‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 25 sur 110 · ROM U LUS, OU ROME FONDÉE · texte numérisé non relu

ROM U LUS, OU ROME FONDÉE

Cette ville, qui devoit être la maîtresse de l'univers, et dans la suite le siège principal de la religion, fut fondée sur la fin de la troisième année de la sixième olympiade , 450 ans environ après la prise de Troie , de laquelle les Piomains eroyoient que leurs ancêtres étoient sortis , et 755 ans devant Jésus-Christ a. Romulus, nourri durement avec les bergers , et toujours dans les exercices de la guerre , consacra cette ville au dieu de la guerre, qu'on croyoit son père 4. Vers les temps delà naissance de Piome, arriva, par la mollesse de Sardanapale, la chute du premier empire des Assyriens b . Les Mèdes, peuple belliqueux, animés par les discours d'Arbace,leur gouverneur , donnèrent à tous les sujets de ce prince efféminé l'exemple de le mépriser. Tout se révolta contre lui, et il périt enfin dans sa ville capitale, où il se vit contraint à se brûler lui-même avec ses femmes, ses eunuques, et ses richesses. Des ruines de cet empire on voit sortir trois grands royaumes. Arbace ou Orbace, que quelquesuns appellent Pharnace , affranchit les Mèdes, qui, après une assez longue anarchie , eurent des rois très-puissants. Outre cela, incontinent après Sardanapale0, on voit paroitre un second royaume des Assyriens, dont Ninive demeura la capitale, et un royaume de Babylone. Ces deux derniers royaumes ne sont pas inconnus aux auteurs profanes, et sont célèbres dans l'histoire sainte. Le second royaume de Ninive est fondé par Tliilgath ou Theglath, fils de Phalasar, appelé pour cette raison Theglathphalasar, à qui on donne aussi le nom de Ninus le jeune. Baladan, que les Grecs nomment Bélésis, établit le royaume de Bsbylone, où il est connu sous le nom de Nabonassar. De là l'ère de Nabonassar , célèbre chez Ptolémée et les anciens astronomes, qui comptoient leurs années par le règne de ce prince. Il est bon d'avertir ici que ce mot d'ère signifie un dénombrement d'années commencé à un certain

a Av. J.-C. 755 ans. B. cm 75 i ans. Bénéd. — 6 748 ans. 13. ou 759 ans Bi»ÉD. — c 7-17 ans. B. ou 759 ans. Bénéd.

1 Var. « Qu'il disoit 6on père. »

point que quelque grand événement fait remarquer. Achaz, roi de Juda, impie et méchant, pressé par Hazin, roi de Syrie, et par Phacée, iils de Romélias,roi d'Israël, au lieu de recourir à Dieu, qui lui suscitoit ces ennemis pour le punir, appela3 ThegJathphalasar , premier roi d'Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l'extrémité le royaume d'Israël, et détruisit toutà-fait celui de Syrie : mais , en même temps, il ravagea celui de Juda qui avoit imploré son assistance. Ainsi les rois d'Assyrie apprirent le chemin de la Terre-Sainte, et en résolurent la conquête. Ils commencèrent par le royaume d'Israël , que Salmanasar, fils et successeur de Theglathphalasar , détruisit entièrement b. Osée, roi d'Israël, s'étoit fié au secours de Sabacon, autrement nommé Sua ou Sous, roi d'Ethiopie, qui avoit envahi l'Egypte. Mais ce puissant conquérant ne put le tirer des mains de Salmanasar^ Les dix tribus où le culte de Dieu s'étoit éteint, furent transportées à Ninive; et, dispersées parmi les Gentils, s'y perdirent tellement, qu'on m peut plus en découvrir aucune trace. Il en resta quelques-uns qui furent môles parmi les Juifs, et firent une petite partia du royaume de Juda. En ce temps arriva la mort de Romulusc. Il fut toujours en guerre, et toujours victorieux; mais, au milieu des guerres, il jeta les fondements de la religion et des lois. Une longue paix donna moyenàNuma, son successeur d, d'achever l'ouvrage. Il forma la religion, et adoucit les mœurs farouches du peuple romain .De son temps, les colonies venues de Corinthe et de quelques autres villes de Grèce fondèrent Syracuse en Sicile, Grotonc, Tarente, et peut-être quelques autres villes dans cette partie de l'Italie à qui de plus anciennes colonies grecques, répandues dans tout le pays, avoient déjà donné le nom de grande Grèce. Cependant Ézéchias, le plus pieux et le plus juste de tous le.? rois, après David, régnoit en Judée. Sennachérib, iils et successeur de Salmanasar, l'assiégea dans Jérusalem avec une armée immense : elle périt en une nuit par la main d'un ange*. Ézéchias, délivré d'une manière si admirable, servit Dieu avec tout son peuple plus fidèlement que jamais. Mais, après la mort de ce prince f, et sous son fils Manassès, le peuple ingrat oublia Dieu, elles désordres s'y multiplièrent. L'état populaire se formoit alors parmi les Atliéniens, et ils commencèrent à choisir les archontes annuels, dont le premier fut Créon*.

