‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 5)Chapitre 87 sur 110 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Jésus-Christ et sa doctrine.

[Sommaire. — Ce chapitre présente, après une exposition rapide des principaux faits de 1 Evangile, un développement approfondi des dogmes fondamentaux du christianisme : il est donc surtout dogmatique et oratoire. En voici l'analyse : — Naissance de Jésus-Christ. — Manifestation de cette naissance par diverses merveilles.— Prédication de saint Jean-Baptiste.— Prédication de Jésus-Christ. — Evangile.— Caractères de la vie de JésusTChrist; sa personne, où toute perfection morale éclate ; ses miracles, actes de puissance et de bonté à la fois : simplicité et douceur de son enseignement, adressé aux Juifs, mais destiné aussi aux Gentils. — La doctrine de la vie future, et la loi nouvelle. — La passion et la mort de Jésus-Christ ; sa résurrection ; ses instructions dernières à ses disciples. — Constitution de 1 Eglise et prédication des apôtres. — Ascension de Jésus-Christ. Dogmes qui font la base de la religion chrétienne. Mystères de la Trinité et de l'Incarnation : ils sont indiqués dans les livres de l'Ancien Testament. — Comparaisons qui rendent l'idée de ces mystères sensible à notre esprit. — Mission de Jésus-Christ, plus élevée, plus accomplie que celle de Moïse. — Sous la loi nouvelle, connaissance claire de l'immortalité de l'âme. — Pourquoi cette notion n'avait pas été donnée pleinement à Moïse. — La crovance à la vie future n'était pas ignorée des Juifs, surtout vers les derniers temps. — Dogme de la vie éternelle et bienheureuse; comment on y arrive; vertus et devoirs principaux qui dérivent de cette source : amour de Dieu, rigueur envers soi-même, et haine de la nature corrompue ; amour du prochain, modération des désirs et abnégation, soumission à Dieu, humilité. De cette même source découlent des règles plus parfaites pour la vie: le mariage sanctifié; le célibat chrétien plus pur encore; les règles de la société civile perfectionnées. — De là aussi les conseils évangéliques et la vie spécialement religieuse; enfin la croix, c'est-à-dire la patience et la résignation chrétienne, met le sceau à la loi. — Ici Bossuet se trouve ramené à Jésus-Christ, dont il peint la divine résignation pendant son supplice. — Puis, analysant un passage célèbre de Platon, surle justeet la vertu accomplie, il fait voir cette idée absolue de vertu, réalisée, et au delà, dans la vie et la mort de Jésus-Christ. 11 s'élève pi us haut, et médite sur la Rédemption, sur le Sacrifice de la croix, le démon vaincu, l'homme racheté, Dieu apaisé et fléchi, le juste payant la dette des pécheurs: — d'une autre part, la promesse ancienne accomplie, l'œuvre de la loi achevée. Caractères différents de l'ancienne et de la nouvelle loi : l'une, promettant aux justes des récompenses temporelles, l'autre, parfaite et définitive, des biens éternels : la loi ancienne étant symbolique, plusieurs symboles sent expliqués. — Bossuet termine cet exposé par les paroles que Jésus-Christ adresse aux apôtres, en les envoyant annoncer l'Evangile à toutes les nations.]

Dans ce déclin de la religion et des affaires des Juifs, à la fin du règne d'Hérode, et dans le temps que les Pharisiens in-

troduisoient tant d'abus, Jésus-Christ est envoyé sur la terre pour rétablir le royaume dans la maison de David, d'une manière plus haute que les Juifs charnels i ne l'entendoient, et pour prêcher la doctrine que Dieu avoit résolu de faire annoncer à tout l'univers. Cet admirable enfant8 appelé par Isaïe le Dieu fort, le Père du siècle futur et l'auteur de la paix3, naît d'une vierge à Bethléem, et il y vient reconnoître l'origine de sa race. Conçu du Saint-Esprit, saint par sa naissance, seul digne de réparer le vice de la nôtre, il reçoit le nom de Sauveur*, parce qu'il devoit nous sauver de nos péchés. Aussitôt après sa naissance, une nouvelle étoile, figure de la lumière 5 qu'il devoit donner aux Gentils, se fait voir en Orient, et amène au Sauveur encore enfant les prémices de la gentilité convertie6. Un peu après, ce Seigneur tant désiré vient à son saint temple, où Siméon le regarde7, non-seulement comme la gloire d'Israël, mais encore comme la lumière des nations infidèles*. Quand le temps de prêcher son évangile approcha, saint Jean-Baptiste, qui lui devoit préparer les voies, appela tous les pécheurs à la pénitence, et fit retentir de ses cris tout le désert où il avoit vécu dès ses premières années avec autant d'austérité que d'innocence. Le peuple, qui depuis cinq cents ans n' avoit point vu de prophètes, reconnut ce nouvel Elie, tout prêt à le prendre pour le Sauveur, tant sa sainteté parut admirable9 : mais luimême il montroit au peuple celui dont il étoit indigne de délier les souliers™. Enfin Jésus-Christ commence à prêcher son évan-

1 Couduils par les suggestions etles impressions sensibles.—2 «Cetadmirable enfant, etc. » Citation bien placée et qui donne de la force à la pensée et au style.— 3 h., ix, 6. B.— * Matlh., i, 21. B.— 5« Figure, «signe, symbole.— 6« Prémices de la gentilité convertie. » Expression poétique, d'une forme toute latine. Les rois et les Mages qui viennent adorer le Christ enfant, étaient des Gentils; ils annoncent ainsi la conversion future de ces peuples. — 7 « Où Siméon, etc. » Pour et là, Siméon le regarde, etc. » En général, dans l'usage actuel les relatifs qui, que, où, etc., ne s'emploient que pour unir à la proposition principale des incidentes qui expriment, s'il s'agit de faits à énoncer, des faits ou antérieurs à celui que renferme la proposition principale, ou au moins simultanés. Autrefois, suivant l'exemple des Grecs et dos Latins, nos meilleurs auteurs se servaient de ces relatifs pour lier môme des faits postérieurs, comme dans la phrase citée. Ainsi qu'il arrive souvent, le tour ancien a plus de plénitude, d'énergie et de grâce, le nouveau plus de précision et de clarté. L'emploi libre et multiplié des relatifs caractérise les langues anciennes, synthétiques et élégantes; leur décomposition au moyen des conjonctions est propre aux langues analytiques, où d'ailleurs les pronoms relatifs, qui n'ont point la variété des cas, des genres et des nombres, sont le plus souvent un obstacle par leur monotonie et par les amphibologies. — 8 Luc, ii, 52. B.— 9 Var. « Tant sa sainteté paroissoit grande, etc. » — w 2 Joann., i. 27. F *

giîe1, et à révéler les secrets qu'il voyoit de toute éternité au sein de son père. Il pose les fondements de son Eglise par la vocation de douze pêcheurs*, et met saint Pierre à la tête de tout le troupeau, avec une prérogative si manifeste, que les évangélistes, qui dans le dénombrement qu'ils font des apôtres ne gardent aucun ordre certain, s'accordent à nommer saint Pierre devant tous les autres, comme le premier3. Jésus-Christ parcourt toute la Judée, qu'il remplit de ses bienfaits; secourable aux malades, miséricordieux envers les pécheurs, dont il se montre le vrai médecin par l'accès qu'il leur donne auprès de lui, faisant ressentir aux hommes une autorité et une douceur qui n'avoient jamais paru qu'en sa personne. Il annonce de hauts mystères; mais il les confirme par de grands miracles : il commande de grandes vertus ; mais il donne en même temps de grandes lumières, de grands exemples et de grandes grâces. C'est par là aussi qu'il paroît «plein de grâce et de vé- « rite, et nous recevons tout de sa plénitude*. »

Tout se soutient5 en sa personne: sa vie, sa doctrine, ses miracles. La même vérité y reluit partout : tout concourt à y faire voir le maître du genre humain et le modèle de la perfection.

