‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 37 sur 110 · VIII. CÏRUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS · texte numérisé non relu

VIII. CÏRUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS

L'Occident étoii attentif à la guerre des Romains et de Pyrrhus. Enfin ce roi fut défait par le consul Curius", et repassa en Épire. Il n'y demeura pas longtemps en repos, et voulut se récompenser sur la Macédoine des mauvais succès d'Italie. Antigonus Gonatas fut renfermé dans Thessalonique, et contraint d'abandonner à Pyrrhus tout le reste du royaume6. Il reprit cœur pendant que Pyrrhus, inquiet et ambitieux, faisoit la guerre aux Lacédémoniens et aux Argiens. Les deux rois ennemis furent introduits dans Argos, en même temps, par deux cabales contraires et par deux portes différentes. Il se donna dans la ville un grand combat : une mère qui vit son fils poursuivi par Pyrrhus qu'il avoit blessé, écrasa ce prince d'un coup de pierre c. Antigonus, défait d'un tel ennemi, rentra dans la Macédoine, qui, après quelques changements, demeura paisible * h sa famille. La ligue des Achéens l'empêcha de s'accroître. C'étoit le dernier rempart de la liberté de la. Grèce, et ce fut elle qui en produisit les derniers héros avec Àratus et Philopœmen.

Les Tarentins, que Pyrrhus entretenoit d'espérance, appelèrent les Carthaginois après sa mort. Ce secours !<uir fut inutile : ils furent battus avec les Brutiens et les Samnite*. leurs alliés. Ceux-ci, après soixante-douze ans de guerre continuelle, furent forcés à subir le joug des Piomains. Tarente les suivi/ Je près; les peuples voisins ne tinrent pas : ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugués. Les Gaulois, souvent battus, n'osoient remuer.

Après quatre cent quatre-vingts ans de guerre, les Romains se virent les maîtres en Italie, et commencèrent à regarder les affaires du dehors2 : ils entrèrent en jalousie contre les Carthaginois, trop puissants dans leur voisinage parles conquêtes qu'ils faisoient dans la Sicile, d'où ils venoient d'entreprendre sur eux et sur l'Italie, en secourant les Tarentins.

La république de Carthage tenoit les deux côtés de la mer Méditerranée. Outre celle d'Afrique, qu'elle possédoit presque tout entière, elle s'étoit étendue du côté d'Espagne par le détroit. Maîtresse de la mer et du commerce, elle avoit envahi les îles de Corse et de Sardaigne. La Sicile avoit peine à se défendre ; et l'Italie étoit menacée de trop près pour ne pas crain-

a Av, J.-C. 275 ans. B. — b 274 ans. B. — « 272 ans. B.

1 Demeura sans contestation, à lui et aux siens. — 2 Po'yb. , lib. I, C.xii; ib. il, c. i R.

dre. De là les guerres puniques a, malgré les traités, mal observés de part et d'autre.

La première apprit aux Romains à combattre sur la mer h. Ils furent maîtres d'abord1 dans un art qu'ils ne connoissoient pas ; et le consul Duilius, qui donna la première bataille navale, la gagna. Régulus soutint cette gloire, et aborda en Afrique, où il eut à combattre ce prodigieux serpent contre lequel il fallut employer toute son armée. Tout cède : Cartbage, réduite à l'extrémité, ne se sauve que par le secours de Xantippe, Lacédémonien. Le général romain est battu et prisc ; mais sa prison le rend plus illustre que ses victoires. Renvoyé sur sa parole, pour ménager l'échange des pri.-onniers, il vient soutenir dans le sénat la loi qui ôtoit toute espérance à ceux qui se laissoient prendre, et retourne à une mort assurée. Deux épouvantables naufrages contraignirent les Romains d'abandonner de nouveau l'empire de la mer aux Carthaginois. La victoire demeura longtemps douteuse entre les deux peuples, et les Romains furent prêts à céder; mais ils réparèrent leur flotte. Une seule bataille décida, et le consul Lutatius acheva la guerre d. Carthagefut obligée à payer tribut, et à quitter, avec la Sicile, toutes les îles qui étoient entre la Sicile et l'Italie. Les Romains gagnèrent cette île tout entière, à la réserve de ce qu'y tenoit Iïiéron, roi de Syracuse, leur allié*.

Après la guerre achevée, les Carthaginois pensèrent périr par le soulèvement de leur armée. Ils l'avoient composée, selon leur coutume, de troupes étrangères, qui se révoltèrent pour leur paye. Leur cruelle domination fit joindre à ces troupes mutinées presque toutes les villes de leur empire, et Carlhage, étroitement assiégée, étoit perdue sans Amilcar, surnommé Barcas. Lui seul avoit soutenu la dernière guerre. Ses citoyens lui durent encore la victoire qu'ils remportèrent sur les rebelles e : il leur en coûta la Sardaigne, que la révolte de leur garnison ouvrit aux Romains3. De peur de s'embarrasser avec eux dans une nouvelle querelle, Cartbage céda malgré elle une île si importante, et augmenta son tribut. Elle songeoit à rétablir en Espagne son empire ébranlé par la révolte : Amilcar passa

« Av. J.-C. 264 ans. B.— 6 260 ans. B.— « 255 ans. B. — <* 24 1 ans. B. - « 233 ans. B.

1 « Maîtres d'abord. » Maîtres, habiles, terme des arts et métiers. D'abord, non pas premièrement, mais de* le commencement, tout d'abord;— qu'ils M connaissoient pas, s. entend, auparavant. — 2 Polyb , lib. i, c. Lx::, Lxnt: lib. ii, c, ». B. — 8 tbid.j lib. i, c. LXXIX, lxxxiii, lxxxviii.

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