‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 38 sur 110 · VIII. CYIIUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS · texte numérisé non relu

VIII. CYIIUS, OU LES JUIFS RÉTABLIS

aarvs cette province, avec son fils Annibal, âgé de neuf ans, et y mourut dans une bataille3. Durant neuf ans qu'il y fit la guerre, avec autant d'adresse que de valeur, son fils se formoit sous un si grand capitaine, et tout ensemble il concevoit une haine implacable contre les Romains. Son allié Àsdrubal fut donné pour successeur à son père. Il gouverna sa province avec beaucoup de prudence, et y bâtit Carthage la Neuve, qui tenoit l'Espagne en sujétion.

Les Romains étoient occupés dans la guerre contre Teuta, reine d'Illyrie, qui exerçoit impunément la piraterie sur toute la côte. Enflée du butin qu'elle faisoit sur les Grecs et sur les Épirotes, elle méprisa les Romains, et tua leur ambassadeur. Elle fut bientôt accablée6 : les Romains ne lui laissèrent qu'une petite partie de l'Illyriec, et gagnèrent File de Corfou, que cette reine avoit usurpée. Ils se firent alors respecter en Grèce par une solennelle ambassade, et ce fut la première fois qu'on y connut leur puissance. Les grands progrès d' Asdrubal leur donnoient de la jalousie ; mais les Gaulois d'Italie les empêchoient de pourvoir aux affaires de l'Espagne1. Il y avoit quarantecinq ans qu'ils demeuroient en repos. La jeunesse qui s'étoit élevée durant ce temps, ne songeoit plus aux pertes passées, et commençoit à menacer Rome2. Les Romains, pour attaquer avec sûreté de si turbulents voisins, s'assurèrent des Carthaginois. Le traité fut conclu avec Asdrubal, qui promit de ne passer point au delà de l'Èbre.

La guerre entre les Romains et les Gaulois se fit avec fureur de part et d'autre* : les Transalpins se joignirent aux Cisalpins : tous furent battus. Concolitanus, un des rois gaulois, fut pris dans la bataille; Anéroestus, un autre roi, se tua lui-même. Les Romains victorieux passèrent le Pô pour la première fois, résolus d'ôter aux Gaulois les environs de ce fleuve, dont ils étoient en possession depuis tant de siècles. La victoire les suivit partout : Milan fut pris ; presque tout le pays fut assujetti.

En ce temps Asdrubal mourut e ; et Annibal, quoiqu'il n'eût encore que vingt-cinq ans, fut mis à sa place. Dès lors on prévit la guerre. Le nouveau gouverneur entreprit ouvertement de dompter l'Espagne, sans aucun respect des traités, Rome

• Av. J.-C. 230 ans.B. ou 229 ans.BÉNÉD.— & 229 ans. B.— e 228 ans.Bi — * 224 ans. B. — e 220 ans. B. ou 221 ans. Bé>*éd.

* Polyb., lib. h, c. xn, xxn. B. — § Ibid.. c. xxi. B.

alors écouta les plaintes de Sagonte, son alliée0. Les ambassadeurs romains vont à Cartbage. Les Carthaginois rétablis n'étoient plus d'humeur à céder. La Sicile ravie de leurs mains, la Sardaigne injustement enlevée, et le tribut augmenté leur tenoient au cœur. Ainsi la faction, qui vouloit qu'on abandonnât Annibal, se trouva foible.

£e général songeoità tout. De secrètes ambassades l'avoient assuré des Gaulois d'Italie, qui, n'étant plus en état de rien entreprendre par leurs propres forces, embrassèrent cette occasion de se relever. Annibal traverse l'Èbre, les Pyrénées, toute la Gaule transalpine, les Alpes, et tombe en un moment sur l'Italie. Les Gaulois ne manquent point de fortifier son armée, et font un dernier effort pour leur liberté. Quatre batailles perdues6 font croire que Rome alîoit tomber. La Sicile prend le parti du vainqueur. Iliéronyme, roi de Syracuse, se déclare contre les Piomainsc : presque toute l'Italie îes abandonne; et la dernière ressource de la république semble périr en Espagne avec les deux Scipion*. Dans de telles extrémités, Rome dut son salut à trois grands hommes. La constance de Fabius Maximus, qui, se mettant au-dessus des bruits populaires, faisoit la guerre en retraite1, fut un rempart à sa patrie. Marcellus, qui fit lever le siège de Nolee et prit Syracuse'', donnoit vigueur aux troupes par ses actions. Mais Rome, qui admiroitees deux grands hommes, crut voir dans le jeune Scipion quelque chose de plus grand. Les merveilleux succès de ses conseils confirmèrent l'opinion qu'il étoit de race divine, et qu'il conversoit avec les dieux. A l'âge de vingt-quatre ans, il entreprend d'aller en Espagne 0, où son père et son oncle venoient de périr ; il attaque Cartbage la Neuve ft, comme s'il eût agi par inspiration, et ses soldats l'emportent d'abord8. Tous ceux qui le voient sont gagnés au peuple romain; les Carthaginois lui quittent 3 l'Espagne aa; à son abord en Afrique, les rois se donnent à lui ; Cartbage tremble à son tour, et voit ses armées défaites bb; Annibal, victorieux durant seize ans, est vainement rappelé, et ne peut défendre sa patrie ; Scipion y donne la loi cc; le nom d'Africain est sa récompense ; le peuple romain, ayant abattu

a Àv. J.-C. 219 ans. ]!. — f> 218, 217, 21C ans. P». — « 215 ans. B. — <* 212 ans. 15. — * 214 ans P,. — f 212 ans. B. — 9 211 ans. B. — h 210 ans. B. — aa 206 ans. B. — bb 205 ans. B. — " 202 ans. B.

1 «En retraite.» Expression trop elliptique et incorrecte.— a «D'abord.» Tout d'abord. — 3 «Lui quittent. » Quitter, pour abandonner, avec un régime indirect, est peu usité aujourd'hui.

Page 1