‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 45 sur 110 · ÏX. SCIPION, OV CARTHAGE VAINCUE · texte numérisé non relu

ÏX. SCIPION, OV CARTHAGE VAINCUE

temps , et les divisions ne furent éteintes que par le sang de Saturnmus, tribun du peuple. Pendant que Rome prote'geoit " la Cappadoce contre Mithridate, roi de Pont, et qu'un si grand ennemi cédoit aux forces romaines, avec la Grèce qui e'toit entrée dans ses intérêts b, l'Italie, exercée aux armes par tant de guerres soutenues ou contre les R.omains ou avec eux, mit leur empire en péril par une révolte universelle c. Rome se vit déchirée dans les mêmes temps par les fureurs de Marins et de Sylla rf, dont l'un avoit fait trembler le Midi et le Nord, et l'autre étoit le vainqueur de la Grèce et de l'Asie. Sylla, qu'on nommoit l'Heureux, le fut trop contre sa patrie, que sa dictature tyran ni que mit en servitude e. 11 put bien1 quitter volontairement la souveraine puissance f; mais il ne put empêcher l'effet du mauvais exemple 2. Chacun voulut dominer.

Sertorius, zélé partisan de Marins, se cantonna dans l'Espagne^, et se ligua avec Mithridate'1. Contre un si grand capitaine, la force fut inutile ; et Pompée ne put réduire ce parti qu'en y mettant la division. Il n'y eut pas jusqu'à Spartacus, gladiateur, qui ne crût pouvoir aspirer au commandement. Cet escla\e ne lit pas moins de peine aux préteurs et aux consuls, que Mithridate en faisoit à Lucullusaa. La guerre des gladiateurs devint redoutable à la puissance romaine : Crassus avoit peine à la finir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée.

Lucullus prenoit le dessus en Orient66. Les Romains passèrent l'Euphrate : mais leur général, invincible contre l'ennemi, ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate, souvent battu sans jamais perdre courage, se relevoit; et le bon heur de Pompée sembloit nécessaire à3 terminer cette guerre. Il venoit de purger les mers des pirates qui les infestoient cc, depuis la Syrie jusqu'aux colonnes d'Hercule, quand il fut envoyé contre Mithridate. Sa gloire parut4 alors élevée au comble. Il

« Av. J.-C. 94, 88 ans. B. — 6 86 ans. B. — c 91 ans. B. — d 88, 86 ans. B. — e 82 ans. B. — f 79 ans. B. — a 74 ans. B. ou 77 ans. Bé>*éd. — h 75 ans. B. ou 76 ans. Bénéd. — aa 71 ans. B. — hb 68 ans. B. — cc 67 ans. B.

1 « Il put bien. » Gallicisme. Le sens n'est pas, il quitta sans danger, mais simplement, quoi qu'il eût renoncé de lui-même à la souveraine, puissance, il ne put cependant empêcher, etc. — 2 «En prenant la dictature vous avez [Sylla] donné l'exemple du crime que vous avez puni. Voili l'exemple qui sera suivi, et non pas celui d'une modération qu'on ne fera qu'admirer.» Montesquieu, Dialogue de Sylla et d'Eue rate — 3 « Nécessaire à terminer. » L'usage voudrait nécessaire pour.— v ce Parut.» Se rar?:v* ira, fut, et non pas sembla.

achevoit de soumettre ce vaillant roi; l'Arménie, où il s'étoit réfugié, ribérie et l'Albanie, qui le soutenoient"; la Syrie déchirée par ses factions; la Judée6, où la division des Asmonéens ne laissa à Hyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qu'une ombre de puissance ; et enfin tout l'Orient : mais il n'eût pas eu où triompher de tant d'ennemis, sans le consul Cicéron, qni sauvoit la ville des feux que lui préparait Catilina suivi de la plus illustre noblesse de Rome. Ce redoutable parti fut ruiné par l'éloquence de Cicéron, plutôt que par les armes de C. Antonius, son collègue.

La liberté du peuple romain n'en fut pas plus assurée. Pompée régnoit dans le sénat, et son grand nom le rendoit maître absolu de toutes les délibérations. Jules César, en domptant les Gaules c, fit à sa patrie la plus utile conquête qu'elle eût jamais faite. Un si grand service le mit en état d'établir sa domination dans son pays. 11 voulut premièrement égaler et ensuite surpasser Pompée.

Les immenses richesses de Crassus lui firent croire qu'il pourrait partager la gloire de ces deux grands hommes, comme ii parlageoit leur autorité. Il entreprit témérairement* la guerre contre les Parthes, funeste à lui et à sa patrie e. Les Arsacides, vainqueurs, insultèrent par de cruelles railleries à l'ambition des Romains et à l'avarice insatiable de leur général. Mais la honte du nom romain ne fut pas le plus mauvais effet de la défaite de Crassus. Sa puissance contrebalançait celle de Pompée et de César, qu'il tenoit unis comme malgré eux. Par sa mort, la digue qui les retenoit fut rompue. Les deux rivaux, qui avoient en main toutes les forces de la république, décidèrent leur querelle à Pharsalcf, par une bataille sanglante. César, victorieux, parut en un moment par tout l'univers, en pte», en Asie*, en Mauritanie™, en Espagne bb : vainqueur ius côtés, il fut reconnu comme maître" à Rome et dans tout ['empire. Brutus et Cassius crurent atfranchir leurs citoyen- en le tuant comme un tyran, malgré sa clémence.

Rome retomba àd entre les mains de Marc Antoi*c, deLépide, et <lu jeune César Octavien, petit-neveu de Jules César, et son fils paradoption, trois insupportables tyrans, dont le triumvirat et les proscriptions font encore horreur en les lisant1. Mais

aAv. J.-C. 65 ans. B. — *> 65 ans. B. — c 58 ans. B. ou 59 ans. Hrntd.

— d 51 ans. Ii. — « 55 ans. B. — f 49 ans. B. — 9 48 ans. 15. — h 47 ans. B

— °* 46 ans. B. — hb 45 ans. B. — cc 44 ans. B. — <L1 45 ans. lî.

1 a Dont le triumvirat et les proscriptions font encore liorreur en les lisant. » Incorrection: pool à ceux qui en Huent le récit.

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