IX. SC1PI0N , OU CARTHAGE VAINCUE. 6i
et la main du superbe Nicanor. dont il avoit si souvent menacé le temple, y est attachée. Mais un peu après, Judas, accablé par la multitude, fut tué en combattant avec une valeur étonnante a. Son frère Jonathas succède à sa charge et soutient sa réputation. Réduit à l'extrémité, son courage ne l'abandonna pas. Les Romains, ravis d'humilier les rois de Syrie, accordèrent aux Juifs leur protection; et l'alliance que Judas avoit envoyé leur demander fut accordée, sans aucun secours toutefois : mais la gloire du nom romain ne laissoit pas d'être un grand support au peuple affligé1.
Les troubles de Syrie croissoient tous les jours. Alexandre Balas, qui se vantoit d'être le lils d' Antiochus l'Illustre, fut mis sur le trône par ceux d'Antiochus b. Les rois d'Egypte, perpétuels ennemis de la Syrie, se mêloient dans ses divisions pour en profiter. Ptolémée Philométor soutint Balas. La guerre fut sanglante : Démétrius Soter y fut tué c, et ne laissa, pour venger sa mort, que deux jeunes princes encore en bas âge, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. Ainsi l'usurpateur demeura paisible, et le roi d'Egypte lui donna sa fille Cléopâlre en mariage. Balas, qui se crut au-dessus de tout, se plongea dans la débauche, et s'attira le mépris de tous ses sujets.
En ce temps, Philométor jugea le fameux procès que les Samaritains firent aux Juifs d. Ces schismatiques, toujours opposés au peuple de Dieu, ne manquoient point de se joindre à leurs ennemis; et pour plaire à Antiochus l'Illustre, leur persécuteur, ils avoient consacré leur temple de Garizim e à Jupiter Hospitalier2. Malgré cette profanation, ces impies ne laissèrent pas de soutenir, quelque temps après, à Alexandrie, devant Ptolomée Philométor, que ce temple devoit l'emporter sur celui de Jérusalem. Les parties contestèrent devant le roi, et s'engagèrent de part et d'autre, à peine de la vie, à justifier leurs prétentions par les termes de la loi de Moïse 3. Les Juifs gagnèrent leur cause, et les Samaritains furent punis de mort, selon la convention. Le même roi permit à Onias, de'a race sacerdotale, de bâtir en Egypte le temple d' Héliopolis, sur le
• Av. J.-C. 161 ans. B.— & 154 ans. B. — « 150 ans. 3. — d 150 ans. B. — • 167 ans. B.
1 « Affligé. » Accablé, tourmenté; aflliclus, et non pss mœslvs. — ' II Machab., vi, 2; Joseph., Ant. Jucl., lib. xiï, c. tu, al. 5 B. — 3 Ide;nt lib. xiu, c. vi, al. 3. B.
62 PAUT1E I. LES ÉPOQUES.
modèle de celui de Jérusalem 1 : entreprise qui fut condamnée par tout le conseil des Juifs, et jugée contraire à la loi.
Cependant Cartilage remuoit, et soufîroit avec peine les lois que Scipion l'Africain lui avoit imposées. Les Piomains résolurent sa perte totale, et la troisième guerre punique fut entreprise0.
Le jeune Démétrius Nicator, sorti de l'enfance, songeoit h se rétablir sur le trône de ses ancêtres, et lamollessede l'usurpateur lui faisoit tout espérer6. A son approche, Balas se troubla : son beau-père Philométor se déclara contre lui, parce que Balas ne voulut pas lui laisser prendre son royaume : l'ambitieuse Cléopâtre, sa femme, le quitta pour épouser son ennemi ; et il périt enfin de la main des siens, après la perte d'une bataille. Philométor mourut peu de jours après des blessures qu'il y reçut, et la Syrie fut délivrée de deux ennemis.
On vit tomber en ce môme temps deux grandes villes. Carthage fut prise et réduite en cendre par Scipion Emilien, qui confirma par cette victoire le nom d'Africain dans sa maison, et se montra digne héritier du grand Scipion son aïeul. Corinthe eut la même destinée, et la république ou la ligue des Achéens périt avec elle. Le consul Mummius ruina de fond en comble cette ville, la plus voluptueuse de la Grèce et la plus ornée. 11 en transporta à Home les incomparables statues, sans en connoitre le prix. Les Romains ignoroient les arts de la Grèce, et se contentoient de savoir la guerre, la politique et l'agriculture.
Durant les troubles de Syrie, les Juifs se fortifièrent : Jonathas sévit recherché des deux partis, et Nicator victorieux le traita de frère c. Il en fut bientôt récompense : dans une sédition, les Juifs accourus le tirèrent d'entre les mains des rebelles. Jonathas fut comblé d'honneurs ; mais quand le roi se crut assuré, il reprit les desseins de ses ancêtres, et les Juifs furent tourmentés comme auparavant.
Les troubles de Syrie recommencèrent : Diodote, surnommé Tryphon, éleva un fils de Balas, qu'il nomma Antiochus le Dieu, et lui servit de tuteur pendant son bas âge. L'orgueil de Démétrius souleva les peuples : toute la Syrie étoit en feu ; Jonathas sut profiter de la conjoncture, et renouvela j'alliane
« Av. J.-f . lis ans. P.. ou 119 ans. Béxfo. — *> i-iG ans M. ■> « 1 il ans. D.
1 Josépb., A ut. hid., lib. un, e. vi, al. 3. B.