affaires du monde sont racontées par des relations plus fidèles et plus précises. La première olympiade est marquée par la victoire de Corèbe. Elles se renouveloient tous les cinq ans, et après quatre ans révolus Là, dans rassemblée de toute la Grèce , à Pise premièrement , et dans la suite à Élide, se célébroient ces fameux combats, où les vainqueurs étoient couronnés avec des applaudissements incroyables. Ainsi les exercices étoient en honneur, et la Grèce devenoittous les jours plus forte et plus polie. L'Italie étoit encore presque toute sauvage. Les rois latins de la postérité d'Énée régnoient à Albe. Phul étoit roi d'Assyrie. On le croit père de Sardanapale, appelé, selon la coutume des Orientaux, Sardan- Pul , c'est-à-dire Sardan , fils de Phul. On croit aussi que ce Phul, ou Pul, a été le roi de Ninive qui fit pénitence avec tout son peuple à la prédication de Jonas. Ce prince, attiré par les brouilleries du royaume d'Israël, venoit l'envahir a; mais9 apaisé par Manahem , il l'affermit dans le trône qu'il venoit d'usurper par violence, et reçut en reconnoissance un tribut de mille talents. Sous son iils Sardanapale , et après Alcmaeon, dernier archonte perpétuel des Athéniens, ce peuple, que son humeur conduisoit insensiblement à l'état populaire, diminua le pouvoir de ses magistrats, et réduisit à dix ans l'administration des archontes. Le premier de cette sorte fut Charops. Roniulus et Rémus, sortis des anciens rois d'Albe par leur mère Ilia, rétablirent dans le royaume d'Albe leur grand-père Numilor, que son frère Amulius en avoit dépossédé ; et incontinent après ils fondèrent Rome, pendant que Joatham régnoit en Judée.
•« Av. J.-C. 771 ans. B. ou 758 ans. Bénéd.