Lui seul vivant6 au milieu des hommes, et à la vue de tout le monde, a pu dire sans craindre d'être démenti : « Qui de <( vous me reprendra de péché7? » Et encore : « Je suis lalu- « mière du monde; ma nourriture est de faire la volonté de « mon Père : celui qui m'a envoyé est avec moi, et ne me « laisse pas seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît5. ))

Ses miracles sont d'un ordre particulier9 et d'un caractère nouveau. Ce ne sont point des signes dans le ciel, tels que les Juifs les demandoient 10 : il les fait presque tous sur les hommes mêmes, et pour guérir leurs infirmités. Tous ces miracles tiennent plus de la bonté que de la puissance, et ne surprennent

1 «Enfin Jésus-Christ, etc. » Dans cet alinéa, l'auteur retrace le caractère du Rédempteur, et indique les fondements de l'Église ; il le termine par une citation de l'Évangile aussi heureuse que naturelle. — 2 Matin., x, 2; Marc, m, 16 ; Luc, vi, 14. B.— 3 Act., i, 13 ; Matth., xvi, 18. B.— * Joann., i, 14, 15, 16. B.— 5 « Se soutient, » s'accorde : toutes choses se prêtent un concours plein de force.—6 « Lui seul, vivant. » Lui est ici sujet du verbe ; cet emploi de lui quoique assez rare, me semble correct. On dirait ordinairement lui seul... il a pu.— 7 Joann., vm, 46. B. — * Ibid., vui, 12, 29; v, 34. B. Remarquez la beauté et l'onction des passages de l'Evangile cités ici.—9 Il s'agit de caractériser les miracles de Jésus-Christ; Bossuet en définit le caractère, la puissance, la source. Remarquez renchaînament des pensées.— 10 Matth., xvi, 1. B.

pas tant les spectateurs, qu'ils les touchent dans le fond du cœur. Il les fait avec empire : les démons et les maladies lui obéissent : à sa parole les aveugles-nés reçoivent la vue, les morts sortent du tombeau, et les péchés sont remis. Le principe en est en lui-même; ils coulent de source :« Je sens, dit-il !, « qu'une vertu est sortie de moi. » Aussi personne n'en avoitil fait ni de si grands ni en si grand nombre ; et toutefois il promet que ses disciples feront en son nom encore de plus grandes choses 2 : tant est féconde et inépuisable la vertu qu'il porte en lui-même !

Qui n'admireroit la condescendance avec laquelle il tempère la hauteur de sa doctrine ? C'est du lait pour les enfants 3, et tout ensemble du pain pour les forts. On le voit plein des secrets de Dieu ; mais on voit qu'il n'en est pas étonné, comme les autres mortels à qui Dieu se communique : il en parle naturellement, comme étant né dans ce secret et dans cette gloire ; et ce qu'il a sans mesure*, il le répand avec mesure, afin que notre foiblesse le puisse porter.

Quoiqu'il soit envoyé pour tout le monde, il ne s'adresse d'abord qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, auxquelles il étoit aussi principalement envoyé 5 : mais il prépare la voie à la conversion des Samaritains et des Gentils. Une femme samaritaine le reconnoît pour le Christ, que sa nation attendoit aussi bien que celle des Juifs, et apprend de lui le mystère du culte nouveau qui ne seroitplus attaché à un certain lieu 6. Une femme chananéenne et idolâtre lui arrache, pour ainsi dire, quoique rebutée, la guérison de sa fille7. Il reconnoît en divers endroits les enfants d'Abraham dans les Gentils8, et parle de sa doctrine comme devant être prêchée, contredite, et reçue par toute la terre. Le monde n'avoit jamais rien vu de semblable, et ses apôtres en sont étonnés. Il ne cache point aux siens les tristes épreuves par lesquelles ils dévoient passer. Il leui fait voir les violences et la séduction employées contre eux, les persécutions, les fausses doctrines, les faux frères, la guerre au dedans et au dehors, la foi épurée par toutes ces épreuves ,

1 Luc, vi, 19 ; vin, 46. B. — * Joann., xiv, 12. B. — 8 « Du lait pour les enfants, etc. » Belle image tirée du style sacre : quand Bossuet ne cite pas les textes, il les fond dans son discours, cl lui donne ainsi une force et une grâce toute vive et originale.—* Joann., ni, 54. B. «Il en parle naturellement, nr. ; ce qu'il a sans mesure, etc. » Passage admirable de grandeur et de douceur.—6 « Auxquelles il éloit aussi, etc. » Car c'était à elles qu'il était spécialement envoyé. Tel est le sens du mot aussi ; quidem, enim .— 6 Joann., :v, M, 25. B —7 Matth., xv, 22, etc. B.— » ,Ibid> vin, 10, 11. B.

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à la fin des temps, l'affoiblissement de cette foi1 et le refroidissement d-e la charité parmi ses disciples9 ; au milieu de tant de périls, son Eglise et la vérité toujours invincibles3.

Voici donc une nouvelle conduite et un nouvel ordre de choses : on ne parle plus aux enfants de Dieu de récompenses temporelles; Jésus-Christ leur montre une vie future; et, les tenant suspendus dans cette attente, il leur apprend à se détacher de toutes les choses sensibles. La croix et la patience deviennent leur partage sur la terre, et le ciel leur est proposé comme devant être emporté de force1*. Jésus-Christ, qui montre aux hommes cette nouvelle voie, y entre le premier : il prêche des vérités pures qui étourdissent5 les hommes grossiers, et néanmoins superbes6; il découvre l'orgueil caché et l'hypocrisie des Pharisiens et des docteurs de la loi qui la corrompoient par leurs interprétations. Au milieu de ces reproches, il honore leur ministère et la chaire de Moïse où ils sont assis1. ïl fréquente le temple, dont il fait respecter la sainteté, et renvoie aux prêtres les lépreux qu'il a guéris. Par là il apprend aux hommes comment ils doivent reprendre et réprimer les abus, sans préjudice du ministère établi de 'lieu, et montre que le corps de la Synagogue subsistoit malgré la corruption des particuliers. Mais elle penchoit visiblement à sa ruine. Les pontifes et les Pharisiens animoient contre Jésus-Christ le peuple juif, dont la religion se tournoit en superstition8. Ce peuple ne peut souffrir le Sauveur du monde, qui l'appelle à des pratiques solides, mais difficiles. Le plus saint et le meilleur de tous les hommes, la sainteté et la bonté même, devient le plus envié et le plus haï. Il ne se rebute pas, et ne cesse de faire du bien à ses citoyens ; mais il voit leur ingratitude; il en prédit le châtiment avec larmes, et dénonce à Jérusalem sa chute prochaine. Il prédit aussi que les Juifs, ennemis de la vérité qu'il leur annonçoit, seroient livrés à l'erreur, et deviendroient le jouet des faux prophètes. Cependant la jalousie des Pharisiens et des prêtres le mène à un supplice infâme : ses disciples l'abandonnent ; un d'eux le trahit ; le premier et le plus zélé de tous le renie trois fois. Accusé devant le conseil,