Av. J.-C. 740 ans. B. ou 735 ans. Bknéd. — b 721 ans. D. ou 718 ans. ,<É:-û>. — c Av. J.-C. 715 ans. B. — <* 714 ans. lï. — • 710 an:;. B. ou 707 ans. Bénéd. — 698 ans. B. ou CPi ans. BÉKÉD. — o 867 ans. B. ou 684 ans. Bénéd.

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Pendant que l'impiété s'augmentoit dans le royaume de Juda, la puissance des rois d'Assyrie , qui dévoient en être les vengeurs1, s'accrut sous Àsaraddon, fils de Sennachérib. Il réunit0 le royaume de Babylone à celui de NinWe, et égala dans la grande Asie la puissance des premiers Assyriens. Les Mèdes commençoient aussi à se rendre considérables. Déjocès, leur premier roi, que quelques-uns prennent pour l'Arphaxad nommé dans le livre de Judith 2, fonda la superbe ville d'Ecbatanes, et jeta les fondements d'un grand empire. Ils l'avoient mis sur le trône pour couronner ses vertus , et mettre fin aux désordres que l'anarchie causoit parmi eux3. Conduits par un si grand roi, ils se soutenoient contre leurs voisins, mais ils ne s'étendoient'pas. Rome s'accroissoit, mais foiblement. Sous Tullus Hostilius, son troisième roi b, et par le fameux combat des Horaces et des Curiaces , Albe fut vaincue et ruinée : ses citoyens, incorporés à la ville victorieuse, l'agrandirent et la fortifièrent. Romulus avoit pratiqué le premier ce moyen d'augmenter la ville, où il reçut les Sabins et la autres peuples vaincus. Ils oublioient leur défaite, et devenoient des sujets affectionnés. Rome, en étendant ses conquêtes, régloit sa milice; et ce fut sous Tullus Hostilius qu'elle commença à apprendre cette belle discipline qui la rendit dans la suite maîtresse de l'univers. Le royaume d'Egypte, affoibli par ses longues divisions, serétablissoitsousPsammitique c. Ce prince, qui devoit son salut aux Ioniens etauxCariens, les établit dans l'Egypte, fermée jusqu'alors aux étrangers. A cette occasion, les Egyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs; et depuis ce temps aussi l'histoire d'Egypte, jusque-là mêlée de fables pompeuses par l'artifice des prêtres , commence, selon Hérodote*, à avoir de la certitude. Cependant les rois d'Assyrie devenoient de plus en plus redoutables à tout l'Orient. Saosduchin, lils d' Asaraddon, qu'on croit être le isabuchodonosor du livre de Judith5, défit en bataille rangée d Arphaxad, roi des Mèdes, quel qu'il soit. Si ce n'est pas Déjocès lui-même, premier fondateur d'Ecbatanes, ce peut être Phraorte ou Aphraarte,

a Av. J.-C. G81 ans. B. ou G80 ans. Bénéd. — 6 671 ans. B.— c G70 cna. B. ou 671 ans. Bénéd. — d 657 ans. B. ou 655 ans. Bénéd.

