‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 44 sur 110 · IX. SCIPION, OU CARTHAGE VAINCUE · texte numérisé non relu

IX. SCIPION, OU CARTHAGE VAINCUE

Phraate ne vit de ressource que dans la division qu'il vouïoit faire en Syrie par son moyen, le mit tout à fait en liberté. A ce moment le sort tourna3 : Sidétès, qui ne pouvoit soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout d'un coup par un soulèvement général des peuples, et périt avec son armée tant de fois victorieuse. Ce fut en vain que Phraate fit courir après Démétrius : il n'étoit plus temps; ce prince étoit rentré dans son royaume. Sa femme Cléopâtre, qui ne vouloitque régner, retourna bientôt avec lui, et Rodogune fut oubliée.

îïyrcan profita du temps : il prit Sichem aux Samaritains, et renversa de fond en comble le temple de Garizim, deux cents ans après qu'il avoit été bâti par Sanaballat. Sa ruine n'empêcha pas les Samaritains de continuer leur culte sur celte montagne; et les deux peuples demeurèrent irréconciliables. L'année d'après, toute l'ïdumée, unie par les victoires d'Hyrcan au royaume de Judée, reçut la loi de Moïse avec la circoncision6. Les Romains continuèrent leur protection à Iïyrcan, et lui firent rendre c les villes que les Syriens lui avoient ôtées.

L'orgueil et les violences de Démétrius Nicator ne laissèrent pas la Syrie longtemps tranquille. Les peuples se révoltèrent. Pour entretenir leur révolte, l'Egypte ennemie leur donna un roid : ce fut Alexandre Zébina, fils de Râlas. Démétrius fut battu; et Cléopâtre, qui crut régner plus absolument l sous ses enfants que sous son mari, le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus, qui vouloit régner malgré elle e. Son second fils Ànliochus, appelé Grypus, avoit défait les rebelles, et revenoit victorieux : Cléopâtre lui présenta en cérémonie la coupe empoisonnée, que son fils 2, averti de ses desseins pernicieux, lui fit avaler''. Elle laissa, en mourant, une semence éternelle de divisions entre les enfants qu'elle avoit eus des deux frères, Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. La Syrie ainsi agitée ne fut plus en état de troubler les Juifs. Jean Iïyrcan prit Samarie», et ne put convertir les Samaritains. Cinq ans après, il mourut * : la Judée demeura paisible à ses deux

0 Av. J.-C. 150 ans. B. — b 120 ans. 15. — c 128 ans. B. — d J25 ans. B. — e 124 ans. B.— f 121 ans.B. ou 120 ans. Bénéd.— 9 109 ans. B. — * 104 ans. B. ou 107 ans. Béséd.

' On ne dit pas absolument en ce sens; il fallait, avec un pouvoir plus absolu. — « « Qi'eson fils, etc.» Pour, et son fils... la lui fit avaler. Vcy. ;:e partie.

enfants, Aristohulc et Alexandre Jannée, qui régnèrent l'un après l'autre a, sans être incommodés des rois de Syrie.

Les Romains laissoient ce riche royaume se consumer par lui-même, et s'étendoient du côté de l'Occident. Durant les guerres de Démétrius Nicator et de Zébina6, ils commencèrent à s'étendre au delà des Alpes ; et Sexlius, vainqueur des Gaulois nommés Saliens c, établit dans la ville d'Aix une colonie qui porte encore son nom. Les Gaulois se défendoient mal. Fabius dompta les Allobroges d, et tous les peuples voisins; et, la même année e que Grypus fit boire à sa mère le poison qu'elle lui avoit préparé, la Gaule Narbonnoise, réduite en province, reçut le nom de province romaine. Ainsi l'empire romain s'agrandissoit, et occupoit peu à peu toutes les terres et toutes les mers du monde connu. Mais autant que la face de la république paroissoit belle au dehors par les conquêtes, autant étoit-elle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien public. Les deux Gracques, en flattant le peuple, commencèrent des divisions qui ne finirent qu'avec la république. Caïus, frère de Tibérius, ne put souffrir qu'on eût fait mourir un si grand homme d'une manière si tragique. Animé à la vengeance par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres; et, à la veille de tout détruire., il périt d'une mort semblable à celle qu'il vouloit venger. L'argent faisoit tout à Rome. Jugurtha, roi deNumidief, souillé du meurtre de ses frères s, que le peuple romain protégeoit, se défendit plus longtemps par ses largesses que par ses armes ; et Marius, qui acheva de le vaincre*, ne put parvenir au commandement qu'en animant le peuple contre la noblesse.

Les esclaves armèrent encore une fois dans la Sicile aa, et leur seconde révolte ne coûta pas moins de sang aux Romains que la première. Marius battit bb les Teutons, les Gimbres, et les autres peuples du Nord, qui pénétroienl dans les Gaules, dans l'Espagne et dans l'Italie. Les victoires qu'il en remporta furent une occasion de proposer de nouveaux partages de terres" : Mélellus, qui s'y opposoit, fut contraint de céder au

« Àv. J.-C. 103 ans. B. ou 106 ans.BÉNÉD. — b 125 ans. I'..— • i2i ans.B. — d 125 ans. 15. ou 122 ans. Bénéd. — • 121 ans. B. ou 120 ans. Bénéd. — f 119 ans. B. — 9 114, 113 ans. !'.. ou 110, 112 ans. BÉNÉD.— A lOSans.B- • «<» 103 ans. B — hh 102 ans. B. — '" 100 ans B

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