* Luc, xvhi, 8. B.— 2Matîh., xxiv,12.B.— 3 Ibid.,xxi, 18. B.— *Ibtd., xi, Î2. B. — 5 «Étourdisse:;!. » étonnent et en même temps révoltent ; ces deui Idées sont enfermées dans l'expression hardie et familière de Fauteur. — • Superbes, un peu poétique, pour orgueilleux. — '1 Mattb., oui, 2.B.— 8 Le récit continue en style coupé; il devient plus vif et plus rapide, avec un certain accent oratoire dans l'alinéa suivant, et se termine avec une majesté triste qui reproduit l'impression même des faits.

il honore jusqu'à la fin le ministère des prêtres, et répond eu termes précis au pontife qui Tinterrogeoit juridiquement. Mais le moment étoit arrivé où la Synagogue devoit être réprouvée. Le pontife et tout le conseil condamne Jésus-Christ parce qu'il se disoit le Christ Fils de Dieu. Il est livré à Ponce Pilate, président romain1 : son innocence est reconnue par son juge, que la politique et l'intérêt2 font agir contre sa conscience : le juste est condamné à mort; le plus grand de tous les crimes donne lieu à la plus parfaite obéissance qui fut jamais ; Jésus, maître de sa vie et de toutes choses, s'abandonne volontairement à la fureur des méchants, et offre le sacrifice qui devoit être l'expiation du genre humain. A la croix, il regarde dans les prophéties ce qui lui resloit à faire : il l'achève, et dit enfin : Tout est consommé3. A ce mot, tout change dans le monde : la loi cesse, ses ligures passent, ses sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Cela fait, Jésus-Christ expire avec un grand cri; toute la nature s'émeut; le centurion qui le gardoit, étonné d'une telle mort, s'écrie qu'il est vraiment le Fils de Dieu; et es spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine. Au troisième jour, il ressuscite; il paroît aux siens qui l'avoient abandonné, et qui s'obstinoient à ne pas croire à sa résurrection. Ils le voient, ils lui parlent, ils le touchent; ils sont convaincus. Pour confirmer la foi de sa résurrection, il se montre à diverses fois et en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particulier, et le voient aussi tous ensemble : il paroît une ois à plus de cinq cents hommes assemblés4. Un apôtre, qui l'a écrit, assure que la plupart d'eux vivoient encore dans le temps qu'il l'écrivoit. Jésus-Christ ressuscité donne à ses apôtres tout le temps qu'ils veulent pour le bien considérer ; et, après s'être mis entre leurs mains5 en toutes les manières qu'ils le souhaitent, en sorte qu'il ne puisse plus leur rester le moindre doute, il leur ordonne de porter témoignage de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont ouï et de ce qu'ils ont touché. Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi, non plus que de leur persuasion, il les oblige à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédication est inébranlable; le fondement en est un

1 Prœsidi romarin. Dans une histoire détaillée on pourrait demander une définition plus précise des fonctions de Pilate, qui était gouverneur de la hioee. — i « Que la politique, etc. » C'est-à-dire : mais la politique et l'intérêt le font agir. Que sous- entend mais, comme il arrive souvent en latin. Voy. la note 6, p. 200. — 3 Joann., xix, 50. B. — * I Cor., xv, 6. B. — 5 Allusion à l'incrédulité de saint Thomas, et à la condescendance de Jésu&- Christ envers cet apôtre.

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fait positif, attesté unanimement par ceux qui l'ont vu. Leur sincérité est justifiée1 par la plus forte épreuve qu'on puisse imaginer, qui est celle des tourments, et de la mort même. Telles sont les instructions que reçurent les apôtres. Sur ce fondement, douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier, qu'ils voyoient si opposé aux lois qu'ils avoient à !eur prescrire, et aux vérités qu'ils avoient à leur annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem2, et de là de se répandre par toute la terre pour « instruire toutes les nations, et les bap- « tiser au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit3. » Jésus- Christ leur promet « d'être avec eux tous les jours4 jusqu'à la « consommation des siècles, » et assure par cette parole la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Cela dit, il monte aux cieux en leur présence.

Les promesses vont être accomplies 5 : les prophéties vont avoir leur dernier éclaircissement. Les Gentils sont appelés à la connoissance de Dieu par les ordres de Jésus-Christ ressuscité; une nouvelle cérémonie est instituée pour la régénération du nouveau peuple; et les fidèles apprennent que le vrai Dieu, le Dieu d'Israël, ce Dieu un et indivisible auquel ils sont consacrés par le baptême, est tout ensemble Père, Fils, et Saint- Esprit.

Là donc nous sont proposées les profondeurs incompréhensibles de l'Etre divin, la grandeur ineffable de son unité, et les richesses infinies de cette nature plus féconde encore au dedans qu'au dehors, capable de se communiquer sans division à trois personnes égales.

Là sont expliqués les mystères qui étoient enveloppés et comme scellés6 dans les anciennes Ecritures. Nous entendons le secret de cette parole : « Faisons l'homme à notre image7; » et la Trinité, marquée dans la création de l'homme, est expressément déclarée dans sa régénération.

Nous apprenons ce que c'est que cette Sagesse conçue, selon Salomon8, devant tous les temps dans le sein de Dieu; Sagesse qui fait toutes ses délices, et par qui sont ordonnés tous scù

1 Prouvée, attestée.— 2Luc, xxiv, 47; Àct.i, 8. B.— 3 Malth., xxyiii, 19,20. B.— K Var. « Avec eux jusqu'à la consommation, etc. » — * L'auteur arrive à l'institution du baptême, nécessairement rattachée à la conversion des Gentils. Des termes qui entrent dans la forme de ce sacrement, il est conduit à parler du mystère de la sainte Trinité, et entre dans un exposé dogmatique, non pas sec ej froidement méthodique, mais éloquent et animé. — 6 « Enveloppés et comme scellés. » Métaphores justes et concordantes. — 7 Gen., < 6. B. - 8 Prov., vin, 22. B

ouvrages. Nous savons qui est celui que David a vu engendré devant l'aurore1; et le nouveau Testament nous enseigne que c'est le Verbe, la parole intérieure de Dieu, et sa pensée éternelle, qui est toujours dans son sein, et par qui toutes choses ont été faites.

Par là nous répondons à la mystérieuse question qui est proosée dans les Proverbes 2 : « Dites-moi le nom de Dieu et le i( nom de son fils, si vous le savez. » Car nous savons que ce nom de Dieu, si mystérieux et si caché, est le nom de Père, entendu en ce sens profond qui le fait concevoir dans l'éterm+é père d'un fils égal à lui, et que le nom de son fils est le nom de Verbe ; Verbe qu'il engendre éternellement en se contemplant lui-même, qui est l'expression parfaite de sa vérité, son image, son Fils unique, l'éclat de sa clarté, et l'empreinte de sa substance*.