1 Qui devaient la punir, venger Dieu offensé. Sur cet emploi du mot terv* geur. Voy. Époque yi, p. 23, note 1. Cet emploi est rare, et se rapproche et latin ultor, ultor sceleris.— - Var. « Nommé Arphaxad dans l'Ecriture. » — Mlerod., lib. i, c. xcyi. — 4 Herod. , lib. n, c. cliv. B. — 5 Var. «Appelé Mabuchodonosor, dans le livre de Judith. »

son fils, qui en éleva les murailles. Enflé de sa victoire, le superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre a. Dans ce dessein il passa l'F.uphrale, et ravagea tout jusqu'en Judée. Les Juifs avoient irrité Dieu, et s'étoient abandonnes à l'idolâtrie, à l'exemple de Manassès ; mais ils avoient fait pénifence avec ce prince : Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de Nabuchodonosor et d'Holopherne, son général, furent tout à coup arrêtées par la main d'une femme '. Déjocès, quoique battu par ies Assyriens, laissa son royaume en état de s'accroître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte , son fils, et Cyaxare , fils de Phraorte, subjuguoient laPerse, et poussoient leurs conquêtes dansPAsic mineure jusques aux bords de l'Halys, la Judée vit passer le règne détestable d'Amoii*, fils de Manassès ; et Josias , fils d'Amon , sage dès l'enfance , travaillait à réparer les désordres causés par l'impiété des rois ses prédécesseurs c. Piome, qui avoit pour roi Ancus Martius, domptoit quelques Latins sous sa conduite, et continuant à se faire des citoyens de ses ennemis, elle les renfermoit dans ses murailles. Ceux de Yeies, déjà affoiblis par Romulus, firent de nouvelles pertes. Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine, et bâtit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre. En ce temps , le royaume de Babylone fut envahi par Nabopolassard. Ce traître, que Chinaladan , autrement Sarac, avoit fait général de ses armées contre Cyaxare, roi des Mèdes, se joignit avec Astyage, fils de Cyaxare, prit Chinaladan dans Ninive, détruisit cette grande ville si longtemps maîtresse de l'Orient, et se mit sur le trône de son maître. Sous un prince si ambitieux, Babylone s'enorgueillit. La Judée, dont l'impiété croissoit sans mesure, avoit tout à craindre. Le saint roi Josias e suspendit pour un peu de temps, par son humilité profonde, le châtiment que son peuple avoit mérité; mais le mal s'augmenta sous ses enfants''. Nabuchodonosor II, plus terrible que son père Nabopolassar , lui succéda s. Ce prince, nourri dans l'orgueil, et toujours exercé à la guerre, lit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occident; et Babylone menaçoit

a Av. J.-C. G:;6 ans. B. ou 654 ans. Bénéd. — b 645 ans. B. ou 640 ans. Bénéd. — c 641 ans. B. ou 659 ans. Bénéd. — d 626 ans. B. — ''624 ans. B. ou 622 ans. BÉNÉD. — f 610 ans. B. ou 609 ans. Bénéd. — 9 607 ans. B. ou 605 ans. Bénéd

l « Par la main d'une femme. • EflV't oratoire : par la main de Judith serait d'un style plus uni; le mot femme emportant une idée de faiblesse et de timidité fait ressortir par contraste l'action dont il s'agit.

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voûte la terre de la mettre en servi Lude. Sus menaces eurent bientôt leur effet à l'égard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce superbe vainqueur, qui la prit par trois fois : la première, au commencement de son règne, et à la quatrième année du règne de Joakim, d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Babylone , marqués par le prophète Jérémie1; la seconde, sous Jéchonias ou Joachin , fils de Joakim"; et la dernière, sous Sédécias , où la ville fut renversée de fond en comble, le temple réduit en cendre, et le roi mené captif à Babylone, avec Saraïa, souverain pontife, et la meilleure partie du peuple 6. Les plus illustres de ces captifs furent les prophètes Ezéehiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes hommes que Nabuchodonosor ne put forcer à adorer sa statue, ni consumer par les flammes. LaGrèceétoit florissante , et ses sept Sages se rendoient illustres. Quelque temps devant la dernière désolation de Jérusalem, Solon, l'un de ces sept Sages, donnoit des lois aux Athéniens®, et établissoit la liberté sur la justice : les Phocéens d'Ionie menoient à Marseille leur première colonie. Tarquin l'Ancien, roi de Rome, après avoir subjugué une partie de la Toscane, et orné la ville de Piome par des ouvrages magnifiques, acheva son règne*. De son temps, les Gaulois, conduits par Beilovèse, occupèrent dans l'Italie tous les environs du Pô, pendant que Ségovèse, son frère % mena.bien avant dans la Germanie un autre essaim de la nation. Servius ïullius, successeur de Tarquin, établit le cens, ou le dénombrement des citoyens distribués en certaines classes, par où cette grande ville se trouva réglée comme une famille particulière. Nabuchodonosor embellissoit Babylone, qui s'étoit enrichie des dépouilles de Jérusalem et de l'Orient. Elle n'en jouit pas longtemps. Ce roi, qui l'avoit ornée avec tant de magnificence, vit en mourant/7 la perte prochaine de cette superbe ville2. Son fils Evilmérodae , que ses débauches rendoient odieux, ne dura guère, et fut tué» par Nériglissor, son beau-frère, qui usurpa le royaume. Pisistrate usurpa aussi dans Athènes l'autorité souveraine, qu'il sut conserver trente ans durant, parmi beaucoup de vicissitudes , et qu'il laissa même à ses enfants. Nériglissor ne put souffrir ia

