‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 81 sur 110 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Longue paix dont ils jouissent; par qui prédite.

[Sommaire. — Tableau de la paix qui suivit la construction du second temple. Les Juifs heureux sous la protection de Cyrus et des rois de Perse; sous Alexandre et sous ses successeurs, les Lagides, dabord, puis les Séleucides.]

En effet, tous leurs prophètes leur avoient promis une paix profonde. On lit encore avec joie la belle peinture que font

1Non pas que l'on n'avait cru qu'elfe arriverait, mais que l'on n'avait ajouté foi à la prophétie qui l'annonçait. Cotte expression est obseure et négligée. ~ ~ 1).: la \érito desquelles l'état de leurs affaires était un témoignage.— 3 Zach.j Xlll, 2, 3, 4, 5, G. IL

Isaïe el Ezéchiel *, des bienheureux temps qui dévoient suivre la captivité de Babylone. Toutes les ruines sont réparées, les villes et les bourgades sont magnifiquement rebâties, le peuple est innombrable, les ennemis sont à bas, l'abondance est dans les villes et ùans la campagne; on y voit la joie, le repos, et enfin tous les fruits d'une longue paix. Dieu promet de tenir son peuple dans une durable et parfaite tranquillité2. Ils en jouirent sous les rois de Perse. Tant que cet empire se soutint, les favorables décrets de Cyrus, qui en étoit le fondateur, assurèrent le repos des Juifs. Quoiqu'ils aient été menacés de leur dernière ruine sous Assuérus, quel qu'il soit, Dieu, fléchi par leurs larmes, changea tout à coup le cœur du roi, et tira une vengeance éclatante d'Aman leur ennemi 3. Hors de cette conjoncture, qui passa si vite, ils furent toujours sans crainte. Instruits par leurs prophètes à obéir aux rois à qui Dieu les avoit soumis*, leur fidélité fut inviolable. Aussi furent-ils toujours doucement traités. A la faveur d'un tribut assez léger, qu'ils payoient à leurs souverains, qui étoient plutôt leurs protecteurs que leurs maîtres, ils vivoient selon leurs propres lois : la puissance sacerdotale fut conservée en son entier : les pontifes conduisoient le peuple : le conseil public, établi premièrement par Moïse, avoit toute son autorité; et ils exerçoient entre eux la puissance de vie et de mort, sans que personne se mêlât de leur conduite. Les rois l'ordonnoient ainsi5. La ruine de l'empire des Perses ne changea point leurs affaires. Alexandre respecta leur temple, admira leurs prophéties, et augmenta leurs privilèges6. Ils eurent un peu à souffrir sous ses premiers successeurs. Ptolémée, fils de Lagus, surprit Jérusalem, et en emmena en Egypte cent mille captifs"; mais il cessa bientôt de les haïr. Pour mieux dire, il ne les haït jamais : il ne vouloit que les ôter aux rois de Syrie, ses ennemis. En effet, il ne les eut pas plutôt soumis, qu'il les fit citoyens 8 d'Alexandrie, capitale de son royaume; ou plutôt il leur confirma le droit qu'Alexandre, fondateur de cette riïle, leur y avoit déjà donné ; et ne trouvant rien dans tout son Etat de

1 Js., xli, 11, 12, 13; xliii, 18, 19; xlix, 18, 19, 20, 2i ; lu, 1, 2, 7; liv, lv, etc.; lx, 15, 16, etc.; Ezech., xxxvi ; xxxvm, 11, 12, 13, 14. B. — 2 Jerem., xlvi, 27. B.— * Esth., iv, v, vu, vin, ix. B.— * Jerem., xxvn, 12, 17; xl, 9; Bar., i, 11, 12. B.— 5 / Esdr., vu, 25, 26. B.— 6 Joseph., Ant. Jud. lib. xi, c. vm, et lib. h, cont. Apion, n. 4. B.— 7 Id., Ant. Jud. lib. xii, c, i, n; et lib. n, cont. Apion. B. — 8 Yar. « Il cessa bientôt de les haïr. Lui-même les fit citoyens. » La nouvelle rédaction dit plus et mieux.

pius fidèle que les Juifs, il en remplit ses armées, et leur cou* lia ses places les plus importantes. Si les Lagides les considérèrent1, ils lurent encore mieux traités des Séleucides*, sous l'empire desquels ils vivoient. Séleucus Nicanor, chef de cette famille, les établit dans Antioche3; et Antiochus le Dieu, son petit-fils, les ayant fait recevoir dans toutes les villes de l'Asie Mineure, nous les avons vus se répandre dans toute la Grèce, y vivre selon leur loi, et y jouir des mêmes droits que les autres citoyens, comme ils faisoient dans Alexandrie et dans Antioche. Cependant leur loi est tournée en grec 4 par les soins de Ptolémée Philadelphe, roi d'Egypte5. La religion judaïque est connue parmi les Gentils ; le temple de Jérusalem est enrichi par les dons des rois et des peuples; les Juifs vivent en paix et en liberté sous la puissance des rois de Syrie, et ils n'avoient guère goûté une telle tranquillité sous leurs propres rois.

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