Avec le Père et le Fils nous connoissons aussi le Saint-Esprit, l'amour de l'un et de l'autre, et leur éternelle union. C'est cet Esprit qui fait les prophètes, et qui est en eux pour leur découvrir les conseils de Dieu et les secrets de l'avenir; Esprit dont il est écrit4 : « Le Seigneur m'a envoyé, et son Esprit, » qui est distingué du Seigneur, et qui est aussi le Seigneur même, puisqu'il envoie les prophètes, et qu'il leur découvre les choses futures. Cet Esprit qui parle aux prophètes, et qui parle parles prophètes, est uni au Père et au Fils, et intervient avec eux dans la consécration du nouvel homme.

Ainsi le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, un seul Dieu en trois personnes, montré plus obscurément à nos pères, est clairement révélé dans la nouvelle alliance. Instruits d'un si haut mystère, et étonnés de sa profondeur incompréhensible, nous couvrons notre face devant Dieu avec les Séraphins5 que vit Isaïe6, et nour adorons avec eux celui qui est trois fois saint.

C'étoit au Fils unique qui était dans le sein du Père1, et qui sans en sortir venoit à nous, c'étoit à lui à nous découvrir pleinement ces admirables secrets de la nature divine, que Moïse et les prophètes n'avoient qu'effleurés.

C'étoit à lui à nous faire entendre d'où vient que le Messie, promis comme un homme qui devoit sauver les autres hommes, étoit en même temps montré comme Dieu en nombre singulier, et absolument à la manière dont le Créateur nous est

1 Psal., cix, 3. B. Devant, usité au dix-septième siècle pour avant, ne se dit plus en ce sens.— - Prov., xxx, -V. ...— '. ., I, 3. B.— *> Is., ILVIII, 16. B, — * Var. a L'js Chérubins. » — 6 h., vi. B. —'< Joann., I, 18 B.

désigné : et c'est ainsi qu'il a fait, en nous enseignant que, quoique lils d'Abraham, il étoit devant qu'Abraham fût fait*; qu'î'J est descendu du ciel, et toutefois qu'il est au ciel2; qu'il est Dieu, Fils de Dieu, et tout ensemble homme, fils de l'homme ; le vrai Emmanuel, Dieu avec nous; en un mot, le Verbe fait chair, unissant en sa personne la nature humaine a\ec la divine, afin de réconcilier toutes choses en lui-même.

Ainsi nous sont révélés les deux principaux mystères, celui de la Trinité et celui de l'Incarnation. Mais celui qui nous les a révélés nous en fait trouver l'image en nous-mêmes, afin qu'ils nous soient toujours présents, et crue nous leconnoissions la dignité de notre nature.

En effet, si nous imposons silence à nos sens, et que nous nous renfermions pour un peu cle temps au fond de notre âme 3, c'est-à-dire dans cette partie où la vérité se fait entendre, nous y verrons quelque image de la Trinité que nous adorons. La pensée, que nous sentons naître comme le germe de notre esprit, comme le fils de notre intelligence, nous donne quelque idée du Fils de Dieu conçu éternellement dans l'intelligence du Père céleste. C'est pourquoi ce fils de Dieu prend le nom de Verbe, afin que nous entendions qu'il naît dans le sein du Père, non comme naissent les corps, mais comme nait dans notre âme cette parole intérieure que nous y sentons quand nous contemplons la vérité*.

Mais la fécondité de notre esprit ne se termine pas à celte parole intérieure, à cette pensée intellectuelle, à cette image de la vérité qui se forme en nous. Nous aimons et cette parole intérieure et l'esprit où elle nait; et en l'aimant nous sentons en nous quelque chose qui ne nous est pas moins précieux que notre esprit et notre pensée, qui est le fruit de l'un et de l'autre, qui les unit, qui s'unit à eux, et ne fait avec eux qu'une même vie.

Ainsi, autant qu'il se peut trouver de rapport entre Dieu et l'homme, ainsi, dis-je, se produit en Dieu l'amour éternel qui sort du Père qui pense, et du Fils qui est sa pensée, pour faire

1 Joann., vin, 58. B.—2 Id., ni, 13. B.— 3 «... au fond de notre âme, etc.* Par la conscience ou sens intime, nous sommes informés de ce qui se passe en nous, et nous pouvons démêler le jeu des facultés de notre âme. -* Greg. Xaz., Oral., xxxvi, nunc xxx, n. 20; 1. 1, p. 554, éd. Bened. ; Aug.,cte Triniî., lib. ix. c. îv et sqq. ; t. vm, col. 880 etsqq., et in Joann. Evanq., tract. |, etc., t. ni, p. 2, col. 292 et sqq. ; de Civ. Dei, lib. xi, c. xwi, xxvii,xxvhi; t. vu, cftl. 292 et sqq. B,

avec lui et sa pensée une même nature également heureuse et parfaite1.

En un mot, Dieu est parfait; et son Verbe, image vivante d'une vérité infinie, n'est pas moins parfait que mi; et son amour, qui, sortant de la source inépuisable du bien, en a toute la plénitude, ne peut manquer d'avoir une perfection infinie ; et puisque nous n'avons point d'autre idée de Dieu que celle de la perfection, chacune de ces trois choses, considérée en elle-même, mérite d'être appelée Dieu : mais parce que ces trois choses conviennent nécessairement à une même nature, ces trois choses ne sont qu'un seul Dieu.

Il ne faut donc rien concevoir d'inégal ni de séparé dans cette Trinité adorable ; et, quelque incompréhensible que soit cette égalité, notre âme, si nous Técoutons, nous en dira quelque chose.

Elle est ; et quand elle sait parfaitement ce qu'elle est, son intelligence répond à la vérité de son être ; et quand elle aime son être avec son intelligence autant qu'ils méritent d'être aimés, son amour égale la perfection de l'un et de l'autre *. Ces trois choses ne se séparent jamais, et s'enferment l'une l'autre : nous entendons que nous sommes et que nous aimons ; et nous aimons à être et à entendre. Qui le peut nier, s'il s'entend luimême? Et non-seulement une de ces choses n'est pas meilleure que l'autre, mais les trois ensemble ne sont pas meilleures qu'une d'elles en particulier, puisque chacune enferme le tout, et que dans les trois consiste la félicité et la dignité de la nature raisonnable. Ainsi, et infiniment au-dessus, est parfaite, inséparable, une en son essence, et enfin égale en tout sens, la Trinité que nous servons, et à laquelle nous sommes consacrés par notre baptême.

Mais nous-mêmes, qui sommes l'image de la Trinité, nousmêmes, à un autre égard, nous sommes encore l'image de l'Incarnation3.

1 Cette comparaison n'est pas donnée comme exacte, et elle ne peut l'être; car l'âme est personnellement une, avec plusieurs facultés; et en Dieu, il y a trois personnes, sous une seule nature. — 2Aug., loco cit. B. — 3 L'auteur fait remarquer lui-même que cette comparaison est inexacte en plusieurs points; mais elle l'est en d'autres qu'il omet de relever: dans la personne de Jésus-Christ, il y a le Verbe éternel et divin ; l'âme de Jésus- Christ créée, non atteinte par le péché originel et inaccessible au péché actuel, mais tout à fait semblable par sa nature et par ses facultés à l'âme de tout homme, ou plutôt, purement et absolument humaine; enfin, un corps périssable. En effet, le corps de Jésus-Christ, aujourd'hui subsistant, im-

Notre âme, d'une nature spirituelle et incorruptible, a un corps corruptible qui lui est uni1; et de l'union de l'un et de l'autre résulte un "tout, qui est l'homme, esprit et corps tout ensemble, incorruptible et corruptible, intelligent et purement brute. Ces attributs conviennent au tout, par rapport à chacune de ses deux parties : ainsi le Verbe divin, dont la vertu soutient tout, s'unit d'une façon particulière, ou plutôt il devient lui-même, par une parfaite union, ce Jésus-Christ fils de Marie; ce qui fait qu'il est Dieu et homme tout ensemble, engendré dans l'éternité, et engendré dans le temps; toujours vivant dans le sein du Père, et mort sur la croix pour nous sauver.