° Av, J.-C. 599 an:;. B. ou 598 ans. Béséd. — & 598 ans. B. O'i 538 ans. BÉNÉ», =<=- c 59 i ans. b. d 573 an5> B. — f 566 ans. B. — f 562 ans. B. — il 360 ans. B.

Jerem., xxv, il, 1-2; xxix, 10. B. — * Abyd. apnd Easeb. Pr«|».

Evang. !ib. ix, c. SU. B.

puissance des Modes qui s'agrandissoient en Orient, et leur déclara la guerre. Pendant qu'Astyage, fils de Cyaxare I, se piéparoità la résistance, il mourut, et laissa cette guerre à soutenir à Cyaxare II , son fils , appelé par Daniel Darius le Mède. Celui-ci nomma0 pour général de son armée Cyrus, fils de Mandate , sa sœur , et de Cambyse , roi de Perse , sujet à l'empire des Mèdes.La réputation de Cyrus, qui s'étoit signalé en diverses guerres sous Astyage, son grand-père, réunit la plupart des rois d'Orient sous les étendards de Cyaxare. Il prit 6 dans sa ville capitale Crésus, roi de Lydie, et jouit de ses richesses immenses : il dompta les autres alliés des rois de lîabylone , et étendit sa domination non seulement sur la Syrie, mais encore bien avant dans l'Asie mineure0. Enfin il marcha contre Babylone : il la prit*, et la soumit à Cyaxare, son oncle, qui, n'étant pas moins touché de sa fidélité que de ses exploits, lui donna sa fille unique et son héritière en mariage. Dans le règne de Cyaxare % Daniel , déjà honoré , sous les règnes précédents , de plusieurs célestes visions où il vit passer devant lui en figures si manifestes tant de rois et tant d'empires , apprit , par une nouvelle révélation , ces septante fameuses semaines où les temps du Christ et la destinée du peuple juif sont expliqués. C'étoient des semaines d'années, si l)ien qu'elles contenoient quatre cent quatre-vingt-dix ans ; et cette manière de compter étoit ordinaire aux Juifs , qui observaient la septième année aussi bien que le septième jour avec un repos religieux. Quelque temps après cette vision, Cyaxare mourut t% aussi bien que Cambyse, père de Cyrus ; et ce grand homme, qui leur succéda, joignit le royaume de Perse, obscur jusqu'alors , au royaume des Mèdcs , si fort augmenté par ses conquêtes. Ainsi il fut maître paisible de tout l'Orient, et fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu'il faut le plus remarquer pour la suite de nos époques , c'est que ce grand conquérant , dès la première année de son règne donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem, et les Juifs dans la Judée.

11 faut un peu s'arrêter en cet endroit , qui est le plus embrouillé de toute la chronologie ancienne, par la difficulté de concilier l'histoire profane avec l'histoire sainte. Vous aurez sans doute, Monseigneur, déjà remarqué que ce que je raconte de Cyrus est fort différent de ce que vous avez lu dans

a Av. J.-C. 559 ans. B. — & Ï43 ans. B. — c 543 ans. B, — d 538 ans. B. — e 537 ans. B. ou 536 ans. Bknkd. — f536 ans. B.

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