VII. ROMULUS, OU ROME FONDÉE
Justin; qu'il ne parle point du second royaume des Assyriens, ni de ces fameux rois d'Assyrie et de Bahylone , si célèbres dans l'histoire sainte ; et qu'enfin mon reçu ne s'accorde guère avec ce que nous raconte cet auteur des trois premières monarchies : de celle des Assyriens , finie en la personne de Sardanapale ; de celle des Mèdes , finie en la personne d Astyage , grand-père de Cyrus ; et de celle des Perses , commencée par Cyrus, et détruite par Alexandre.
Vous pouvez joindre à Justin Diodore avec la plupart des auteurs grecs et latins, dont les écrits nous sont restés, qui racontent ces histoires d'une autre manière que celle que j'ai suivie, comme plus conforme à l'Écriture.
Mais ceux qui s'étonnent de trouver l'histoire profane en quelques endroits peu conforme à l'histoire sainte dévoient remarquer , en même temps , qu'elle s'accorde encore moins avec elle-même. Les Grecs nous ont raconté les actions d Cyrus en plusieurs manières différences. Hérodote en remar que trois, outre celle qu'il a suivie1, et ne dit pas qu'elle soit écrite par des auteurs plus anciens ni plus recevahles que les autres. Il remarque encore lui-même2 que la mort de Cyrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblable, sans l'autoriser davantage. Xénophon , qui a été en Perse au service du jeune Cyrus , frère d'Artaxerxès nommé Mnémon, a pu s'instruire de plus près de la vie et de la mort de l'ancien Cyrus , dans les annales des Perses et dans la tradition de ce pays ; et pour peu qu'on soit instruit de l'antiquité, on n'hésitera pas à préférer, avec-saint Jérôme3, Xénophon, un si sage philosophe, aussi bien qu'un si habile capitaine, à Ctésias, auteur fabuleux, que la plupart des Grecs ont copié, comme Justin et les Latins ont fait les Grecs; et plutôt même qu'Hérodote, quoiqu'il soit très-judicieux *. Ce qui me détermine à ce choix, c'est que l'histoire de Xénophon, plus suivie et plus vraisemblable en elle-même , a encore cet avantage qu'elle est plus conforme à l'Écriture, qui par son antiquité et par le rapport des affaires du peuple juif avec celles de l'Orient , mériterait d'être préférée à toutes les
I Herod., lib. I, c. xcv. B. — 2 Jbid., c. ccxiv. B. — 3 Hier, in Dan., c. v. t. ITT, col. 1091. B. — '■* Var. ■ Pour ce qui regarde Cyrus, les auteurs profanes ne sout point d'accord sur son histoire; mais j'ai cru devoir plutôt suivre Xénophon avec saint Jérôme que Ctésias, etc. » L'éloge ajouté à la suite du nom d ajoute du poids à son témoignage, et n'était pas inutile.
histoires grecques, quand d'ailleurs on ne saurait pas quelle a été dictée par le Saint-Esprit.
Quant aux trois premières monarchies , ce qu'en ont écri la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général , sous le nom des prêtres d'Egypte , que les Grecs ignoraient profondément les antiquités1; et Aristote a rangé parmi les conteurs de fables2 ceux qui ont écrit les Assyriaques.
C'est que les Grecs ont écrit tard , et que , voulant divertir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse , ils les ont composées sur des mémoires confus , qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable, sans se trop soucie..' de la vérité.
Et certainement la manière dont on arrange ordinairement les trois premières monarchies est visiblement fabuleuse. Car, après qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire des Assyriens, on fait paraître sur le théâtre les Mèdes, et puis les Perses ; comme si les Mèdes avoient succédé à toute la puissance des Assyriens, et que les Perses se fussent établis en ruinant les Mèdes.
Mais, au contraire, il paraît certain 3 que lorsque Arbace révolta les Mèdes contre Sardanapale, il ne fit que les affranchir, sans leur soumettre l'empire d'Assyrie. Hérodote distingue le temps de leur affranchissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès*, et, selon la supputation des plus habiles chronologistes 3, l'intervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. 11 est d'ailleurs constant, parle témoignage uniforme de ce grand historien et de Xénophon a, pour ne point ici parler des autres, que , durant les temps qu'on attribue à l'empire des Mèdes, il y avoit en Assyrie des rois trèspuissants que tout l'Orient redoutoit , et dont Cyrus abattit l'empire par la prise de Babylone.
Si donc la plupart des Grecs, et les Latins qui les ont suivis, ne parlent 'point de ces rois babyloniens; s'ils ne donnent aucun rang à ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent la suite; enfin si nous ne voyons presque rien, dans leurs ouvrages, de ces fameux rois Tcglathphalasar,
» Pht. in Tint. fl. — 2 Aristol., Polit. lib. v, c- x. B.— » Va*, t II est certain. »
— * flérod., lib. 1, c. xcvi. B. — 5 Var. « Hérodote, suivi on cela par les plus ha-
cbrenologistesi fait paroître leur premier roi Déjocèa cinquante ans Bprèî
. <4le. • --- c Il'-rud., lib. 1 ; Xenoph., Cyrop. lib. v, vi, etc. h.