Mais où Dieu se trouve mêlé, jamais les comparaisons tirées des choses humaines ne sont qu'imparfaites. Notre âme n'est pas devant notre corps, et quelque chose lui manque lorsqu'elle en est séparée. Le Verbe, parfait en lui-même dès l'éternité, ne s'unit à notre nature que pour l'honorer. Cette âme qui préside au corps, et y fait divers changements, elle-même en souffre à son tour. Si le corps est mû au commandement et selon la volonté de l'âme, l'âme est troublée, l'âme est affligée et agitée en mille manières, ou fâcheuses ou agréables, suivant les dispositions du corps ; en sorte que, comme l'âme élève le corps à elle en le gouvernant, elle est abaissée au-dessous de lui par les choses qu'elle en souffre. Mais, en Jésus-Christ, le Verbe préside à tout, le Verbe tient tout sous sa main. Ainsi l'homme est élevé, et le Verbe ne se rabaisse par aucun endroit : immuable et inaltérable, il domine en tout et partout la nature qui lui est unie.

De là vient qu'en Jésus-Christ, l'homme, absolument soumis à la direction intime du Verbe qui l'élève à soi, n'a que des pensées et des mouvements divins. Tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il cache au dedans, tout ce qu'il montre au dehors, est animé par le Verbe, conduit parle Verbe, digne du Verbe, c'est-à-dire digne de la raison même, de la sagesse même et de la vérité même. Ces/

mortel et glorieux, ne l'est point par sa nature première, mais par le fait delà résurrection, et de même qu'il en doit être des corps des élus. Au reste, ces comparaisons, nécessairement imparfaites, n'en sont pas moins lumineuses et profondes.— l Aug. Ep. m, ad Volus., nunc cxxxyii, c. m, n. ii, t. n, col. 405 ;de Civil. Dei, lib. x, c. xxix; t. vu, col. 264; Cyril., Ep. ad Valerian., part. m. Conc. Ephes. ; t. m Concil., col. 1155 et sqq, etc.; Symb, Ath., etc. D.

pourquoi tout est lumière en Jésus-Christ; sa conduite est une règle; ses miracles sont des instructions; ses paroles sont esprit et vie.

Il n'est pas donné à tous de bien entendre ces sublimes vérités, ni de voir parfaitement en lui-même cette merveilleuse image des choses divines, que saint Augustin et les autres Pères ont crue si certaine. Les sens nous gouvernent trop ; et notre imagination, qui se veut mêler dans toutes nos pensées, ne nous permet pas toujours de nous arrêter sur une lumière si pure. Nous ne nous connoissons pas nous-mêmes ; nous ignorons les richesses que nous portons dans le fond de notre nature; et il n'y a que les yeux les plus épurés qui les puissent apercevoir. Mais si peu que nous entrions dans ce secret, et que nous sachions remarquer en nous l'image des deux mystères qui font le fondement de notre foi, c'en est assez pour nous élever au-dessus de tout, et rien de mortel ne nous pourra plus toucher.

Aussi Jésus-Christ nous appelle-t-il à une gloire immortelle, et c'est le fruit de la foi que nous avons pour les mystères.

Ce Dieu homme, cette vérité et cette sagessee incarnée, qui ous fait croire de si grandes choses sur sa seule autorité, nous en promet dans l'éternité la claire et bienheureuse vision, comme la récompense certaine de notre foi.

De cette sorte, la mission de Jésus-Christ est relevée infiniment au-dessus de celle de Moïse.

Moïse étoit envoyé pour réveiller par des récompenses temporelles les hommes sensuels et abrutis. Puisqu'ils étoient devenus tout corps et tout chair, il les falloit d'abord prendre par les sens, leur inculquer par ce moyen la connoissance de Dieu et l'horreur de l'idolâtrie à laquelle le genre humain avoit une inclination si prodigieuse.

Tel étoit le ministère de Moïse : il étoit réservé à Jésus- Christ d'inspirer à l'homme des pensées plus hautes, et de lui faire connoître dans une pleine évidence la dignité, l'immortalité et la félicité éternelle de son âme*

Durant les temps d'ignorance, c'est-à-dire durant les temps qui ont précédé Jésus-Christ, ce que Pâme connoissoit de sa dignité et de son immortalité l'induisoit le plus souvent à erreur; Le culte des hommes morts faisoit presque tout le fond de l'idolâtrie : presciue tous les hommes sacrifioient aux mânes, c'est-à-dire aux âmes des morls. De si anciennes erreurs nous font voir à la vérité combien étoit ancienne la croyance de

l'immortalité de l'âme, et nous montre qu'elle doit être range'e parmi les premières traditions du genre humain. Mais l'homme, qui gàtoit tout, en avoit étrangement abusé, puisqu'elle le portoit à sacrifier aux morts. On alloit même jusqu'à cet excès, de leur sacrilier des hommes vivants : on tuoit leurs esclaves et même leurs femmes, pour les aller servir dans l'autre monde. Les Gaulois le pratiquoient avec beaucoup d'autres peuples l ; et les Indiens , marqués par les auteurs païens parmi les premiers défenseurs de l'immortalité de l'àme, ont aussi été les premiers à introduire sur la terre, sous prétexte de religion, ces meurtres abominables. Les mêmes Indiens se tuoient eux-mêmes pour avancer la félicité de la vie future ; et ce déplorable aveuglement dure encore aujourd'hui parmi ces peuples : tant il est dangereux d'enseigner la vérité dans un autre ordre que celui que Dieu a suivi, et d'expliquer clairement à l'homme tout ce qu'il est, avant qu'il ait connu Dieu parfaitement.

C'étoit faute de connoître Dieu, que la plupart des philosophes n'ont pu croire rame immortelle sans la croire une portion de la divinité, une divinité elle-même, un être éternel , incréé aussi bien qu'incorruptible , et qui n' avoit non plus de commencement que de lin. Que dirai-je de ceux qui croyoient la transmigration des âmes, qui les faisoient rouler des cieux à la terre, et puis de la terre aux cieux ; des animaux dans les hommes, et des hommes dans les animaux ; de îa félicité à la misère, et de la misère à la félicité, sans que ces révolutions eussent jamais ni de terme ni d'ordre certain? Combien étoit obscurcie la justice, la providence, la bonté divine parmi tant d'erreurs ! Et qu'il étoit nécessaire de coniioître Dieu et les règles de sa sagesse, avant que de connaître l'âme et sa nature immortelle !

C'est pourquoi la loi de Moïse ne donnoit à l'homme qu'une première notion de la nature de l'âme et de sa félicité. Nous avons vu l'âme au commencement faite par la puissance de Dieu aussi bien que les autres créatures ; mais, avec ce caractère particulier, qu'elle étoit faite à son image et par son souffle, afin qu'elle entendit à qui elle tient par son fond, cl qu'elle ne se crût jamais de même nature que les corps, ni formée de leur concours. Mais les suites de cette doctrine <:l les merveilles de la ie future ne furent pas alors uni1

1 Cees., de liello Gai!., lib. vi, c. xvm. B.

ment développées ; et c'étoit au jour du Messie que cette grande lumière devoit paroître à découvert.

