CHAPITRE XII
Les temps du second temple; fruits des châtiments et des prophéties précédentes ; cessation de l'idolâtrie et des faux prophètes.
[Sommaire. — Rattachant ce chapitre au précédent, Bossuet montre les Juifs instruits par les prophètes et les événements, et enfin devenus dociles; ils ne retombent plus dans l'idolâtrie; on ne voit plus de faux prophètes. — On s'attache aux véritables.]
De telles instructions firent un grand changement dans le? mœurs des Israélites. Ils n'avoient plus besoin ni d'apparition, ni de prédiction manifeste, ni de ces prodiges inouïs que Dieu faisoit si souvent pour leur salut. Les témoignages qu'ils avoient reçus leur suffisoient; et leur incrédulité, non-seulement convaincue 2 par l'événement, mais encore si souvent punie, les avoit enfin rendus dociles.
C'est pourquoi depuis ce temps on ne les voit plus retourner à l'idolâtrie, à laquelle ils étoient si étrangement portés. Ils s'étoient trop mal trouvés d'avoir rejeté le Dieu de leurs pères. Ils se souvenoient toujours de Nabuchodonosor, et de leur ruine si souvent prédite dans toutes ses circonstances, et toute-
1 « A cette loi, etc. » Résumé qui rassemble en peu de mots la substance de ce chapitre et des précédents. En parlant des prophètes, Bossuet s'élève presque à la hauteur de leur pensée et de leur style ; il n'avait pour cela qu'à les étudier. On remarquera avec quel naturel et quelle aisance il fond et réunit tous ces textes, et on voit combien ir s'en était pénétré et se les était rendus propres. On voit aussi avec quel progrés naturel se développe son plan, qui n'est autre que celui de la révélation elle-même. — 2 Convaincue a ici le sens de vaincue, cédant à l'évidence des faits. Aujourd'hui convaincu ne se dit que des personnes, et signifie qui regarde comme certain, ou dans un autre sens, à qui on contre qui on a prouvé. « Cet accuté a été déclaré convaincu. »
fois plus tôt arrivée qu'elle rTavoit été crue1. Ils n'étoient pas moins en admiration de leur rétablissement, fait, contre toute apparence, dans le temps et par celui qui leur avoit été marqué. Jamais ils ne voyoient le second temple sans se souvenir pourquoi le premier avoit été renversé, et comment celui-ci avoit été rétabli : ainsi ils se confirmoient dans la foi de leurs Ecritures auxquelles tout leur état rendoit témoignage2.
On ne vit plus parmi eux de faux prophètes. Ils s'étoient défaits tout ensemble de la pente qu'ils avoient à les croire, et de celle qu'ils avoient à l'idolâtrie3. Zacharie avoit prédit par un même oracle que ces deux choses leur arriveroient. En voici les propres paroles : ((En ces jours, dit le Seigneur Dieu des « armées, je détruirai le nom des idoles dans toute la Terre « sainte ; il ne s'en parlera plus : il n'y paroi tra non plus de « faux prophètes, ni d'esprit impur pour les inspirer. Et si a quelqu'un se mêle de prophétiser par son propre esprit, son « père et sa mère lui diront : Vous mourrez demain, parce que « vous avez menti au nom du Seigneur. » On peut voir, dans le texte même, le reste qui n'est pas moins fort. Cette prophétie eut un manifeste accomplissement. Les faux prophètes cessèrent sous le second temple : le peuple, rebuté de leurs tromperies, n'étoit plus en état de les écouter. Les vrais prophètes de Dieu étoient lus et relus sans cesse : il ne leur falloit point de commentaire ; et les choses qui arrivaient tous les jours, en exécution de leurs prophéties, en étoient de trop fidèles interprètes.