‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 27 sur 110 · VII. ROMULUS, OU ROME FONDÉE · texte numérisé non relu

VII. ROMULUS, OU ROME FONDÉE

Salmanasar, Sermachérib, Nabuchodonosor, et de tant d'autre? si renommés dans l'Écriture et dans les histoires orientales , i le faut attribuer , ou à l'ignorance des Grecs , plus éloquents dans leurs narrations que curieux dans leurs recherches, ou à la perte que nous avons faite de ce qu'il y avoit de pius recherché et de plus exact dans leurs histoires.

En effet, Hérodote avoit promis une histoire particulière des Assyriens1, que nous n'avons pas, soit qu'elle ait été perdue. ou qu'il n'ait pas eu le temps de la faire ; et on peut croire d'un historien si judicieux qu'il n'y auroit pas oublié les rois du second empire des Assyriens , puisque même Sennachérib , qui en étoit l'un, se trouve encore nommé dans les livres que nous avons de ce grand auteur'2, comme roi des Assyriens et des Arabes.

Strabon, qui yivoit du temps d'Auguste, rapporte 3 ce que Mégasthène , auteur ancien et voisin des temps d'Alexandre ., avoit laissé par écrit sur les fameuses conquêtes de Nabucliodonosor, roi des Chaldéens, à qui il fait traverser l'Europe, pénétrer l'Espagne, et porter ses armes jusqu'aux colonnes d'Hercule. Élien nomme Tilgamus roi d'Assyrie*, c'est-à-dire sans difficulté le Tilgath ou le Teglath de l'histoire sainte ; et nous avons dans Ptolémée un dénombrement des princes qui ont tenu les grands empires, parmi lesquels se voit une longue suite de rois d'Assyrie inconnus aux Grecs , et qu'il est aisé d'accorder avec l'histoire sacrée.

Si je voulois rapporter ce que nous racontent les annales des Syriens, un Bérose, un Abydénus, un Nicolas de Damas, je ferois un trop long discours. Josèphe et Eusèbe de Césaréc nous ont conservé les précieux fragments de tous ces auteui et d'une inimité d'autres qu'on avoit entiers de leurs temps , dont le témoignage confirme ce que nous dit l'Écriture sainte touchant les antiquités orientales, et en particulier touchant les histoires assyriennes.

Pour ce qui est de la monarchie des Mèdes , que la plupart des histoires profanes mettent la seconde dans le dénombrement des grands empires, comme séparée de celle des Perses , il est certain que l'Écriture les unit toujours ensemble; 2 t vous voyez, Monseigneur, qu'outre l'autorité des livres saints, le

1 Herod., lib.i, c. cvi, CLXXXiv.B. — 27&ûJ., lib. ri, c. cïli.B.— 3 Strab.. lib xv, init. B. — '* .Eiian., Ilist. Anim., lib. xn, c. m. B. — 5 Joseph., Àntiq. Jud. lib. ix, c. ult. , et lib. x, c xi ; lib. i, cont. âpiom.; Euseb. , Prœp. Evang. lib. ix. B.

seul ordre des faits montre que c'est à cela qu'il s'en faut tenir.

Les Mèdes avant Cyrus, quoique puissants et considérables, étoient effacés par la grandeur des rois de Babylone. Mais Cyrus ayant conquis leur royaume par les forces réunies des Mèdes et des Perses, dont il est ensuite devenu le maître par une succession légitime , comme nous l'avons remarqué après Xénophcn, il paroi t que le grand empire dont il a été le fondateur a dû prendre son nom des deux nations : de sorte que celui des Mèdes et celui des Perses ne sont que la même chose , quoique la gloire de Cyrus y ait fait prévaloir le nom des Perses.

On peut encore penser qu'avant la guerre de Babylone , les rois des Mèdes , ayant étendu leurs conquêtes du côté des colonies grecques de l'Asie mineure , ont été par ce moyen célèbres parmi les Grecs, qui leur ont attribué l'empire de la grande Asie , parce qu'ils ne connoissoient qu'eux de tous les rois d'Orient. Cependant les rois de Ninive et de Babylone, plus puissants, mais plus inconnus à la Grèce , ont été presque oubliés dans ce qui nous reste d'histoires grecques ; et tout le temps qui s'est écoulé depuis Sardanapale jusqu'à Cyrus a été donné aux Mèdes seuls.

Ainsi, il ne faut plus tant se donner de peine à concilier en ce point l'histoire profane avec l'histoire sacrée. Car , quant à ce qui regarde le premier royaume des Assyriens , l'Écriture n'en dit qu'un mot en passant , et ne nomme ni Ninus , fondateur de cet empire, ni, à la réserve de Phul, aucun de ses successeurs, parce que leur histoire n'a rien de commun avec celle du peuple de Dieu. Pour les seconds Assyriens, la plupart des Grecs ou les ont entièrement ignorés , ou , pour ne les avoir pas assez connus , ils les ont confondus avec les premiers.

Quand donc on objectera ceux des auteurs grecs qui arrangent à leur fantaisie les trois premières monarchies, et qui font succéder les Mèdes à l'ancien empire d'Assyrie, sans parler du nouveau, que l'Écriture fait voir si puissant, il n'y a qu'à répondre qu'ils n'ont point connu cette partie de l'histoire, et qu'ils ne sont pas moins contraires aux plus' curieux et aux mieux instruits des auteurs de leur nation qu'à l'Écriture.

Et, ce qui tranche en un mot toute la difficulté , les auteurs sacrés, plus voisins, par les temps et par les lieux, des royaumes d'Orient, écrivant d'ailleurs l'histoire d'un peuple dont le*

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