Dieu en avoit répandu quelques étincelles dans les anciennes Écritures. Salomon avoit dit que, « comme le corps retourne « à la terre d'où il est sorti, l'esprit retourne à Dieu qui Ta « donné1. » Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance ; et Daniel avoit prédit qu'il viendroit un temps « où ceux qui dorment dans la poussière s'éveilleroient, les « uns pour la vie éternelle, et les autres pour une éternelle « confusion, afin de voir toujours2. » Mais, en même tempe que ces choses lui sont révélées, il lui est ordonné de « sceller « le livre et de le tenir fermé jusqu'au temps ordonné de « Dieu 3 ; » afin de nous faire entendre que la pleine découverte de ces vérités étoit d'une autre saison et d'un autre siècle.

Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses des félicités éternelles, et que, vers les temps du Messie, où elles dévoient être déclarées, ils en parlassent beaucoup davantage, comme il paroît par les livres de la Sagesse et des Machabées; toutefois cette vérité faisoit si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple, que les Sadducéens, sans la reconnoître, non-seulement étoient admis dan;1 la Synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. C'est un des caractères du peuple nouveau, de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future , et ce devoit être le fruit de la venue du Messie.

C'est pourquoi, non content de nous avoir dit qu'une vie éternellement bienheureuse étoit réservée aux enfants de Dieu, il nous a dit en quoi elle consistoit. La vie bienheureuse est d'être avec lui dans la gloire de Dieu son Père; la vie bienheureuse est de voir la gloire qu'il a dans le sein du Père dès l'origine du monde; la vie bienheureuse est que lésas- Christ soit en nous comme dans ses membres, et que l'amour éternel que le Père a pour son Fils s'étendant sur nous, il nous comble des mûmes dons : la vie bienheureuse, en un mot, est de connoître le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ qu'il a en- :v; mais le connoître de cette manière qui s'appelle la claire vue, la vue face à face* et à découvert, la vue qui réforme en nous et y achève l'image de Dieu, selon ce que dit

1 /:.</., \!i, 7. Ii.-5 Pan., xn,2, 3.D.-3 Ibid., 4.B.-4 Joann., xvn. B. — *i Cor., xiu, y, 13. JJ.

saint Jean *, a que nous lui serons semblables, parce que nous « le verrons tel qu'il est. »

Cette vue sera suivie d'un amour immense, d'une joie inexplicable, et d'un triomphe sans fin. Un Alléluia éternel et un Amen éternel, dont on entend retentir la céleste Jérusalem2, font vur toutes les misères bannies et tous les désirs satisfaits ; il n'y a plus qu'à louer la bonté divine.

Avec de' si nouvelles récompenses3, il falioit que Jésus- Christ proposât aussi de nouvelles idées de vertu, des pratiques plus parfaites et plus épurées. La fin de la religion, l'âme des vertus et l'abrégé de la loi, c'est la charité. Mais, jusqu'à Jésus-Christ, on peut dire que la perfection et les effets de cette vertu n'étoient pas entièrement connus. C'est Jésus- Christ proprement qui nous apprend à nous contenter de Dieu seul. Pour établir le règne de la charité et nous en découvrir tous les devoirs, il nous propose l'amour de Dieu, jusqu'à nous haïr nous-mêmes, et persécuter sans relâche le principe de corruption que nous avons tous dans le cœur. Il nous propose l'amour du prochain, jusqu'à étendre sur tous les hommes cette inclination bienfaisante, sans en excepter nos persécuteurs : il nous propose la modération des désirs sensuels, jusqu'à retrancher tout à fait nos propres membres, c'est-à-dire ce qui tient le plus vivement et le plus intimement à notre cœur; il nous propose la sounr'ision aux ordres de Dieu, jusqu'à nous réjouir des souffrances qu'il nous envoie; il nous propose rhumiliM, iusqu'à aimer les opprobres pour la gloire de Dieu, et à croire q^a nulle injure ne nous peut mettre si bas devant les hommes, que nous ne soyons encore plus bas devant Dieu par nos péchés. Sur ce fondement de la charité, il perfectionne tous les états de la vie humaine. C'est par là que le mariage est réduit à sa forme primitive : l'amour conjugal

»I Joann., m, 2. B.— 2 Àpoc, vu, 12; xix, 1, 2, 3, 4,5, 6. B.— *aÂvec de

si nouvelles, elc. » Remarquez avec quel naturel et quelle logique sûre el exempte de raisonnements artificiels, de divisions arbitraires, de formes symétriques et antithétiques, l'éloquent auteur, nouveau Père de l'Eglise, déduit du principe de la charité, la morale et les institutions chrétien; s. Il insiste peu sur les points qui touchent aux développements politique.- el sociaux; on peut même lui reprocher de ne pas mentionner ici la diminution, puis l'abolition de l'esclavage. Mais d'autres écrivains exposeront après lui les bienfaits temporels de la religion chrétienne : il ne faut pas oublier que celte religion est avant tout le moyen de perfection et de salut pour l'homme; ce n'est qu'indirectement qu'elle s'occupe du bien-être des sociétés politiques, et pourtant elle a fait, pour la plus grande partie, ce qu'il y a de meilleur dans la civilisation moderne.

2 i 4 PARTIE II. - CHAP. XIX.

n'est plus partagé ; une si sainte société n'a plus de fin que celle de la vie, et les enfants ne voient plus chasser leur mère pour mettre à sa place une marâtre. Le célibat est montré comme une imitation de la vie des anges, uniquement occupée de Dieu et des chastes délices de son amour. Les supérieurs apprennent qu'ils sont serviteurs des autres et dévoués à leur bien; les inférieurs reconnoissent l'ordre de Dieu dan.; les puissances légitimes, lors même qu'elles abusent de leur autorité : cette pensée adoucit les peines de la sujétion, et sous des maîtres fâcheux l'obéissance n'est plus fâcheuse au vrai chrétien.

A ces préceptes, il joint des conseils de perfection éminente : renoncer à tout plaisir; vivre dans le corps comme si on étoit sans corps ; quitter tout ; donner tout aux pauvres, pour ne posséder que Dieu seul ; vivre de peu, et presque de rien, et attendre ce peu de la providence divine.

Mais la loi la plus propre à l'Evangile est celle de porter sa croix. La croix est la vraie épreuve de la foi, le vrai fondement de l'espérance, le parfait épurement de la charité, en un mot, le chemin du ciel. Jésus -Christ est mort à la croix; il a porté sa croix toute sa vie ; c'est à la croix qu'il veut qu'on le suive, et il met la vie éternelle à ce prix. Le premier à qui il promet en particulier le repos du siècle futur, est un compagnon de sa croix : « Tu seras, lui dit-il, aujourd'hui avec moi en paradis1. » Aussitôt qu'il fut à la croix, le voile qui couvroit le sanctuaire fut déchiré Je. haut en bas, et le ciel fut ouvert aux âmes saintes. C'est au sortir da la croix et des horreurs de son supplice, qu'il parut à ses apôtres, glorieux et vainqueur de la mort, afin qu'ils comprissent que c'est par la croix qu'il devoit entrer dans sa gloire, et qu'il ne montroit point d'autre voie à ses enfants.

Ainsi fut donnée au monde, en la personne de Jésus-Christ, l'image d'une vertu accomplie, qui n'a rien et n'attend rien sur la terre; que les hommes ne récompensent que par de continuelles persécutions ; qui ne cesse de leur faire du bien, et à •es propres bienfaits attirent le dernier supplice. Jésus- -t meurt sans trouver ni reconnoissance dans ceux qu'il oblige, ni fidélité dans ses amis, ni équité dans ses juges. Son innocence, quoique reconnue, ne le sauve pas; son Père même, en qui seul il avoit mis son espérance, retire toutes les mar-

LA SUITE DE LA RELIGION. tJ3

ques de sa protection : le juste est livré à ses ennemis, et il meurt abandonné de Dieu et des hommes.

Mais il falloit faire voir à l'homme de bien que, dans les plus grandes extrémités, il n'a besoin ni d'aucune consolation humaine, ni même d'aucune marque sensible du secours divin; qu'il aime seulement, et qu'il se confie, assuré que Dieu pense à lui sans lui en donner aucune marque, et qu'une éternelle félicité lui est réservée1.

Le plus sage des philosophes , en cherchant l'idée de la vertu, a trouvé que comme de tous les méchants, celui-là seroit le plus méchant qui sauroit si bien couvrir sa malice, qu'il passât pour homme de bien, et jouit, par ce moyen, de tout le crédit que peut donner la vertu : ainsi le plus vertueux devoit être sans difficulté celui à qui sa vertu attire par sa perfection la jalousie de tous les hommes, en sorte qu'il n'ait pour lui que sa conscience, et qu'il se voie exposé à toute sorte d'injures, jusqu'à être mis sur la croix, sans que sa vertu lui puisse donner ce foible secours de l'exempter d'un tel supplice2. Ne -emble-t-il pas que Dieu n'ait mis cette merveilleuse idée de vertu dans l'esprit d'un philosophe, que pour la rendre effective3 en la personne de son Fils, et faire voir que le juste a une autre gloire, un autre repos, enfin un autre bonheur que celui qu'on peut avoir sur la terre?

Etablir cette vérité, et la montrer accomplie si visiblement en soi-même aux dépens de sa propre vie, c'étoit le plus grand ouvrage que pût faire un homme ; et Dieu l'a trouvé si grand, qu'il l'a réservé à ce Messie tant promis, à cet homme qu'il a fait la même personne avec son Fils unique.

En effet, que pouvoit-on réserver de plus grand à un Dieu venant sur la terre? et qu'y pouvoit-il faire de plus digne de lui, que d'y montrer la vertu dans toute sa pureté, et le bonheur éternel où la conduisent les maux les plus extrême? ?

Mais si nous venons à considérer ce qu'il y a de plus haul et de plus intime dans le mystère de la croix, quel esprit hu main le pourra comprendre ? Là nous sont montrées des vertus que le seul homme-Dieu pouvoit pratiquer. Quel autre pou voit comme lui se mettre à la place de toutes les victimes anciennes, les abolir en leur substituant une victime d'une dignité et d'un mérite infinis, et faire que désormais il n'y eût

1 Conclusion, haule pensée religieuse. — ? Soci !îb. il, B. — 3 Pour la ré il

plus que lui seul à ^rtrir à Dieu? Tel est l'acte de religion que Jésus-Christ exerce à la croix. Le Père éternel pouvoit-il trouver, ou parmi les anges, ou parmi les hommes, une obéissance égale à celle que lui rend son Fils bien-aimé, lorsque, rien ne lui pouvant arracher la vie, il la donna volontairement pour lui complaire? Que dirai-je de la parfaite union * de tous ses désirs avec la divine volonté, et de l'amour par lequel il se tient uni à Dieu qui était en lui, se réconciliant le monde*? Dans cette union incompréhensible, il embrasse tout le genre humain ; il paciiie le ciel et la terre ; il se plonge avec une ardeur immense dans ce déluge de sang où il devoit être baptisé avec tous les siens, et fait sortir de ses plaies le feu de l'amour divin qui devoit embraser toute la terre%. Mais voici ce qui passe toute intelligence : la justice pratiquée par ce Dieuhomme, qui se laisse condamner par le monde, afin que le monde demeure éternellement condamné par l'énorme iniquité de ce jugement. « Maintenant le monde est jugé, et le « prince de ce monde va être chassé, » comme le prononce Jésus-Christ lui-même4. L'enfer, qui avoit subjugué le monde, le va perdre : en attaquant l'innocent, il sera contraint de lâcher les coupables qu'il tenoit captifs : la malheureuse obligation 5 par laquelle nous étions livrés aux anges rebelles, est anéantie : Jésus-Christ l'a attachée à sa croix6, pour y être effacée de son sang : l'enfer dépouillé gémit : la croix est un lieu de triomphe à notre Sauveur 7, et les puissances ennemies suivent en tremblant le char du vainqueur. Mais un plus grand triomphe paroît à nos yeux : la justice divine est elle-même vaincue; le pécheur, qui lui étoit dû comme sa victime, est arraché de ses mains. 11 a trouvé une caution capable de payer pour lui un prix infini. Jésus-Christ s'unit éternellement les élus pour qui il se donne : ils sont ses membres et son corps : le Père éternel ne les peut plus regarder qu'en leur chef : ainsi il étend sur eux l'amour infini qu'il a pour son Fils. C'est son Fils lui-même qui le lui demande : il ne veut pas être séparé des hommes qu'il a rachetés : « 0 mon Père, je veux, dit-il8, « qu'ils soient avec moi : » ils seront remplis de mon esprit ;

» « Que dirai-je, etc. » Ici l'auteur va emprunter à l'Évangile les pensées et le langage le plus mystique et le plus élevé. — 2 // Cor.,\, 19. B.— Uuc, U, 49 50. B.— * Joann., SU, 51.— 5 Obligation signifie ici lien légal; et est tout à fait au sens de sa racine ob-ligare. La phrase suivante indique encore le sens de contrai.— * Coloss., n, 15, 14, 15. B. — ' A, est un latinisme : dirions aujourd'hui, pour notre Sau\eur.— ** Joann., xvii, 24, 25, 26- B.

lis jouiront de ma gloire ; ils partageront avec moi jusqu'à mon irône1.

Après un si grand bienfait, il n'y a plus que des cris de joie qui puissent exprimer nos reconnoissances2. « 0 merveille, « s'écrie un grand philosophe et un grand martyr3, ô échange « incompréhensible, et surprenant artifice de la sagesse di- (( vine! » un seul est frappé, et tous sont délivrés. Dieu frappe son Fils innocent pour l'amour des hommes coupables, et pardonne aux hommes coupables pour l'amour de son Fils innocent, ce Le juste paie ce qu'il ne doit pas, et acquitte les pé- « cheurs de ce qu'ils doivent; car qu'est-ce qui pouvoit mieux <( couvrir nos péchés que sa justice? Comment pouvoit être « mieux expiée la rébellion des serviteurs, que par l'obéissance « du fils? L'iniquité de plusieurs est cachée dans un seul « juste, et la justice d'un seul fait que plusieurs sont justice fiés. » A quoi donc ne devons-nous pas prétendre? « Celui « qui nous a aimés étant pécheurs, jusqu'à donner sa vie pour « nous, que nous refusera-l-il après qu'il nous a réconciliés et « justifiés par son sang*? » Tout est à nous par Jésus-Christ, la grâce, la sainteté, la vie, la gloire, la béatitude : le royaume du Fils de Dieu est notre héritage : il n'y a rien au-dessu nous, pourvu seulement que nous ne nous ravilissions pas nous-mêmes 5.

Pendant que Jésus-Christ 6 comble nos désirs et surpaie nos espérances, il consomme l'œuvre de Dieu commencée sous les patriarches et dans la loi de Moïse.

Alors Dieu vouloit se faire connoître par des expériences sensibles : il se montroit magnifique en promesses temporelles, bon en comblant ses enfants des biens qui flattent les sens, puissant en les délivrant des mains de leurs ennemis, fidèle en les amenant dans la terre promise à leurs pères, juste par les récompenses et les châtiments qu'il leur envoyoit manifestement selon leurs œuvres.

Toutes ces merveilles préparoient les voies aux vérités que Jésus-Christ venoit enseigner. Si Dieu est bon jusqu'à nous

1 Apoc, ni, 21. B.— r* Nos reconnoissances : ce mot, au sens dont i! s'agit ici, ne se dit pas au pluriel.— 3 Justin., Epist. ad Diognet., n. 9, p. 23*, éd. Benedict. B.— 4 Rom., v, 6, 7, 8, 9, 10. B.— 3 Que nous ne rabaissions pas par nos fautes notre condition.— 6« Pendant que Jésus-Christ, etc.» L'auteur résume brièvement le plan de la seconde partie de son discours. Ce plan était indiqué par la nature même de la révélation mosaïque et chrétienne, qui base la foi sur les faits, et déroule les dogmes, jusqu'à l'Evangile, selon la suite des temps. Bossuet n'a fait que suivre cet ordre-.

donner ce que demandent nos sens, combien plutôt nous donnera-t-il ce que demande notre esprit fait à son image ! S'il est si tendre et si bienfaisant envers ses enfants, renferpera-t-il son amour et ses libéralités dans ce peu d'années qui composent notre vie? Ne donnera-t-il à ceux qu'il aime qu'une ombre de félicité, et qu'une terre fertile en grains et en huile1? N'y aura-t-il point un Days où il répande avec abondance les biens véritables?

Il y en aura un sans doute, et Jésus-Christ nous le vient montrer. Car enfin le Tout-Puissant n'auroit fait que des ouvrages peu dignes de lui, si toute sa magnificence ne se terminoit 2 qu'à des grandeurs exposées à nos sens infirmes3. Tout ce qui n'est pas éternel ne répond ni à la majesté d'un Dieu éternel, ni aux espérances de l'homme à qui il a fait connoître son éternité; et cette immuable fidélité qu'il garde à ses serviteurs n'aura jamais un objet qui lui soit proportionné, jusqu'à ce qu'elle s'étende à quelque chose d'immortel et de permanent.

Il falloit donc qu'à la fin Jésus-Christ nous ouvrît les cieux, pour y découvrir a notre foi cette cité permanente où nous devons être recueillis après cette vie*. 11 nous fait voir que si Dieu prend pour son titre étemel le nom de Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est à cause que ces saints hommes sont toujours vivants devant lui. Dieu n'est pas le Dieu des morts*; il n'est pas digne de lui de ne faire, comme les hommes, qu'accompagner ses amis jusqu'au tombeau, sans leur laisser au delà aucune espérance ; et ce lui seroit une honte de se dire avec tant de force le Dieu d'Abraham, s'il n'avoit fondé dans le ciel une cité éternelle où Abraham et ses enfants pussent vivre heureux.

C'est ainsi que les vérités de la vie future nous sont développées par Jésus-Christ. Il nous les montre, même dans la loi , La vraie terre promise, c'est le royaume céleste. C'est après cette bienheureuse patrie que soupiroient Abraham, Isaac et Jacob 6 : la Palestine ne méritoit pas de terminer 7 tous leurs vœux, ni d'être le seul objet d'une si longue attente de nos

res.

1 Cea images sont familières aux Hébreux, pour exprimer l'idée du bonheur, de la prospérité. — 2 Se terminer est plus noble qu'aboutir, et la racine indique un sens absolument semblable : arriver au terme. — 8 « Infirmes. » Faibles, imparfaits. — * Hebr., xi, 8, 9, 10, 13, 14, 15, 16. B. — » Matth., xxii, 32 ; Luc xx, 38. B. - « Hebr., xi, 1A, 15, 16. B. — t g De terminer. » D'être le but uoiaue.

L'Egypte (Toii ii faut sortir, le désert où il faut passer, la Babylone dont il faut rompre les prisons 1 pour entrer ou pour retourner à notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et ses vanités : c'est là que nous sommes vraiment captifs et errants, séduits par le péché et ses convoitises ; il nous faut secouer ce joug, pour trouver dans Jérusalem et dans la cité de notre Dieu la liberté véritable, et un sanctuaire non fait de main d'homme 2, où la gloire du Dieu d'Israël nous apparoisse.

Par cette doctrine de Jésus-Christ, le secret de Dieu nous est découvert ; la loi est toute spirituelle, ses promesses nous introduisent à celles de l'Evangile, et y servent de fondement. Une même lumière nous paroît partout : elle se lève sous les patriarches : sous Moïse et sous les prophètes elle s'accroît : Jésus-Christ, plus grand que les patriarches, plus autorisé 8 que Moïse, plus éclairé que tous les prophètes, nous la montre dans sa plénitude.

A ce Christ, à cet homme-Dieu, à cet homme qui tient sur la terre, comme parle saint Augustin, la place de la vérité, et la fait voir personnellement résidente au milieu de nous 4 ; à lui, dis-je, étoit réservé de nous montrer toute vérité, c'est-àdire celle des mystères, celle des vertus, et celle des récompenses que Dieu a destinées à ceux qu'il aime.

C'étoit de telles grandeurs que les Juifs dévoient chercher ■ en leur Messie. 11 n'y a rien de si grand que de porter en soimême, et de découvrir aux hommes la vérité tout entière , qui les nourrit, qui les dirige, et qui épure leurs yeux jusqu'à les rendre capables de voir Dieu.

Dans le temps que la vérité devoit être montrée aux hommes avec cette plénitude, il étoit aussi ordonné qu'elle seroit annoncée par toute la terre, et dans tous les temps. Dieu n'a donné à Moïse qu'un seul peuple, et un temps déterminé : tous les siècles et tous les peuples du monde sont donnés à Jésus- Christ : il a ses élus partout, et son Eglise, répandue dans tout l'univers, ne cessera jamais de les enfanter. «Allez, dit-ils, en-

1 «L'Egypte d'où il faut. » D'où il fallut aux Juifs sortir, etc. Le présent est plus vif et plus poétique. « Rompre les prisons , » expression poétique. — * H Cor., v. 1. B. — ■ «Autorisé. » Ayant une plus haute autorité. Autorisé se prend ordinairement dans le sens iïarprouvé, etc. — • « Personnellement résidente. » Expression rigoureusement juste, quoique tréshardie. La vérité absolue est un auribut de la substance divine. Dieu, incarné, a pris l'être humaih, la personnalité humaine. — 5 « Dévoient chercher, b Auraient dû chercher. Devoir n'indique point ici un sens de futur, mair d'obligation. — « Matih., xxvm, 19, 20. B.

« seignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du c Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à garder tout ce « que je vous ai commandé : et voilà je suis avec vous tous les « jours jusqu'à la fin des siècles1. »

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